‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 21 sur 53 · LAN · texte numérisé non relu

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AA ouix.—57" 47 —19" 19". —La mer est presque calme, nous ne faisons que peu de chemin. M. Kennedy à commencé la lecture du petit livre des instructions ; les prières qu'il lit. — Nous causons de ce que nous aurons à faire, et je vois qu'il est fort probable que nous ne reviendrons qu'en 1855. — Nous aurons pas mal de choses à voir sur la côte ouest de Boothia, et si Dieu me prête vie et force, j'espère que

le nom de la France pourra être représenté sur plusieurs points

de la carte. — Je crains fort de passer l'hiver loin du navire, ce ! qui ne m'arrangerait guère à cause de mes livres. Mais ul n'en sommes pas encore là, et j'espère bien avoir ma part d'influence sur là décision de M. Kennedy. Je crains fort pour mes yeux; car le travail constant, les observations me fatiguent E = beaucoup. Je provoque l'ordre de mettre les cendres de cûté. |

Procédé Light.

12 suis. — 57 48 — 19 34. — M. Kennedy parle le fran | çais que lon parle au Canada, c'est-à-dire du français de pli | d’un sièele de date, et je suis heureux d'entendre de temps et! temps de ces vieilles expressions qui ont un parfum tout parliculier. Je nage en plein Topffer quand je l'écoute. J'ai fait sottise grande de lui laisser entrevoir la eause de mon plaisir

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VOYAGE AUX MERS POLAIRE, 29 il considère ce privilége come un défaut, et me supplie de le redresser ; quel malheur! à Dieu ne plaise que j'aille me le gàter! Je suis trop égoïste pour me priver de cette jouissance et enlever à son langage cette originalité pleine de charme. — Mathison, un de nos hommes, lit Othello, et je m'étonne de voir tous les matelots me parler de Shakspeare; tel préfère Macbeth. tel autre, Hamlet; je doute que Molière soit aussi populaire parmi les matelots français. — Je suis interrompu par des cris, et je crois qu'un homme est à la mer, mais c'est une fausse alerte, ce n'est heureusement que le panier à vaisselle.

Je prépare le dictionnaire des Esquimaux, ou plutôt des Huskis, ear le premier nom les blesse.

M. Kennedy me parle d'un nouveau plan qui consiste à entrer par Admiralty, dans un de ces canaux que les cartes marquent sur la foi des Esquimaux, afin de gagner du temps. — Je m'y opposerai de tout mon pouvoir, parce que rien n’est moins certain que la prolongation de ces canaux; ensuite, ils peuvent, bien qu'abrités, être pris par les glaces ; et, si Le fond de Regent’s Inlet (l'entrée du Régent) est pris et si le canal ne l'est pas, on est obligé d'hiverner au cap Kater. — 11 veut encore se faire déposer au port Léopold, envoyer le bâtiment à Griffith, pendant qu'à pied il descendra à Fury-Beach pour voir s'il y a des nouvelles de Franklin, et le navire reviendrait au port Léopold.

Voilà encore un plan que je ne puis approuver, car nous pou-

: vons trouver à Griffith des nouvelles provenant du cap Riley, ou

ailleurs, qui nous engageraient à pousser dans l'ouest ou dans le nord, et, dans ce cas, retourner au port Léopold serait jour nous une perte de temps. |

M. Hepburn me raconte leur starvation (famine), les souf-

> frances qu'ils ont endurées; les deux ou trois premiers Jours,

ils souflrirent extraordimairement, puis succéda un état de torpeur et de somnolence, où ils rêvaient festins et bons diners. de ne suis pas très-bien’ le changement de nourriture me fa-

4 ügue ; l'abstention du vin surtout me rend la digestion difficile,

o0 J, R. BELLOT, et le parti que j'ai adopté de coucher sur la dure et presque sans me couvrir ma fort amaigri. — Je ne veux pas prendre de café, de sorte que j'ai le travail pénible, et un besoin de sommeil très-impérieux. — Mais je sens que je prends le dessus, et, avant huit jours, j'aurai passé à un état normal. Pour l'homme de volonté, le corps est-il autre chose qu'un esclave qui doit obéir, et les besoins matériels sont-ils done autre chose qu'une habitude ?

45 aux. — 58° 950 — 20° 55°, — J'ai passé une grande partie de ma journée à relire les lettres qui m'ont été écrites de Rochefort, et je ne puis qu'élever vers Dieu de nouvelles actions de grâces, pour le remercier de m'avoir donné d'aussi bons et parfaits amis. Quel dévouement ! Quelle pureté d'affection !

14 aux. — 59° O1 — 22°17.— Vents de sud-est acconpagnés d’une pluie constante. Je revêts le vrai costume de mer: les bottes montant au-dessus du genou, un immense chapeau de toile huilée qui couvre les épaules, pantalon et manteau pareils. La mer vient de l'avant, et bientôt il passe autant d'eau sur le pont qu'en dessous ; il m'est impossible de fermer l'œil de toute la nuit. La maudite goëlette se roule, saute, se tord de telle facon, que je suis tout meurtri. Je pense à la manière dont on tue les souris prises dans une trappe.

