‹ Journal d'un voyage aux mers polaires [microforme]Chapitre 9 sur 53 · RU OS · texte numérisé non relu

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JOSEPH-RENÉ BELLOT. xAI chées par les différents dogmes, des pratiques commandées par les différents cultes.

Après l'amitié et le sentiment religieux , voyons se développer une autre vertu, l'intrépidité. Voici en quels termes Bellot annonce à sa famille, dans une lettre du 1‘ juillet 1845. qu'il a été blessé dans l'expédition digée contre Tamatave :

«Je viens encore, mes bons amis, de passez par une nouvelle épreuve dont je me suis tiré avec beaucoup de bonheur, J'ai enfin reçu le baptême du feu. Je crains que les lettres adressées par notre commandant au ministère ne soient arrivées en Europe avant les nôtres et n'aient jeté l'alarme dans nos familles. Hâtez-vous donc de vous rassurer, el rappelez-vous que j'ai une bonne étoile qui ne n'abandonne pas. J'ai seulement payé une légère partie de ma dette au pays, en arrosant de quelques gouttes de sang la terre ennemie de Madagascar. Oui, mes bons amis, j'ai été blessé, mais trop légèrement pour que vous puissiez concevoir les moindres craintes; j'ai reçu une balle dans la cuisse, je n’en parle que pour mémoire; car le jour même de la bataille, l'extraction a pu avoir lieu. et dans quinze jours tout au plus je chercherai peut-étre la cicatrice de ma blessure. » Il passe ensuite au récit de l'affaire de Tamatave et s'occupe surtout d’exalter la bravoure de ses camarades. Quand il arrive à ce qui le concerne personnellement, voici en quels termes il raccnte le fait :

« Chargé, sous les ordres d'un oflicier, de diriger le feu de nos deux pièces de campagne, j'étais parvenu à les faire hisser sur le plateau extérieur ; presque tous les hommes qui les servaient étaient blessés ; aussi pointa's-je moi-même une de ces pièces quand je reçus dans la cuisse une balle que m'envoyait un individu qui, à la tête de plusieurs autres, fondait sur nous; je pus me relever et tirer sur mon agres-

KxIr JOSEPIH-RENÉ BELLOT.

seur deux coups de pistolet; d’autres tirèrent en même temps que moi ; qui de nous fut le plus heureux ? je n'en sais rien; toujours est-il que le drôle tomba par terre et fut immédiatement sabré. Dans la position inclinée où je me trouvais, la balle, au lieu de pénétrer perpendiculairement , suivit la direction de la cuisse et n’attaqua que les chairs; je n'ai souffert que pendant l'extraction, à cause des irrégularités et des saillies de cette balle, »

Après avoir énuméré les morts et les blessés, il ajoute :

« C'est une épreuve dont je ne crois pas m'être trop mal üiré; je savais bien que. dans le cas où j'aurais eu peur, l’amour-propre et le sentiment du devoir ne m'auraient jamais abandonné: mais je suis enchanté d'avoir passé par là. »

Dans la partie de son journal relative à cette affaire, Bellot est encore plus laconique au sujet de sa blessure , et c'est à peine s’il en dit un mot dans une charmante lettre qu'il écrivit à M. de Lescure à l'occasion de cette attaque. Je ne trouve non plus nulle part, n1 dans son journal, ni dans ses lettres originales, ni dans celles dont j'ai des copies, aucune mention de l'acte de dévouement qu'il avait accompli au mois d'avril 1845, en contribuant, dans une embarcation du bord, à sauver au péril de ses jours un homme tombé à la mer. Voici pourtant ce qu'écrivait M. le capitaine de vaisseau Romain-Desfossés, commandant la station de Bourbon, au ministre de la marine, en lui rendant compte de la belle conduite de Bellot dans cette dernière circonstance :

« Son poste est partout où il y a un bon exemple à suivre et un danger à braver; il n’a donc fait ici que son devoir! mais, néanmoins. je saisis cette occasion de le signaler particulièrement à Votre Excellence comme un élève tout à fait digne d'estime et d'intérêt. »

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JOSEPH-RENÉ BELLOT. NOT

Le silence de Bellot à ce sujet ne m'étonne du reste en aucune facon : ce n'est pas seulement par modestie qu'il n’en parle pas ; mais 1f lui a paru si simple et si naturel d'exposer sa vie pour sauver celle d'un autre homme, qu'il n’a pas eru devoir en dire un mot: c'est un trait de caractère, et voilà tout.

