CHAPITRE SEPTIEME
^acré Collège, — Les chapelles papales et cardinalices. — Costumes et <2érémonies Les sermons Pie YH Statistiques. — Les prêtres séculiers, les religieuses, les religieux. — Les collèges et séminaires — Consé-
<3ration d*un évêque Les quêteux Le froid à Kome. — Dîner chez le
Secrétaire d'Etat LTne bordée de neige. — Fête de la Chaire de S.
X^ierre Conférences ecclésiastiques Le Ghetto. — La première Gom-
xnunion au Collège Romain La lenteur romaine.— Les hôpitaux. —
T.'roisième audience du Pape. — Le carnaval. — Derniers adieux.
Décembre. — Le Sacré-Collège se compose de trois ordres de iinaiix, savoir celui des évêques au nombre de six, celui des très au nombre de 54 et celui des diacres au nombre de 15, en b 75 ; mais ce total n'est jamais complet. En ce moment, il n'y Eis moins de 15 chapeaux vacants.
între les cardinaux de l'ordre des prêtres, il s'en trouve beaup qui sont revêtus du caractère épiscopal, et dont les uns L plissent des légations au dehors, les autres des évêchés, de e que ce n'est que le plus petit nombre qui résident à Rome, l y en a même qui vivent et meurent sans y être janiais venus. f^ sont ceux que le Pape élève au cardinalat à la demande des verains étrangers et auxquels il envoie la barrette ou le bonnet ^4 rouge par un ablégat, qui fait le voyage exprès, et reçoit r l'ordinaire un présent considérable du cardinal vers lequel été envoyé.
• — Entre les cardinaux diacres, il s'en trouve qui n'ont pas ore reçu le diaconat, mais qui demeurent tonsurés ou dans les res mineurs, en vertu d'une permission particulière du Pape,
qui commence, dit-on, à se lasser de la donner et veut que désert ^" maïs quiconque sera appelé au cardinalat reçoive sans délai, s'il ^^^^ l'a déjà, Tordre sacré exigé par son titre. Ce titre est une des égli^ ^^ de Rome. Il ne se donne pas aux cardinaux étrangers, non pL. "*^9 que le chapeau rouge, jusqu'à ce qu'ils soient venus en peraon recevoir l'un et l'autre du Pape. Les cardinaux prêtent un sertne spécial d'obéissance au Souverain Pontife, au moment qu' reçoivent la pourpre. Dans le cas d'inobservance de ce sermei ils sont destituables.
Les cardinaux qui ne sont que prêtres, officient comme évêques avec la chaussure et autres ornements pontificaux. Toir:»- «» sans excepté les diacres, ont l'usage de la mitre dans les proc^=^ sions où les évêques la portent. Tous ont également l'usage la bague, mais avant de la porter, ils sont obligés de donner collège de la Propagande une aumône de 75 scudis pour obtenir le droit.
9. — Les évêques, cardinaux ou non, ne montrent jamais croix pectorale à Rome, si ce n'est le jour do leur consécratic Hors de là, elle est cachée sous les habits, et l'on ne voit que chaîne ou le cordon d'or auquel elle est suspendue.
Un cardinal ne peut aller à pied dans la ville : il faut qa ^" soit en voiture fermée, avec deux laquais par derrière. Hors J-^^ murs il lui est permis de quitter son carrosse et de se mettre ^ pied. Sur cet article l'étiquette est très rigoureuse. Les voiture^ des cardinaux ont les essieux, les roues, le brancard de couleur rouge mêlée de quelques filets d'or. Les cordeaux, les honpes et pompons de leurs chevaux sont aussi rouges. Il n'y a rien de prescrit sur la couleur des voitures et des harnais dont se servent les évêques et les prélats ; mais elles doivent être fermées, et ce serait manquer à leur dignité que de paraître dans une voiture ouverte ou seulement revêtue d'un soufflet.
IL — Il est permis aux évêques et prélats de marcher dans les rues, mais à condition d'y être suivis d'un laquais. Par une suite de cette loi bizarre, l'évêque de Québec, qui ne voulait pas faire la dépense d'un laquais de profession, fut condamné à se faire
suivre par John. Il serait assez difficile de décider lequel avait I>lxa8 de honte, du maître ou du laquais, de se voir ainsi dans les ru ^8 l'un à la suite de l'autre.
18. — Les cardinaux . résidant à Rome, outre l'occupation que leiiT donnent les fonctions dont ils sont individuellement chargés et les assemblées fréquentes des congrégations dont ils sont noxubre, ont l'assujettissement d'assister aux chapelles soit cardina^lices, soit papales. On appelle chapelle cardinalice l'assemblée des» cardinaux qui se fait dans diverses églises de la ville, à certaiins jours déterminés, et où ils assistent quelquefois à la grand'- TOc^ese 8eulement,quelquefois à vêpres et enfin quelquefois à l'office dix eoir et du matin. La chapelle papale est la réunion des car- ^înaux avec le Pape pour célébrer le service divin, soit dans une ^Slîse, soit dans quelqu'une des chapelles des palais apostoliques. ^^^ le Pape demeurant pour l'ordinaire au Quirinal ou Monte ^^"vallo, il s'ensuit que c'est dans la chapelle de ce palais que se ^^\'t ordinairement cette assemblée, qui a lieu tous les dimanches ^^ r Avent et du Carême et aux fêtes sollennelles. C'est un appar- "^^Ttient d'environ 90 pieds de long sur 25 de largeur, ayant un ^^Mlautel surmonté d'un gradin, et d'un tableau eu tapisserie, qu^ ^^ange suivant les solennités et représente toujours le mystère ^ont on fait la fête. Le Saint-Sacrement ne se conserve pas dans <5ette chapelle. L'autel, qui doit servir de modèle à tous les autres, est couvert d'une nappe qui descend jusqu'à terre par leâ deux extrémités. L'autel a trois degrés et le sanctuaire deux. Le dernier de ceux-ci est du niveau du dernier degré du trône du Pape, qui est situé du côté de l'évangile et qui en a cinq, sans compter une estrade où portent ses pieds pour être baisés plus commodément. Le tour de la chapelle, qui avait été dépouillée par les Fran" çaîs, pendant leur séjour à Home, a été nouvellement décoré en dorure et peinture, sur un plan qui réunit l'élégance à la simplicité. Sur un mur tout uni, le peintre a eu l'habileté de former des pilastres avec leurs piédestaux, une architrave et une corniche, douze niches et l'image des douze apôtres, le tout exécuté d'une telle manière, qu'à moins d'une attention particulière, on croit
que ces différentes parties sont les unes saillantes, les autres r^^' '^^" trantes et de matiëre solide,
14. — Le chœur ou, si l'on veut, la partie de la chapelle qui -^ ^ trouve hors du sanctuaire, est bordé, des deux côtés, de bauca^^*^^ dossiers, revêtus de tapis. Celui du côté de Tépître est assez d£ -•i^ tant du mur, pour donner place à deux autres qui servent aiC-^-^^ évêques non assistants au trône pontifical, aux prélats, aux noti^^-^^^" res apostoliques, aux généraux et procureurs généraux d'ordreB^^^*®^* Les bancs revêtus sont pour les cardinaux. Au-delà de cette espk^^ ^^e de chœur, sont des bancs placés en amphithéâtre pour les princ^-^^^^^^ et ambassadeurs étrangers. Il y en a aussi pour les dames. (XH^Cidevant ils étaient environnés par une^rîUe, et Ton regarde coraiBCD^^*^® une innovation blâmable qu'ils ne le soient plus. Soit que la ch^ ^3apclle se tienne à Monte Cavallo ou au Vatican, la disposition e^ ^sst toujours la même.
Les cardinaux se rendent à la chapelle en carrosse, cliacu-»:^-*!'^ venant de chez soi, accompagné de leurs camériers et suivis dE^ de leurs laquais. Ils sont en violet dans l'Avent et dans le Carêmp^ -^=^6» et en rouge dans tout autre temps. Leur habillement consiste e/^^^^^ une soutane à longue queue, une ceinture à glands d'or, la mant^ -c*elette par-dessus le rochet, et la mozette par-dessus la mantelett^ -=^<^> enfin le chapeau rouge à trois cornes, galonné d'or tout autoici-^^^ et ceinturé d'un autre galon d'or au lieu de ruban. La calotte e^ ^^* rouge dans tous les temps. Arrivés dans la salle voisine de K^ ^* chapelle, ils déposent le chapeau pour prendre la barrette, et qui' -^^tent la mantelette et la mozette pour prendre la grande cap^ ^^» cappa magna^ rouge ou violette selon le temps, mais toujours d^^^® soie. Ce vêtement, lorsqu'il est tout abattu, vient battre au-devac^=^^* sur les boucles des souliers, et traîne neuf ou dix pieds par de»- ''rière, finissant en pointe. L'espëce de camail qui le termine paÉ^^*" le haut et dont le capuchon mou pend dans le dos et no se me^^^ jamais sur la tête, est de même étoffe et couleur que la cap^ ^ elle-même. En hiver, il est recouvert d'une fourrure blanche qi» ^ s'étend sur la poitrine et se termine par derrière en bordure d«^ capuchon. Le devant de la grande cape des cardinaux n'es^
rabattu que lorsqu'ils restent à leurs places. Toutes les fois qu'ils en sortent, ils la relèvent sur leurs bras, à l'aide de leurs camé- Tiers (car chacun a le sien devant lui sur une petite estrade), afin de marcher plus librement.
15.— Les évêques et prélats qui veulent aller à la chapelle se rendent aussi en soutane violette, rochet et mautelette, et chapeau noir à trois cornes. Les évêques ont un ruban vert autour du chapeau et les prélats un rubun violet. Ce ruban est rouge pour les prélats qui sont protonotaires apostoliques, du nombre des participants. Le^ uns et les autres, avant d'entrer à la chapelle, quittent aussi le chapeau et la mantelette, prennent une barrette ou petit bonnet carré noir et une cape de serge violette, de même forme que celle des cardinaux, dont la mozette rouge est également couverte d'une fourrure blanche en hiver. Il y a cette différence que leur cape est relevéepar devant jusque sous la mozette, et que la queue repliée en plusieurs doubles est liée en forme de boudin qui pend au côté gauche, et est assujettie de manière à ne pas descendre^lus bas que le genou ^. Dans toutes les cathédrales d'Italie, les chanoines sont habillés de même, lorsqu'ils assistent au chœur. Les évêques dans leurs diocèses ont aussi la grande cape de soie violette ; mais à Rome, la soie appartient exclusivement aux cardinaux.
Ce que l'on appelle prélats, en cour de Rome, sont des dignitaires inférieurs aux évêques, remplissant certaines fonctions publiques qui leur sont attitrées. On les appelle Monsignor. De ce nombre sont le Gouverneur de Rome, les Clercs de la Chambre, les Auditeurs de la Rote, les Consulteurs des différents tribunaux, les secrétaires des Congrégations, quand ils ne sont pas évêques, le Majordome, le Maître de Chambre, les cérémoniatires du Pape, ses prélats domestiques et camériers secrets, la plupart des
1 — Lorsqu'ils sont dans leurs cathédrales, les évêques portent la magna cappa déploj^ée. Ceux-là seuls qui sont assistants au trône pontifical ont droit à la soie, de même que tous les prélats, depuis les camériers jusqu'aux protonotaires. La soie appartient à la cour papale, et ils en font partie.
avocats coiisiBtoriaux, les juges du tribunal de révision, et 1^^ chanoines des églises patriarchales. La prêtrise n'est pas attackB.é€ à la prélature. Le très grand nombre des prélats romains n'o x^^ que la tonsure ou les ordres mineurs. Néanmoins ils sont célil:>A^ taires, et ei quelqu'un d'entre eux venait à se marier, il perdrait^ ^^ prélature ipso facto. Quelques-uns d'entre eux ont le pas, à ^* chapelle du Pape, sur les évêques non assistants au trône, c:^^»»^ pour ceux qui sont qualifiés assistants, qualité qui se donne ^^mJ^ un trîjs long bref sous l'anneau du Pêcheur, ils ne cèdent le p^^** qu'aux cardinaux et sont placés entre le trône du Pape et l'aut-^^^» au lieu que les autres sont en face de ceux-ci et derrière le ba- ^ "*^ des cardinaux diacres.
18. Il n'y a ni orgue ni autre instrument de musique à la chJ»- ^' pelle pontificale, en quelque lieu qu'elle se tienne, mais un grou W-^ d'excellents chantres dont les voix sont assurément préférables^ ^ des instruments. Ils chantent en plusieurs parties avec une hs^B. ^• monie qui ne laisse rien à désirer.
Lorsque l'heure de la messe est arrivée, et tout le monde ren«^^^^- ^ à la chapelle ou à l'église où le Souverain Pontife doit assister, ''^ célébrant, qui est le plus souvent un cardinal, sort de la sacrisC:^ ^® en habits pontificaux, accompagné d'un prêtre assistant qui c^ ^^ chanoine de S. Jean de Latran, d'un diacre chanoine de S. Pier»:^^» et d'un sous-diacre chanoine de S*® Marie-Majeure, et va s'assed^ "*'* auprès de la crédence, sur laquelle sont rendus et allumés d'avaa ^^^ deux cierges d'acoly thés, qui ne bougent de là que pour l'éva.- ^«^ " gile. Bientôt paraît le Souverain Pontife qui, après avoir dépc^^^ la mozette de velours rouge dans une autre sacristie ou chapel ^ ^9 y a été revêtu par-dessus son rochet, de l'amict, de l'aube, cei ^' turè, étole et chape. Ses bas sont de soie blanche, ses mules c^ii souliers de velours cramoisi bordé en or. Il a sur la tête une calot;- <^ blanche, et par-dessus, une mitre jaune qu'on ne change pas c3o toute .la messe. Dans les grandes solennités il paraît avec la tiar^i mais l'ayant déposée pour faire la confession, il ne la reprend plus. On la place sur le haut de l'autel du côté de l'évangile, et î^ se contente d'une mitre pour le reste de l'office.
fiG Pape sortant de la sacristie est précédé de la croix portée • le plus jeune des Auditeurs de Rote. Les deux Auditeurs
plus anciens marchent à ses côtîs, lui soutenant le coude L ne main et relevant de l'autre le devant de la soutane de soie
de la chape, qui autrement traîneraient par terre do deux ds. Viennent ensuite les deux premiers cardinaux-diacres L soutiennent le derrière de la chape ; enfin le sénateur portant
queue de la soutane. La marche est fermée par un garde "êtu de bleu, couvert d'un casque et armé d'un fusil et de la ►^-onnette au bout, lequel se tient dans l'angle du sanctuaire le lS voisin de la sacristie, où il demeure jusqu'à la fin delà gjse, n'ôtant son casque qu'à l'élévation pour se mettre à aoux et le reprenant aussitôt après.
