ORDRE UE MOR JOURNÉES
jour ; la voici : s’asseoir en face de la tète de son chameau, les pieds croises l’un sur l’autre ou passés dans deux étriers qui pendent à droite et à gauche du cou de l’animal. — Tout va bien tant qu’on échappe au parasol , mais lorsqu’il faut le maintenir contre le vent, la fatigue devient intolérable.
Chacun de nos dromadaires porte du côté de l’ombre, une gourde en cuir — zvtzamia — qui était pleine hier, qui aujourd’hui contient le quart de ce qu’il faut pour étancher notre soif. Il y a peu de jouissances matérielles comparables à celle de tenir cette outre à deux mains, et de laisser couler tout au fond de son gosier un ruisseau d’eau fraîche.
A midi, nous passons deux heures étendus contre quelque station ; notre bagage nous devance avec Antonio qui va planter les tentes, et le soir, après trois ou quatre lieiires de marche, nous trouvons le campement établi.
Qu’on dort bien sur la terre, sous cette toile qui vibre au souffle du vent, qui tamise la lumière des étoiles, près de ces noires figures de Bédouins groupés vers les feux, entouré des seize chameaux qui broient leurs fèves ! — Le soir, nous soupons en plein air, éclairés par la lune... et par une lanterne de toile suspendue à un pieu. Le kamsin souffle encore, modifié par la nuit. Dans ce moment il tourne du sud à l’ouest.
Nous rencontrons aujourd’hui deux caravanes de
LES BADGIS.
hadgls' retardataires. Ils viennent de la Mecque. La grande caravane est rentrée depuis un mois. Ceux-ci profitent du pèlerinage pour faire le commerce. Chaque hadgi porte un costume différent : il y a des soldats turcs, il y a des nègres, il y a des Arabes -, tout cela tanné par le soleil , coloré de tons dignes de Van-Dick ou de Rembrandt.
Le désert a perdu sa monotonie. Le beau groupe des monts Ataka se dresse à notre droite; il a des formes hardies, il s’étage en deux plans; le premier noir, le second bleu. Nous voyons briller dans le lointain une ligne d’argent : c’est la mer Rouge. — La coloquinte avec ses pommes jaunes et ses tiges rampantes couvre le terrain.
Deux ou trois fois aujourd’hui, le mirage nous a montré des lacs et des rivières au milieu des sables.
• Hadgi, — pèlerins, saints.
SOURCES DE moïse.
Vendredi, 17 mars 1848. — Beau jour ! l’anniversaire de notre mariage ; le passage de la mer Rouge: les plus doux et les plus grands souvenirs.
Ce matin, à quatre heures , nous échangeons nos petits cadeaux ; nous les avions bien cachés ; ils apparaissent à la lueur vacillante de notre lanterne qui se balance ainsi que la tente comme en pleine mer. Le vent a redoublé. Pas moyen de fermer l’œil avec ce tremblement général. Nous en sommes plus vite réveillés. Nous rendons grâce au Seigneur avec émotion, de ces années d’idéal bonheur.
Le soleil se lève dans la splendeur de son ciel bleu, le vent est frais. Nous avons au midi la chaîne du mont Ataka taillée à pic; ses formes sont nettes, ses couleurs d’un ton sévère ; la plaine de sable, dorée, égale, s’étend de la base des montagnes aux lointains horizons du nord. Devant nous à l’orient, la mer, qui va bleuissant et s’élargissant, arrête le