Quant à son fait d'armes, il ne fut pas moins hautement apprécié par ses chefs; car, sur leur proposition, il fut promu élève de première classe le 1” novembre 1845 et nommé chevalier de la Légion d'honneur: le 2 décembre de la même année ; il n’avait pas encore vingt ans.

On sait que Bellot était embarqué sur la corvette le Berceau. destinée, hélas ! à périr corps et biens à' la fin de cette campagne. Ce n'était pas là que notre cher et illustre compatriote devait trouver la mort. Dieu lui réservait encore des actes de dévouement à accon@lir, des périls à braver, de la gloire à conquérir! Il quitta le Berceau pour passer à bord de la frégate commandante la Belle-Poule. où il fut attaché à la Mujorité de la station, choisi en qualité d'aide de camp par M. Romain-Desfossés, et chargé spécialement du service des signaux. « Bien que très-assujetti par ce service, nous dit M. Chassériau, dans la notice qu’il a publiée dans le Moniteur. service qui commande autant de vigilance que de précision. il trouva le temps de professer à bord de la frégate un cours de géométrie et de navigation pour tous les marins qui, se destinant à commander au commerce , auraient à satisfaire. au retour, à l'examen théorique et pratique exigé par les règlements et ordonnances de la marine. »

On voit que les avertissements et les réprimandes qu'il s'était infligés à lui-même à la fin d'octobre 1844 avaient porté leur fruit: la volonté avait définitivement triomphé de loutes les tentations. et. grâce à la constance de ses résolui-

XXIV JOSEPH-RENÉ BELLOT

tions, le jeune aspirant était devenu non-seulement un officier imtrépide et exact dans son service, mais encore un homme instruit, laborieux et distingué. Reçu dans la famille de M. Bonnaudet, qui habitait la ville de Saint-Denis à l'île Bourbon , 1l s'était fait aimer de tous et était bientôt devenu comme un des enfants de la maison. La lettre qu'adressait M. Bonnaudet, le 25 avril 1846, à M. et à madame Bellot, pour leur témoigner toute l'estime et toute l'affection que leur fils lui avait inspirées, est vraiment très-touchante, et prouve autant en faveur de celui qui l'a écrite qu’en faveur de celui qui en était l’objet. Il n'y a que les honnêtes gens, que les âmes bien situées, qui se devinent ainsi réciproquement en se rencontrant sur le chemin de la vie, qui se laissent aller tout d’abord, et dès la première parole, à l'attrait sympathique et mutuel qui les entraine ; une parole suffit en effet quand on reconnait en elle le moé d'ordre du cœur.

Faut-il citer encore ce que M. Romain-Desfossés, au moment où il quittait la station pour rentrer en France, écrivait au ministre, en signalant Bellot à son attention? « C’est l'élève le plus distingué de la station par sa haute intelligence, son caractère, sa tenue ; il est bon à tout et plein d’ardeur à tout faire ; supérieur de tous points à son âge et à sa position. »

Bellot ne resta que fort peu de temps à Bourbon après le départ de son commandant; il revint en France pour passer son examen et être promu presque aussitôt, c'est-à-dire le 1* novembre 1847, au grade d’enseigne de vaisseau ; il avait vingt ans et demi.

C’est en cette qualité qu'il embarqua d’abord sur la Pandore pendant quelques semaines, puis sur la corvette la

Triomphante, qui, le 25 juillet 1848, appareilla pour la Plata #8

et l'Océanie.

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Je ne saurais mieux faire, en ce qui concerne cette campagne, que de citer textuellement l'excellente notice de M. Chassériau. Le journal que Bellot doit avoir tenu à cette époque ne faisait point partie des papiers que j'ai eus entre les mains, et les lettres adressées à ses parents sont exclu sivement relatives à des affaires de famille.

« Pour la première fois, dit M. Chassériau, il eut à commander le quart. c'est-à-dire à diriger, pendant un temps le bâtiment, d'après la route donnée par le capitaine. Si son expérience laissait d'abord à désirer, il ne tarda pas à inspirer toute confiance au commandant aussi bien qu’à l'équipage, toujours si prompt à juger la main qui dirige et la voix qui commande.

« Pendant la campagne, Bellot fut successivement chargé de commander la compagnie de débarquement et la batterie de la corvette. S'appliquant avec l’ardeur la plus soutenue à l'étude de tout ce qui se rattache à ces importants détails, il mit aussi le soin le plus scrupuleux à bien former ses subordonnés, afin d’être plus sûr de s’en faire toujours comprendre et obéir.