Ce Pape ne porte ni gants, ni crosse. Dès qu'il est rendu près de l'autel, du côté de l'épître, il bénit, sans rien dire, les ax côtés du chœur, descend au bas des marches du sanctuaire, agenouille quelques instants sur un prie-Dieu, puis se relève commence lui-même la confession avec le célébrant qui s'est ::iu placer à sa gauche. Il n'a à droite qu'un maître des céré- ►nies à genoux, revêtu d'une soutane violette, d'un rochet et m surplis par-dessus.
tes deux cardinaux-diacres qui assistent le Souverain Pontife, t leurs grandes capes relevées et nouées, comme il a été dit de Lies des évêques et des prélats. Pendant la confession, îis se tinent debout derrière le Pape. Derrière eux sont les évêques distants au trône. Tous font la confession deux à deux. H en t de même des autres évêques, des cardinaux et des prélats, lacun en leurs places.
La confession finie, on ôte le prie-Dieu pour ne le rapporter a'à l'élévation. On met la mitre au Pape ; il monte au trône, jsisté des mêmes cardinaux qui s'asseyent sur des tabourets, et à \, gauche du second cardinal-diacre, le maître des cérémonies se ent debout sur le premier degré du trône. Le sénateur aussi ebout se tient à la droite du premier cardinal-diacre. Sur le ïcond degré, à la droite du sénateur, se placent les trois conser-
vateurs et le maître dés caparions. Tous sont en robes de soie noire ouvertes par devant. Le sénateur a de plus une lovMg^^ chaîne d'or qui lui pend du cou, et Tépée au côté.
Des que le Pape ept assis, les cardinaux, selon leur rang, parfc^^t de leurs places, traînant sur le plancher les longues queues ^^ leurs capes, et se suivant les uns les autres à la distance de 12 à 1 ôpieda. Chacun d'eux fait une inclination profonde d'abord à l'autel, puis au Pape, monte au trône, lui baise l'anneau, le sal ^t derechef, ainsi que les deux cardinaux assistants, pendant qa' *^n maître de cérémonies prend soin de la queue de sa cape, et la transmet à un autre, de sorte que le cardinal descendant <3u trône par le plus court chemin n'en est pas embarrassé. Lors^^ue le tour du premier cardinal-prêtre est arrivé, il s'arrête sar le trône pour présenter au Pape l'encens à bénir, et pendant q^iie l'on encense l'autel, les autres cardinaux continuent d'aller rend re hommage au Pape. C'est ce que l'on appelle aller à l'obéissaii <3e. Cette cérémonie terminée et l'autel encensé, le thuriféraire c^ui est aussi un des maîtres de cérémonies du Pape, en souta^ue violette, rochet et surplis, va saluer le premier cardinal-prêtre, qui est de retour à sa place, et l'ayant amené au pied du troue, lui livre l'encensoir. Celui-ci se met à genoux et encense le Souverain Pontife de trois coups, avec inclination profonde avant «t après, puis va rejoindre ses confrères, qui sortent tous de lei^ ^ places, forment un demi-cercle au milieu du chœur, pendant i»^^ f;^ le Pape lit V introït^ puis récitent avec lui le Kyrie^ etc. Ils revicj.»^- f ^. nent de même au Gloria^ au Credo^ au Sanctus et à VAgnus Déi, f ;- -., se retirant chaque fois, après avoir salué l'autel et le Pape. Kei* déplus majestueux que ces différentes marches et cercles des ^.^ cardinaux. Vous croiriez voir une assemblée de rois. Le livre Wi^^y et le bougeoir sont présentés au Pape par les deux premicn lî^^^ archevêques assistants au trône. La mitre est portée par lo doyen de la Rote. Les autres auditeurs du même tribunal viennent s'asseoir sur le dernier degré du trône, aussitôt après la récitation I ^ du Gloria in excelcis, et y demeurent soit assis, soit debout, jusqu'au Sanctus. Après eux et sur le dernier degré du sanctuaire, \\
ni le Maître du Sacré Palais dans son habit monastique (car st toujours un Dominicain), puis d'autres prélats, autant qu'il peut loger sur toute la longueur de ce degré jusqu'au mur du é de l'épître. Les autres se placent comme ils peuvent sur petits bancs préparés du côté de l'épître, en avant des évêques 1 assistants qui sont le long du mur. Les protonotaires partiants ne quittent pas leurs places, ils occupent un long banc médiatement derrière les cardinaux-diacres et devant les généi X d'ordres, et sont séparés des autres prélats dont on vient de "1er par une chaire ambulante placée à la tête du banc des dinaux-diacres et en face du Souverain Pontife, '^près la récitation du Gloria in excelsis, le premier cardinaltre remonte au trône et y occupe le troisième tabouret, car il a de fauteuil que pour le Pape. Le célébrant jusqu'à l'ofFer- 'e se tient au coin de l'épître, auprès d'un fauteuil sans dossier ; ît de là qu'il chante la collecte tourné vers l'autel, ayant der- •e lui le diacre et le sous-diacre. Lorsqu'il s'assied, il a la face ruée vers le chœur. Ceux qui l'assistent le laissent alors seul es lui avoir mis la mitre. Les ministres du livre, du bougeoir, la mitre, ainsi que le cérémoniaire se retirent entre l'autel et :îrédence ; le diacre et le sous-diacre vont s'asseoir à plat sur Premier degré, le dos tourné à l'autel ; le prêtre assistant s'y ce aussi entre les deux. Cette partie de la cérémonie n'est i élégante et nous la trouverions ridicule. Le sous-diacre baise ?ied du Souverain Pontife, lorsqu'il va lui porter le livre après ?ître. 11 en est de même du diacre, lorsqu'il va prendre la ssion avant l'évangile. Le premier cardinal-prêtre encense le pe debout, après qu'il a baisé l'évangile. Aussitôt après, paraît prédicateur ; il monte au trône, demande la bénédiction du pe, lui baise les pieds, vient à la chaire, fait de là la génuflexion Pape et commence à prêcher.
De sermon est toujours latin et ne doit pas durer plus de dix Qutes. Rarement excèdc-t-il cette longueur. Le prédicateur est igé de délivrer d'avance au Maître du Sacré Palais une copie son sermon. Pendant qu'il le débite, celui-ci le suit, pour voir
s'il ne commet pas quelque erreur en s'éloîgnant substantiellement de ce qu'il a écrit. Apres le sermon, le dernier Audit^^txr de Rote va prendre la croix qu'il a déposée du côté de révanjasap^^ au commencement de la messe et la tient à genoux, au milieu du chœur et en face du Pape. Le diacre chante le Covfiteor, le S^«»uverain Pontife donne la bénédiction avec les prières îndiqu^—iSes par le cérémonial des évêques, et le prédicateur annonce er >a8 une formule latine, que Ton trouve au même lieu, 3( 0 jours d^^indulgence.
Ce sont ordinairement des procureurs généraux d'ordres ^^[ui sont chargés de ces petits sermons latins, et assez souvent ils s 'eu acquittent passablement mal, soit du côté du débit, soit de ce — slui de la mémoire. Il y a quelques ecclésiastiques séculiers qui ^eont leur part de ces sermons. Tout cela est réglé depuis longten==3p3 et publié sur l'almanach de chaque année. Tel dimanche de l'Avcnt ou du Carême est affecté au procureur général des M^Hnimes, tel autre à celui des Augustins, tel à un élëve du Coll^^ge Anglais, tel à un de l'Académie ecclésiastique des nobles, ^^tc. Des que le premier cardinal-prêtre a encensé le Souverain Pontî ^e, aprës l'offertoire (ce troisième encensement se fait à genoux comme le premier), il quitte son tabouret et va reprendre 6a place au chœur.
Le Pape, après avoir récité le Sandus avec les cardinaux, dcficend de son trône, et vient s'agenouiller vis-à-vis l'autel, sur le prie-Dieu que l'on y rapporte à cette fin. Deux auditeurs de Rote l'y conduisent, soutenant le devant de ses habits ; les deux ca^ dinaux-diacres les soutiennent par derrière, et dès qu'il est à genoux, tous se retirent. Les deux cardinaux-diacres se mettent à genoux derrière lui, et après ceux-ci les évêques assistants au trône deux à deux, autant qu'il y en a. Aux côtés du Pape restent deux cérémoniaires, l'un desquels lui ôte la calotte avant la première élévation et la lui remet après la seconde. Il remonte au trône, assisté comme il en est descendu. Les auditeurs de Rote et autres prélats qui s'étaient jetés du côté de l'épître pour lui faire place, viennent reprendre le dernier degré du sanctuaire et
celui du trône, dès qu'il y est remonté. L'allée et venue de ces prélats qui a lieu plusieurs fois pendant la messe, ne saurait se faire sans une confusion assez désagréable.
Lorsque le célébrant chante Fax Domini sit sempery le premier cardinal-prêtre, sur l'invitation d'un maître de cérémonies, monte à l'autel, et après l'avoir baisé à la droite du célébrant, reçoit de lui la paix, va la porter au Pape qui la donne à ses deux cardinaux-diacres assistants, puis revient à sa place où le prêtre-assistant de la messe est venu l'attendre pour la recevoir de lui, et la donner ensuite à chacun des cardinaux et évêques par lui-même, et aux prélats par le cérémoniaire qui l'a accompagné. Ce cérémoniaire est de la seconde classe, c'est-à-dire de ceux qui sont en soutane rouge et portent le surplis sans rochet.
Apres Vite missa est, le dernier auditeur de Rote vient encore avec la croix s'agenouiller devant le Pape, qui donne nu-tête la bénédiction solennelle, sans publication d'indulgence, et ayant repris la mitre, regagne la sacristie dans le même ordre où il en est venu. Chacun se retire ; les cardinaux et évêques quittent leurs grandes capes où ils les avaient prises, reprennent leurs mantelettes et regagnent leurs voitures dont la cour du Palais est ordinairement pleine.
A la chapelle papale se trouvent roguliërement deux archevêques, l'un grec, l'autre arménien, qui ont des titres in partibus^ et demeurent à Rome pour ordonner les clercs de leurs nations suivant, leurs rits respectifs. Leur habillement diffëre de celui des autres évêques ; car ils assistent à la chapelle revêtus de chapes brodées en or et en argent et portent de longues barbes à la façon des Orientaux.
Lorsque le Souverain Pontife chante lui-même la messe (ce que Pie VII n'a pas fait depuis une grande maladie qu'il eut en 1817), il n'y a pas une très grande différence d'avec ce qui vient d'être rapporté, excepté qu'il prend les ornements pontificaux prescrits pour la messe solennelle, que l'évangile est chanté en grec et en latin, que le Pontife célébrant communie, non à l'autel, mais à son trône, qu'il prend le précieux sang avec un chalu-
s'il ne commet pas quelque erreur en s'ëloîgnant substantiel Vement de ce qu'il a écrit. Apres le sermon, le dernier Audit^aessut de Rote va prendre la croix qu'il a déposée du côté de l'évang ^^\e au commencement de la messe et la tient à genoux, au milieu «^ du chœur et en face du Pape. Lo diacre chante le Covfiteor^ le Sczzia)u verain Pontife donne la bénédiction avec les prières iudiqu&::«Sei par le cérémonial des évêques, et le prédicateur annonce saczzDoi une formule latine, que l'on trouve au même lieu, 3(0 jours d'' "^in dulgence.
Ce sont ordinairement des procureurs généraux d'ordres sont chargés de ces petits sermons latins, et assez souvent ils s* acquittent passablement mal, soit du côté du débit, soit de de la mémoire. Il y a quelques ecclésiastiques séculiers qui i leur part de ces sermons. Tout cela est réglé depuis longtenrrnpa et publié sur l'almanach de chaque année. Tel dimanche de l'Avcnt ou du Carême est affecté au procureur général des M^Enimes, tel autre à celui des Augustins, tel à un élève du Coll^^go Anglais, tel à un de l'Académie ecclésiastique des nobles, ^^tc. Des que le premier cardinal-prêtre a encensé le Souverain Pontî/e, après l'offertoire (ce troisième encensement se fait à gcnc^i^x comme le premier), il quitte son tabouret et va reprendre ea place au chœur.
Le Pape, après avoir récité le Sanctus avec les cardinaux, descend de son trône, et vient s'agenouiller vis-à-vis l'autel, sur le prie-Dieu que l'on y rapporte à cette fin. Deux auditeurs de Rote l'y conduisent, soutenant le devant de ses habits ; les deux cardinaux-diacres les soutiennent par derrière, et dès qu'il est à genoux, tous se retirent. Les deux cardinaux-diacres se mettent à genoux derrière lui, et après ceux-ci les évêques assistants au trône deux à deux, autant qu'il y en a. Aux côtés du Pape ref tent deux cérémoniaires, l'un desquels lui ôte la calotte avant ' première élévation et la lui remet après la seconde. Il remor au trône, assisté comme il en est descendu. Les auditeurs de R et autres prélats qui s'étaient jetés du côté de l'épître pour faire place, viennent reprendre le dernier degré du sanctuair
celui du trône, des qu'il y est remonté. L'allée et venue de ces prélats qui a lieu plusieurs fois pendant la messe, ne saurait se faire sans une confusion assez désagréable.
Lorsque le célébrant chante Fax Domini sit semper^ le premier cardinal-prêtre, sur l'invitation d'un maître de cérémonies, monte à l'autel, et aprës l'avoir baisé à la droite du célébrant, reçoit de lui la paix, va la porter au Pape qui la donne à ses deux cardinaux-diacres assistants, puis revient à sa place où le prêtre-assistant de la messe est venu l'attendre pour la recevoir de lui, et la donner ensuite à chacun des cardinaux et évêques par lui-même, et aux prélats par le cérémoniaire qui l'a accompagné. Ce cérémoniaire est de la seconde classe, c'est-à-dire de ceux qui sont en soutane rouge et portent le surplis sans rochet.
Aprës Vite missa est^ le dernier auditeur de Rote vient encore avec la croix s'agenouiller devant le Pape, qui donne nu-tête la bénédiction solennelle, sans publication d'indulgence, et ayant repris la mitre, regagne la sacristie dans le mênae ordre où il en est venu. Chacun se retire ; les cardinaux et évêques quittent leurs grandes capes où ils les avaient prises, reprennent leurs mantelettes et regagnent leurs voitures dont la cour du Palais est ordinairement pleine.
