‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 20 sur 53 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

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et ne croit à rien de ce que je lui crie sur les égards dus à cet instrument. Ma foi, tant pis! advienne que pourra. Ce soir, et pour la première fois, le capitaine, se trouvant un peu mieux, réunit équipage, et fait la prière sur le pont. Il commence à faire froid, mais je m'en tiens à une simple couverture, pour ne pas me gâter. |

ét

7 aux. — 59° 57 —10° 22°. — Beau, mais calme. Je passe toute ma journée à préparer nos observations météorologiques ; malheureusement nous n'avons pas d'hygromètre. — Intéressantes histoires de MM. Hepburn et Smith sur les Indiens. Dans Les forts on donne souvent, pour ration du jour, trois charges de lusil. J’avoue que, pour le moment, je préférerais trois quarts de livre de pain. — Les ours bruns mangent les racines d'une espèce

: de luzerne dont les buffles viennent manger les feuilles. — Dans

ls gros os des buffles que les loups ne peuvent briser, on trouve, plusieurs mois après, une excellente moelle (de quoi nourrir cinq hommes dans un seul buffle). M. Hepburn raconte la chasse que les loups blancs donnent aux daims:; ils choisissent toujours le plus gros, le plus gras de l4 bande, soit qu'ils reconnaissent que le daim court moins facilement, soit que le loup soit gourmet (Analogie de Toussenel) ; il le poursuit souvent. St John Franklin et ses compagnons suivaient la chasse des veux, et, lorsque le daim rendu allait servir de proie à son meur-

«trier, ils arrivaient, et, chassant celui-ci, s’emparaient de la | chasse : il faut voir le bon M. Hepburn décrivant l'air piteux du | loup qui se retire à distance : on l'aurait à moins, du reste. Les

: loups gris, bien plus petits, n’attaquent pas les hommes; et on

«conserve, à fort Cumberland, le nom d’un individu, revenant

: de la pêche avec un traîneau couvert de poisson, les mains der-

rière le dos : Le loup lui donne un coup de tête; l’homme, sans

.se détourner, pousse un juron, croyant que ce sont les chiens :

ile loup revient, le jette par terre, lui laboure un peu les côtes, «tt, étant près du poisson, se bourre jusqu'à ce que les Cana-

26 J. R. BELLOT diens, avertis par les cris de l'homme, arrivent, et, n’ayant pas d'armes, chassent le loup à coups de fouet.

M. Kennedy fredonne des chants canadiens, et je lui fais chanter cette douce mélodie des rameurs de Saint-Laurent :

© Quand j'étais chez mon pére, Petit et jeune œillet, M'envoie à la fontaine Pour remplir mon eruchon.

Mon cri, da, turlalurette, Mon cri, cra, turlalura.

M'envoie à la fontaine,

Pour remplir mon cruchon ; La fontaine est profonde, Je m’ suis coulée au fond.

Par ici il passe

Trois cavaliers barons :

— Que donn'rez-vous, la belle, Pour qu'on vous tir” du fond ? — Tirvez, tirez, dit-eile ;

Après ca, nous verrons |

Quand la bell fut tirée, S'en vont à la maison; S'assit sur la fenêtre, Composant la chanson.

— (a n'est pas ca, la belle,

Que nous vous demandons ; C'est vot’ p'tit cœur en gage, Savoir si nous l'aurons.

— Mou petit cœur, dit-elle, N'est pas pour un baron, .

Car mon père le garde Pour un joli garcon.

mme

Un garçon de la ville, Un pêcheur de poisson.

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— Oh! dites-nous, la belle, Quel poisson y prend-on?

— Si l'on prend de la carpe, Si l'on prend l'esturgeon, On n'y voit pas ces filles Qui trompent les garçons.

Je copie les instructions données à M, Kennedy par ces dames : elles sont entremêlées de prières ; je crois avoir deviné leur but : on a compris que c'était le seul moyen de lui rendre cette lecture attrayante.

8 aux. — 59° 19 N — 15° 40° 0. — Aujourd'hui dimanche, suivant l'habitude anglaise, rien à faire ; ce qui ne m’empêche pas de me renfermer dans ma chambre afin qu'il n'y ait point de scandale, et de travailler tout à mon aise, n’en sortant que pour aller aux offices que M. Kennedy récite dans l'entre-pori , illit un sermon. J'ai fait ce soir mon premier quart, de ui heures à minuit; je le ferai ainsi tous les jours; j'ai choisi celui-là parce qu'il me laisse ma journée libre.

9 aux, — 58° 50 —. 16° 27 O. — M. Kennedy me parle d'installer un pendule et des observations magnétiques; je lui

« demande avec quoi ; il me dit: «Nous installerons cela.»—Quelques bouteilles de porter sont restées du dernier voyage. Je me «rappelle l'histure du curé qui s’excusait d’avoir du café pen- “dant le blocus continental en disant qu'il le brülait, et je de- : mande la destruction du liquide prohibé; il me faut bien arroser [mon premier quart! Du reste, nous aurons ainsi définitivement srompu les liens qui nous retenaient encore à l'existence de Sar- :danapale des hommes de la terre.

10 six. — 57° 47 N—18° 450. — Décidément notre pe-

jte goëlette est le plus mobile des bateaux que j'aie vus. — Je sue plaignais dans le principe des dimensions exiguës de ma

conchette, mais elle est encore trop large, car elle à deux pieds,

et date les mouvements désordonnés et même déraisonnables du Prince-Albert, je ne fais que rouler de la planchette contre la muraille et réciproquement.

Heureusement j'ai fait baisser une étagère qui avance en saillie de la muraille, et n'est élevée que de huit pouces au-dessus du lit, et je puis m'y coincer et rester un peu tranquille. Je me réveille, par exemple, toujours brisé, car, pour commencer mon apprentissage de voyageur, je n'ai voulu prendre qu'un matelas de huit centimètres d'épaisseur, juste assez pour dire que je ne dors pas sur les planrhes, et seulement une couverture de laine. M. Kennedy est malad», et j'ai ln ce matin les prières et la Bible à l'équipage.

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