« Le L‘ janvier 1850, M. le capitaine de frégate Sochet, commandant la Triomphante, après avoir loué le caractère et la conduite de Bellot, disait au ministre : « Il travaille toutes «les matières qui se rapportent à la marine. Il a une intel- « ligence qui fait espérer dès aujourd’hui un oflicier distin- « gué. »

«MM. les amiraux Vaillant et Laplace, qui ont successivement exercé les fonctions de préfet maritime dans le troisième arrondissement (à Rochefort), se sont plu à donner à ce jeune officier de tant d'espérance les notes les plus favorables et les mieux méritées.

«La Triomphante opéra son retour à Rochefort le 25

xxVI JOSEPH-RENÉ BELLOT. Ë août 1850, et, le 20 septembre, Bellot, débarqué de la cor- À racté vette. fut attaché à la compagnie de dépôt. » D M.L C'est dans ce voyage de retour, en revenant de Monte- D Gabli video, que Bellot se trouva à bord avec M. Xavier Marmier. F sion h Ces deux esprits distingués et éclairés se comprirent bientôt, À avait et l’on verra plus loin, dans le fragment que M. Marmier a 4 dans | bien voulu me communiquer, quel souvenir l'écrivain voya- avait geur à conservé de son jeune ami. F froid. « Depuis l'époque de son débarquement jusqu’à celle de “ couver son premier départ pour les mers polaires, Bellot n’eut qu'une 4 son co seule occasion de naviguer : il fut chargé de conduire des # Les ob troupes à Cherbourg, sur un petit bâtiment de transport + prouver qu'il commanda pendant un mois. Cette mission, qu'il ac- É avec les complit de la façon le plus satisfaisante, et un congé d’un î liminair mois qu’il vint passer à Paris, en décembre 1850, furent les =" par les : seuls faits notables de sa vie, jusqu'au 19 mars 1851, date î méme ( de la lettre qu'il écrivit à M. le capitaine de frégate Sochet, Dre 185 pour le prier de solliciter pour lui, du ministre de la marine, ; cuments

l'autorisation de faire partie de l'expédition nouvelle que # Plusie: lady Franklin se préparait à envoyer à la recherche de son 6 ce parti. mari. ambition © méconnu

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A par les élé Ce ne fut point, comme on pourrait le croire, une sorte PM une grandi de coup de tête que fit Bellot en prenant la détermination 2 là position d'aller, après avoir fait ses premières armes nautiques dans M que la néc des contrées voisines de l'équateur. explorer les mers gla- EN famille no ciales sur une petite goëlette anglaise. Une lettre assez ca- le presque ab

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JOSEPIH-RENE BELLOT. XX VILractéristique qu'il écrivait à un de ses amis les plus intimes, M. Luneau, quelque temps avant ses premières démarches,

établit d'une manière bien positive que cette pensée d'excur-

sion hyperboréenne, loin d'être une improvisation soudaine,

avait dû mürir dans son cerveau. Il lui disait en effet que,

dans la prévision de son voyage dans les pays arctiques, il

avait voulu habituer à l'avance son corps à supporter le

froid, et que, pour ce faire, il avait couché tout l'hiver sans

couverture. Du reste, il ne s’était point borné à préparer

son corps à ce voyage, il y avait aussi préparé son esprit.

Les observations et les citations contenues dans son Journal

prouvent suffisamment qu'il s'était familiarisé dès longtemps avec les régions aretiques, par de nombreuses lectures préliminaires des relations de voyages aux mers polaires, écrites

par les navigateurs anglais, et par l'étude des cartes. Il Ya même tout lieu de croire que son voyage à Paris, en décembre 4850, avait eu pour but l'achat des ouvrages et des do-

cuments relatifs à ces contrées.

