CHAPITRE SIXIExME
nUe de Rome. — Les monuments anciens. — Le Capitole. — Les églises
Le Vatican. — Le Quirinal Les gardes du Pape. — Le Saint Père. —
Gouvernement paternel Les cardinaux. — Les congrégations. — M«'
Plessis chez le cardinal Fontana. — Les affaires du diocèse de Québec. — Quarante-Heures et processions. — Confréries. — Chemin de la croix au Colisée Vie édifiante des cardinaux.
lome n'est pas la plus belle ville du monde, mais elle est assulent la plus curieuse, la plus eélëbre, la plus digne de fixer regards d'un étranger, et d'exalter son imagination par des v-enirs de toute espèce, par les monuments profanes et reli- IX, anciens et modernes, dont elle est remplie. On se sent er l'âme, en réfléchissant que l'on marche sur les mêmes es et dans les mêmes rues que foulèrent autrefois les pieds àage Numa, du sobre Quintus Fabius, des Camille, des Sci- ^ des Scilla, des Pompée, des Cicéron, des César, des Contran, etc. Mais ce sentiment acquiert bien une autre énergie, 3^u'un chrétien y reconnaît les lieux arrosés des sueurs des Vtres et du sang des Martyrs; lorsqu'il voit le chef de l'Eglise Lolique régner en souverain et faire régner la vraie religion :>ute8 les vertus, sur le même trône où tant de maîtres scéléet impies s'assirent autrefois, et dans la même ville qui fat longtemps livrée au culte sacrilège de toutes les fausses divi-
^ y a des monuments anciens qui subsistent encore dans leur ^r. Tels sont les dix obélisques construits depuis plus de >0 ans, conduits à grands frais d'Egypte à Rome, par divers
empereurs romains, enfouis pour la plupart, dans le temps de \a décadence de l'empire, relevés par les Souverains Pontifes, et fixés dans les places qu'ils occupent respectivement aujourd'hui. Ils sont de granit oriental, quelques-uns unis, la plupart chargés d'hiéroglyphes égyptiens. Le plus petit est de 17J pieds. C'est celui de la place de la Minerve. Le plus haut, celui de la place de S. Jean de Latran, est de 99 pieds, sans compter la base et le piédestal. Telles sont encore les célèbres colonnes Antonine et Trajane, toutes deux de marbre blanc, fixées sur les places qu'elles occupent depuis 17 siècles, et revêtues, tout autour, de bas-relîefa admirables, dont les personnages, les chevaux, les drapeaux, les chars, etc., sont innombrables. Ces bas-reliefs sont séparés les uvk^ des autres par un cordon en spirale, qui règne dans toute 1* hauteur du fût. Toutes deux ont un escalier tournant dans l'îicirieur, l'un de 190 marches, l'autre de 185, au moyen duquel cp^ parvient au sommet.
La colonne Trajane, située sur la place nommée Forum Vf"^^' januniy fut élevée par le sénat et le peuple romain, pour perj> ^' tuer la mémoire des victoires remportées par Trajan, sur les Dao€^ ^ l'an 101 de l'ère chrétienne. Cet empereur mourut dans la guer^^^^ des Parthes, sans avoir vu ce monument. La colonne, non cod*^" pris le piédestal qui la supporte, ni la statue qui la surmonte, * 90 pieds de hauteur, c'est-à-dire un pied et demi de plus qu© ^* colonne Antonine érigée sur la Place Colonne, en l'honneur <3-6 Marc-Aurèle, à l'occasion de ses conquêtes sur les Marcoraan» ^* autres peuples d'Allemagne. La pluie miraculeusement obteim i^^ du vrai Dieu, par les prières des chrétiens de la légion fxiltX^ ^" nante, y est attribuée à Jupiter. Mais il faut se souvenir que ce t'^® colonne et ses bas-reliefs furent faits par des artistes payens, to'^^' jours éloignés du vrai, lorsqu'il s'agissait de divinité. M»!*^^ Aurèle, par modestie, ou par reconnaissance, dédia cette colon, i^^ à Antonin le Pieux, son beau-père et son prédécesseur dans l'oDCipire, dont il fit placer la statue au-dessus. Par la suite, Sixto "^ fit enlever cette statue, ainsi que celle de Trajan, qui était sO^ l'autre colonne, remplaçant la première par une statue de S. P»tiA
l'autre, par celle de S. Pierre, toutes deux de bronze doré et utes de onze à douze pieds.
On peut aussi compter, entre les anciens édifices encore subsisnts, les arcs de triomphe de Titus, de Septime Sévëre et de mstantin, le tombeau d'Adrien, aujourd'hui le château St-Ange, lui de Cahis Sestius Ejpulo^ en forme de pyramide carrée, celui ! Ceeilia Metella, épouse de Crassus le triumvir, le temple de esta et le Panthéon, devenue l'église de Ste-Marie des martyrs, us connue sous le nom de la Rotonde.
Quant à ceux qui sont tout à fait en ruines ou qui ont été couverts par d'autres édifices, ou qui ne subsistent plus qu'en rtie, ou que l'on découvre encore tous les jours dans les fouilles itinuelles du gouvernement ou des particuliers, il n'entre pas ns le plan de ce journal d'en faire l'énumération, qui d'ailleurs 'ait impossible. Il suflSit de dire qu'entre les inscriptions, urnes >ulcrales, vases, bustes, statues, colonnes, dont regorgent les Lsées et les palais, au dedans et au dehors, il y a peu de rues. Ton ne trouve, le long des murs, tantôt un fût de colonne, ^tôt un piédestal, tantôt des chapiteaux ; que, dans les trottoirs nie qui bordent les rues, il n'est pas rare d'apercevoir de beaux ►Tceaux de granit ou de marbre mêlés avec la pierre la plus ximune, et qu'il faut qu'une maison soit bien pauvre, si le w^ant des cheminées, les tables et commodes ne présentent pas 2lque précieux morceau de marbre ou de porphyre. On sait que le Tibre divise la ville de Rome en deux parties égales. Cette rivière coule une eau épaisse et jaunâtre qu'il est possible de boire. Cette qualité lui vient des paye limoneux :• où elle passe au sortir des montagnes où elle prend sa source. € a toujours eu cette couleur, et ce n'est pas sans raison 'Horace écrivait : " Vidimus flavum Tibenm'\ Elle a d'un >ent à deux de largeur, mais est assez profonde pour qu'on ne sse la passer à gué en aucun endroit. On prétend même qu'elle ommunément de 15 à 16 pieds d'eau. Ce qui est certain, c'est ^lle a un courant aussi fort que le Richelieu et qu'on n'y aper-
çoit nulle batture. Ceux qui prétendent que c'est une eau morte et croupie, ne se BOût jamais donné la peine de la considérer.