A la chapelle papale se trouvent reguliërement deux archevêques, l'un grec, l'autre arménien, qui ont des titres in partibuSy et demeurent à Rome pour ordonner les clercs de leurs nations suivant, leurs rits respectifs. Leur habillement diffëre de celui des autres évêques ; car ils assistent à la chapelle revêtus de chapes brodées en or et en argent et portent de longues barbes à la façon des Orientaux.
Lorsque le Souverain Pontife chante lui-même la messe (ce que Pie VII n'a pas fait depuis une grande maladie qu'il eut en 1817), il n'y a pas une très grande différence d'avec ce qui vient d'être rapporté, excepté qu'il prend les ornements pontificaux prescrits pour la messe solennelle, que l'évangile est chanté en grec et en latin, que le Pontife célébrant communie, non à l'autel, mais à son trône, qu'il prend le précieux sang avec un chalu-
meau, et qu'il communie, eous les deux espèces, quelques-uns i officiers qui le servent. Il a pour diacre d'office un cardii diacre, et pour sous-diacre un auditeur de Rote.
Il ne faut pas être surpris de la considération attachée a — ^^ auditeurs de Rote. On nomme ainsi les douzes juges du triburr^»a\ le plus savant qui existe dans le monde chrétien. Leur adniîssi- — ^on est assujettie à presque autant de formalités que celle des carc^^ àinaux. On les choisit avec le plus grand soin dans les diflEérer-^^Bits Etats de l'Europe. Ils sont nommés par les souverains, m^ aïs admis avec de très grandes précautions et après de sévër^B^res examens. Ce tribunal connaît de toutes les causes civiles de qu^- -inique importance, soit nécessairement des Etats Pontificaux, s^ ^oit accidentellement des Etats étrangers, et juge en dernier ressc^ ort les causes bénéficiales de toute l'Eglise catholique. Le nom de
Rote vient apparemment de ce que les causes sont examinées p-^s^ar rotation, car chacune est plaidée successivement devant chaq^^ — ue auditeur en particulier. Il en raisonne avec son étude, c'ests >àdire avec deux assesseurs qui l'ont entendue avec lui, et forrrrme son opinion. Ce n'est qu'après que chaque auditeur a ainsi fon:==^^ la sienne, qu'ils les confèrent les unes avec les autres, et c'est «^^6 cette collation accompagnée de plusieurs examens et réflexio-' ^^ réciproques, que résulte le jugement final que le Souverain Pont»- & a seul le droit de réformer, ou plutôt de les obliger de récon^^î' dérer. Ceci arrive rarement, et s'ils persistent en majorité da^^ns les conclusions qu'ils ont prises, la chose est tenue pour définie ^'
19. — Chargé des affaires de l'Eglise universelle, le Souvera-'*'^ Pontife a peu de temps à donner à celles du diocèse de Roni ^• C'est pourquoi, entre les cardinaux-évêques il y en a toujours vM- ^ chargé des détails de ce diocèse. On l'appelle le Cardinal- Vicaîren Italien II Cardinale-Vicario. C'est lui qui gouverne tous U couvents des religieuses et tout le clergé du second ordre, pr^i crit les prières publiques, préside les séminaires et collèges, et S trouve à la tête de tous les établissements religieux. Nul eccl^ siastique étranger n'est admis à célébrer les saints Mystères ou exercer aucune fonction sans sa permission, et il ne la donr^
iprès un examen de l'habileté du sujet dans la théologie et s les rubriques. La police de la ville, en ce qui a rapport à la ctification des dimanches et fêtes et à l'observation des jours bstinence, est entièrement de son ressort. Lu commencement de cette année 1819, on comptait à Rome 5 prêtres séculiers, 1450 moines, 1325 religieuses, et 98,000 imuniants répandus dans les différentes paroisses ^. TJn grand nbre de prêtres sont pauvres, n'ayant nul emploi, ni d'autre enu que ce qu'ils peuvent retirer de leur assistance aux funé-
— En lisant ce passage, je me suis dit tout de suite qu'il serait intéresb de donner les statistiques de 1903 pour les comparer à celles de 1819. s me faire illusion, j'ai parcouru l'incomplet ouvrage intitulé la Gerarchia holica qui fourmille de fautes, et l'intéressant Annuaire Pontifical de Battandier, deux publications romaines dans lesquelles on devrait troutout cela, mais hélas ! où l'on ne trouve pas tout cela. Il faudra, quelque •, envoyer à Rome MM. Cadieux et Dérome ou l'excellent rédacteur du holic Direciory de Milwaukee ; alors seulement pourra t-on espère r ir des chififres exacts et des renseignements complets sur les églises, le •gé, les religieux et religieuses de la capitale du monde catholique. Les iens paraissent incapables de faire ce travail. En attendant, j'ai cherché, écrit à un Canadien résidant à Rome, et voici lés statistiques que j'ai pu enir pour 1903:
Population catholique de Rome 468,000
Nombre des églises 338
Cardinaux résidants 29
Archevêques et évêques résidants : 31
Chanoines et bénéficiers....*. 329
Prélats et prêtres employés ailleurs que dans les Congrégations et les paroisses 250
Paroisses dont 25 desservies par les religieux 57
Ordres religieux d'hommes ayant des établissements
considérables 86
Communautés de femmes, quelques-unes ayant deux
maisons et parfois davantage 92
Instituts ou Séminaires ecclésiastiques 45
Elèves des grands séminaires 2,300
laintenant, combien y at-il, à Rome, de religieux, de religieuses et de prê-
railles et de la rétribution de leurs messes, qui varie suivs^^ût l'église et suivant l'heure où ils la célèbrent. Incapables de ter^=^»^^ maison, ils prennent une petite chambre à loyer et se font noun^-rrrîr chez quelque traiteur à tant par repas. Quelques-uns s'introdji^Jljûsent comme chapelains chez des religieuses où ils sont log^^fegéa et non nourris. D'autres trouvent leurs places dans, les an^cz«itichambres des cardinaux dont ils deviennent caudataires et qu g^ielquefois aumôniers. D'autres obtiennent des places de professeciw «urs dans les collèges. D'autres deviennent précepteurs des enfan:^ -ints de familles nobles ou aisées.
très séculiers, je serais très heureux de le savoir, mais si j'allais le deinan(E-=»' cler au cardinal-vicaire lui-même, il serait peut-être en peine de me le dire, t^^<^^ant on s'occupe peu de ces statistiques. Disons qu'il y a à peu près 2000 prêt^ -szires séculiers, 1000 religieux et 1000 religieuses.
Ce qui est certain, c'est que depuis 1870, il y a un progrès extraordinaL Voici ce que j'écrivais moi-même à ce sujet, il y a trois ans, pendant i séjour à Rome.
*^ Les francs-maçons et les impics ont voulu se débarrasser à jamais ( religieux j ils les ont ruinés et ont cru leur ôter la vie en les privant depa Ils se sont étrangement trompés et n'ont pas pensé à Celui qui nourrit oiseaux du ciel, à notre Père qui est dans les cieux et qui distribue le pi quotidien à ses enfants qui sont sur la terre. Les communautés religieua ne sont pas mortes, elles sont plus vivantes que jamais ; quelques-unes avale peut être besoin de cette persécution et, sans le savoir, leurs ennemis le ont rendu un fameux service. Si plusieurs sont pauvres, la richesse le serait plus fatale que l'état oii elles se trouvent aujourd'hui. Mais ce qui ■ plus admirable que tout cela, ce qui fait voir dans tous son éclat la folie c persécuteurs de l'Eglise et l'inanité de leurs desseins, ce qui les couvrir^:^^^ jamais de ridicule, c'est qu'à Rome actuellement il y a beaucoup plus ^® religieux qu'autrefois et que l'on construit sans cesse do nouveaux et supert^ ^ monastères.
Presque tous les supérieurs généraux y ont leurs résidences, y comp-**-'* celui des Jésuites, qui ont été supprimés complètement — distinction quil^* honore — mais qui n'en existent pas moins et que l'on peut trouver un p^w partout. Je crois qu'ils se tireront d'affaires. Autrefois les religieuses étaient toutes cloîtrées, personne ne les voyait et plusieurs ignoment leur existence. Maintenant il en a une foule de toutes les couleurs et de tous les costumes, qui sortent au grand jour et qui s'occupent d'instruction et de toutes les œuvres de charité possibles."
Les talents distingués se foîit jour ici comme partout ailleurs, et les ecclésiastiques pieux ne sont pas laissés dans l'oubli. Mais avec une piété commune et des talents ordinaires, on a peine à percer, et les premières années de la prêtrise sont dures dans une ville où Ton ne peut être vicaire, ni autorisé à entendre les confessions des fidèles, avant l'âge de 36 ans.
Les religieuses se soutiennent. Elles sont, en général, extrêmement retirées et assujetties à une clôture sévère. La supérieure des Visitandines disait à l'évêque de Québec que, dans l'espace d'un mois, elle avait refusé l'entrée de son monastère à deux diflferentes princesses, et avait fait supplier le Pape de ne leur en pas donner la permission, ayant, dit-elle, reconnu qu'une heure de visite d'une personne du siècle mettait la dissipation pour huit jours parmi ses religieuses.
Il n'y a point d'hospitalières parmi les religieuses romaines. Les communautés qui ne sont pas purement contemplatives, s'occupent de l'éducation des jeunes demoiselles qui sont leurs pensionnaires. Cette éducation ne se donne pas dans des classes communes, comme l'on fait en France et en Canada. Ici c'est un tout autre système. La supérieure distribue les écolières aux différentes religieuses. Chacune a la sienne et lui donne toute son éducation, sans s'occuper des autres. Il ne paraît pas qu'elles admettent des externes. Il y a des religieuses qui vivent d'aumônes, telles sont les Clarisses et les Carmélites. Elles ne peuvent sortir pour mendier par elles-mêmes, mais ont des frères qui portent la besace pour elles et sont revêtus d'une espèce de robe brune ceinte d'un cordon, et portent sur leur tête un chapeau à grands bords, qui rappelle celui des charbonniers de Londres.
Les religieuses en Italie ont leur chœur derrière l'autel, et communiquent à l'église par une petite grille que l'on aperçoit par-dessus le gradin. C'est là qu'il faut leur porter la communion, après avoir monté trois à quatre degrés d'un escabeau qui sépare l'autel de cette grille.
Entre les communautés de religieuses contemplatives, il en est une qui mérite une attention particulière. C'est celle des
Sacramentines qui occupent le monastère de Ste-Anne, prës ^^ carrefour connu sous le nom de Quattro Fontane^ et qui sont cc^nsacrées à l'adoration du Saint-Sacrement. Elles ont une pet^îte église où il y a cinq autels. Le Saint-Sacrement est exposé ^n maître-autel, tous les jours de l'année depuis le matin jusqu^^u soir, au milieu d'une trentaine de cierges ardents. Des religieuses y sont continuellement en prières, et à quelque heure du jour (|^"Cie vous entriez dans cette église, vous êtes assuré d'y trouver dL es adorateurs. Le nombre en augmente vers le soir, parce que Tes oreilles sont enchantées et le cœur attendri du ton simple m^xîs fervent sur lequel ces pieuses vierges chantent matines et laudes, accompagnées du petit orgue que touche légèrement une d^en'fcre elles. A la fin de laudes, l'église est pleine, et c'est alors qu^ xjin prêtre vient serrer le Saint-Sacrement, après avoir donné la bér^édiction. La manière dont Dieu est honoré dans ces lieux suffir^i^ît seule pour opérer des conversions.
Les deux couvents d'hommes les plus nombreux qui soîenfc ^ Rome, sont ceux des Observantins de VAra CœH^Qur le Capitol ^î et des Capucins de la place Barberini. C'est de ce dernier qu'^s*' toujours tiré le prédicateur apostolique, c'est-à-dire celui qui, nT^^ fois chaque semaine du Carême et de l'Avent, ordinairement 1^ mardi, se rend au palais du Pape et y prêche un sermon d'aw^^ heure, ayant pour auditoire le Sacré Collège, et les évêqucs ^* prélats qui veulent s'y rendre. Cette assemblée se tient dans uX^-^ salle où le Pape n'est pas censé présent, quoiqu'il y assiste, m^^'^^ dans un petit cabinet grillé, accompagné du Majordome et ^3-^ Maître de la Chambre.
Il y a environ 100 religieux dans chacun de ces monastères, ^ ils se plaignent que ce n'est pas le tiers de ce qu'ils étaient autir^' fois. Ce sont les deux seuls où l'on se lève la nuit pour chant ^^ ou réciter les matines ; encore en sont-ils dispensés l'hiver, temJP^^ où ils ne vont au chœur qu'à 5 heures du matin.
Les Dominicains du couvent de Minerve, les Cordelière, l ^^ Augustins,les Bénédictins de Casenate ont assez de novices po«^^ se soutenir, mais vont en diminuant ; les couvents d'hommes ^^^
; fort peu. Il y a des Ordres qui tendent à leur fin ; tels sont
Lx de la Trinité et de la Merci, qui n'ont même plus de géné-
Les Chartreux font des efforts pour se rétablir dans leur
mier couvent du Dauphiné et craignent de n'y pas réussir.
leur a rendu leur ancien couvent ; mais les terres qui en dépenit sont aliénées pour la plupart, en sorte qu'ils n'y peuvent uver de' subsistance que pour un petit nombre. Dans leur nastère de Rome, édifice immense, attenant à la vaste église Ste-Marie des Anges, il n'y a plus que quatre religieux sans ervances régulières et sans espoir de novices. Les Minimes nçais ont une vaste église et couvent sur le Mont Pincio, un i plus beaux points de vue qui soient à Rome, rendu encore s intéressant par un obélisque qui le décore, par un bel esca- • de pierre ou de travertin de 180 degrés qui y conduit, et par i superbe fontaine en forme de chaloupe, que l'on trouve au d de cet escalier et qui fait l'an des plus beaux ornements de 3]acc d'Espagne. Ce grand monastère n'est cependant habité i par un seul religieux qui, depuis cinq ans, fait des efforts tiles pour obtenir de France au moins deux de ses anciens contes, afin de former avec eux une communauté et de pouvoir ndre des novices. Il lui reste très peu d'espérance d'y réussir, ns les autres parties des Etats Pontificaux, il y a également ucoup de monastères d'hommes et de femmes, qui les uns ont la peine à se rétablir, les autres menacent d'une ruine proîne. On ne se fait pas d'idée de l'échec que ces établissements
reçu de l'esprit philosophique et de la Révolution Française, ^es Jésuites rétablis en 1802 se sont remis en possession de r maison professe, grand et superbe édifice qui tient à leur Lse du Jésus. La plupart de ceux qui l'occupent sont des vieilis, qui étaient déjà profès avant la suppression. L'un d'eux
it devenu archevêque de en Bologne. Parvenu à l'âge
plus de 80 ans, il a demandé et obtenu la grâce de résigner
église, afin d'aller en paix finir ses jours avec ses anciens lègues, et vient de prendre une chambre pour cette fin dans la ison professe.