Plusieurs motifs se réunirent pour décider Bellot à prendre ce parti. Certes, le sentiment de la gloire, une légitime ambition, une sorte de conscience de sa valeur exposée à être méconnue s’il se bornait à rester à son rang et à faire simplement son service comme un officier ordinaire, enfin cet attrait,

) cette sorte de fascination qu’exercent les dangers sur cer-

taines âmes fortement trempées, pour lesquelles tout péril

“1 semble une sorte de défi porté à l'homme par la nature et par les éléments ; certes, dis-je, tous ces sentiments eurent

une grande part dans sa détermination. Mais, si l'on considère la position et le caractère du jeune officier, on reconnaîitra que la nécessité de venir en #ide d’une facon efficace à une

| famille nombreuse et tendrement chérie, et l'impossibilité presque absolue de s'endormir dans la vie sédentaire d’une

NXVII JOSEPH-RENÉ BELLOT

ville de province, contribuèrent surtout à le jeter dans cette . 8 pile, périlleuse entreprise. À héch

IL y avait, à l'époque où Bellot eut l'idée de partir pour les M jitnd mers polaires, vingt et un officiers de son grade (enseigne 3 ginatio de vaisseau) sans emploi ; 1l ne voyait guère de chances 4 vages ti de prendre la mer avant un assez long espace de temps, # insipide car il était primé par treize autres enseignes sur la liste 4, d'embarquement. Ses sœurs et son frère grandissaient, le Man au temps n’était pas éloigné où les faibles appointements de 4 sembler son grade ne sufliratent pas pour pourvoir à l'éducation de Ærait vu ces enfants aimés, dont il se regardait comme le second 1 et les pa père, pour subvenir surtout à l'instruction de ce frère à qu'il "Combien voulait, non-seulement laisser de bons exemples à suivre, ©" Mecpaiti mais encore fournir par de bonnes études le moyen de se "poor. ba

préparer à une profess‘on libérale et considérée. I fallait oi ic q donc chercher un moyen de se distinguer, d'attirer sur son ion de (

nom une attention qui se porte sur ceux-là seulement qui la Pos loisirs sollicitent activement, ne pas attendre son avancement de L. herché « l'ancienneté et forcer une fois au moins le choix à être l'arrêt 1 ébordait de la plus éclatante justice. © Bell Qu'on songe enfin à la vie qu'était obligé de mener à Ro- = chefort cet ardent jeune homme, à l'esprit actif, à l’imagination vive et féconde, à l’âme impressionnable et aussi accessible à l'ennui du désœuvrement qu'à l'enthousiasme du péril. Or, que peut faire un jeune officier de marine célibataire employé dans un port? Quand il a fini son service, qui lui prend généralement un petit nombre d'heures chaque jour, assisté aux repas de ‘à famille, il lui reste encore un temps fort long à dépenser, soit au travail, soit dans les salons des quelques personnes de la ville qui reçoivent, soit au cercle, soit enfin au café. Le travail souriait assurément beaucoup à Bellot, à cet esprit curieux, à cette intelligence

ans le m BUL pu lui peine de |’ était la d amment h omme s'il rille, Du ombreusel Lar, :l fau u danger, l'esprit pr mblés, éts

JOSEPH-RENÉ BELLOT. NX facile qui ne trouvait rien de trop ardu ; mais l'étude calme, " réfléchie des sciences connues, dans le silenre et dans la

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pour les solitude de la chambre, ne convenait pas à l'homme d'ima-

nseigne M gination, avide de mouvement et d'inconnu; les breuchances Æ vages tièdes de l'enseignement des livres devaient paraitre

: temps, Ja liste aient, le 4 ments de cation de e second re à qui il à suivre.

M insipides à ces lèvres ardentes, dont la soif s'était d'abord abreuvée des liqueurs les plus âpres de l'étude, en pui- Lsant aux sources vives de la nature! Combien devaient lui "sembler froides les descriptions des voyageurs, à lui qui

“Combien de secrets cet univers si vaste et si varié ne lui cachait-il pas encore! Un seul travail eût été possible pour yen de Se ÆMBellot, la science à transmettre à son jeune frère, si celui-ci M fallait eût été d'âge à recevoir cet enseignement. Alors il y a tout er sur son lien de croire que, trouvant là une occupation pour tous sent qui là ses loisirs, un moyen de dépenser son activité, il n'eût pas cement de cherché d'autre emploi de cette surabondance de vie qui être l'arrêt ébordait.

Bellot n'était point un homme de salons ; il allait peu ans le monde, où, pourtant, le charme de sa conversation ut pu lui valoir des succès, pour peu qu'on se fût donné la aussi a€- Mipeine de l'apprécier. Le seul plaisir qu'il aimât avec passion.

siasme du "était la danse; mais il ne s'y trouvait pas lui-même sufliarine céli: “Bamment habile ; la petitesse de sa taille semblait le gêner, pn service, MMÆomme s'il eût craint qu'elle ne ressortit trop dans un quares chaque rille. Du reste, les occasions de danser n'étaient pas très-

encore Ui =MRombreuses, et souvent il les laissait échapper par timidité.

