‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 76 sur 199 · NOS GARDIENS · texte numérisé non relu

NOS GARDIENS

force d’être bien conditionnée, tout cela flageollant autour de grands corps qui n’ont que la peau. Notre porteur d’eau, bien compromis — son outre effleure nos tonneaux deux fois le jour — semble détaché des Mille et une nuits : vieux, à barbe grise, vêtu de haillons, tanné, l’œil brillant; il ne lui manque que de mener en lesse quelque cbien noir. ,

Dimanche, 16 avril 1848. — Où que nous nous tournions, nous ne voyons qu’obscurité.

En réalité, le jour de demain ne nous appartient pas... nous qui aimions tant à faire des projets !

Il y a des côtés si noirs : celui de la représentation nationale, par exemple; des côtés où tous les genres de difficultcs, jusqu’à celui de vivre, sont tellement accumulés, qu’on ne peut que s’écrier : l’Éternel y avisera! Eh bien, cela est bon; cela m’est bon, à moi particulièrement, qui me rattache trop vite à l’existence.

Et puis n’étais-je pas, ne suis-je pas un enfant gâté? n’ai-je pas cent fois guerroyé Dieu de ses dons? De quel droit échapperais-je à la douleur ? Je l’ai connue de bonne heure, c’est vrai, mais j’ai eu de longs moments de relâche. L’Éternel, d’ailleurs, ne m’a-t-il pas donné un trésor sans pareil? Pourquoi, tandis que d’autres mille fois meilleurs que moi vivent de larmes, serais-je exemptée d’en répandre? S’il en était ainsi, alors je devrais pleurer,

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