Sacramentines qui occupent le monastëre de Ste-Anne, prës ^^ carrefour connu sous le nom de Quattro FontanCj et qui sont consacrées à l'adoration du Saint-Sacreraent. Elles ont une pefcîte église où il y a cinq autels. Le Saint-Sacrement est exposé sin maître-autel, tous les jours de l'année depuis le matin jusqu* au soir, au milieu d'une trentaine de cierges ardents. Des religieuses y sont continuel lement en prières, et à quelque heure du jour q^e vous entriez dans cette église, vous êtes assuré d'y trouver des adorateurs. Le nombre en augmente vers le soir, parce que Tes oreilles sont enchantées et le cœur attendri du ton simple m«iîs fervent sur lequel ces pieuses vierges chantent matines et laudes, accompagnées du petit orgue que touche légèrement une d'en'fcre elles. A la fin de laudes, l'église est pleine, et c'est alors qu' "tan prêtre vient serrer le Saint-Sacreraent, après avoir donné la béi^édiction. La manière dont Dieu est honoré dans ces lieux suffir^i^i* seule pour opérer des conversions.
Les deux couvents d'hommes les plus nombreux qui soient à. Eome, sont ceux des Observantins de VAra Cœliy sur le Capitol ^9 et des Capucins de la place Barberini. C'est de ce dernier qu'est toujours tiré le prédicateur apostolique, c'est-à-dire celui qui, rt^^^ fois chaque semaine du Carême et de l'Avent, ordinairement 1^ mardi, se rend au palais du Pape et y prêche un sermon d'a^^^ heure, ayant pour auditoire le Sacré Collège, et les évêquos ^* prélats qui veulent s'y rendre. Cette assemblée se tient dans a J^^ salle où le Pape n'est pas censé présent, quoiqu'il y assiste, m^^'^^ dans un petit cabinet grillé, accompagné du Majordome et^i^ Maître de la Chambre.
Il y a environ 100 religieux dans chacun de ces monastères, ^ ils se plaignent que ce n'est pas le tiers de ce qu'ils étaient autir^' fois. Ce sont les deux seuls où l'on se lève la nuit pour chant ^'^ ou réciter les matines ; encore en sont-ils dispensés l'hiver, tem^^^ où ils ne vont au chœur qu'à 5 heures du matin.
Les Dominicains du couvent de Minerve, les Cordeliers, l ^^ Augustins,les Bénédictins de Casenate ont assez de novices po"»^ ^ se soutenir, mais vont en diminuant ; les couvents d'hommes ^^^
. fort peu. Il y a des Ordres qui tendent à leur fin ; tels sont
X de la Trinité et de la Merci, qui n'ont même plus de géné-
Les Chartreux font des efforts pour se rétablir dans leur
mier couvent du Dauphiné et craignent de n'y pas réussir.
leur a rendu leur ancien couvent ; mais les terres qui en dépenit sont aliénées pour la plupart, en sorte qu'ils n'y peuvent uver de' subsistance que pour un petit nombre. Dans leur nastëre de Rome, édifice immense, attenant à la vaste église Ste-Marie des Anges, il n'y a plus que quatre religieux sans ervancos régulières et sans espoir de novices. Les Minimes nçais ont une vaste église et couvent sur le Mont Pincio, un
plus beaux points de vue qui soient à Rome, rendu encore s intéressant par un obélisque qui le décore, par un bel esca-
de pierre ou de travertin de 180 degrés qui y conduit, et par t superbe fontaine en forme de chaloupe, que l'on trouve au i de cet escalier et qui fait l'un des plus beaux ornements de ilace d'Espagne. Ce grand monastère n'est cependant habité t par un seul religieux qui, depuis cinq ans, fait des efforts tiles pour obtenir de France au moins deux de ses anciens contes, afin de former avec eux une communauté et de pouvoir ndre des novices. Il lui reste très peu d'espérance d'y réussir. ns les autres parties des Etats Pontificaux, il y a également ucoup de monastères d'hommes et de femmes, qui les uns ont la peine à se rétablir, les autres menacent d'une ruine proinc. On ne se fait pas d'idée de l'échec que ces établissements
reçu de l'esprit philosophique et de la Révolution Française, ^es Jésuites rétablis en 1802 se sont remis en possession de r maisoii professe, grand et superbe édifice qui tient à leur Lse du Jésus. La plupart de ceux qui l'occupent sont des vieil- Is, qui étaient déjà profès avant la suppression. L'un d'eux
ît devenu archevêque de en Bologne. Parvenu à l'âge
plus de 80 ans, il a demandé et obtenu la grâce de résigner
église, afin d'aller en paix finir ses jours avec ses anciens lègues, et vient de prendre une chambre pour cette fin dans la Lson professe.
Les Jésuites n'ont pas encore repris le Collège Romain (jui était autrefois sous leur direction ; il continue d'être conduit p^^ des prêtres séculiers sous un recteur que nomme le CardiuB-l" Vicaire. Ils ont néanmoins un nombreux et fervent noviciat q^i^^ leur donne de grandes espérances pour l'avenir. Ce noviciat e^ éloigné de la maison professe et fait une communauté à part. ï^ en est de même de celui des prêtres de la Congrégation deB- * Mission, que Ton appelle en France les Lazaristes, et dont^k-* maison professe est à Monte Ciiorio. Ces respectables prêtres, outr^*® les missions qu'ils donnent de côté et d'autre, sont encore recoïc::^^' mandables par le zèle avec lequel ils reçoivent en retraite w^^^ seulement les ecclésiastiques qui se préparent aux Ordres, ma^E^ encore les évêques et prêtres étrangers qui veulent vaquer auz:^ J exercices spirituels, de quelque côté qu'ils viennent. Il n'y a pa^^'^i moins de cinq chapelles dans leur maison, adaptées à différent usages. La plus grande est une église d'où les femmes seule sont exclues, et où le service divin se fait tous les dimanches < fêtes, par eux et par leurs séminaristes, avec beaucoup de régulj rite et d'édification. Outre cela, les prêtres de la Congrégatio de la Mission donnent chaque semaine, chez eux, deux conf renées ecclésiastiques, savoir : le mardi aux jeunes clercs de toi les séminaires, et le jeudi aux curés et autres prêtres chargés SKo ministère de la confession.
Il y a, à Rome, des Dominicains et des Récollets Irlandais, t» ^ Séminaire Anglais et un Séminaire Ecossais. Des élèves de c«^ différentes communautés, ainsi que les orphelins du CoU^gP^ Capranica, vont en classe au Collège Romain ou à la Sapieuce, selon qu'ils sont plus ou moins avancés dans leurs études eccl^ siastiques.
Par une bizarrerie inconcevable, ceux qui ont établi les monastères, séminaires et autres communautés ecclésiastiques à Rome, se sont attachés à leur construire de grands et superbes édifices, dont plusieurs pourraient figurer avec les palais de la noblesse et des cardinaux, et n'ont pas songé à leur ménager ni un jardin, ni une cour tant soit peu spacieuse où ils puissent vaquer à leurs
îréations. Il en résulte que pendant une heure ou deux avant soleil couché, vous ne voyez les pavés couverts que de sémina* bes et de jeunes religieux de diflFérents Ordres, cherchant à pirer un air que leur maison leur refuse et dont on ne peut se 58er à leur âge ^.
Le Collège de la Sapience est proprement l'Université de Tne. On y enseigne toutes les hautes sciences : théologie, toire ecclésiastique, droit civil et canonique, médecine et rurgie, physique dans toutes les branches, etc. Tout cela nécessite un grand nombre de professeurs ecclésiasti- 3s et laïques, noblement salariés par le gouvernement. La bibliothèque de la Sapience, étant une des mieux composées Home, il n'en a pas fallu davantage pour exciter la cupidité i Français, pendant qu'ils étaient maîtres de Rome. Ils en ont evé plusieurs excellents ouvrages et dépareillé un plus grand Tibre. Celle du Collège Romain plus nombreuse, mais peut-être •îns célèbre, n'a pas subi le même ravage. On compare celle-ci oUe du couvent des Augustins qui ne renferme pas moins de 30 manuscrits et de 65,000 volumes imprimés. Toutes deux Lt inférieures à la bibliothèque de la Minerve, qui passe pour plus considérable après celle du Vatican. Elle a mille scudis revenu annuel, dont moitié est employée à son entretien et >îtié en acquisition de nouveaux livres. Celle des Augustins ' aussi riche. On montre à la Minerve un cérémonial romain rit au IX^ siècle, et une copie des Constitutions Apostoliques te au VIP. Ces bibliothèques tenues dans le meilleur ordre -r des religieux d'une érudition remarquable, sont ouvertes sans lis, tous les jours, à toutes sortes de personnes. Quel plaisir y trouver, à toutes les heures, un nombre d'ecclésiastiques, dans I parfait silence, cherchant à fortifier et à étendre leurs connais-
— On sait que tout se passe de la même façon aujourd'hui. Allez au icio de quatre heures à cinq et vous y trouverez presque tous les élèves — I centaines->des différents collèges et séminaires Romains.
sances solides et profondes, par la confrontation des nombreux écrivains qui leur présentent ces précieux dépôts de sagesse ^^ de savoir !
Aujourd'hui, quatrième dimanche de l'Avent, le Oaraerlingd-^ de la sainte Eglise Romaine (cardinal Pacca) doit consacrer troîfi évêques du royaume de îJaples, savoir : ceux de Nicastro ^^ d'Angola et l'archevêque de Brindes. Il veut que l'évêqae 3L^ Québec soit l'un de ses assistants. L'autre est monseigneur Zeï3, archevêque de Chalcédoine. Le rendez-vous est chez Son Enxînence. On en part en grande pompe pour se rendre à l'église 4^ Saint-Laurent in pane et perna^ distante d'environ 10 arpents, o"û le sacre doit avoir lieu ; il n'y a pas moins de cinq à six carrossée pour mener tout le cortège. Consécratcur, élus, assistants, ch^-' pelains, camériers, écuyers, tous y ont leurs places. Les voiturofl sont conduites au pas. Les laquais, dans leur plus beau costuma» marchent de chaque côté vis-à-vis des portières. Le peuple s'a»^ troupe pour considérer cette marche. Vous croiriez qu'ils vontl^ suivre jusqu'à l'église et y faire grande foule. Point du tout Tj^^ Romains sont trop accoutumés à cette sorte de spectacle. L'églie^^ de Saint-Laurent, quoique petite, est vide ou à peu près. Lorsqia.^ le moment d'en faire le tour est venu, les nouveaux évêqu^B trouvent à peine du monde pour recevoir leur bénédiction.
A l'issue de la cérémonie, les voitures ne peuvent tourner dai3.s la cour, tant elle est pleine de femmes mendiantes qui s'y sorm* amassées, croyant y faire, comme nous disons, leurs orges. Quel' qu'un de la compagnie a la bonne pensée de jeter un poignée ào sols dans l'endroit où ces femmes étaient réunies en plus grand nombre. Pendant qu'elles querellent et se battent à l'occasion àe cette proie, les voitures dégagées gagnent la porte et la franchissent sans molestation. Les mendiants en Italie sont aussi nombreux qu'en France, mais il faut leur rendre cette justice, qu'ils sont moins obstinés dans leurs demandes, et moins insolents lorsqu'on les désappointe.
22. — Quant aux vrais nécessiteux, il doit y en avoir plas id que dans les autres villes de l'Europe, parce que celle de Borne
me des moins industrieuses de celles de même population, ïxporte des tableaux, des statues, des livres, de la laine, un e soie et de vin. Voilà tout son commerce, et elle a besoin aucoup d'articles de l'étranger. Heureusement les personnes 3hors qui y sont conduites par leurs affaires ou par leur >ité, les Anglais surtout, y répandent beaucoup d'argent, et ce qui la sautient en partie. Nonobstant cela, les gens ierniëres classes y sont plus déguenillés qu'en aucun des its que nous avons parcourus dans ce voyage. — Du reste, il ne fait pas cher de vivre à Rome, les pro vide toute espèce y abondent. Le pain, le poisson, le gibier, mde de boucherie, les légumes verts, les fruits en toute 1 y sont d'une excellente qualité. On couvre les citronniers des nattes pour le temps de l'hiver, mais les orangers res- ;oujours à découvert en plein jardin et rapportent dans tous ois de l'année sans exception.
ne connaît plus les anciens vins de Massie, de Falerne, de r, tant vantés par Horace. Peut-être existent-ils encore sous res noms ? Quoi qu'il en soit, Rome et ses environs abondent ns doux d'un goût délicieux. Les Italiens n'en abusent pas ; icontre d'une personne ivre est quelque chose de très rare. )etit8 trouvent dans les grands des modèles de sobriété et agalité. Les repas de cérémonie ne sont pas, comme en eterre, une pièce de théâtre divisée en plusieurs actes, avec liatus entre le premier service et le second, entre le second
fromage, entre le fromage et le dessert. Ici comme en ce, les différentes parties du repas se succèdent insensible- ;. Un plat est remplacé par un autre sans intervalle, sans gement de nappe. La viande, après avoir été présentée sur jle, est reprise aussitôt et découpée hors de là par des serviadroits, qui la présentent ensuite à chacun des convives. On )it de santé ni publique ni particulière ; tout le temps est employé, et l'on se trouve à la fin du dessert presque sans 3tre aperçu. En moins de deux heures, on a terminé un j qui en aurait duré quatre à cinq chez les Anglais.
sauces solides et profondes, par la confrontation des nombreCi^ écrivains qui leur présentent ces précieux dépôts de sagesse ^^ de savoir !
