LETTRE A M. BARROW. ESQUIRE
A L 'aM IRAIT t
Aberdeen, mai 1851.
Mon cher monsieur,
Je ne veux point laisser l'Angleterre sans essayer de vous dire toute ma reconnaissance pour vos excellents procédés à mon égard. J'ai été, de la part de tous les membres de l'Amirauté, l'objet d'attentions et d'égards qui me remplissent de confusion. Je ne puis attribuer qu'à mon uniforme les honneurs dont on m'a entouré. Pendant tout mon séjour a Aberdeen, lady Franklin et miss C. m'ont constamment comblé de délicates attentions, dont je suis heureux et fier, mais trop [)eu méritées. Qu'ai-je donc fait qui ne fût très-naturel en demandant à partager l'honneur des dangers que tant de braves gens vont courir?
Je l'écris à M. le ministre de la marine, eût-il été possible à un officier d'hésiter à cause des quelques privations de cette campagne? Après avoir été témoin de cette noble douleur, de cette infatigable persévérance, qui ne laisse à lady Franklin aucune trêve, aucun repos, je le sens, j'eusse marché les yeux fermés. A qui ce dévouement incessant n'inspirerait-il pas les plus profondes sympathies? Qui ne se sentirait plein d'une sainte ardeur à la vue des fatigues, des immenses travaux de cette épouse dévouée?
Je suis heureux du retard que nous avons éprouvé ici, [>arce qu'il m'a permis d'apprécier les nobles sentiments de ces dames, que j'ai pu me pénétrer plus intimement de la chaleur ([u'elles apportent à l'exécution de leurs projets. Il me sembh? presque faire partie de la famille maintenant.
Vous avez été si bon pour moi déjà, que j'ai presque honte de venir encore vous demander de nouveaux services. Je serai
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sMiis doute privé souvent des moyens d'écrire à ma fîimille, et je vous prie, cliaciue fois ([u'un journal ani^hus ou une feuille aura donné des nouvelles du Prince-Albert, de couper le morceau et de l'envoyer sous enveloppe à madame liellot, ;i Rocliefort-sur- 3ler. Je ne sais pas qui a dit cpie les quatre cinquièmes d'une lettre servent toujours de préface à Fauteur qui ne met qu'à la tin le l)ut véritable de son épitre. (h'oyez à celte vérité, cher monsieur, et laissez-moi placer ici l'expression des sentiments de sympathie et d'aflection que vous m'ins[>irez. La pétulance française me fait sauter peut-être trop vite par-dessus les convenances; mais les procédés si pleins de cœur du capitaine Hamilton et les vôtres me touchent à un point que je ne saurais dire ; si ce n'était la différence de nos âges, et mon humble épaulette, je vous prierais de dire à 31. Hamilton combien je me sens porté vers lui. Soyez assez bon pour présenter mes humbles respects à tous les membres de l'Amirauté.
31e permettez-vous de vous écrire quelquefois? Je prends la liberté de vous envoyer mon portrait, afin que vous vous rappeliez quelquefois celui qui n'oubliera pas vos bons offices.
Je suis, mon cher monsieur, etc.