45 aux. — 58° 41° — 26° 40°. — Mauvais temps ; le matin. je lis le sermon à l'oftice du dimanche; il parait que je ne m'en tire pas mal. — Sixième anniversaire de Tamatave. — J'ai lu dans le jour le voyage de Parry au pôle nord, et déjà mi vagabonde imagination me donne l'idée d'engager à mon retour le gouvernement à faire une station de garde-pêche au Spitzberg, et à envoyer une expédition française au,pôle nord.

grand mât ne sont soutenues par rien, et je ne me soucie pas de casser quelque vergue, que nous ne saurions comment remplacer.

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VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 51 16 aux. — 57° 46° — 29°, — Mème temps; M. Grate vient me trouver pendant mon quart pour me confier ses doutes sur le mépris qu'inspire Judas Iscariote ; puisqu'il était dit que Jésus-Christ devait être trahi par quelqu'un, Dieu l'avait voulu! QAh! me dit-il, jadis on n'était pas instruit comme maintenant, je voudrais savoir deux langues : Le français et l'hébreu. » Quand je lui demande pourquoi la seconde : «C'est, me répondil, pour faire une nouvelle traduetion de là Bible ; passage d'un cable et non d'un chameau dans le trou de l'aiguille. »

[7 aux. — 08° 57 — 50728", — Beau, calme ; je passe mon quart à entendre des récits de chasse à l'ours, au narval, etc. el je vois que le sport ne nous manquera pas. J'apprends avec peine que l'infatigable docteur Rae est de nouveau en route, et que nous pourrions bien le trouver au port Léopold. S'il fait loute notre besogne, que pourrons-nous faire ?

18 ouix, — 59° — 59° 02”, — Nouveaux récits de chasse au daim, mais aujourd'hui dans l'intérieur, par MM. Kennedy, Nmith et Hepburn. Un jour, M. Kennedy avait fait une enceinte de plus d'un acre de surface au débouché d'un passage (ces aniaux traversent toujours à la pleine lune ), le troupeau entra et on ferma les portes. Quand le moose (daim d'Amérique) a passé

D quelque part, l'Indien retire son gant, enfonce la main dans la

trace et tâte l'endroit où est le sabot, ce qui lui indique la direcüon.— M. Kennedy a vu une rivière de un mille et un quart de hrge, glacée, traversée par un troupeau qui l'oceupait tout entière, sur une épaisseur de vingt à trente centimètres.

C'est généralement une vieille femelle qui conduit le troupeau, et ces messieurs décrivent les précautions qu'elle prend, lairant, regardant pour sauvegarder sa responsabilité. Si la neige est molle, ils vontun par un.

Nous rencontrons pour la première fois ce bois flotté (drift

wood) dont sont couvertes, à certaines époques, les côtes d'Islande, et qui établit la preuve d'un courant polaire.

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Pour la première fois aussi, j'ai une longue discussion religieuse avec le bon M. Kennedy ; malgré sa bonté habituelle, il est d'une grande intolérance en semblable matière, et ne veut pas admettre que des Tures puissent faire leur salut.

19 oui. — 5902 — 33710". —- Mauvais temps ; après dijeuner grande conversation indienne. Nos trois voyageurs font le plus grand éloge de la bonne foi des Indiens, et déclarent que presque toujours les Européens ont été les agresseurs. On peut leur reprocher une grande imprévoyanee ; car, lorsque la chasse a été bonne, ils restent longtemps sans s'occuper de faire de nouvelles provisions ; disant qu'ils veulent jouir de leur bonheur.

Quand ils ont perdu un enfant, une femme qu'ils aiment, ils res !

tent plusieurs jours sans manger, déchirent leurs vêtements, bri-

sent leur fusil ; s'exposant ainsi à mourir de faim et de froid. |

Alors ils arrivent aux forts, et, sans rien dire, rien demander en |

paroles, restent là jusqu'à ce qu'on vienne à leur secours. M. Hepburn dit que des Indiens lui ont apporté de la viande, à laquelle ils n'avaient pas touché, bien qu'ils n'eussent pas mangé depuis trois jours. Ils font des cachés où ils renferment leurs provisions, de façon que les loups ne les mangent pas. Si vous êtes pressé par le besoin, ils ne trouvent pas mauvais que vous

preniez ce qu'il vous faut, mais sais choisir les morceaux ; car, |

disent-ils avec raison : l'homme qui a faim prend ce qu'il trouve sans choisir. Ne pas recouvrir le caché est également considéré comme une p:uve de mauvais vouloir.

Ils battent leurs femmes d'une façon épouvantable, surtout s'ils sont ivres ; la femme s'en venge par des injures. Leur télé graphie pendant la chasse ou la guerre se fait au moyen de!

feux, dont on ne voit que la fumée ; un Indien reconnaît la dis Lu

tance par la couleur de la fumée. Dans les bois, des branche}

tournées dans une certaine direction, des marques placées dan | 1

un certain alignement, indiquent des cachés, des routes prises |

— Après diner, longue conversation sur le Canada ; rien n'est

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