Aujourd'hui, quatrième dimanche de TAvent, le Oamerlingca-^ de la sainte Eglise Romaine (cardinal Pacca) doit consacrer troî s évêques du royaume de Naples, savoir : ceux de îTicastro ^t d* Angola et l'archevêque de Brindes. Il veut que Tévêque ci-< Québec soit l'un de ses assistants. L'autre est monseigneur Zex3, archevêque de Chalcédoine. Le rendez-vous est chez Son EnB.înence. On en part en grande pompe pour se rendre à l'église 4^ Saint-Laurent in pane et perna^ distante d'environ 10 arpents, o'û le sacre doit avoir lieu ; il n'y a pas moins de cinq à six carrossée pour mener tout le cortège. Consécratour, élus, assistants, ch»-" pelains, camériers, écuyers, tous y ont leurs places. Les voiturefl sont conduites au pas. Les laquais, dans leur plus beau costuma» marchent de chaque côté vis-à-vis des portières. Le peuple s'a* troupe pour considérer cette marche. Vous croiriez qu'ils vont 1^ suivre jusqu'à l'église et y faire grande foule. Point du tout L^^ Romains sont trop accoutumés à cette sorte de spectacle. L'égto^ de Saint-Laurent, quoique petite, est vide ou à peu près. Lorsqca^ le moment d'en faire le tour est venu, les nouveaux évêqu^^J trouvent à peine du monde pour recevoir leur bénédiction.
A l'issue de la cérémonie, les voitures ne peuvent tourner darx^ la cour, tant elle est pleine de femmes mendiantes qui s'y so»* amassées, croyant y faire, comme nous disons, leurs orges. Qa^l-' qu'un de la compagnie a la bonne pensée de jeter un poignée 1^ sols dans l'endroit où ces femmes étaient réunies en plus grao ^nombre. Pendant qu'elles querellent et se battent à l'occasion A ^ cette proie, les voitures dégagées gagnent la porte et la franchissec»-* sans molestation. Les mendiants en Italie sont aussi nombreu^^ qu'en France, mais il faut leur rendre cette justice, qu'ils soc»^'*' moins obstinés dans leurs demandes, et moins insolents lorsqu't^'*^ les désappointe.
22. — Quant aux vrais nécessiteux, il doit y en avoir plas i^^i que dans les autres villes de l'Europe, parce que celle de Eoio^
t Tune des moins industrieuses de celles de même population, le exporte des tableaux, des statues, des livres, de la laine, un 5U de soie et de vin. Voilà tout son commerce, et elle a besoin 5 beaucoup d'articles de l'étranger. Heureusement les personnes 1 dehors qui y sont conduites par leurs affaires ou par leur iriosité, les Anglais surtout, y répandent beaucoup d'argent, et est ce qui la eautient en partie. Nonobstant cela, les gens î8 dernières classes y sont plus déguenillés qu'en aucun des idroits que nous avons parcourus dans ce voyage. 23. — Du reste, il ne fait pas cher de vivre à Rome, les provî- >n8 de toute espèce y abondent. Le pain, le poisson, le gibier, viande de boucherie, les légumes verts, les fruits en toute ison y sont d'une excellente qualité. On couvre les citronniers ec des nattes pour le temps de l'hiver, mais les orangers resit toujours à découvert en plein jardin et rapportent dans tous \ mois de l'année sans exception.
On ne connaît plus les anciens vins de Massie, de Falerne, de biar, tant vantés par Horace. Peut-être existent-ils encore sous autres noms? Quoiqu'il en soit, Rome et ses environs abondent i vins doux d'un goût délicieux. Les Italiens n'en abusent pas ;
rencontre d'une personne ivre est quelque chose de très rare, es petits trouvent dans les grands des modèles de sobriété et ' frugalité. Les repas de cérémonie ne sont pas, comme en Qgleterre, une pièce de théâtre divisée en plusieurs actes, avec 'S hiatus entre le premier service et le second, entre le second
le fromage, entre le fromage et le dessert. Ici comme en *ance, les différentes parties du repas se succèdent insensible- ^iit. Un plat est remplacé par un autre sans intervalle, sans ^^igement de nappe. La viande, après avoir été présentée sur ^^ble, est reprise aussitôt et découpée hors de là par des servi- ^^Q adroits, qui la présentent ensuite à chacun des convives. On
t>oit de santé ni publique ni particulière ; tout le temps est '^ employé, et l'on se trouve à la fin du dessert presque sans ^ être aperçu. En moins de deux heures, on a terminé un ?^8 qui en aurait duré quatre à cinq chez les Anglais.
24. — On jeûne à Rome trois fois par semaine en Avent. Si ce jeûne est adouci par la liberté de prendre le matin une petite tranche de pain avec quelques gouttes de chocolat (adoucissement rendu nécessaire par l'insalubrité d'une ville où il n'est pas toujours prudent de sortir à jeun), il est rendu plus pénible que le nôtre par la privation d'œufs, de beurre et de laitage, à laquelle on est assujetti. «
Aujourd'hui grand jeûne pour la vigile de Noël. A deux heures après-midi, chapelle papale à Monte Oavallo, vêpres solennelles pour commencer la fête de demain. Le cardinal sous-doyen y oflGicie. C'est lui qui doit chanter la grand'messe du jour. Celle de minuit est à la charge du cardinal Camerlingue ; mais il est d'usage de la commencer à dix heures du soir. Il faut donc qu'il prolonge son jeûne jusque-là ou qu'il demande la permission du Souverain Pontife pour célébrer sans être à jeun. Il prend ce dernier parti tous les ans, et la dispense n'est jamais refusée.
Lorsque le temps est calme, c'est une chose délicieuse pour un catholique qui se trouve à Rome, d'entendre les cloches de toutes les églises sonner en même temps V Angélus ou (comme l'on dit ici) Y Ave Maria du samedi soir ou du dimanche matin \ Cette jouissance prend bien un autre accroissement, lorsque les cloches en beaucoup plus grand nombre annoncent une fête sçlcnnelle, comme celle de la Nativité du Sauveur du monde, et qu'une salve d'artillerie du château Saint-Ange vient mêler son brait à tant d'autres sons ! Il est difficile de rendre l'agréable sensation qui en résulte.
25. — Le Corps diplomatique assiste, le jour de Noël, à la chapelle papale. Le Sénateur y tient sa place, revêtu d'une robe de soie cramoisie dont les larges revers sont en or. Les Conser-
1 — Je ne sais si c'est chez moi un préjugé, mais les cloches de Rome ne m'ont jamais causé de ravissement musical. J'y étais pourtant bien préparé par la tradition 1 elles m'ont toujours fait l'effet de clochettes au son grêle et peu harmonieux. Quelle différence avec Cologne, Salzbourg, Montréal, Québec I
^vatears ont des robes moins brillantes, maïs de même couleur que
lui. Les uns et les autres, à la suite des cardinaux-diacres, com-
Tnunient aujourd'hui à la messe solennelle, et, aprës eux, le
TPrieur des Caporions et le Maître du Saint-Hospice, qui est en ce
moment le prince Ruspoli. En entrant au chœur, le Pape, couvert
de la tiare, bénit un bonnet ou chapeau ducal revêtu de velours
brodé en or et surmonté d'un superbe panache. Ce bonnet est
porté au haut d'une pique et y demeure jusqu'à la fin de la
messe. Il reparaît tous les ans à pareil jour, jusqu'à ce que le
Pape ait l'occasion de l'envoyer à quelque prince catholique
nouvellement entré en possession d'un duché. Ces sortes de
souverainetés sont plus rares, maintenant que les grands Etats
ont absorbé les petits.
26. — Il n'y a pas de sermon à 'la chapelle papale, le jour de Noël ni le jour de Pâque. Le sermon de la fête de S. Etienne appartient à un ecclésiastique du clergé séculier ; celui de la S. Jean au procureur général des Minimes.
29. — La fête de S. Thomas de Cantorbury est célébrée avec grande solennité dans la chapelle du Séminaire Anglais. L'évêque de Québec s'est excusé d'y chanter la messe, mais il veut y assister, et est surpris d'y trouver dix cardinaux au chœur, dans le même costume qu'ils prennent pour assister à la chapelle papale. Aussi leur assemblée de ce jour est-elle l'une de celles que l'on nomme chapelles cardinalices.
Il fait une pluie horrible aujourd'hui, et elle n'est que la répétition de celles qui se sont succédées depuis le commencement du mois. Il ne fait nullement froid dehors, mais bien dans les maisons, parce que l'humidité les gagne et s'y maintient. Cela est particuli^Tcment vrai pour les appartements qui ne sont pas exposés au soleil. L'usage des poêles est inconnu dans cette ville ; les cheminées n'en sauraient tenir lieu comme en Angleterre, où chaque maison en a autant que de chambres. Ici sur quatre chambres, on en trouve à peine une qui en soit pourvue. Les autres sont glacées, et lorsque vous rentrez au logis, aprës une marche qui vous a mis en moiteur, il faut que vos bardes sèchent sur vous,
au risque de contracter des rhumatismes ou de réveiller ceux que vous avez déjà. C'est une expérience que Tévêque de Québec et son secrétaire ont faite à leurs dépens, dans ce climat d'Italie si vanté pour sa douceur, le premier en étant venu, dans le cours de cet hiver, au point de ne pouvoir plus faire la génuflexion à la messe. Ce n'est pas que le bois soit fort cher, ni de mauvaise qualité ; mais à quoi bon du bois, si vous n'avez pas où. le faire brûler ? On supplée aux poêles par du charbon éteint et mis dans des chaudrons. Mais outre le danger de suffocation attaché à cette pratique, lors même que le chaudron est recouvert d'un cylindre de fer-blanc haut de deux pieds et demi, refermé pardessus et enveloppant le chaudron, comme il est d'usage en cette ville, on conçoit qu'il n'en peut résulter qu'une chaleur faible et momentanée, par conséquent insignifiante pour une personne de bureau, surtout lorsqu'il faut marcher et s'agenouiller sur un pavé de briques et sans tapis pour le couvrir ; car l'usage des tapis est aussi rare en Italie qu'il est commun en Angleterre. Il est donc vrai, quoique les Romains refusent de le croire, que l'on souffre plus de l'hiver à Rome qu'à Québec.
l^'^ janvier 1820. — ^La nouvelle année commence par la pluie. A chaque voiture de cardinal qui se rend à Monte Cavallo pour la chapelle papale, la garde du château doit se mettre sous les armes. Autant de fois qu'elle remplit ce devoir aujourd'hui, elle est inondée d'un orage qui semble se tenir en réserve pour elle. Avant la grand' messe, le Souverain Pontife reçoit les homma<vc8 des ambassadeurs étrangers et de la Garde Noble, dans ses appartements. Les ofliciers des autres gardes s'y rendent aussi. Cette réunion forme la cour la plus brillante qui soit peut-être au monde. Le Pape, sans autre apprêt que sa simplicité et sa modestie ordinaires, reçoit tout ce monde avec peut-être plus de dignité que n'en saurait montrer aucun autre souverain.
2. — Le prince héritier du Danemark est arrivé depuis quelques jours. Il s'agit de donner un dîner d'Etat à son occasion. Le Souverain Pontife l'ordonne, mais n'y paraît pas. C'est le cardinal Secrétaire d'Etat qui en fait tous les honneurs ; il n'y appelle
que des personnes de distinction ; mais dans les soixante-dix individus dont la compagnie est composée, il y en a de toutes les nations. Un caïmacan de Turquie est au nombre des convives. Il y paraît dans son costume, c'est-à-dire la tête couverte d'un bonnet de soie au lieu de turban, longue barbe, robe d'indienne fermée avec une ceinture, puis une autre robe de soie ouverte, par-dessus la première. Cet homme parle bien français et montre un caractère très décidé. Pour son malheur, il était devenu puissamment riche, crime impardonnable à Constantinople. Il apprend que le Grand-Seigneur en veut à sa vie. Il se hâte de vendre. tous ses biens et de se retirer à Pétersbourg, où l'empereur de Russie le met au nombre de ses conseillers d'Etat. C'est de là qu'il est venu visiter l'Italie.
Le dîner est élégamment servi, admirablement varié et suffisant sans surabondance. Lorsque la compagnie se retire, le Secrétaire d'Etat reconduit très loin chacun des convives, les remerciant beaucoup de l'honneur qu'ils lui ont fait de se rendre à son invitation. De tous les ambassadeurs qui résident à Rome, c'est celui de France, en ce moment le comte de Blacas, qui fait plus grande figure et jouit de plus de considération. L'empereur de Russie, quoique schismatique, et les rois hérétiques de Prusse, de Hollande et d'Hanovre y ont aussi des ministres. Cette augmentation du corps diplomatique donne un relief à la cour de Rome, qu'elle n'avait pas dans le temps où elle ne recevait d'ambassadeurs que des souverains catholiques. Mais la religion y gagne-telle ? L'évêque de Hollande en persécute-t-il moins l'évêqué de Qand, qu'il a forcé d'abandonner son diocèse et dont il refuse de reconnaître les grands vicaires? L'empereur Alexandre en traite-t-il mieux les Jésuites? , N'est-il pas d'ailleurs à craindre que ces ambassadeurs ne veuillent avoir des chapelains de leurs sectes, qu'ils n'ouvrent des chapelles qui, à la longue, deviendraient des pierres d'achopement pour les bons fi.dèles de Rome ? Tout cela donne lieu à des réflexions parmi les amis de l'Eglise, et à des frayeurs pour l'avenir.
6. — Le jour de l'Epiphanie, grand office du rit grec dans l'église
de S. Athanase. L'évêque de Québec, lorsqu'on l'informa que c'étaît le seul qui dût avoir lieu de là à longtemps, se repentit fort de n'y avoir pas assisté, plutôt qu'à la chapelle papale oùU n'y avait rien de remarquable. Le Cardinal-Vicaire chanta la messe et le procureur-général des Servîtes marmotta un petit sermon en mauvais latin. Le peu que l'on en put entendre, au lieu du mystère du jour, roulait assez mal à propos sur les douleurs de la Ste Vierge. Le Pape connaissait d'avance le prédicateur, et ne put s'empêcher de rire en lui donnant la bénédiction à la fin de l'évangile.
A l'église de S. Athanase, est annexé un séminaire destiné à l'instruction des jeunes Grecs dans les sciences ecclésiastiques. En ce moment, le séminaire appauvri n'a pas d'élîjves. Oa travaille à rétablir ses revenus, pour y préparer des sujets aux missions de la Turquie et de l'Archipel. Le séjour des Français à Rome n'a pas été moins funeste au Séminaire Ecossais de STia Felice. Le supérieur est néanmoins parvenu à recouvrer 1,000 scudis de rentes annuelles. Au moyen de cela, il se propose de faire venir quatre sujets d'Ecosse, cette année, et de commencer leur éducation, avec l'espoir d'en pouvoir admettre un plus grand nombre par la suite.
