‹ Journal d'un voyage aux mers polaires exécuté a la rechereche de Sir John Franklin, en 1851 et 1852Chapitre 27 sur 31 · LIKITENAM DE LA MARINE ANGLAISE · texte numérisé non relu

LIKITENAM DE LA MARINE ANGLAISE

Aberdcen, mai 1851 .

Mon cher Halkett,

Parti de Londres sans avoir à peine eu le temps de vous remercier de vos nombreuses complaisances pour moi, je suis arrivé jeudi dans l'après-midi à Aberdeen sans événement re-

VOVACE AIX MKHS l'OI.AlKES. i05

iiianiiiablc, ayant eu trois ou (|uatrc hcnirosà Kdiuibourg pour visiter la ville. Quand j«' dis sans incident, je nie ironipe; car, entre Petcrsboroui^li et lU)stou, je i>erdis mon billet, et j'étais fort embarrassé, le règlement disant ([u'on doit, en send)lable (jccurrence, payer sa place de nouveau.

Ileiu'eusement le conducteur, ((ui avait vu mes effets et lu le Mormuii- Herald de la veille, reconnaissant d'ailleurs à mon accent qui j'étais, vint fort poliment me tirer d'affaire en déclarant que le chef de gare en croyait ma parole. — On ne saurait pousser phis loin la civilité, et je désire trouver quelque jour M. le chef de gare pour avoir roccasi(»n de lui rendre semblable politesse. — A mon arrivée à Aberdeen, j'allai immédiatement saluer ces dames. Les instances de lady Franklin furent telles, que je dus accepter la chambre qu'elle uj 'offrait dans ses logements. Malgré ma crainte d'être un peu gênant, je sentis ([u'il eût été ridicule de refuser plus longtemps, et j'acceptai enfin une offre qui m'a permis d'apprécier de jour en jour les rares qualités de lady Franklin et de miss C. — Je chercherai à faire connaître en France le trésor de dévouement, d'abnégation et de travail que ces deux femmes ont su montrer. 3Iais est-il possible, à moins d'en avoir été témoin, de croire à une pareille existence de sacrifices, de nuits passées dans l'étude et le travail? Et quelle récompense de mes intentions n'aurai-je pas trouvée, si je m'acquiers quelques titres à d'aussi nobles sympathies!

La connaissance la plus intime, que j'ai pu faire du caractère de notre brave commandant M. Kennedy, m'est un siir garant delà cordiale entente qui ne peut man({uer d'exister entre lui et moi. Il n'est guère possible d'unir à un courage plus grand une plus grande simplicité de manières, plus de droiture de caractère ; c'est un vrai matter of fast man. Les préparatifs de l'expédition nous ont retenus quelques join's, que mon impatience n'a pu trouver longs cependant, grâce au bienveillant accueil ([ue j'ai trouvé dans cette hospitalière Ecosse, et, l'avouerai-je

à ma honte? je ne l'ai point quittée sans avoir le i)lus vif désir

de la revoir à mon retour.

Enfin, le jeudi 21 mai, six ans après le départ de sir John Franklin, nous avons mis à la voile, emportant avec nous les vœux d'une population empressée venue sur les quais pour nous saluer de ses hurrahs.

Ai-je besoin de vous dire, mon cher Halkett, toute ma gratitude pour votre excessive complaisance et les sentiments que vous avez témoignés à l'humble représentant de la marine française? L'épaulette est, vous le savez, une parenté dont vous avez dignement reconnu les liens; puissé-je, un jour, être à même de reconnaître vos délicates attentions ! — Veuillez être mon interprète près du capitaine Trotter et de M. Halkett. Veuillez également me rappeler au bon souvenir de la famille Simpkinson, dont je n'oublierai pas le bon accueil, non plus que de madame et M. Magendie, auxquels je dois plusieurs des bonnes heures que j'ai passées à Londres.

Recevez, etc.

LETTRE A M. CIÏASSÉRIAU

Ai: MINISTÈRE DE LA MARINE

Aberdccn, mai 1851.

Monsieur,

Vous avez bien voulu m'appuyer dans la demande que j'adressai à M. le ministre de la marine pour joindre l'expédition de lady Franklin.

Je vous dois l'honneur d'avoir à représenter ici les sympathies et l'uniforme de notre marine, et je ne saurais assez vous dire

VOYAGK AUX MKHS POLAIUKS. AOl

toute ma reoonnaissanci'. — Je ne sais si M. de Villeinnin est de retour h Paris, il aurait pu vous faire connaître le l)rillaul accueil qui m'a été fait à l'Aniirauté anglaise, et tous les honneurs dont j'ai été l'objet, à ma grande confusion, je l'avoue, bien (|ue je ne me méprisse pas sur' leur adresse véritable. Le secrétaire perpétuel de l'Amirauté, cnpitainede vaisseau lïamilton, M. J. iJarrow, fds du célèbre i)ersoimage de ce nom, et le chef du dépôt des cartes et plans, amiral Beaufort, ne m'ont laissé le temps de rien désirer. J'aurais été heureux de voir M. de Villemain pour lui dire tout ce dont je lui suis redevable; mais alors comme aujourd'hui, monsieur, le temps me mancpui, et je ne puis que solliciter, si ma demande est trouvée convenable, quelques lignes de remercîment à ces messieurs.

Le premier lord de l'Amirauté et Tamiral Dundas m'ont fait l'heureux témoin de leur sympathi([ue gratitude pour notre marine. A Aberdeen, où les préparatifs de notre expédition m'ont retenu plusieurs jours, des démonstrations publiques et nombreuses sont venues remercier notre participation à la noble campagne du Prince- Albert , le pavillon français est constamment hissé en même temps que le pavillon anglais sur cette goélette. Plus ces témoignages d'estime pour nous se multiplient, et plus je cherche à me rendre digne de la faveur qui m'a été accordée.

Je pense être entré complètement dans l'esprit de ma position en refusant de la façon la plus absolue toute indemnité, même d'équipement, qui altérerait et l'indépendance et la dignité de mon épaulette. Les iudemnités de route que j'ai reçues à Paris ont été largement dépassées, sans doute, par mon séjour forcé à Londres et à Aberdeen ; mais pourrais-je faire entrer en balance le caractère que je dois prendre et quelques centaines de francs? J'ose espérer que, par ces considérations, M. le ministre voudra bien autoriser la délégation que j'ai demandée pour ma famille.

Je suis réellement honteux de solliciter encore quelque chose;

i08 J. R. BELLOT.

mais, vous le savez, monsieur, c'est un besoin sérieux à satisfaire.

Recevez, etc.

Page 1