Cette riviëre se déborde une fois tous les ans, non sans inconvénient pour la partie de Rome la plus peuplée qui est sur earive gauche. Du temps des anciens Romains, cette partie était vaste et se nommait le Champ de Mars. Ce ne fut que vers la fin delà République que Ton y introduisit quelques édifices.
Aujourd'hui, la partie la moins peuplée est celle qui Tétait davantage. Du reste, l'enceinte de la ville, considérée sous le rapport des murs flanqués de tours qui l'environnent, n'est pas essentiellement changée. Le Forum Romanum^ auquel on a donné la dénomination ignoble de Campo Vaccina^ parce qu'il est devenu un marché aux bœufs, tient encore le vrai centre de la ville proprement dite. Une colonne dorée que l'on appelait millarium aureum^ fixée au milieu de cette célèbre place, était le point d'où partaient les 28 grands chemins qui se répandaient par toute l'Italie et qui avaient chacun un nom particulier: Fw Appidy Via Salaria^ Via Flaminia, Via Nomentana, etc. Des poteaux de pierre régulièrement placés de mille en mille et numérotés mettaient les voyageurs en état de savoir toujours à quelle distance ils étaient du pilier central. La même chose se pratique encore dans plusieurs contrées d'Europe et notamment d'Italie et de France.
Le forum était la partie de Rome où. il y avait le plus de concours et d'activité. C'était là qu'était la tribune aux harangues, d'où les orateurs s'adressaient au peuple ; là que se tenaient les assemblées et que se traitaient les plus grandes aflEaires delà République. Cette place était un carré long environné de superbes édifices, tant publics que particuliers. Le comiiium où se faisaient les élections des consuls, des tribuns du peuple, des préteurs, des édiles et la curia où se tenaient les assemblées du sénat, le temple de Remus, celui de la Fortune, de la Concorde, de Jupiter Tonnant, le tabularium où l'on conservait les décrets du sénat et du peuple ; les maisons d'Horace, de Cicéron, de Properce et un grand nombre d'autres richement construites, ornaient
le tour de cette place et remplissaient tout l'espace compris entre eon extrémité occidentale et le Capitole. Cette colline qui tire son nom d*un crâne ou d'une tête d'homme, que l'on trouva en creusant les fondations du premier édifice que l'on y construisit, était terminée par deux sommets, l'un au nord, l'autre au midi. L'espace intermédiaire se nommait intermontium. Sur la cime du nord, fut élevé le temple de Jupiter Capitolin ; sur celle du sud, une forteresse qui servit de retraite à la garnison, lorsque le ri ste de la ville eût été abandonné à Brennus. chef d'une armée de Gaulois qui était venue pour en faire la conquête. En descendant la colline du côté du forum^ on laissait au-dessous du temple de Jupiter Capitolin, la prison Mamerline, ainsi appelée du nom du Roi Ancus Martiùs qui l'avait fait construire. Elle subsiste encore et est changée en deux chapelles, une dans chaque étage. Celle de dessus est celle de S. Joseph des menuisiers. La chapelle inférieure est consacrée en l'honneur de l'apôtre S. Pierre, que l'on croit y avoir été détenu neuf mois par l'empereur Néron.
-Au milieu de l'intermontium, Eomulus avait établi un asile en faveur de ceux qui étaient poursuivis par la justice. Quant aux criminels condamnés à mort, ils étaient précipités, les une, du haut de la prison, les autres, de la citadelle, au bord de laquelle était la célèbre roche Tarpéienne que Ton y voit encore, mais qui n'est plus élevée que de 20 à 25 pieds au-dessus du niveau de la ville, parce que les terres voisines se sont graduellement élevées. Pour concevoir comment une colline aussi petite que le Capitole a pu contenir le grand nombre de temples que l'histoire nous apprend y avoir été construits, il faut se rappeler qu'ils n'y ont existé que âuccessivement, dans le cours des longues années qui se sont écoulées depuis la fondation de Rome jusqu'à sa conversion au christianisme. Autrement il serait impossible qu'ils y eussent bous trouvé place.
La capitole moderne nommé Campidoglio a, comme l'ancien, trois montées, savoir : deux du côté du Forum, et une vers l'Ouest, 5^ui est la principale. Au bas de cette montée, sont placés deux lions de basalte, qui vomissent continuellement de l'eau d'une
çoit nulle batture. Ceux qui prétendent que c'est une eau morte et croupie, ne se soût jamais donné la peine de la considérer.
Cette rivière se déborde une fois tous les ans, non sans inconvénient pour la partie de Rome la plus peuplée qui est sur sarive gauche. Du temps des anciens Romains, cette partie était vaste et se nommait le Champ de Mars. Ce ne fut que vers la fin delà République que Ton y introduisit quelques édifices.
Aujourd'hui, la partie la moins peuplée est celle qui Tétait davantage. Du reste, l'enceinte de la ville, considérée sous le rapport dos murs flanqués de tours qui l'environnent, n'est pas essentiellement changée. Le Forum Bomanum^ auquel on a donné la dénomination ignoble de Campo Vaccina, parce qu'il est devenu un marché aux bœufs, tient encore le vrai centre de la ville proprement dite. Une colonne dorée que l'on appelait millarium aureum, fixée au milieu de cette célèbre place, était le point d'où partaient les 28 grands chemins qui se répandaient par toute l'Italie et qui avaient chacun un nom particulier: Via Appia, Via Salaria, Via Flaminia, Via Nomentana, etc. Des poteaux de pierre régulièrement placés de mille en mille et numérotés mettaient les voyageurs en état de savoir toujours à quelle distance ils étaient du pilier central. La même chose se pratique encore dans plusieurs contrées d'Europe et notamment d'Italie et de France.
Le forum était la partie de Rome où il y avait le plus de concours et d'activité. C'était là qu'était la tribune aux harangues, d'où les orateurs s'adressaient au peuple ; là que se tenaient les assemblées et que se traitaient les plus grandes affaires delà République. Cette place était un carré long environné de superbes édifices, tant publics que particuliers. Le comitium où se faisaient les élections des consuls, des tribuns du peuple, des préteurs, des édiles et la curia où se tenaient les assemblées du sénat, le temple de Remus, celui de la Fortune, de la Concorde, de Jupiter Tonnant, le tabularium où l'on conservait les décrets du sénat et du peuple ; les maisons d'Horace, de Cicéron, de Properce et un grand nombre d'autres richement construites, ornaient
le tour de cette place et remplissaient tout l'espace compris entre eon extrémité occidentale et le Capitole. Cette colline qui tire son nom d*un crâne ou d'une tête d'homme, que l'on trouva en creusant les fondations du premier édifice que l'on y construisit, était terminée par deux sommets, l'un au nord, l'autre au midi. Xi'espace intermédiaire se nommait intermontium. Sur la cime du nord, fut élevé le temple de Jupiter Capîtolin ; sur celle du eud, une forteresse qui servit de retraite à la garnison, lorsque le Ti Bte de la ville eût été abandonné à Brennus. chef d'une armée de Gaulois qui était venue pour en faire la conquête. En descendant la colline du côté du forum^ on laissait au-dessous du temple de Jupiter Capitolin, la prison Maraertine, ainsi appelée du nom du Roi Ancus Martiùs qui l'avait fait construire. Elle subsiste encore et est changée en deux chapelles, une dans chaque étage. Celle de dessus est celle de S. Joseph des menuisiers. La chapelle inférieure est consacrée en l'honneur de l'apôtre S. Pierre, que l'on croit y avoir été détenu neuf mois par l'empereur Néron.
