‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 25 sur 199 · LES CHAMEAUX ET LES DROHAEAIRES · texte numérisé non relu

LES CHAMEAUX ET LES DROHAEAIRES

en Dieu, mois ils ne pratiquent pas; ils n’ont point de préjugés contre les chrétiens ; un homme qui ferait la vie nomade avec eux, trouverait le chemin de leur cœur. Ils sont la fidélité même pour celui qui a rompu le pain dans leurs tentes. A part le divorce, leurs mœurs sont pures. — Embarrak en est à sa troisième femme; Behi en possède deux; Hamad une seule. En général, les Bédouins n’en ont qu’une.

Nos chameaux nous rattrappent. Antonio a jugé bon de me percher — en qualité de Sittih — sur un dromadaire gigantesque. C’est une espèce de bête Apocalyptique, efflanquée, pelée, qui sent de plus en plus mauvais. — Jeannette et moi nous nous faisons braves; nous conduisons nos dromadaires, nous trottons, elle travaille, et je lis dessus; choses qui le premier jour nous auraient semblé tout autant d’arrêts de mort.

Ce qui distingue le chameau du dromadaire, ce n’est ni l’espèce, ni la bosse ; il n’y a qu’une espèce, et il n’y a qu’une bosse : c’est l’allure. Le chameau est le cheval de carrosse, le dromadaire est le cheval de selle. Le chameau porte les lourds fardeaux et marche au pas ; le dromadaire porte l’homme et trotte. Quant aux nôtres, je les déclare chameaux au premier chef ; c’est une affaire que de les ébranler, une autre affaire que de les soutenir au trot; nous usons pou mons, lèvres et langue, à exécuter les cris

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étranges par lesquels nos Bédouins les excitent. — Chaque dromadaire a sa physionomie ; les uns joviale, les autres rébarbative. Louis, monte un vieux raulTeur coilTé d’une perruque couleur prune monsieur; Antonio, un long maigre animal gris de souris, à cou de serpent, qui dévore le désert. Quant à Vorace, c’est le philosophe de la troupe. 11 a du premier coup sondé son maître, trouvé le point où flnit le support, où commencent les corrections; il s’y tient aussi juste que se tient en deçà de la pénalité du Code, le vaurien qui en a fait son étude particulière.

Ouadi-Solaf s’étend toujours devant nous ; large, long , desséché. — Nous sommes frappés de l’ampleur des Ouadi ; ce sont bien là des roules pour deux millions d'hommes. Les grandes vallées suisses exceptées, celles d’Interlaken, de Brienz, du Valais par exemple ; je ne connais pas dans les Alpes, d’espaces libres, qui aient le quart de l’étendue des Ouadi. C'est surtout au campement du soir qu’on en juge; nos seize chameaux, nos trois tentes, notre famille de vingt personnes, y forment à peine un point perceptible. D’autres voyageurs ont reçu du désert une impression contraire ; Je le conçois. L’élévation des montagnes de granit peut faire de loin illusion sur la dimension des vallées, mais quand on les traverse à pied ou à dromadaire, on en mesure bien les vastes proportions.

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Nous voici parvenus à l’extrémité de Ouüdl-Sdlaf; en face se dresse un imposant massif de montagnes granitiqueSi ce massif précède celui du Sinaï. Comme Robinson l’a justement dit : lloreb est le nom que l’Écriture donne aux montagnes sinaitiques prises en bloc ; Sinaï, est celui qu’elle appli(}ue à la montagne de Dieu prise en particulier.

Ouadi-Solaf, aridë, sans eau, s’élargissant de manière à former une plaine immense devant les monts de ÏHoreb , nous semble devoir être le Réphidim dé la Bible. Nous nous élevons par Omdi Sekeb sur les flancs du massif ; cette impression devient plus forte* Nous entrons dans le passage d'El ISùkb el Haouy, échelle rapide qui va franchir le col qui nous sépare du Sinaï ; et ce qui n’était qU’une impression, devient presque une certitude.

Ce passage Commande le plateau circulaire de Ouadi Solaf} d’ici rtouS croyons voir les tentes des millions d’Israël couvrir cette plaine, à peine coupée par quelques basses collines. Cet amphithéâtre entouré de montagnes est gigantesque. On comprend bien que les Hamalécites aient là défendu les portes de leurs vallées. Israël touchait â leurs frontières; le passage d’d Nukb el Haouy franchi, Israël entrait dans le cœur de leur contrée.

11 y a devant Horeb quelques mamelons de granit qui tiennent à la montagne et dominent la plaine; sur l’un d’eux peut-être. Moïse, debout, priait. Ses

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