Le Collège de la Propagande, délia Propaganda fide, établissement immortel du Pape Urbain VIII, revendique aussi TEpiphanie comme sa tête titulaire, parce que son principal objet est de procurer la connaissance de la foi aux nations lointaines. Les langues orientales y sont enseignées avec soin, et l'on y tient un cours d'études régulier en faveur des jeunes gens qui veulent se consacrer aux missions, surtout à celles de l'Orient. Ce collège est sous la direction immédiate du secrétaire de la S. Congrégation de la Propagande, qui y fait sa demeure. Une fois tous les ans, savoir le dimanche dans l'octave de l'Epiphanie, il y a dans ce collège un exercice public des langues. L'évêque de Québec, invité par le cardinal Préfet, assista à l'exercice de cette année. L'assemblée était nombreuse ; il s'y trouvait une partie des cardinaux qui sont membres de cette congrégation, des évêques, des laïques
distingués, des prêtres et des moines. Les élèves, en habits de séminaristes, étaient placés en face sur un long banc soulevé d'une estrade. A eux se joignirent deux prêtres étrangers, l'un nëgre, l'autre arménien, portant la longue barbe et revêtu à la Turque. Tous avaient à la main un petit cahier dont ils déclamèrent le contenu, chacun dans la langue dans laquelle il s'était appliqué. On entendit donc, dans cette séance, des récits en quinze langues difiérentes, dans la plupart desquels les spectateurs ne pouvaient remarquer que la diversité des sons et des accents, et le plus ou moins d'assurance des déclamateurs. L'irlandais, le flamand, l'anglais, le latin, l'allemand, l'italien, le turc, l'hébreu, le grec, le syriaque, le chaldéen, le cophte, l'arraécien, l'arabe, et le bulgare yinrent successivement frapper les oreilles de sons, les uns fort acres, les autres admirablement doux. Quelque insignifiant que paraisse cet exercice, il est néanmoins de nature à encourager les jeunes gens, comme ceux que nous donnons dans nos collèges, sur des sciences où la plupart des assistants n'entendent assurément goutte, et dont on ne peut contester les bons effets sur l'opinion publique.
10. — Rome ne serait pas une grande ville si elle n'avait aussi 868 badauds. Après plusieurs orages considérables, il vint une chute de neige le 10 de ce mois. On n'y en avait pas vue depuis 12 à 13 ans. Elle couvre la terre de deux doigts. Les citoyens, peu accoutumés à voir leurs pavés blancs, prennent l'alarme, et pour se délivrer de ce fléau, veulent l'enlever sans délai.
11. — Voilà les rues couvertes de charrettes dans lesquelles on charge la neige avec des pelles, pour la mener hors de la ville, sans s'apercevoir qu'elle fondait à mesure. Y a-t-il rien qui puisse mieux prêter à rire à des Canadiens ? Hé ! que n'attendait-on pas au lendemain ! la neige aurait fondu d'elle-même, comme elle fit dans les endroits que l'on n'avait pas eu le temps de secourir ! La gazette suivante ne manqua pas de rapporter cette étonnante bordée de neige et de la qualifier de phénomène. Certes ! sur ce pied les phénomènes seraient fréquents dans l'Amérique du Nord, depuis le mois de novembre jusqu'à celui d'avril !
Au reste, la même tempête fut autrement sérieuse sur la Mé4\terranée, principalement du côté de Gênes. On n'entendait pa.r\er que de vaisseaux démâtés, d'autres brisés, d'autres jetés à la e^te, d'autres engloutis avec leurs équipages. Ces nouvelles ÛKr-ent abandonner à l'évêque de Québec le projet qu'il avait form^ de s'embarquer à Livourne, au commencement du mois suivante, et de se rendre de là à Marseilles.
14. — Maître de son temps, en attendant les réponses à ses dif. férentes demandes et questions, dont il avait délivré les dernières au cardinal Préfet de la Propagande, le 5 janvier, il voulut; en profiter, en visitant les établissements publics et autres obyefe dignes d'une curiosité raisonnable. Le froid de la saison ne saurait mettre obstacle à la promenade dans un climat où l'on ne voit jamais le mercure du thermomètre au-dessous d'un ou deux degrés de la graduation de Réaumur. Mais les pluies continuelles de cette année arrêtent souvent les efforts de la curiosité, et laissent dans l'atmosphère une épaisseur malsaine à travers laquelle on n'aime pas à se hasarder trop longtemps dans les rues. Les pavés sont presque toujours humides et n'invitent pas à marcher. Néanmoins c'est à pied seulement que l'on a la liberté de faire quelques observations. Ce que l'on peut apercevoir du fond d'une voiture fermée doit être compté pour rien. Ajoutez à cela que pour observer avec succès dans un pays étranger, il faudrait être assisté de quelqu'un qui sût bien votre langue et celle du pays, et qui y eût séjourné assez longtemps et eût assez d'intelligence pour vous diriger dans vos courses et dans vos recherches. C'est ce que l'on ne trouve pas toujours et l'on y perd assurément. Faute d'un guide convenable pour lui indiquer les appartements où il faut aller et l'heure fixée pour s'y rendre, l'évêque de Québec fut privé d'assister aux oratorios qui se donnent de temps en temps aux Jésuites et chez les Oratoriens. Ce sont des concerts d'où les femmes sont exclues et qui sont précédés d'une lecture pieuse. On fait grande estime des musiciens qui les exécutent et du choix de la musique sur laquelle il s'exercent. Ces concerts ont lieu deux à trois fois par mois.
16. — (Arrêtons-nous pour faire voir, en passant, que Tair de Rome n'est pas malsain pour tout le monde, car aujourd'hui même, 16 janvier, il vient de mourir dans un monastère de cette ville, une religieuse Ursulîne âgée de 109 ans. . .).
Le défaut de guide priva encore l'évêque de Québec de voir l'endroit où l'on conserve des marbres de toutes couleurs, au nombre de 17,000, pour exécuter la mosaïque, art précieux connu depuis longtemps et que les artistes modernes ont conduit à un point de perfection qui laisse les anciens trës loin derrière eux. Il consiste à substituer le marbre à la peinture, en formant avec une réunion de particules de cette pierre de différentes couleurs, non seulement des fleurs, des arbrisseaux ou autres objets isolés, mais à copier de grands tableaux en entier avec toutes leurs couleurs et leurs nuances. Il faut des siècles pour composer un tableau avec cette multiplicité de petites pierres, dont chacune a à peine un demi-pouce carré de surface ; mais aussi un tel tableau peut durer jusqu'à la fin du monde, sans rien perdre de la vivacité de ses couleurs, et est à l'épreuve de toutes les altérations auxquelles les tableaux ordinaires sont exposés. La plupart de ceux de S. Pierre ont déjà subi cette métamorphose et cette entreprise sera vraisemblablement continuée \
18. — La fête de la Chaire de S. Pierre, que 'l'on célèbre aujourd'hui, est une de celles où le Pape a coutume de tenir chapelle dans l'église de S. Pierre. Du maître-autel de cette basilique, placé au-dessus de la confession ou du sépulcre du S. Apôtre, à gagner le rond-point, il y a un espace d'au moins 200 pieds de long. C'est dans cet espace que se tient la chapelle, mais elle ne l'occupe pas tout entier. On le resserre sur le long et sur le large par une charpente postiche revêtue de tapisserie sur les trois côtés. L'autel se trouve en avant. En face est le trône du Pape, tournant le dos à la tribune ou au rond-point, dont il est encore à plus de 50 à 60 pieds. Les
1 — Aujourd'hui, tous les tableaux, à une seule exception près, sont en mosaïque à S. Pierre de Kome. Les artistes mettent douze à vingt ans pour achever une grande mosaïque.
bancs des cardinaux, des évêques, des prélats, etc., sont des deux côtés, se faisant face les uns aux autres. La chaire à prêcher est dans un des angles, près de l'autel. Un peu plus loin, est une tribune postiche pour les chantres. Plus loin encore, d'un côté et de l'autre, des bancs disposés en amphithéâtre pour des assistants distingués. Les cardinaux, à mesure qu'ils arrivent, prennent leurs habits de chœur dans le bas de l'église, et se réunissent près de là, dans une chapelle préparée à cette fin. Les évêques en font autant. Le Pape, accompagné de ses gardes, arrive en grande pompe, revêtu par-dessus sa soutane et ceinture blanches, du rochet, de la mozette et de l'étole, et coifi^é du chapeau rouge galonné. Il le dépose en entrant dans l'église, où les chanoines vont le recevoir à la porte, et se retirent dans leur chœur, après l'avoir conduit dans la chapelle où est réuni le Sacré Collège. Le Pape y reçoit l'araict, l'aube, la ceinture, l'étole, la chape et la tiare, et l'on se met en marche vers le maître-autel. Les évêques et les cardinaux vont deux à deux, ceux-ci suivis de leurs camériers ou caudataires. Au sortir de la chapelle, le Souverain Pontife s'assied dans un fauteuil revêtu de velours cramoisi et brodé en or. Ce fauteuil tient par les pieds à un brancard orné de même et ayant de chaque côté deux • fortes crampes de fer. Douze laquais, ayant pour uniforme un vêtement de damas cramoisi, passent adroitement deux longs leviers dans ces crampes, et se mettent six sur chaque levier, trois devant et trois derrière, les lèvent insensiblement et les placent sur leurs épaules sans aucune secousse. Le Pape ainsi porté suit les cardinaux, bénissant les fidèles qui s'agenouillent avec empressement sur son passage.
On arrive à la chapelle du Saint-Sacrement. La procession s'y arrête. Les porteurs mettent le brancard à terre ; le Pape descend, s'agenouille sur un prie-Dieu ; le clergé se met aussi à genoux pour adorer le Saint-Sacrement avec lui ; puis il regagne son fauteuil, qui remonte en l'air comme il en était descendu. Dans cette procession, deux camériers du Pape, en grandes robes de serge couleur d'écarlate, marchent à ses deux côtés, en dehors des porteurs, soutenant chacun un grand bâton au-dessus duquel
est une espèce d'éventail de velours cramoisi brodé d'or et terminé par un demi-cercle de longues plumes. On ne voit pas quel peut être le but de ces éventails, sinon de garantir la personne du Pape du vent qui pourrait l'incommoder à cette hauteur. La procession, aprës avoir fait le tour du maître-autel, entre au chœur, les évêques et cardinaux gagnent leurs places ; les chantres, qui ont accompagné la procession de leurs hymnes, arrivent à leur tribune au moment précis où il faut entonner Vintroit^ et le Pape est mis à terre à l'endroit même où doit se faire la confession, qu'il commence aussitôt avec le cardinal célébrant. Comme ce célébrant est du côté du chœur, ayant l'autel entre lui et le peuple, il ne se détourne pas pour chanter Fax vobis ou Dominus vobiscum. Par la même raison, le diacre chante ite^ missà esi^ tourné vers Tautel. Le reste de l'office ne diffère pas de celui de Monte Cavallo. Le sermon est prêché par un élève de l'Académie ecclésiastique, ou plutôt il ne prêche que le précis d'un sermon très étendu sur la Chaire de S. Pierre, qu'il a fait imprimer d'avance et dont les exemplaires sont distribués au clergé, avant que l'on sorte de l'église. A la fin de la messe, le Pape est reporté avec la même pompe au lieu où on l'a pris. Après qu'il a laissé les ornements et repris l'habillement dans lequel il s'était rendu à l'église, une chaise à porteurs le transporte à sa voiture où les gardes l'attendent, le chanoines le reconduisant jusqu'à la porte de l'église où ils l'ont reçu. On ne se rassemble pas l'après-midi. Les vêpres sont à la charge du chapitre. Il en est de même dans les autres solennités.
19. — Pour nourrir l'esprit ecclésiastique, on a imaginé, depuis quelques années, une réunion qui se fait tous les 15 jours, dans un vaste appartement du collège de la Sapience, sous la direction du Cardinal-Vicaire, qui ne manque pas de s'y trouver avec plusieurs autres Eminences, qui se trouvent à Rome et se font un devoir d'y assister ; et comme la porte est ouverte à toute personne du clergé, il s'y rencontre pour l'ordinaire près de 200 ecclésiastiques. L'exercice commence par une lecture latine de quelque endroit choisi du Catéchisme du Concile de Trente.
Ensuite on lit en italien la solution, ordinairement très longue et très raisonnée, d'un cas de morale proposé à la conférence précédente ; puis quelques-uns des assistants discutent la solution, soit pour la développer, soit pour y applaudir ou pour la censurer, et finissent par en admettre les principes toujours bien choisis X^w des théologiens de mérite. Apres quoi on propose en latiu ^^ autre cas de conscience pour la conférence suivante. Le tout ^st terminé par un discours sur quelqu'une des vertus qui doivent briller dans les ecclésiastiques. Ce discours se fait en italL^Q. Nous eûmes occasion d'entendre parler, dans ces conférences, les plus célèbres orateurs d'Italie, savoir l'archevêque de Corfi^a, celui Ancyro, et le P. Fînetti, jésuite. Les deux seuls qui piaiseent entrer en parallèle avec eux, sont le P. Peecia, capucin, pTôdicateur apostolique, et le P. Pacifico, observantin du couvo'^'^ d'Ara Cœli. L'évêque de Québec avait eu occasion de 1^* entendre ailleurs.
24.— Aujourd'hui se tient une congrégation générale de 1^ Propagande dans laquelle on doit prendre en considération 1^ mémoire présenté par l'évêque de Québec, le 17 novembir^^- Comme il sait quelle en sera l'issue, il ne se met pas en peine A ^ demander ce qui a été résolu, voulant donner le temps nécessaî^^^ à l'expédition des Brefs qui en doivent être le résultat, et s'o^^" cupe de prendre connaissance des édifiantes institutions de 1^ capitale du monde chrétien.