-Au milieu de l'intermontium, Eomulus avait établi un asile en faveur de ceux qui étaient poursuivis par la justice. Quant aux criminels condamnés à mort, ils étaient précipités, les une, du haut de la prison, les autres, de la citadelle, au bord de laquelle était la célèbre roche Tarpéienne que l'on y voit encore, mais qui n'est plus élevée que de 20 à 25 pieds au-dessus du niveau de la ville, parce que les terres voisines se sont graduellement élevées. Pour concevoir comment une colline aussi petite que le Capitole a pu contenir le grand nombre de temples que l'histoire nous apprend y avoir été construits, il faut se rappeler qu'ils n'y ont existé que successivement, dans le cours des longues années qui se sont écoulées depuis la fondation de Rome jusqu'à sa conversion au christianisme. Autrement il serait impossible qu'ils y eussent tous trouvé place.
La capitole moderne nommé Campidoglio a, comme l'ancien, trois montées, savoir : deux du côté du Forum, et une vers l'Ouest, qui est la principale. Au bas de cette montée, sont placés deux lions de basalte, qui vomissent continuellement de l'eau d'une
excellente qualité, comme est celle de toutes les fontaines de Rome. Rendu au sommet, on trouve deux statues de marbre blanc, de taille héroïque, que Pon croit être celles do Castor et de Pollux, et auprès de chacune, un grand cheval de même matière. Ces deux chevaux et ces deux statue?, ainsi que ces deux trophées, connus sous le nom de trophées de Marins, sont sur la balustrade de la superbe place carrée qui fait le plateau du Campidoglio. Au fond de la place est le palais du Sénateur, dont le mur de derrière repose sur l'ancien tabularium. Au-devant de cet édifice, dont la situation, la plus avantageuse que l'on pût imaginer, fait honneur au bon goût de Boniface IX, qui le fit construire, est une grande fontaine ornée de trois statues antiques. Celle du milieu, qui est de marbre blanc, drapée de porphyre, représente Rome triomphante sous la figure d'une femme assise- Les deux autres, dont l'une représente le Nil et l'autre le Tibro-» sont colossales, et furent trouvées sous le mont Quirinal ; ce sor»^^ deux figures d'hommes. On reconnaît les fleuves qu'ils repr^ sentent par les attributs de l'un et de l'autre, sortant de deu^ cornes d'abondance qu'ils tiennent et sur lesquels ils sont respect tivement inclinés. En avant et au milieu de la place, est la statu équestre de Marc-Aurèle, exécutée en bronze. On ne sait lequ^ est mieux fait, ou l'empereur ou le cheval. Les counaisseur*** donnent la préférence au dernier, tout en avouant que l'ensemble est un des plus beaux morceaux de sculpture que les anciens nous aient laissés.
On monte au premier étage du palais sénatorial par un doubl et magnifique escalier extérieur, qui ajoute un nouveau degré d — mérite à cette façade. Tout cet étage est occupé par la salle d'ai^ dience du sénateur et les bureaux qui en dépendent. Les étages supérieurs sont destinés à son logement et à celui de sa famille Mais le prince Altieri, sénateur actuel, a obtenu de continuer ^^ demeure dans un palais plus vaste que celui-là, qui lui vient i^ ses pères et qui est situé près de l'église des Jésuites.
Le palais sénatorial finit par une tour de pierre, dont la clocb^ sert à annoncer les fêtes civiques.
\. une moyenne distance de ce palais et sur la même plateme, en ont été construits deux autres qui se font face, et qui, : l'uniformité de leur front et par la symétrie de leur position, lèvent de rendre cette place une des plus magnifiques de Rome, lui que l'on a à droite, en arrivant au Capitole par la grande •ntée, est celui des Conservateurs. Celui de gauche s'appelle le isée.
Les conservateurs sont des officiers civils, assesseurs du séuair, l'asBistant dans la tenue des cours civiles qui sont de son sort, et formant avec lui ce que l'on appelle aujourd'hui le lat de Rome, et qui n'a nulle ressemblance avec l'ancien. Leur palais a beaucoup de profondeur et comprend une partie l'ancienne citadelle. Dans la cour intérieure formée par ses itre faces, se trouvent plusieurs fragments de statues colos- 38, savoir : une main et une tête en bronze de l'empereur oamode, une grande tête en marbre de Domitien, deux pieds ne grandeur démesurée, avec une main qui y correspond. Ces ^ments, d'après leurs proportions, devaient faire partie de :ues de 30 à 40 pieds de haut. Un groupe remarquable dans !:e cour est celui qui représente un lion dévorant un cheval, ist exécuté en marbre grec et fut trouvé à un demi-mille hors Rome.
^ans ce palais se conservent, entre autres objets de curiosité, anciens fastes consulaires. Dans l'un de ses côtés est une erie de tableaux des plus grands maîtres. De jeunes peintres diverses nations sont occupés, du matin au soir, à en tirer des 'les. Il en est de même dans les autres musées de Rome. Malireusement leur goût les porte moins à tirer des copies des ets de piété que des représentations lubriques. On a dit depuis gtemps que les beaux-arts sont ennemis des bonnes mœurs. Lie palais appelé le musée du Capitole, et placé à l'opposite de lii des conservateurs, est occupé tout entier de bustes, de statues ie colonnes antiques. Les principaux appartements tirent leurs las des principaux sujets qu'ils contiennent. Ainsi il y a la salle l'Urne, la salle du Vase, celle du Faune, celle du Gladiateur,
celle des empereurs, celle des philosophes, celle de Canope. Dans cette dernière, sont réunies des bustes et statues égyptiens. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les autres, est, dans Tune, une série de bustes de la plupart des anciens empereurs romains et de leurs épouses, au milieu desquels est une statue assise d'Agrippine, dont la draperie passe pour un chef-d'œuvre ; dans l'autre, la réunion d'une foule de philosophes, poètes et hommes célèbres des différents siècles qui, de leur vivant, étaient fort éloignés de soupçonner que leurs images dussent se faire compagnie les unes aux autres, après leur mort. Plusieurs petites colonnes, de 10 à 12 pieds de haut, sont aussi conservées ici. Les colonnes, ainsi que les bustes et statues, ne sont pas toutes de marbre. On y voit du porphyre, de l'albâtre, du basalte, du vert, du jaune, du noir antique. Deux statues méritent une attention particulière: l'une est celle du gladiateur mourant, assis sur son bouclier, et dont la face défaillante est en chemin d'y tomber ;]rautre est celle d'un berger qui tire une épine de son pied. C'est un jeune pâtre que l'on avait chargé d'aller à Rome porter la nouvelle d'une victoire. Il y courut avec un tel empressement qu'il ne voulut pas prendre le temps de retirer une épine qu'il s'était enfoncée dans son pied pendant le voyage. Le sénat, par reconnaissance pour son patriotisme, lui fit ériger cette statue. Elle est en bronze, ainsi que le groupe qui représente la louve donnant à téter à Romulus et à Rémus.
