‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 80 sur 199 · III · texte numérisé non relu

III

LES PÈLBUNS MUSULHMIS.

Le chemin est un amas de cailloux avec de courts intervalles de terre battue, dont on profite pour trotter.

Les vallées et les montagnes se succèdent; des tapis de fleurs roses, bleues, des coquelicots dans les blés, des églantines dans les buissons, nous réjouissent le cœur ; partout des ruines, vestiges d’une population nombreuse ; souvent des puits ou des sources. Sur notre gauche , Ântonio nous fait remarquer une vieille tour. Autrefois un brigand l'habitait , il se suspendait le malin aux tresses de sa femme, se laissait couler le long des murs, ravageait la campagne, et le sojr, chargé de butin, remontait par la soyeuse échelle.

Le sentier se couvre de pèlerins, ce sont des musulmans qui se rendent à la mosquée d’el Aram, pour adorer Dieu vers le tombeau d’Abraham. Le Seheik, monté sur un beau cheval, escorté par des serviteurs à pied, ouvre la marche; c’est un jeune homme à la figure fine, étrange, la tête enveloppée de châles de cachemire qui contrastent par leurs chaudes couleurs, avec son teint pâle et ses traits presque féminins. Après lui viennent des vieillards, des hommes d’un âge mûr, tous avec des turbans, de longues barbes, une robe à larges raies retenue "par une ceinture de cuir. Les apôtres devaient en porter de pareilles. Il y a par, mi eux des types qui me rappellent la figure que prêtent les anciennes pein-

LES PÈLERINS MUSIILHANS.

ture$ au Sauveur : un ovale long , délicat, avec la barbe et la moustache d’un blond un peu roux. Ces figures sont frappantes, rencontrées là, sur ce chemin, dans ces montages, sous ce costume. Les femmes suivent, montées sur des ânes, sur des chameaux, ou marchant à pied; leur vêtement est d’une grande noblesse : la robe de dessus rattachée à la ceinture et souvent relevée sur les hanches, les bras ornés de bracelets, la tête couverte d’un grand voile rouge ou bleu, qui cache un peu le front, qui vient encadrer la figure en passant sous le menton, puis, qui forme de larges plis sur la poitrine. De grosses pièces d’argent fixent leurs cheveux le long des joues Plusieurs de celles qui cheminent sur des ânes, portent leur nourrisson devant elles. Il me semble que Marie, quand elle montait à Jérusalem pour célébrer la Pâque, devait ainsi tenir Jésus enfant. Quelques-unes, assises derrière leur mari, passent autour de lui leurs deux brus. Aussi loin qu’on découvre le sentier, en bas dans la vallée, en haut sur la crête des montagnes, on voit se dessiner cette ligne rouge, blanche et bleue. Les vieillards sont graves, leur barbe tombe jusque sur leur sein. Les hommes sont fiers, mais ils saluent avec une physionomie ouverte; les femmes sourient en nous adressant un signe de tête bienveillant; il y en a plus d’âgées que de jeunes, beaucoup sont fardées.

La campagne se fait solitaire, les sQmnyets sont

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