PROMENADE SUR LA MONTAGNE
sommes redescendus au couchant sous un bois d’oliviers, au milieu des champs verts, des figuiers dont les feuilles s’épanouissent , des vignes qui bourgeonnent, des pommiers encore en fleurs. La richesse des cultures, unie à la grâce sauvage des montagnes! — C’est bien le bon pays, découlant de lait et de miel. — Quel contraste il y avait entre l’oppression de notre cœur et ces mille sourires. Beau printemps, fleurs d’avril, gazouillement des oiseaux, bêlement des chèvres, les vaches sur la croupe des montagnes, les enfants jouant autour des puits, les derniers rayons du soleil sur les blés verts; tout ce que la paix laisse la terre et le ciel , produire de splendeur et de joie!
En descendant, nous remarquons deux grottes. L’une s’ouvre sur un champ planté de vieux oliviers; des pampres et des lierres tombent à l’entrée; les proportions du champ conviendraient bien à la description de Macpèlah, mais où seraient les plaines de Mamré, placées, suivant la Bible, devant Macpèlah? L’autre, qui domine un des nombreux cimetières de la ville, sert encore de tombeau; celle-ci ne tient à aucun champ ; à moins que le cimetière ensemencé d’ossements aujourd’hui, ne le fût autrefois d’orge ou de blé.
On pourrait à la rigueur voir les plaines de Mamré dans une vallée qui commence non loin du cimetière et se dirige au couchant, entre deux monta-
EL ABAM.
gnes, l’une ou midi, l’autre au nord. Une tour s’élève au pied de la première, les musulmans la nomment Kaber Habrùn. Antonio, qui interprète: tombeau d’ Habrùn, nous dit, qu Habrùn était dans les temps antiques, un riche Israélite. Les ruines ressemblent plus aux ruines d’un château franc, qu’à un tombeau.
Notre gardien nous permet de nous approcher de la mosquée d e/ Aram. Les Musulmans ont reçu des chrétiens, la tradition qui place là les sépulcres d’Abraliam, de Sarah, d’isaac, de Jacob, et de Joseph — dont les os furent enterrés à Sichem j — mais au temps d’Hélène, qui retrouva ces tombeaux comme elle retrouvait tout : ce qui avait existé, et ce qui n’avait jamais existé; on ne s’embarrassait pas pour si peu. Hélène bâtit une église sur cet emplacement; l’église est devenue mosquée.
Un antique réservoir, des murs construits de pierres énormes, des routes creusées dans le roc, indiquent partout une ville anciennement puissante. Il y a de l’eau jusque sur la montagne. C’est ici un pays dont la population à dû faire, fera la richesse. Avec du travail il ruissellera d’huile. Il ne faut que des bras pour retenir les terres, pour faire sauter les rochers, pour planter et pour arroser. Faute de bras, les arbres sèchent, la pluie emmène le terrain, la roche reste nue. — Les coteaux de la Vaud, vers le fond du lac Léman, représentent à merveille la
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LBS PROCESSIONS MUSULMANES.
situation agricole des montagnes de Juda : avec des soins, ils produisent de l’or; abandonnés, ils deviendraient des ravins pierreux, stériles et ravagés par les torrents.
Chaque matin des processions musulmanes font le tour de la ville; la marche est précipitée, on agite les drapeaux du prophète, les voix chantent où plutôt crient, Allah Allah il Allah! ces mots coupent en syncope les notes rauques du tambourin. Cela se fait en l’honneur d’un Santon arrivé d’hier.
On compte cinq à six cents Juifs à Hébron. Cinq à six cents! « 11 en demeurera quelques grapillages, comme quand on secoue l’olivier et qu’il reste deux ou trois olives au bout des plus hautes branches, dit l’Éternel, le Dieu d’Israël*. »
> Ésale xvn, », 6.
JÉRUSALEM
Lundi, 47 avril 4848. — Nous à Jérusalem 1
Non, le passé n’est pas une vanité comme je le disais hier; il est une des plus inaliénables possessions de l’âme. Précieux passé, que celui qui contient, parmi tant d’autres trésors, le souvenir de Jérusalem.
Nous avons hier au soir suivi la vallée qui monte d’Hébron vers l’occident; elle nous a menés jusqu’à Varbre d’ Abraham. Je ne sais si Abraham s’est reposé sous son ombre, mais certainement le patriarche a promené là ses pas où ses regards. Ce chêne, immense, séculaire, embrasse la terre de ses fortes racines, laisse ses branches se tordre et puis retomber autour de son vaste tronc. Nous nous sommes longtemps arrêtés en face de cette scène si tranquille, si sereine. La lune, pâle comme un nuage blanc, s’apercevait à peine au travers des feuilles; la canq)agne s’étendait au-dessous; tout près, une aubépine en fleurs répandait son odeur printan-
BALADD HABBDN.
nière; pas une voix, excepté les lointains bêlements des troupeaux; pas une âme vivante, excepté les chèvres dans le sentier, et le pâtre, quelque chevreau du jour entre les bras.
Notre gardien nous conduit, en revenant, sur un emplacement couvert de pierres taillées en carré long, il appelle cela : Baladd Habrùn. — La ville d’Habrùn, d’ Abraham. — L’Hébron actuel se nomme el Kalil ; — l’ami. — Rien ici n’indique une cité; les blocs sont tous de même forme, posés à plat, comme un gigantesque pavé!
M. Espéron, directeur des quarantaines de cette ligne, nous dit que baladd Habrùn est un antique cimetière juif. Antique et moderne, car les Israélites, se bornant à déplacer les pierres, y ensevelissent aujourd’hui leurs morts.
Nous partons ce matin sur de bons petits ragots couverts de fanfreluches: plumes à la tête, glands, cordons de soie, broderies, housses, et le reste. Nos Mùkres — loueurs de choveaux — nous précèdent humblement montés sur des ânes; l’un, Bétùni, vêtu d’une veste de chiromancien toute parsemée de croissants, de quarts de cercles et d’équerres, avec une étroite robe rouge par-dessous, d’où sortent ses caleçons blancs et ses jambes marron; l’autre, un nègre, emprisonné dans une gaine de soie amaranthe, ornée par derrière d’une plaque triangulaire brodée de perles et de clinquant.