Le berger s'arrachant l'épine du pied et le gladiateur mourant ^sont deux morceaux si estimés, que beaucoup de statuaires modernes ont voulu s'exercer sur ces sujets, et que l'on en trouve des imitations plus ou moins heureuses dans la plupart des musées. Il en est de même de la statue de Vénus sortant du bain, de celle d'Apollon du belvédère, du groupe de Laocoon, et des bustes de Jules et Auguste César, de Trajan, d'Adrien, de Marc-Aurèle, de la statue d'Hercule armé de sa massue, tantôt debout, tantôt assis, mais toujours menaçant et terrible ; de sorte qu'un musée est d'ordinaire peu différent des autres, et qu'on les a presque tous vus, quand on en a vu un. Ce qu'il y a de commun à toutes
ces collections d'antiques, c'est que la modestie n'y est pas assez ménagée.
Sur les deux murs qui bordent l'escalier intérieur du musée du Capitole, est encastré, par morceaux, le plan de l'ancienne Rome, qui faisait le pavé du temple de Rémus. Au fond du portique est la figure de l'Océan représenté par la statue colossale d'un homme couché sur le côté. Cette statue est précisément celle qu'on appelait Morphorio^ avant qu'elle fût placée ici et que l'on mettait en convei'satîon avec Pasquin, par des bons mots et propos satiriques écrits sur des chiflbns de papier, que l'on attachait à l'une et à l'autre. Pasquin ou Pasquino est un reste de statue de marbre sans bras et sans jambes, nichée de temps immémorial au coin d'une rue. Dans ce voisinage demeurait autrefois un artisan du nom de Pasquino, homme plaisant et caustique, qui divertissait les gens de son estoc, par des réflexions satiriques sur le gouvernement et sur les particuliers. Pour les perpétuer après sa mort, on les prêta, ainsi que son nom, à ce tronc de statue qui s'appelle encore Pasquin, mais à laquelle on paraît s'être lassé de faire dire des pasquinades. Ces sortes de plaisanteries étaient de nature à ne durer qu'un temps.
La religion chrétienne s'est emparée du Capitole, comme de tout le reste de la capitale du monde. La place du temple de Jupiter Capitolin est occupée par l'église d'Ara Cœli et par le grand couvent des Observantins de Rome, où l'on compte cent religieux, tant profës que novices. L'église de ce monastère est une des plus fréquentées; on y monte par un grand escalier de pierre de 124 marches. Les petites gens qui ont obtenu des billets de loterie, se persuadent qu'ils pourront obtenir du ciel quelque chance dans cette méchante et ruineuse spéculation, s'ils mettent la Ste-Vierge dans leurs intérêts. Pour y réussir, ils montent à genoux ce grand escalier. Il est aisé de voir s'ils sont fondés à croire que le ciel leur tiendra compte de cette dévotion mal entendue. Aussi les religieux mettent-ils tout en œuvre pour la discréditer.
Rome ayant été fondée au pied du Mont Palatin, dans le lieu
même où l'on prétend que Romains et Rémus avaient passé leut enfance, les premiers empereurs voulurent honorer ce mont eti s'y établissant. Auguste y avait deux maisons. L'une des devxx ayant brûlé accidentellement, il la fit reconstruire avec beaucoup de magnificence. Du lieu où elle était située, elle prit le nona ie palais, palaiiuWj qui se répandit de là à toutes les maisons diis^i'iîiguées et est encore en usage. On appelle palais un édifice à j?lusieurs étages, dont le rez-de-chaussée n'est pas habité et quL est d'ordinaire à quatre faces, avec une cour au milieu. Or il ^^ ^^ a aujourd'hui plus de cent de cette espèce à Rome.
Tibère augmenta celui d'Auguste. Caligula l'étendit encore ©t en fit construire la façade vers le/orwm, avec des portiques et> ^û pont soutenu par 80 colonnes de marbre, pour le réunir au C^^pî* tôle. Claude fit démolir ce pont. Néron, son successeur, troui^^ a»^ le Palatin trop petit pour les embellissements qu'il médit ^Bit, prit tout l'espace qui se trouvait entre le Mont Oélius etl^E^quilin. Cette prodigieuse étendue de terrain enfermait de va^stes jardins, des bosquets, des étangs, des bains (Thermes), mais, ^pardessus tout, une maison si somptueuse et si magnifique, qu'o^:=^ la nommait la maison d'or, domus aurea Neronis. Une seule ch^^Da' bre de cette maison, que l'on déterra en 1720, était large d^ 91 pieds et longue de 138.
Ce palais était décoré d'un portique à trois rangs de colontr^^s, de mille pas de longueur, devant lequel il s'était fait représer^^-^"^ par une statue colossale en bronze, de 120 pieds de hauteur. I^ lieu qu'elle occupait en a retenu le nom de colossOj eoliseo ^^ colisée, sous lequel il est généralement désigné, quoique la sta'"*"^ colossale n'y ait pas existé fort longtemps après l'assassinat ^^ cet empereur.
Vespasien parvenu au trône fit commencer son magnifique amphithéâtre sur les ruines du palais de Néron. On prétend qiiï/ y dépensa une somme correspondant à cinquante-trois millions et demi de francs, et qu'il y fit travailler douze mille juifs, du. nombre de ceux qu'il avait faits prisonniers dans sa campagne dé Palestine. Il fut terminé en cinq années. Ce ne fut cependant
pas lui qui l'acheva, mais Titus, son fils. Le jour de la dédicace, il y fit paraître cinq mille bêtes de toute espèce, qui y furent toutes tuées. C'était, pour les hommes sanguinaires de ce temps-là, un spectacle ravissant que celui d'une foule de bêtes se battant jusqu'à extinction les unes contre les autres, ou contre des misérables condamnés à mort, au rang desquels on mettait alors les chrétiens, comme indignes de toute protection, précisément parce qu'ils étaient chrétiens.
