‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 94 sur 199 · ASPECT UE LA VILLE · texte numérisé non relu

ASPECT UE LA VILLE

a pas une maison de belle apparence; la misère, réelle ou affectée, frappe les yeux. Les églises chrétiennes et les monastères occupent la moitié de celte ville Musulmane. La cité n’est pas bruyante, quoique encombrée à celte heure. Hors des murailles, régne un silence de mort.

Nous logeons au plus haut de la colline d’d^ra supérieur.

Nous y avons loué la maison d’un Juif converti: trois petites chambres et une cuisine. Nos pièces sont voûtées, ornées d’enfoncements à découpures mauresques, nos fenêtres garnies de moucharabiehs qu’embrassent des pampres, et sur lesquels viennent chanter les moineaux.

Jeudi, 20 avril 4848. — Ce n’est pas la sainteté des lieux qui crée les bonnes dispositions du cœur. Ce n’est pas parce qu’on respire sous le ciel, dans la ville où Jésus a souffert ,, qu’on se sent en communion avec Lui. Je ne sais comment cela se fiiit, il y a sans doute de ma faute; mais je n’ai pu rencontrer encore à Jérusalem, cette solitude avec mon Sauveur que j’espérais.

Nous avons ici des frères chrétiens parfaitement bons et prévenants; nous étions pressés du désir de nous rendre chez notre consul; et la journée, la sérieuse journée du jeudi saint, s’est passée à faire et à recevoir des visites ! — Ce brisement des volon-

LE JEUDI SAIKT.

tés, même de celles qui semblent pieuses, ne renferme-t-il pas une grande leçon? ne montre-t-il pas qu’ici, comme ailleurs, nous nous cherchons encore plus que nous ne cherchons Dieu ?

Maintenant le soleil se couche et les portes de la ville se ferment; il faut renoncer à descendre en Gethsémané. Eh bien ! je prendrai ma Bible, et, dans ma chambre, près de cette fenêtre qui s’ouvre du côté du mont des Olives, je lirai les paroles de mon Sauveur.

Il vient de manger la Pâque, Il a donné le pain, la coupe à ses disciples : « Ceci est mon corps rompu pour vous; ceci est mon sang répandu pour vous; faites ceci en mémoire de moi. » Alors son cœur se répand; 11 les exhorte. Il les console. Il les serre, pour ainsi dire, dans ses bras: on dirait qu’à cette heure suprême II veuille compléter tous ses enseignements : « Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne; que votre cœur ne se trouble point et ne craignez point; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Vous aurez des afliictions dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. » — Jésus lève les yeux au ciel. Il remet les disciples à son père; 11 lui remet les âmes converties de tous

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