LE PRÉSENT
car Dieu ne me tiendrait plus pour son enfant.
Ah ! je ne veux pas mépriser les grâces du Seigneur! Oui les affections de la Camille, oui l’existence paisible des champs , oui la contemplation des magnificences que Dieu répand sur la terre, oui les devoirs au village, tout cela est bon! Pas un de ces *dons ne reste inutile dans l’œuvre du St-Esprit. Mais qu’est-ce que le bonheur, que sont les jours les plus riants quand ils ont fui? une ombre. Qu’est le présent? une fumée.
Le présent! on y fait toujours face par la force de l’Éternel. Mais l’avenir! L’avenir, voilà ce qui préoccupe, voilà ce (jui tourmente ou ce qui réjouit, voilà ce qui donne toute sa valeur au présent. Il n’y a que l’avenir de réel. Je le sens bien, maintenant que seul il remplit mes pensées. Hélas ! que m’importe le doux passé, autrement que pour rendre grâces?.. Que m’importe, hélas! l’heure qui fuit, cette belle heure où je suis assise sous la tente, auprès de ce que j’aime, au milieu d’un calme absolu, en possession d’une immense félicité?... N’est-ce pas demain qui règne?
Le jour arrivera bientôt où toute ma vie, où cet avenir même qui me tient sous sa griffe, sera devenu du passé : une vanité insaisissable! Alors le grand avenir, l’avenir par delà la vie, sera devenu du présent : un présent positif, qui ne glissera pas, qui ne se consumera pas, un inébranlable fait! — Ah! quand sera-ce? quand sera-ce? Que