L'arène où se donnaient ces sortes de jeux et où S. Ignace d'Antioche et beaucoup d'autres martyrs eurent l'honneur de mourir pour Jésus-Christ, est un ovale de 185 pieds de longueur sur 182 de largeur et 748 de circonférence. On rapporte que le S. Pape Pie V s'y promenant un jour, avec un prince étranger, qui lui demandait des reliques de martyrs : en voici, lui dit le Souverain Pontife, en lui présentant une poignée de la terre sur laquelle ils marchaient, et elle se changea aussitôt en sang.
L'édifice dont il s'agit, a 1641 pieds de circonférence extérieure, et avait 157 pieds de hauteur uniforme. Il était environné de trois rangs d'arches élevées les unes sur les autres, et entremêlées de demi-colonnes qui en soutenaient l'entablement. Chaque rang était composé de 180 arches, avec autant de colonnes. Tout l'édifice était terminé par un quatrième rang de pilastres beaucoup plus haut que les autres et fermé par un mur circulaire, percé de 40 fenêtres intermédiaires. Il pouvait contenir cent cinquante mille spectateurs à la fois.
La ville ayant été plusieurs fois saccagée, on ne doit pas être surpris de voir ce superbe édifice plus d'à moitié démoli, les crampons de bronze arrachés, une quantité de ses pierres employées à des constructions plus récentes. Le Pape actuel ne néglige rien pour faire déblayer le Colisée et pour le conserver par des travaux assidus dans l'état où il se trouve, mais il ne saurait en ramener les parties qui en ont été emportées.
La religion a su tirer partie du Colisée, comme des autres 3ébris du paganisme. Une croix est plantée au milieu de l'arène, 3t tout autour sont peintes les 14 stations de la voie de la croix
via erucisy dont l'exercice qui se répète tous les vendredis et tous les dimanches, fait plus d'honneur à la piété des Romains, que les tableaux des 14 stations n'en font au peintre qui les a exécutés ; car il serait impossible de trouver dans toute la ville, peutêtre dans toute l'Italie, d'aussi méchantes peintures que celles-là, plus dignes assurément du pinceau d'un apprenti de huit jours, quç de celui d'un artiste.
On ne sera peut-être pas mécontent de trouver ici un tableau de la succession des édifices religieux aux édifices profanes. H est certain que l'église de St-Adrien a remplacé l'ancienne BasilicaEmilia; St-André délia Valle^ la caria Pompeii^ où Jules César fut assassiné ; St- Antoine abbé et Ste-Sabine, deux temples de Diane ; St-Bernard et Ste-Marie des Anges occupent une partie des Thermes de Dioclétien ; St-Appollinaîre et St-Barthélemi ont remplacé les temples d'Apollon et d'Esculape ; St-Côme etSt- Damien, le temple de Rémus; St-Laurent in Miranda, celui d' Antonin et de Faustine ; Ste-Martiue, celui de Jupiter Vengeur ; Ste-Marie in acquirOy celui de Saturne ; Ste-Marie in Cosmedino^ celui de la pudicité patricienne ; Ste-Marie Egyptienne, celai de la fortune virile ; St-Théodore, celui de Romulus ; St-Nicolas in Carcere, ceux de Junon, de la piété et de l'espérance. La principale église des Dominicains, nommée N.-D. de la Minerve, en italien Sania-Maria Sopra Minerva^ est ' vraiment construite sur les ruines d'un temple de Minerve. Pareillement l'église de St-Jean et St-Paul, martyrs, couvrent l'ancien Vivarium; celle de St-Dominique et St-Sixte, les bains d'Agrippine; celle de St-Luc, le Secretarium senatus ; celle de Ste-Marie in transtevere, c'est-à-dire au-delà du Tibre, la taberna meritoria; celle de St-Vite, le Marcellum livianum ; celle de St- Antoine ermite, les bains de Mécène ; celle de St-Pierre du Vatican, le cirque et les jardins de Néron ; celle de Ste-Marie transpontine, le tombeau de Scipîon l'Africain ; enfin l'église de St-Pierre-aux- Liens occupe le lieu même où le Sénat romain tenait autrefois ses assemblées.
Il y a environ 300 églises à Rome, dont 80 paroisBiales ; les
autres sont ou patriarcales ou collégiales, ou églises de monastères, ou chapelles indépendantes, sous la protection de quelque cardinal, ou chapelles de confréries. Cela n'empêche que chez tous les cardinaux, évêques et prélats, dans les palais des princes et chez beaucoup de particuliers, il n'y ait des chapelles domestiques. On en compte treize dans le palais de Monte Cavallo, pour l'usage tant du pape que des cardinaux, et prélats qui demeurent dans sa maison. De plus, il y a au coin des rues, en beaucoup d'endroits, des images de la S'® Vierge, connues sous le nom de Madonay quelquefois en statue, plus souvent en peinture, ornées de beaux cadres, de lustres, de lampes, au-devant desquelles le petit peuple s'assemble, le soir, chante les litanies, récite le chapelet et autres prières, sans se mettre en peine ni du bruit des voitures qui passent en grand nombre, ni de la pluie qui tombe quelquefois à grands flots. Ainsi continue de se vérifier l'oracle de la mère du Sauveur du monde : Beatam me dicent omnes gènerationes.
De pauvres Calabrais se rendent à Rome en cette saison, et associés deux par deux, parcourent successivement, la nuit comme le jour, toutes ces images très nombreuses de la Madona^ et jouent devant chacune un air de leur façon, l'un de la musette, et l'autre du flageolet. Les particuliers, édifiés de leur constance et de leur piété, leur jettent, en passant, quelques pièces de monnaie, quoiqu'ils ne demandent rien. Ils continuent leur musique depuis le commencement de novembre jusqu'à Noël. Ce jour-là, ils se réunissent tous à *• Marie Majeure, et après y avoir assisté à la messe de minuit ou à celle du point du jour, ils reprennent le chemin de leur pays, et l'on n'entend plus parler d'eux jusqu'à la Toussaint de l'année suivante.
Donner la description des églises, édifices remarquables et autres curiosités de Rome, ne serait que répéter les relations de tous les voyageurs qui ont fréquenté cette ville pendant les derniers siècles ; le but de ce journal sera suffisamment rempli par quelques observations sur les choses les plus propres à nourrir la piété ou à satisfaire une curiosité modeste et raisonnable.