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ans les St Æar, 11 faut l’avouer, cet homme si intrépide en présence ent, soit a Mu danger, cet homme à la pensée hardie, à la parole facile. assurément l'esprit prompt et toujours présent devant des hommes asntelligenct mblés, était d'une modestie excessive en ce qui concernait

JOSEPH-RENÉ BELLOT

XNX sa renommée, et d'une timidité pleine de réserve auprès des femmes, pour lesquelles il professait aussi une admiration et un respect vraiment chevaleresques.

Quant à la fréquentation des cercles et des cafés, il faisait tous ses efforts pour l'éviter. Son bon sens et le sentiment de ses devoirs envers sa famille, envers lui-même, envers la ville qui l'avait adopté et que, du reste, il aimait et tenait surtout à honorer, à illustrer par sa conduite et ses travaux, tout se réunissait pour lui faire comprendre les dangers de celte vie de café, véritable fléau des villes de province. On

est d'abord attiré au café par le plaisir d'y rencontrer quel- 8

ques amis, des camarades dont on aime la conversation. Les premières fois, on y reste une heure ; on boit un verre de

bière, on cause. Puis insensiblement on prolonge ses séan- #

ces ; on remplace la conversation par le jeu, la bière par les liqueurs ; ce qui n'était d’abord qu'un passe-temps devient bientôt une habitude, puis un besoin, souvent une passion

wrésistible. L'argent qu'on y perd, qu'on y dépense, est de | peu d'importance , si on le compare au prix du temps et de } l'intelligence qu'on dissipe. « Le temps est de l'argent, » |

disent les Anglais, dans leur langage positif; mais l'esprit, les facultés intellectuelles, ne sont-ils pas aussi un capital pour ceux-là qui, après avoir eu la peine de naître, comme

dit Figaro, out encore celle de gagner leur vie par leur travail? Car cette vie de café dans laquelle s’abrutissent les trois

quarts de la population intelligente ou soi-disant te!'2 des

villes de province, cette vie de quatre à cinq heures par jour À au milieu d'une atmosphère malsaine et d’une température de trente-cinq degrés, est encore plus nuisible à la’ santé de 4 l'intelligence qu'à celle du corps : si le corps s'énerve, la pen-B sée s’obscurcit, le cerveau devient stérile, l'esprit s’abôtit À

le cœur s'émousse, la sensibilité se perd dans ce milieu où$

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la vie intellectuelle et spirituelle suspend en quelque sorte ses fonctions. Heureux encore les hommes à imagination vive et à âme ardente, si les jeux de hasard, essayés d'abord

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nvers la 1 bante des passions, celle qui, par la perspective de la facilité st tenait du gain, conduit bien vite au dédain, au mépris, à la haine travaux, du travail !

ngers de Bellot avait compris ces vérités, et ilse tenait en garde ince. On contre toutes les séductions du désœuvrement; 11 voulait rer quel travailler, mais il sentait qu'à l'intrépidité de son cœur il tion, Les fallait la lutte, qu'à l’activité de son imagination 1l fallait verre de Mile spectacle des grandes scènes de la nature, qu'à toutes ses facultés, enfin, il fallait le voyage à travers des pays nouveaux, ‘inconnus. D'ailleurs, n'était-il pas né essenliellement, passionnellement, voyageur. comme me le lisait hier Toussenel; ne devait-il pas se sentir fait pour marcher sur toutes les terres, pour causer avec tous les habitants de ce globe, ce jeune homme que la Providence semblait avoir doué tout exprès d'une incroyable facilité s l'esprit, | \ our comprendre et pour parler toutes les langues; ce jeune e capital Iomme qui avait appris, presque sans le Secours d'aucun comme Maitre, quatre langues, et qu'on a entendu, à Paris, soutenir n même temps quatre conversations dans ces quatre lanjues? « Je ne sais pas le russe, disait:il à M. Luneau, avant le partir pour son dernier voyage ; je m'arrangerai, dans ette expédition, de façon à l'apprendre avec les baleiniers. » Ce que j'ai déjà dit de l'âme, du caractère, de l'esprit de ellot, suffit à faire comprendre que son imagination se soit xaltée à l'idée des écueils et des périls dont est semée la naligation dans les mers arctiques, que son cœur ait été probndément touché au récit de l'admirable dévouement de