25. — Les Juifs qui demeurent à Rome, y occupent tous 'Vt^ même quartier, le plus sale, sans contredit, de toute la ville ^. Xi^ y font le commerce de détail et l'on est toujours assuré de iratM" ver chez eux ce qui ne se trouve pas ailleurs, tant ils sont pr^ voyants et industrieux. Il n'y a peut-être pas de lieu où ils aient été moins molestés qu'ici. On les obligeait ci-devant de porter à
1 — Le Ghetto, dont la démolition avait commencé sous le gouvernement de Pie IX, a enfin disparu, et c'est un soulagement pour les Bomains et pour les étrangers ; une administration qui se respecte ne peut tolérer indé- Uniment de pareilles ordures.
eurs chapeaux une marque distinctîve. Graduellement ils se sont iflFranchis de cet assujettissement. Cependant on continue de ferner leur quartier tous les soirs, et ils sont obligé.-*, tous les samedis au soir, de se rendre dans l'église de la Trinité des Pèlerins et d'y entendre une instruction sur la réalité de la venue du Messie. C'est un dominicain qui est chargé de faire cette instruction. Elle n'est pas tout à fait sans fruit. Chaque année, il y en a plusieurs qui demandent le Baptême. Au-dessus de la porte de cette ^lîse, est écrite en hébreu et en latin cette plainte de Dieu par >n prophète : JExpandi manus meas ad populum non credentem
contradicentem. On rapporte que la plupart d'entre eux se tien- 3nt fort mal dans cette église et que, pour les contenir, il faut s toucher avec de longues baguettes comme des bœufs serrés LXDs un parc. L'évêque de Québec désirait voir par lui-même ce L ' il fallait croire de ce récit. Il en fut privé, faute d'un guide iî pût l'y accompagner à l'heure convenable et lui indiquer une a. ce.
lEnfin un lui fit faire la connaissance de l'abbé Ostini, prêtre, XI des rapporteurs de la congrégation de la Propagande et pro- ^eeur de l'Académie des Nobles. Quelque occupé que soit cet cilésiastique par ses difli'érents emplois, il offrit ses services de si ' rine grâce, que l'évêque de Québec n'hésita pas de les accepter, i fut avec lui qu'il visita les bibliothèques ci-devant mentionos et les hôpitaux dont il sera traité plus bas. Il le conduisit <^z deux artistes, l'un statuaire, l'autre peintre, dignes émules 'S plus grands maîtres ; il lui procura aussi l'inspection du cabi- ^t: de physique et de quelques classes de la Sapience, notamment -lie d*histoire ecclésiastique, où il trouva pour professeur un ^anoine régulier de l'église de S. Pierre-aux-Liens, mettant ses 'coliers en dispute sur un fait relatif à l'histoire des Iconoclastes. L'heure ne lui permit pas d'assister, comme il se le proposait, à une leçon de Droit et à une de théologie dogmatique pour voir 'a méthode que l'on y suivait dans l'enseignement.
Ce fut encore à l'abbé Ostini que l'évêque de Québec fut redeable de la visite du Collège Capranica, consacré à l'éducation
des orphelins, et de celle du Collège Romain dans toutes ses parties. Les classes y sont conduites avec une régularité et une vigilance qui ne laissent rien à désirer. Les ecclésiastiques séculiers qui en ont soin, s'acquittent de cette charge avec tant d'applaudissement, qu'il n'y a nulle apparence que les Jésuites y soient rappelés, quoiqu'ils aient déjà fait plusieurs tentatives à cet effet. L'évêque de Québec fut conduit par son guide jusqu'à l'observatoire trës élevé qui tient à ce collège, et fut surpris d'y trouver une inscription faisant foi que le Pape actuel était mooté jusque-là pour voir l'effet de divers instruments qu'il avait achetés à Paris, en 1804 et 1805, et qu'il avait envoyés de là pour l'usage de cet observatoire.
En pourvoyant à tout ce qui peut intéresser l'éducation, les directeurs du Collège Romain n'ont garde de négliger la piété qui en est la base. Pour inspirer la dévotion à la Ste Vierge, ils ont trois congrégations différentes où les écoliers prennent place selon leur rang dans les classes, ou selon celui de leurs pareuts dans la société. Il ne faut pas trouver à dire sur les distinctions que l'on accorde à la noblesse dans un pays où elle est si nombreuse, et où il est si essentiel de la maintenir dans ces bons principes de religion et d'affection au gouvernement, sans lesquels elle est moins estimable que les conditions inférieures.
26. — Le cardinal Frédéric Borromée a fait une fondation dans le Collège Romain, qui donne beaucoup d'encouragement à la piété, en même temps qu'elle immortalise la mémoire du bienfaiteur. La rente du capital qu'il y a laissé, a pour objet de préparer prochainement de jeunes garçons à la première communion. N'importe qu'ils soient pauvres ou riches, pourvu qu'ils aient atteint l'âge de douze ans et qu'ils soient suffisamment instruits dans la doctrine chrétienne. On les prend par 25 ou 30, on les loge, on les nourrit, on les confesse, on leur donne, chaque jour, plusieurs instructions et exhortations. Tout cela se fait dans les appartements qu'occupait autrefois S. Louis de G-onzagae, mort, comme l'on sait, dans ce collège. Le dixième jour est celai de la première communion. Elle se fait dans la chapelle môme où ce
eaînt prononça ses vœux avant de mourir. On a soîn d'inviter un cardinal ou un évêque pour y dire la messe. Le Souverain Pontife a lui-même voulu remplir un fois cette fonction, et en a pris occasion d'ajouter à la fondation devenue par le malheur des temps insuffisante pour son objet. Les enfants sont placés javec symétrie autour de la chapelle, ayant devant eux des accoudoirs. Le même prêtre qui a présidé aux exercices de leur retraite, se met à genoux au milieu d'eux, et fait de temps en temps des prières qu'il entremêle de ses sanglots, pour les exciter à l'amour de Dieu et à la componction. Le moment de la communion arrivé, ils se présentent à l'autel, deux à deux, avec un ordre et une décence admirables. On n'admet à communier avec eux que ceux de la communion précédente, car cette cérémonie se réitère six fois par an. Après la communion, le directeur continue ses prières et répand des larmes. Les enfants qui jusqu'alors n'avaient fait que sangloter, se mettent à pleurer à l'envi les uns des autres, finissant par crier à tue-tête.
27. — Après l'action de grâces, ils sont conduits dans une grande salle sur les murs de laquelle sont représentés en peinture les principaux traits de la vie de S. Louis de Qonzague. On les a fait déjeuner, et chacun reçoit ensuite, sur une assiette, quelques pralines, puis deux images de S. Louis de Gonzague, l'une petite et ouverte, l'autre plus grande, roulée et liée d'un chapelet. Cela fini, on les reconduit à la chapelle, où ils trouvent un grand crucifix appuyé sur le bord de l'autel, le pied de la croix portant sur le plancher. Le directeur fait une courte exhortation suivie du chant du Te Deum^ pendant lequel les ecclésiastiques présents vont à l'adoration de la Croix. Les nouveaux communiants les y suivent deux à deux. Pendant qu'ils baisent la croix, leurs talons sont baisés par deux prêtres à genoux, à droite et à gauche sur le bord du marche-pied. Cette partie de la cérémonie est fort touchante. Le tout finit par un De prqfundis pour le cardinal fondateur, et les enfants se retirent chez eux.
29. — L'évêque de Québec ne perdait pas de vue son départ de Rome. Il l'avait fixé au 6 février, mais ne voulait pas partir les
mains vides. Six jours après la tenue de la congrégation générale de la Propagande, il commença à prendre des informations sur le progrès de ses affaires et fut très étonné d'apprendre que le rapport de cette congrégation n'était pas encore rendu à la secrétairerie des Brefs. Il fallut donc aller, venir, frapper à plusieurs portés, pour donner de l'air aux gens, surtout au secrétaire de la Propagande, dépositaire de tous ses papiers. Ces peines ne furent pas perdues ; mais aussi elles étaient nécessaires. Il en est de la Cour de Rome comme de toutes les autres. On y est exposé à de» délais et à des longueurs sans fin. Les bureaux dépendent les uns des autres et leur marche est pesante et embarrassée. La Propagande est exposée plus que toutes les autres congrégations à laisser traîner les affaires et à les perdre de vue, parce que, tous les jours, il lui en survient de nouvelles de toutes les parties du monde, qui font oublier les anciennes.
Après avoir donné cette impulsion, l'évêque de Québec rejoignit l'abbé Ostini et se mit en devoir de visiter les hôpitaux. H vit celui des incurables, où l'on reçoit toutes les personnes atteintes de maladies sur lesquelles la médecine s'est inutilement exercée. 11 renferme environ 150 malades des deux sexes, auxquels on donne les soins nécessaires pour adoucir les infirmités qui les affligent et pour les supporter chrétiennement, instruits, comme ils le sont, de leur incurabilité. Cet hôpital tient à la grande église de S. Jacques dans le Corso ; aussi est-il appelé San Giacomo dd incurabili ou S. Jacques des incurables.
11 visita ensuite l'hôpital de la Trinité nommé des Pëlerins. Celui-ci a deux objets : le premier est de loger et nourrir, pendant trois jours, les pauvres étrangers qui sont conduits à Rome par un mouvement de piété, ou qui y sont détenus par accident, en voyageant pour leurs affaires. Ils y sont reçus avec beaucoup de charité, surtout lorsque le nombre en vaut la peine, comme il arrive dans la Semaine Sainte. On voit alors des princes romains et des cardinaux s'empresser autour d'eux, leur laver les pieds et les servir à table. 11 y a place pour trois cents. Dans les années jubilaires, ce nombre est tenu presque constamment au complet
Cet hôpital est vaste. Tout y a été fait on grand et sans épargne, savoir : cuisine, cave, réfectoire, provisions de bouche, linge, lits et hardes, rien n'y manque.
Le second objet de l'hôpital des Pèlerins est l'admission des convalescents sortant des autres hôpitaux. On leur y donne deux semaines de repos et de bonne nourriture, sans remèdes, avant qu'ils retournent à leurs occupations. Si dans l'intervalle ils retombent malades, on les renvoie à l'hôpital d'où ils sont sortis.
On appelle archi-hôpital ou le premier des hôpitaux, celui qui est situé auprès de l'église de S. Jean de Lateran, et dans lequel on ne reçoit que des femmes, comme dans quelques autres on ne reçoit que des hommes. Si celui-ci est le premier, ce n'est assurément pas du côté de l'ordre et de la propreté. Le grand défaut de tous ces établissements est que le détail et le soin des malades en sont confiés à des gens à gages, soit hommes, soit femmes, qui ne s'y prêtent que dans des vues mercenaires et sont quelquefois assez mal choisis. Quel avantage ne retireraient-ils pas d'être confiés à des religieuses hospitalières! Propreté, assiduité de jour et de nuit, tendresse pour les pauvres, économie, meilleure nourriture, modèles de patience et de charité : voilà les bons effets qui en résulteraient entre beaucoup d'autres. Mais ceci est un langage que les Italiens n'entendent point. Argumentez tant qu'il vous plaira, ils vous répondent sans cesse que le caractère des filles italiennes est si vicieux, qu'on ne pourrait prudemment les attacher aux dangereuses fonctions de l'hospitalité, quand même elles s'y seraient préparées par des vœux de religion. D'autres vous répondent que les Italiens sont si insolents, que des religieuses qui se montreraient, comme il est indispensable qu'elles le fassent, pour remplir les devoirs de l'hospitalité, seraient exposées à des insultes journalières.
Il ne faut pas croire que ce préjugé soit particulier à la ville do Rome, il est répandu par toute l'Italie. Il y a quelques années, on voulut faire, à Turin, un établissement de Sœurs de la Charité si justement estimées en France. On leur y donna la conduite d'un hôpital ; mais elles furent si maltraitées, si souvent accablées
(le reproches par les malades, par leurs parents et par les amis qui les venaient visiter, qu'elles furent contraintes d'afeandonner la partie après une année de vexations.
Il restait à voir l'hospice S. Michel ; c'est le plus étendu de tous les établissements de charité de Rome. Il est situé de l'autre côté, c'est-à-dire à la droite du Tibre auprès de Ripa grande o\3i du grand port de Rome, qui se trouve plus bas que tous les ponts et où viennent aborder des vaisseaux matés dont le tonnage peut équivaloir à celui de nos plus grosses goélettes. L'embouchure du fleuve est à six ou sept lieues plus bas. Autrefois on y pouvait entrer par deux canaux ; l'un des deux est entièrement fermé par les sables qui s'y sont amassés. On ne craiut pas qu'il en soit de même de l'autre, car il faut que l'eau de la rivière trouve un passage; mais il est à craindre que cette dernière embouchure, si l'on n'y prend garde, ne devienne trop plate pour l'introduction des vaisseaux.
31. — A la gauche du Tibre, et au-dessus de tous les ponts, est le petit port nommé Ripetta où abordent les chaloupes et bateaax qui ne sont pas matés. Ils y trouvent un quai et un grand escalier de pierre très commode pour la décharge du bois, du charbon et autres approvisionnements de la ville.
De Ripa grande^ les vaisseaux vont et viennent à Civitavecchia, le seul port de l'Etat Pontifical sur la mer d'Etrurie ou de Toscane ; la position de celui-ci est excellente pour le commerce de cette partie de la Méditerranée. Tout le monde convient qu'il serait possible de l'améliorer, de manière même à y maintenir une flotte en cas de guerre. Quelques Souverains Pontifes y ont songé ; mais autant de fois qu'ils se sont mis en devoir de l'agrandir ou de le fortifier, les autres Puissances de l'Europe, surtout celles qui avaient des ports sur la Méditerranée, ont trouvé moyen d'éluder l'entreprise et de détourner leur attention do quelque autre côté.
Jusqu'au présent pontificat, le Pape avait toujours à Civitavecchia un certain nombre de galères menées par des forçats et aux ordres du gouvernement. Pendant les derniers troubles, les
galères négligées sont tombées par morceaux et les forçats sont Testés en prison, au nombre 1500 dans ce seul endroit. Si l'on ne ^eut pas les employer à remuer et cultiver les alentours de Rome <jui auraient tant de besoin de cette opération, qui empêcherait ^e se servir de leurs bras pour faire du moins du port de Civita- Tccchia un bon havre marchand et pour y attirer une partie du <;ommerce qui se fait à Livourne ? Mais, outre que le gouvernexnent n'y songe pas, il faut avouer que l'état actuel de ses finances lie lui en laisserait pas la liberté, d'ici à plusieurs années. Revenons à l'hospice de S. Michel.
Cet établissement soumis à la surveillance d'un cardinal et sous la direction immédiate d'un prélat qui y demeure avec dix-sept sumôniers, ne renferme pas moins de 1500 personnes, savoir : des invalides, des orphelins et des incorrigibles. Ces trois départeanents ont leurs logements complets, sans aucune communication <ies uns avec les autres. Les invalides, comme moins en état de iaire usage des escaliers, sont placés au rez-de-chaussée et y prenjient leur repas dans un réfectoire commun. Il y a une infirmerie jour ceux qui tombent malades et un traitement accommodé à leur état. Les femmes invalides, quoique logées et traitées de la même manière que les vieillards, soit en santé, soit en maladie, en sont néanmoins totalement séparées.