Il y a trois églises plus remarquables que les autres, pa»tce qu'elles portent exclusivement le titre d'églises patriarcales. î^ première est celle de S. Jean de Latran, située à l'extrémité ^^^ de la ville. C'est la première des trois cathédrales du Pap^-,^^ celle où il va prendre possession, lors même qu'il a été élxm^ au Vatican, qui attient à l'église de S. Pierre. Sous l'un des pc^rtiques de cette église, est placée la statue équestre de Ilenr-'î le Grand, exécutée en bronze. Les rois de France, ses successe "«ira, sont premiers chanoines de St-Jean de Latran. Chaque anné^^? ^^ jour de la fête de S*^ Luce, l'ambassadeur de France assistas» au chœur, comme représentant son souverain, et y reçoit l'encen * ©^ et les autres distinctions accordées aux chanoines. Leur chi^*3eur n'est point autour du maître-autel, mais dans une vaste chap- elle latérale où se chante aussi la messe capitulaire. Il en est ainsi des autres basiliques. Le maître-autel y est exclusivement réserves a^ Souverain Pontife. Nul autre que lui, pas mênie un cardinal, ^^J peut célébrer sans un Bref particulier, qui ne sert que pour i^*ine fois.
On montre dans l'église de S. Jean de Latran, les têtes des apôtres S. Pierre et S. Paul, réunies dans une pyramide ^supportée par quatre colonnes de marbre au-dessus du maître-at»- t®l« On voit auprès de là la table sur laquelle Notre-Seigneur man ^ea la dernière cène et institua la sainte Eucharistie.
Cet édifice, partagé en cinq nefs, a 300 pieds de long, 148 de large, d'un long pan à l'autre, et 211 dans la croix. Les fresq "wes s'y sont très bien soutenues. Une des cinq portes de la de^^-^nture est murée, s'apelle porta santUy et ne s'ouvre que Tannée au grand jubilé. Il y en a de semblables dans les autres égH^s patriarcales.
Martin V, de la famille Colonne, éhi pape au Concile de Constance, est enterré sous le pavé de cette église, au milieu de laquelle s'élève son monument de bronze, sur lequel il est représenté en bas-relief. Plus loin et dans une chapelle érigée en l'honneur de saint André Corsin, repose le Pape Clément XII, qui était de même famille que ce saint.
L'église de S. Jean de Latran a pris son nom d'un sénateur, autrefois propriétaire du terrain qu'elle occupe, nommé Lateranus, qui se trouva compromis dans la conspiration de Pieon, et condamné à mort par Néron. Elle fut consacrée par le Pape S. Sylvestre, sous le nom de basilique de S' Sauveur. Elle a aussi porté le nom de basilique Constant inien ne et de basilique d'or, à cause des offrandes dont l'empereur Constantin l'avait enrichie. Les piliers de la nef du milieu sont enrichies des statues colossales des douze apôtres, exécutées en marbre blanc par les plus habiles maîtres. Elle a été rebâtie et réparée par plusieurs papes et, en dernier lieu, par Clément XIL C'est ce qui lui donne la fraîcheurdont elle jouit. Finalement, elle a pour titulaires S. Jean- Baptiste et S. Jean TEvangéliste. Sur le portique on lit ces paroles qui établissent sa prééminence sur toutes les basiliques du monde chrétien : Hœc est mater et magistra omnium ecclesiarum. Elle doit paraître encore plus vénérable par les douze conciles tant généraux que particuliers qui s'y sont tenus.
La vue prise de dessus le perron de cette basilique est trîîs riante et très étendue du côté de Tivoli et du paysage montagneux, mais élégamment varié, qui environne cette ville.
Derrière et à côté de la basilique latérane, existe encore le Baptistère de Constantin, édifice octogone, dans l'intérieur duquel se trouvent plusieurs autels richement ornés et, au milieu, le baptistère proprement dit, où se fait, les samedis de Pâque et de la Pentecôte, le baptême des juifs et autres infidèles préparés au Christianisme. Pareillement, la basilique de Latran est celle des ordinations générales, aux Quatre-Temps. Les consécrations d'évêques se font indifféremment, tantôt dans une église, tantôt dans une autre, et elles sont assez fréquentes ; car de toutes les parties de l'Italie, on est obligé de s'y rendre. Les élus sont examinés en présence du Pape, par un certain nombre de cardinaux et de savants religieux chargés de cette fonction, et la veille de leur consécration, on les conduit à S. Pierre, où ils prêtent serment et font leur profession de foi. La consécration est faite par un -des cardinaux évêques, au choix de chacun.
Il y a trois églises plus remarquables que les autres, patce qu'elles portent exclusivement le titre d'églises patriarcales. Ta première est celle de S. Jean de Latran, située à l'extrémité est de la ville. C'est la première des trois cathédrales du Pape-, ^^ celle où il va prendre possession, lors même qu'il a été élix a^ Vatican, qui attient à l'église de S. Pierre. Sous l'un des portiques de cette église, est placée la statue équestre de Ilenr^ï 1® Grand, exécutée en bronze. Les rois de France, ses success^ "«iw, sont premiers chanoines de St-Jean de Latran. Chaque années, le jour de la fête de S'^ Luce, l'ambassadeur de France assist^^ a^ chœur, comme représentant son souverain, et y reçoit l'enceii. * et et les autres distinctions accordées aux chanoines. Leur ch«^*2Bur n'est point autour du maître-autel, mais dans une vaste cbaj^ «^^® latérale où se chante aussi la messe capitulaire. Il en est ainsi des autres basiliques. Le maître-autel y est exclusivement réserv^^ a^ Souverain Pontife. Nul autre que lui, pas mênie un cardinal, ^^7 peut célébrer sans un Bref particulier, qui ne sert que pour -*Mne fois.
On montre dans l'église de S. Jean de Latran, les têtes des apôtres S. Pierre et S. Paul, réunies dans une pyramide ^supportée par quatre colonnes de marbre au-dessus du maître-ai^u tel. On voit auprès de là la table sur laquelle Notre-Seigneur man ^ea la dernière cène et institua la sainte Eucharistie.
Cet édifice, partagé en cinq nefs, a 300 pieds de long, 148 d® large, d'un long pan à l'autre, et 211 dans la croix. Les fres<| ^es s'y sont très bien soutenues. Une des cinq portes de la dei^^*"* ture est murée, s'apelle porta santa^ et ne s'ouvre que l'année ^^ grand jubilé. Il y en a de semblables dans les autres égl :*se8 patriarcales.
Martin V, de la famille Colonne, éhi pape au Concile ^^ Constance, est enterré sous le pavé de cette église, au milieu ^^ laquelle s'élève son monument de bronze, sur lequel il est repr^ sente en bas-relief. Plus loin et dans une chapelle érigée en Vïè^oû' neur de saint André Corsin, repose le Pape Clément XII, <pi était de même famille que ce saint.
