‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 48 sur 53 · LETTRE A M. LE MINISTRE DE LA MARINE · texte numérisé non relu

LETTRE A M. LE MINISTRE DE LA MARINE

Aberdeen, 15 mai 1851.

Monsieur le ministre.

Grâce au bienveillant accueil que vous avez fait à ma demande, et à l’empressement avec lequel la direction du personnel a bien voulu m’expédier, j'ai pu, quatre jours après la réception des lettres de lady Franklin à Rochefort, me présenter chez cette dame et à l’Amirauté à Londres.

L'exposition franche et sans restriction des privations qui nous sont réservées à bord de la goëlette de quatre-vingt-dix tonneaux le Prince-Albert, devait m'avoir décuuragé, pensaiton, et l’on ne comptait nullement sur mon arrivée. Mais eût-il été possible à un officier français de *eculer parce qu’on lui faisait entrevoir quelques dangers, que je n’eusse plus hésité ayant votre approbation, monsieur le ministre. La vue de cette noble douleur, de cet infatigahle dévouement, qui ne laissent à lady Franklin aucun repos, ferait naître le courage et l’enthousiasme là où il ne seraient point!

J'ai dit, monsieur le ministre, et à lady Franklin et aux membres de l'Amirauté, combien vous aviez cru témoigner de vos sympathies pour la marine anglaise et les hardis navigateurs qu’elle regrette en permettant à l’un de vos officiers de se joindre à cette expédition.

L'amiral sir R. Beaufort, chef du dépôt des cartes ; le capi-

à satis-

NE

| ma de- | personaprès la présenter

ions qui ingt-dix pensaitis eût-il

lui faité ayant te noble t à lady usiasme

x memde vos gateurs de se

e capi-

VOYAGE AUX MERS POLAIRES. 109 taine de vaisseau Hamilton, secrétaire perpétuel de l'Amirauté ; M. Trotter, M J. Barrow, fils de l’illustre savant de ce nom, n'ont cessé de me combler de prévenances et de délicates attentions, dont je dois naturellement renvoyer l'honneur à luniforme et aux sympathies que je représentais.

Le premier lord de l’Amirauté, sir E. Baring, et l'amiral Dundas, ont désiré que je leur fusse présenté, an de remercier notre marine dans la personne d'un de ses membres les plus humbles, des efforts auxquels elle vient s'associer.

Lady Franklin voulait couvrir les dépenses de mon séjour à Londres et à Aberdeen, ainsi que de mon équipement; mais, bien que mes allocations de route fussent insuffisantes, j'ai fait immédiatement connaître la position toute désintéressée que

J'entendais prendre dans cette expédition, la seule position,

monsieur le ministre, qui puisse répondre à vos intentions et à la dignité de mon caractère à bord du Prince-Albert.

Ne sachant ce qui a été publié en France sur les recherches déjà faites, je joins à ma lettre, monsieur le ministre, une rapide esquisse des campagnes précédentes. Je ne résiste même pas au plaisir de vous transmettre les extraits de deux journaux anglais où se trouve une appréciation bienveillante de notre participation.

Me permettrez-vous, monsieur le ministre, de vous demander la prolongation du payement à ma famille de la délégation d’une partie de ma solde que j'ai demandée le 8 mai? J'ose compter sur cette faveur, et vous prie, monsieur le ministre, d’agréer l'expression de mon plus profond respect.

22 ma. — Nous venons de mettre à la voile pour les iles Shetland, et je reprends ma lettre pour vous rendre compte, monsieur le ministre, des deux nouveaux hommages qui viennent d’être rendus à notre marine. M. Arthur Thomson, vice-

consul de France, et un des plus riches banquiers d’'Aberdeen, sachant que je partais aujourd’hui, a fait pavoiser le consulat. Les chaleureuses paroles que M. Thomson m'avait fait entendre déjà sur son dévouement à nos intérêts, son affection pour notre marine militaire, et cette nouvelle politesse, m'imposaient le devoir de l'aller remercier.

D'après les ordres de lady Franklin, le pavillon français a été hissé en même temps que le pavillon anglais à bord du Prince- Albert, en signe d’une sympathique union, que la population d'Aberdeen, accourue sur les quais, a saluée de ses bravos et de ses hurrahs.

Enfin l’Amirauté anglaise vient d'écrire aux capitaines de tous les bâtiments de guerre dans les mers du nord pour me recommander à eux d’une façon spéciale.

Page 1