Les orphelins sont admis dans cet hospice entre l'âge de 8 ans et de celui de 11, et n'y peuvent rester après l'âge de 20 ans. E'i ce moment, ils sont au nombre de 200. Ce sont des pauvres mais non des enfants trouvés. S'ils ne reçoivent pas ici une éducation classique, comme ceux du Collège Capranica, du moins on cultive leurs talents de manière à en faire, par la suite, de bons chrétiens et d'honnêtes et industrieux citoyens. Outre les deux écoles élémentaires par où on les fait passer pour les former à la lecture, à l'écriture et à l'arithmétique, il y a des maîtres de dessin, de gravure, d'architecture, chargés de donner les principes de ces diflférents arts à ceux qui y montrent de l'aptitude. Ceux qui n'ont pas les mêmes dispositions, apprennent à faire des tapisseries au métier, ou sont formés à tels arts mécaniques qui se trouvent assortis à
leur génie ; car il y a dans différents ateliers, des maîtres serruriers, menuisiers, chapeliers, cordonniers, tailleurs et tisserands, et autour d'eux des orphelins plus ou moins nombreux qui apprennent ces différents métiers. Les ateliers sont affermés par des particuliers au profit de l'hospice, et l'obligation pour le preneur d'instruire dans son métier les orphelins qui voudront l'apprendre, est toujours une des conditions du contrat. Si elle lui semble d'abord onéreuse, il est dédommagé dans la suite par l'ouvrage que lui fout ces jeunes gens.
L'atelier des tisserands est celui qui occupe un plus grand nombre de bras, par les nombreuses préparations qu'il faut donnera la laine avant de la mettre sur le métier, car on ne fait pas de toile, mais seulement des étoffes dans cet hospice.
Les orphelins se réunissent pour la prière du matin et du soir et pour les repas. Leur vie est très frugale. Ils déjeunent au pain sec ; à dîner, ils ont une soupe et un ragoût, avec un demiseptier de vin ; le soir, une once de saucisson et un petit morceau de pain. A mesure qu'ils arrivent à l'âge de 20 ans, on leur met dix scudis dans la poche et on les envoie gagner leur vie où ils voudront.
Il n'en est pas de même des orphelines que l'on élève aussi dans cette maison. Elles ont la liberté d'y demeurer, jusqu'à ce qu'elles trouvent à se marier, après avoir appris à broder et à faire du ruban ; car c'est surtout par ce dernier moyen qu'elles font quelque profit à l'hospice.
V^ février. — Sous le nom d'incorrigibles sont compris denx sortes de mauvais sujets constamment occupés, dans des endroits différents, à filer de la laine pour l'usage des tisserands delà maison. Les uns sont des garçons entre l'âge de 15 et de 20 ans, condamnés à ce travail par les cours de justice ou parleurs parents qui n'ont pu trouver d'autre moyen de les dompter. Ils sont au nombre de 45, tous enchaînés par un pied auprès de leurs rouets, et obligés de travailler debout toute la journée. On ne les déchaîne le soir, que pour les faire monter dans de petites cellules placées autour de leur salle et qui sont fermées au verrou toute la nuit.
L'autre classe d'incorrigibles sont des femmes de mauvaise vie dont on purge la ville, pour leur faire faire, dans cet hospice, une pénitence dont elles ne profitent guère. On ne sera pas surpris qu'elles y soient au nombre de 360, si Ton réfléchit qu'un gouvernement ecclésiastique doit naturellement s'occuper des bonnes mœurs avec plus de vigilance qu'on ne le fait dans les Etats séculiers, et que par conséquent il doit se montrer plus sévère à réprimer les personnes qui se rendent des instruments de libertinage. La seule différence qu'il y ait entre la punition de ces créatures et celle des jeunes incorrigibles, est qu'elles ne sont pas à la chaîne et qu'elles se tiennent assises pour filer. Du reste, ni les uns ni les autres ne donnent le plus petit signe de repentir. On l'a dit depuis longtemps : les châtiments peuvent détourner du crime par la frayeur qu'ils inspirent à ceux qui ne sont pas encore criminels ; mais ils ne font pas d'autre effet sur les cœurs dépravés, que de les rendre plus soigneux de se cacher pour faire le mal. Il est réservé à Dieu seul de changer les cœurs, et il ne saurait y avoir de véritable amendement chez ceux que la crainte de sa souveraine justice n'affecte pas.
Aujourd'hui est un grand jeûne à Rome, résultat d'un vœu perpétuel que fit la ville pour être délivrée du tremblement de terre de 1703. Ce jour se trouve lié à la fête du lendemain et lui sert de vigile.
2. — Le Souverain Pontife tient chapelle à Monte Cavallo pour célébrer la Chandeleur. Les cardinaux vont à l'obéissance dès qu'il est rendu au chœur, puis passent successivement à la sacristie où, sans prendre l'aube, mais seulement l'amict par-dessus le rochet, ils se parent suivant les différents ordres, c'est-à-dire que les cardinaux-évêques se revêtent de la chape, les prêtres de la chape sans étole, les diacres de la dalmatique. Les évêques assistants au trône et non assistants prennent aussi la chape. Tous rentrent au chœur, à mesure qu'ils sont parés, tenant leur mitre dans la main droite par le haut des fanons renversés. Le Pape fait la bénédiction des cierges enfermés dans six larges caisses
peintes, couvertes et placées à la gauche du trône. Il en fait la distribution qui est très longue, parce qu'outre le Sacré Collège, les évêques et les prélats, il se présente beaucoup d'autrea personnes pour en recevoir, tel que le Sénateur, les conservateurs, les pénitenciers de la basilique de S. Pierre, les camérierd du Pape, ceux des cardinaux et d'autres ecclésiastiques qualifiés. Les cierges sont gros et longs, du poids de deux ou trois livres. Sa Sainteté les présente sur le travers et éteints. En les recevant, les cardinaux lui baisent la main, les évêques le genou, les autres les pieds. La distribution finie, les cierges s'allument, on se met en procession autour de la Salle Royale qui avoisine la chapelle. En sortant, les évêques et cardinaux se couvrent eux-mêmes de leurs mitres. L'archevêque arménien est aussi mitre et revêtu d'une chape très riche ; mais l'archevêque grec a une couronne royale au lieu de mitre, et une espèce de dalmatique traversée de plusieurs bandes, franges et galons d'or et d'argent. Cette manière de se parer est apparemment conforme au cérémonial de son église. Le Souverain Pontife est porté, dans cette procession, comme il l'avait été à S. Pierre, le 18 janvier. Au retour de la procession, on retourne à la sacristie ; chacun reprend son habillement de chœur ordinaire, et l'on assiste à la grand'messe, qui n'a rien de particulier, sinon qu'en conséquence du vœu de 1708, elle est suivie du Te Deum très bien exécuté en musique, et de plusieurs versets et oraisons chantés par le Pape d'une voix forte qui semble assurer à l'Eglise catholique encore plusieurs années de son édifiant pontificat.
8. — ^L'époque du départ de l'évêque de Québec approchait. H lui restait plusieurs choses à voir à Rome, mais il n'avait plus le temps de s'en occuper. Le marquis de Fuscaldo, ambassadeur do Sa Majesté Sicilienne, l'avait inutilement pressé de faire le voyage de Naples, aucun motif religieux ne l'appelant de ce côté. La seule excursion qu'il regrettait d'avoir manquée, était celle d'Ostie, où tout en contemplant l'embouchure du Tibre, il aurait pu honorer le lieu de la mort de S*® Monique. Mais c'était un coup manqué à n'y pas revenir.
4. — Il avait eu sa seconde audience du Pape dans le cours du mois de janvier ; il obtînt aujourd'hui la troisième, et fit trouver bon à Sa Sainteté qu'il ne se prévalût pas encore du titre de métropole accordé prématurément à l'église de Québec, priant le Saint-Père de vouloir bien s'en rapporter à lui, du temps où la prudence lui permettrait de se qualifier archevêque, ce que Sa Sainteté daigna approuver avec sa bonté ordinaire. C'était le vendredi de la semaine de la septuagésime.
Dans l'anti-chambre, l'évêque de Québec rencontra le gouverneur de Rome en rochet et en mantelette et lui dit : " Vous donc aussi, vous venez à l'audience " ? — " Oui, répondit-il, tel que vous me voyez en grand costume, je suis sur le point d'aller ouvrir le carnaval ; mais l'usage veut qu'au préalable, j'en informe le Pape, afin de savoir s'il n'a pas à donner quelque ordre particulier à ce sujet. "
Pour expliquer cette conduite si peu d'accord avec nos mœurs, il faut savoir que dans toutes les villes d'Italie, le peuple est éperdûment amoureux des jeux, des masquarades et autres folies du carnaval. En priver totalement les habitants, serait les provoquer à beaucoup de murmures et peut-être à la révolte. Quoique cette fureur soit moins grande à Rome qu'à ISTaples et à Venise, les Souverains Pontifes ont néanmoins toujours été d'avis qu'il valait mieux avoir quelque condescendance pour cette folie et la soumettre à des règles, que de rompre le ressort en voulant trop le comprimer. On en fait donc une affaire d'appareil et de cérémonie. La plus belle rue de Rome nommé il Corso est le lieu destiné à ce divertissement. Elle commence à la Porte du Peuple et finit au palais de St-Marc, ce qui fait près d'une demi-lieue. On en répare d'avance le pavé, s'il en est besoin. Tous les balcons, portes et fenêtres qui donnent sur cette rue sont retenus par des spectateurs. Plusieurs particuliers tendent de tapisseries le devant de leurs maisons, pour exprimer la part qu'ils prennent à la joie publique. D'autres mieux avisés garnissent leurs devantures de bancs à plusieurs étages, et font payer aux curieux les places qu'ils occupent sur ces échafaudages. En retranchant les deux dimau-
ches de la sexagésime et de la quinquagéBÎme, il reste dîx jours francs de carnaval. Pendant les six derniers jours, les bureaux publics sont fermés et il ne se fait point d'affaires. Le Pape, qui ne sort d'ordinaire que l'aprës-midi, fait pendant le carnaval sa promenade dans la matinée, peut-être pour que l'on puisse disposer de la garde qui l'accompagne dans ses sorties. On remarque que, dans ce temps, il passe une fois ou deux par le Corso qui n'est pas sa route ordinaire, soit qu'il veuille voir par lui-même comment les choses sont disposées, soit qu'il veuille montrer à ses sujets l'intérêt qu'il prend à ce qui les concerne, même à leurs plaisirs.
Chaque jour du carnaval, un corps de troupe de plusieurs centaines d'hommes se rend dans le Corco, à une heure aprës-midi, et y est disposé des deux côtés de cette rue, de manière à la garnir d'une extrémité à l'autre. A deux heures, on sonne la cloche du Campidoglio ou du Capitole. A ce signal, une multitude de fous inondent le Corso, les uns pour voir, les autres pour se montrer ; les uns à pied, les autres en voitures; ceux-ci à découvert, ceux-là masqués et contrefaits non seulement dans leur figure, mais dans le reste de leurs ajustements, allant, venant, sautant, courant en tous sens, quelquefois par groupes, quelquefois isolément, faisant mille singeries, mille bouffonneries bizarres, qui n'ont ni ensemble, ni bon sens, mais présentent une telle variété d'objets, qu'un curieux peut suivre ce spectacle trois heures et être assuré d'y apercevoir toujours de nouveaux objets, par la rotation et l'agitation constante des insensés qui amusent le public à leurs dépens.
Pendant la scène, il y a peut-être 300 voitures dans le Corso, qui se suivent les unes les autres, le long des trottoirs. Environ une heure avant le soleil couchant, on donne un certain signal et toutes les voitures se retirent par les rues de traverse, sans qu*il en reste une seule, les gens à pied, masques et autres, continuant d'aller et venir comme auparavant. Au bout d'une demi-heure, à un autre signal, tous ces gens disparaissent ou se retirent derrière les rangées de soldats qui bordent les trottoirs. Alors un
autre spectacle se présente. Ce sont des chevaux d'une agilité remarquable que l'on a réunis sur la place du Peuple. Chaque propriétaire, pour donner plus de vitesse au sien, a mis en œuvre le moyen qu'il a jugé le plus efficace. L'un sera couvert d'une sellette sous laquelle sont des pointes de clous qui lui piquent le dos ; l'autre aura les flancs chauffés par du charbon ardent qui lui pendra des deux côtés dans des cassolettes. Ces animaux sont lâchés au même instant vers le Corso, et courent de toutes leurs forces, sans bride, sans cavalier, jusqu'à la place de Venise où on les arrête. Le gouverneur les attend là et distribue des prix de différentes valeurs aux maîtres des trois premiers rendus. Ainsi finit une journée dé carnaval à Rome, pour recommencer le lendemain. Le dernier jour, après le passage des chevaux, on rentre dans le Corso, et comme la nuit commence, chacun est obligé d'avoir une bougie à la main, de sorte que cette longue rue paraît toute en feu. Mais après 15 à 20 minutes, à un signal donné, toutes ces bougies s'éteignent en un instant, et chacun s'enfuit ; il est sévèrement défendu à qui que ce soit de paraître masqué avant l'heure marquée, et dans un autre endroit que le Coreo.
7. — Dans le même temps qu'une partie du peuple romain s'amuse de ces enfantillages, assez difficiles à accorder avec les engagements du Baptême, une autre partie beaucoup plus saine est prosternée au pied des autels où le Saint-Sacrement est exposé. Il est même de règle que, le mardi-gras au soir, immédiatement après la fin du carnaval, le gouverneur et les conservateurs assistent à un salut du Saint-Sacrement qui se fait dans l'église des Jésuites.
8. — On annonce la mort du duc de Kent. Les Anglais résidant à Rome sont fort embarrassés de cette nouvelle ; ils ont annoncé un bal ; ils sont invités à un autre ; que feront-ils pour concilier leur plaisir avec leur respect pour la famille royale ? — Ils séparent, comme on dit, le différend par la moitié, c'est-à-dire qu'en esprit de deuil ils contremandent le bal qu'ils voulaient donner, mais par bienséance, ils se rendent à celui dont ils étaient priés et y dansent jusqu'au matin.
Tous ces amusements n'avançaient pas les affaires de l'évêque de Québec, impatient de se remettre en route. Il craignait que les bureaux une fois fermés par le carnaval ne s'ouvrissent plus pour lui qu'après le commencement du carême. Il fit donc les plus grands efforts pour obtenir l'essentiel, savoir les Brefs apostoliques, qui n'étaient pas moins de sept (dont quatre pour ses nouveaux suffragants) et une partie des solutions des difficultés qu'il avait proposées à la Propagande, laissant un procureur sur les lieux, chargé de lui transmettre les autres, qui, selon toute apparence, ne devaient être délivrées que plusieurs mois après.
9. — Muni de ces pièces, il fit- ses adieux à ses amis, alla recevoir la dernière bénédiction du Saint-Père et prendre congé de lui, tandis que M. Turgeon retenait une voiture pour le voyage de Florence.