L'église de S. Jean de Latran a pris son nom d'un sénateur, autrefois propriétaire du terrain qu'elle occupe, nommé Lateranus, qui se trouva compromis dans la conspiration de Pison, et condamné à mort par Néron. Elle fut consacrée par le Pape S. Sylvestre, sous le nom de basilique de S' Sauveur. Elle a aussi porté le nom de basilique Constant inien ne et de basilique d'or, à cause des offrandes dont l'empereur Constantin l'avait enrichie. Les piliers de la nef du milieu sont enrichies des statues colossales des douze apôtres, exécutées en marbre blanc par les plus habiles maîtres. Elle a été rebâtie et réparée par plusieurs papes et, en dernier lieu, par Clément XIL C'est ce qui lui donne la fraîcheurdont elle jouit. Finalement, elle a pour titulaires S. Jean- Baptiste et S. Jean TEvangéliste. Sur le portique on lit ces paroles qui établissent sa prééminence sur toutes les basiliques du monde chrétien : Hœc est mater et magistra omnium ecclesiarum. Elle doit paraître encore plus vénérable par les douze conciles tant généraux que particuliers qui s'y sont tenus.
La vue prise de dessus le perron de cette basilique est trîîs riante et très étendue du côté de Tivoli et du paysage montagneux, mais élégamment varié, qui environne cette ville.
Derrière et à côté de la basilique latérane, existe encore le Baptistère de Constantin, édifice octogone, dans l'intérieur duquel se trouvent plusieurs autels richement ornés et, au milieu, le baptistère proprement dit, où se fait, les samedis de Pâque et de la Pentecôte, le baptême des juifs et autres infidèles préparés au Christianisme. Pareillement, la basilique de Latran est celle des ordinations générales, aux Quatre-Temps. Les consécrations d'évêques se font indifféremment, tantôt dans une église, tantôt dans une autre, et elles sont assez fréquentes ; car de toutes les parties de l'Italie, on est obligé de s'y rendre. Les élus sont examinés en présence du Pape, par un certain nombre de cardinaux et de savants religieux chargés de cette fonction, et la veille de leur consécration, on les conduit à S. Pierre, où ils prêtent serment et font leur profession de foi. La consécration est faite par un «des cardinaux évêques, au choix de chacun.
En sortant de la basilique de St-Jean de Latran, on aperçoit à main gauche, un édifice fait tout exprifi. pour conserver Tescaliet du prétoire de Pilate, le même que J.-C. N.-S. monta, lorsqu'il fut conduit à ce gouverneur pendant sa passion. Oa l'appelle ^^ scala santa. On ne sait pas précisément à quello époque il î^^ apporté de Jérusalem. Il est vraisemblable que ce fut du te'BttÇ* de Ste Hélène. Cet escalier consiste en 28 marches de raar:Kbw blanc, lesquelles commençant à s'user, à raison du grand nonc^hre de fidèles que la dévotion portait, comme elle fait encore, 3» ^^^ monter à genoux. Sixte V en fixant le saint escalier dans le portique dont il s'agit et qui fut fait sous la direction du célèbre a^ccbitecte Fontana, fit couvrir de marches de chêne les marchera de marbre, en sorte néanmoins qu'on pouvait les apercevoir, IJo chêne s'est aussi usé avec le temps, et on vient de le renouiii^eler avec la même précaution. Au bout de cet escalier est une inn^age fort ancienne du Sauveur, puis un autel que l'on appelle sar^^^^ctasanctorunij parce que le Pape S. Léon III avait ainsi in^scrit plusieurs boîtes de reliques précieuses, que l'on a depuis pla^ <î^e8 sous cet autel.
Pour descendre ce portique, il y a quatre escaliers, deu^^^ de chaque côté de la scala santa^ pratiqués tout exprès.
La seconde basilique et église patriarcale de Rome, et, ^^^^^ contredit, la plus grande et la plus belle du monde, est coll^^ de St-Pierre inVaticano.
Le chef des apôtres ayant été crucifié, la tête en bas, de ce ^^^^ du Tibre, au lieu nommé St-Pierre in montorio (où l'on -^^'i* encore au centre d'une élégante chapelle, érigée pour honc:::^'^^ son martyre, la place de la croix sur laquelle il lo consomma), ^^° corps décapité fut réuni, dans le cirque de Néron, à celui d- "" grand nombre de chrétiens que ce cruel empereur y avait ^^î^ déjà massacrer. Les fidèles ayant enseveli tous ces saints (x^^ dans un même lieu, on assure que le Pape S. Anaclct y éri^^* un petit oratoire en leur honneur. Constantin, devenu paîsil^fe empereur d'Occident, en 306, par la défaite de Maxence, noy^ dans le Tibre, à Ponte Mole, rendit aussitôt la paix à la portion
de l'Eglise qui se trouvait dans ses Etats. Il alla plus loin. Décidé à embrasser le christianisme par la célèbre vision dont le ciel l'avait favorisé, au moment même de cette bataille, et voulant donner des marques éclatantes de Fa conversion, il résolut d'élever une église en l'honneur de S. Pierre, dans le lieu de sa sépulture. On rapporte que ce fut lui qui donna le premier coup de bêche, et porta sur son dos les 12 premiers paniers de la terre qui fut creusée pour en jeter les fondements. Il donna à cette basilique toute la magnificence dont l'architecture de son siècle était susceptible, et, à en juger par les plans qui en existent encore, l'édifice n'était pas sans mérite. L'empereur fit présent à cette église d'ornements très précieux, dont on trouve la liste dans Onuphre, qui a copié Anastase le bibliothécaire. Une croix d'or, du poids de 150 livres ; quatre chandeliers d'argent, sur lesquels étaient gravés les Actes des Apôtres ; trois calices d'or de 39 livres ; 20 d'argent, de 50 livres ; une patène d'or, une lampe d'or de 5 livres ; un encensoir d'or orné de diamants : voilà une partie des ofi'randes de ce pieux souverain. La basilique couverte de bronze pris du temple de Jupiter Capitolin, était divisée en cinq nefs soutenues par un grand nombre de colonnes. Justinien et les autres empereurs y firent aussi des présents, sans compter les terres que plusieurs d'entre eux et Constantin lui-mome approprièrent à son entretien. Enfin elle vieillissait et commençait à tomber en ruines, après onze cents ans d'existence, lorsque le Pape Nicolas V entreprit de la rebâtir en 1450, sur un plan plus vaste et plus magnifique. Pour agrandir l'emplacement, il commença par faire démolir le tombeau de Probus Anicius, qui le gênait, et fit sortir de terre une nouvelle tribune (c'est ce que nous appelons rondpoint) qui enveloppait l'ancienne. Après lui, Paul If, Jules II, Léon X, Clément VII, Paul III, Pie V, Grégoire XIII, Sixte V, Clément VIII, Paul V, Urbain VIII et Alexandre VII, assistés des meilleurs architectes de leur siècle, continuèrent ce grand ouvrage, auquel Pie VI mit la dernière main, par la construction d'un édifice contenant trois riches et vastes sacristies et un logement magnifique et spacieux pour les chanoines. Il fit
aussi placer deux horloges dans la façade et deux dans l'intérieur. • *3 Tous les arts et tous les artistes ont été mis à contribution pour rm J orner et enabellir cette basilique qui est, dans son espèce, la mer- — i veille du monde. Quiconque Ta vue, veut la voir encore. La J»« grandeur, la noblesse, le rapport du tout avec chaque partie, et 3^i
de chaque partie avec le tout, saisît le spectateur, lé stupéfie ^.