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cette épouse héroïque, de cette sublime lady Franklin, dont la conduite sans exemple dans les fastes de la piété conju- M encore qu gale est l'honneur de toute une époque et de toute une na- Voici ce q tion. Dans son projet de coopération aux voyages organisés un de ses pour la recherche de sir John Franklin, le jeune homme vit MS la femme 4 non-seulement une occasion de se dévouer à une sainte œu M « Je tror vre d'humanité, mais encore il comprit que cette association Mpressemen d'un Français à une pareille entreprise était une première | l'on me cr application des grandes idées d'union internationale qu'il Mtion du per commencait à pressentir dès l’époque où, encore presque je éprouvé | enfant, il avait combattu pour ainsi dire sous la même ban-! nicre que les Anglais à l'affaire de Tamatave. lement dét Bellot trouva dans lady Franklin un cœur qui le compri Ê sement Sup] tout d'abord, et c'est vraiment chose remarquable et digne projets « de fixer l'attention des psychologues, que cette affinité, cetteMSfhaleur enfi communion soudaine qui s'établit entre ces deux âmes, toutes Muis l'objet, deux si profondément pénétrées de la religion de la famil'e MMévoucment l'âme de cette femme d'élite qui avait élevé l'accomplissement@Æ C’est mer: d’un grand devoirjusqu'à l'héroisme, de cette épouse qui conte partout sacrait sa fortune, sa vie tout entière à la recherche de sonile tous côtés rari ; l'âme de ce jeune officier qui, animé par la tendresslestie que lu tiliale, par l'amour fraternel, voula’t demander la gloire pouordiale bien son nom et le bien-être pour sa famille à des fatigues sans prérancais, de | cédents, à des périls inconnus! Il faut lire la correspondance Londres à ] échangée entre eux pour comprendre, pour apprécier Loutéfon universel l'estime que lady Franklin devait avoir et avait pour le cine française ractère généreux qui venait ainsi se mettre à son service. Bent sa déco Aussitôt que lady Franklin eut vu Bellot, eut causé quelMt'un. — C'es ques instants avec lui, l'estime se confondit avec l'amitié, cMMaisseau qui a bientôt cette femme supérieure éprouva pour lui une sortMon qui part I d'affection maternelle, qu'il lui paya bientôt en tendresse vérfanin de couri tablement filiale : ils se comprirent en sé voyant bien mieuBéstrais beauc. omme, perme

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JOSEPH-RENÉ BELLOT

encore qu'ils ne l'avaient fait dans leur échange de lettres. Voici ce que l'entreprenant voyageur écrivait de Londres, à un de ses amis, le 10 mai 1851, après deux entrevues avec la femme de l'illustre navigateur.

« Je trouve à l'Amirauté, comme chez lady Franklin, l'empressement le plus cordial ; on ne comptait pas sur moi, et l'on me croyait bien certainement découragé par l'exposition du peu de confortable qu'offre le Prince-Albert. Eusséje éprouvé la moindre hésitation, el vous savez combien j'en étais éloigné, que l'entrevueavec lady Franklin m'eût irrévocalement déterminé à partir. Cette noble douleur, si courageusement supportée, cette infatigable ardeur dans la poursuite

XxxHt

He projets que beaucoup regardent comme désespérés, la

haleur enfin des remerciments et des:sympathies dont je suis l’objet, viennent redoubler mon enthousiasme et mon évouement à cette sainte entreprise. »

C'est merveille, du reste, de voir la réception qui lui est aite partout où il se présente, les sympathies qu'il rencontre le tous côtés sur son passage et l’étonnement ; .em de mo- Jestie que lui causent tous ces honneurs. Il est l’objet de la ordiale bienveillance des Anglais, de l'encouragement des rançais, de la curiosité de ces hommes de toutes les nations,

Londres à la même époque, en mai 1851, pour l'exposion universelle. « Quel est donc ce jeune officier de la mane française, à la tournure décidée, qui porte si gaillarderent sa décoration précoce ? demande Jules Janin à quel-

Qu'un. — C'est, lui est-1l répondu, M. Bellot, l'enseigne de

aisseau qui a demandé à faire partie de la nouvelle expédifon qui part pour la recherche de Franklin. » Et aussitôt anin de courir après lui et de lui dire : « Ma foi. monsieur, je ésirais beaucoup vous connaitre; vous êtes un brave jeune omme, permettez-moi de vous serrer la main.» —« Je l'aimai

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