‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 65 sur 199 · JACOB · texte numérisé non relu

JACOB

ses tentes vers la CÂênaie, comme Abraham , comme Isaac; il y vient en passant, pour se rendre en Égypte où son Joseph vit, domine, l’appelle. Il olTre des sacriflces dans ce lieu si cher où il vécut enfant, où il apprit à connaître l’Éternel, d’où il s’étail enfui de devant la colère d’Ésaü ; dans ce lieu qui devait, mis en regard avec les vicissitudes de sa vie, lui parlerai fortement du Dieu de vérité. Il offre des sacrifices, et Celui qui s’était entretenu avec son père Isaac, avec son aïeul Abraham , avec lui , pauvre pécheur reçu en grâce comme eux, Celui-là lui crie du haut des cieux : * Ne crains point / — Ne crains point de descendre en Égypte; car Je t’y ferai devenir une grande nation. Je descendrai avec toi en Égypte, et Je t’en ferai aussi infailliblement remonter, et Joseph mettra la main sur tes yeux *

Mous nous agenouillons encore une fois sur la margelle du puits, nous touchons encore de nos mains ces profondes cannelures où glissèrent les cordes des serviteurs d’ Abraham , ces bassins où vinrent s’abreuver ses chameaux ; nous demandons au Seigneur, oh oui, nous lui demandons un cœur pareil à celui du patriarche : croyant, docile, candide; et nous quittons Béer-Scébah.

En le quittant, nous entrons dans la Palestine. De Dan à Béer-Scébah. Cette expression , qui revient

‘Genèse XLVI, 3, i-

LA LISIÈHE DO DBSEBT. 155

souvent dans la Bible, fixe les limites nord et sud du pays de la promesse.

Ici commence une vaste plaine couverte d’une herbe le plus souvent jaune, par places admirablement verte et fleurie. Elle s’appuie au fond contre les montagnes de Juda : chaîne très basse, sur le flanc occidental de laquelle nous voyons de loin quelques arbres clair- semés. A mesure que nous avançons, l’herbe se fait plus abondante, les fleurs aussi; ce sont, outre beaucoup de fleurs du désert, des gouttes de sang, et des mauves aussi grandes que des roses trémières. — Nos chameaux se jettent avec frénésie, non sur l’herbe, mais sur les chardons; ils casseraient cordes, bras, et leur propre tête à force de tirer, plutôt que de manquer une de ces bonnes pommes épineuses, une de ces appétissantes feuilles à longs dards.

Cette plaine a dû être, pourrait être admirablement fertile; les torrents qui la déchirent nous montrent dix pieds de terre végétale : avec de l’eau, on en ferait un jardin.

Ce soir, nous campons au pied mémo des montagnes. Nous grimpons jusqu’au premier arbre. Ce n’est pas un chêne, ce n’est pas un érable, ce n’est pas un caroubier, ce n’est pas un frêne; qu’est-ce donc*?

‘ C’est, je crois, un chêne d’espèce particulière. Du moins les Arabes appellent chênes des arbres tout semblables, que plus tard nous vîmes A Hébron et dans la Syrie.

LA LISIÈaE DU DÉSEBT.

La montagne est recouverte d’une couche de terre qui permettrait de la reboiser facilement; les forêts revenues, les sources se reformeraient, et les sources formées, la plaine se revêtirait d’une luxuriante végétation.

Nos cœurs sont pleins de reconnaissance envers le Seigneur, qui nous permet de contempler son saint royaume.

Mais il se fait tard ; les cigognes, qui picoraient tout à l’heure dans le pré, se sont établies, non sans querelles, sur un vieux mimosa. C’est très bien d’écrire son journal, je dirai même que c’est très vertueux, quand on se sent demi-morte de fatigue; mais il ne faut pas que cet acte de vertu s’accomplisse aux dépens d’un mari, la patience même.

Le campement s’établit au milieu d’une tribu de mille pieds; ils couvrent la montagne et le pré : longs, noirs et gluants.

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