et ravit son admiration.
Une statue en bronze de Tapôtre S. Pierre, représenté assis 6.
auprès d'un des piliers, à environ 300 pieds en dedans de l'église, ^^
est l'objet de la vénération des fidèles, qui passent rarement auprès ^^ sans lui baiser le pied. On rapporte qu'une dévotion de Pie VI X. ' était de se mettre la tête sous les pieds de cette statue, pour rij exprimer le besoin qu'il avait de la protection du saint apôtre, et ^j-^ la statue est assez élevée de terre, pour que l'on conçoive la pas- ^^ sibilité de cette manière de l'honorer.
La porte sainte de l'église de St-Pierre est ouverte par le Pape ^c^ en personne, qui fait présenta un des cardinaux, du marteau ^Km-j^n d'or ou d'argent doré employé à cette cérémonie. Les portes 4^^^ saintes des autres basiliques sont ouvertes par ceux des cardi- --^ • naux qui en sont respectivement archiprêtres.
Il y a, dans les trois principales basiliques, des confessionnaai marqués au nom des différentes nations de l'Europe. A St-Pierre. ils sont occupés tous les jours, à des heures fixes, par des péoi..^- /. tenciers non seulement européens, mais encore orientaux, en sort* ^cr:;^ que des Grecs et des Arméniens trouvent à s'y confesser, toa^^^ aussi bien que des Esclavons ou des Hollandais, etc. Ces pén~ -/. tenciers sont munis de longues cannes qui sortent de leurs coofo sionnaux, dont ils bénissent les passants qui le désirent, ou au quels ils les font baiser ou les imposent sur la tête.
On montre du haut d'un des balcons intérieurs de cette basilique, à certains jours de l'année, la tête de l'apôtre S. André, 1« la sainte face de K-S. appelée la Véronique, et le fer de la lance qui perça son sacré côté.
L'église souterraine qui a pour pavé celui même de l'ancienne basilique, enferme dans ses vastes caveaux, les corps d'an grand
nombre de sainte, de papes, de princes, de docteurs, tels que ceux de S. Grégoire le Grand, S. Grégoire de Nazianze, S. Jean Chrysostôme, des 8S. Léon I, II, III et IV, de Tenipereur Othon II, du cardinal d'York, etc., etc. Ce n'est que le flambeau à la main que l'on peut parcourir ces sombres mais curieuses et édifiantes demeures, où l'on trouve aussi d'anciennes mosaïques, statues, inscriptions et autres monuments, la plupart appartenant à l'IEglise, telle qu'elle existait dans sa première édition. Il est défendu aux femmes, sous peine d'excommunication, d'entrer dans ces souterrains, excepté le lundi de la Pentecôte, jour où, à, leur tour, les hommes n'y peuvent entrer. Onze autels sont érigés en différents endroits de ce caveau ; le plus remarquable, sans doute, est celui que l'on appelle la confession do S. Pierre, sous lequel repose le corps de cet apôtre, avec ceux de 37 autres sa.ii:its papes. L'évêque de Québec eut la consolation d'y célébrer trois fois la messe, dont la première fut pour tous ses diocésains, prêtres, religieuses et fidèles. Le nom de Confession de S. Pierre s'étend aussi à la partie de l'église supérieure, la plus voisine de ^et autel. Elle est environnée d'une balustrade de marbre, où 112 lampes, supportées par des branches de cuivre doré, brûlent continuellement. A quelque heure du jour que l'on fréquente l'église ^^ St-Pierre, on trouve des fidèles, quelquefois en grand nombre, Pî'îant autour de cette balustrade, dont le vide intérieur est rem- PH par un double escalier do marbre descendant au niveau de l'autel souterrain. C'est par cette voie que l'on parvient au coftre Pï'écieux dans lequel se déposent, chaque année, un certain ï^ouîbre de palliums^ qui sont tirés de là pour être donnés ou envoyés aux nouveaux archevêques. On appelle pallium une "^^nde de laine blanche tricotée, large d'environ deux pouces, et Parsemée de petites croix de laine noire, dont on revêt, par-dessus ^^ chasuble et au moyen d'épingles, un métropolitain célébrant i'ù ^^lennellement dans sa province, à certains jours de fête exprimées dans le Pontifical. On ne bénit pas les palliums^ mais on >\e5:^ wonit, tous les ans, à Rome, le 21 janvier, dans l'église de Stegr^^ A.gnès hors les murs^ deux agneaux dont la laine est destinée à
en faîre de nouveaux. Chaque métropolitain est enterré avec soimt^b- *u palHunij sans pouvoir le transmettre à son successeur. Cet orne— ^^^. ment est d'un très ancien usage dans l'Eglise.
La troisième basilique est celle de Ste-Marie Majeure, située sum: mz2t le penchant du Mont Esquilin. La légende de N.-D. des Neigea -^^es indique assez la manière miraculeuse dont la construction de cett(^c*e église fut indiquée. • Le pavé de Ste-Marie Majeure est le plu» -^rj» beau qu'il y ait à Rome, par l'assemblage et la variété des marbre^^:^^ dont il est composé. Elle est remarquable par la richesse des deu: . ^ chapelles de ea croisée, dans l'une desquelles s'assemble le chapitn^Bie Dans l'autre, on conserve la crèche où Marie coucha le Sauvecn»/du Monde après sa naissance. Cette précieuse relique, enfermS^<?. dans une crèche d'argent de même forme, et ayant au dedans XM^n Enfant- Jésus d'argent doré, est portée en procession par l'église, le jour de Noël, et exposée, toute la journée sur le maître-autel, à la vénération publique. Dans la même église reposent les corps de S. Mathias, apôtre, de S. Jérôme, de S. Pie V, de Sixte V» et de plusieurs autres papes.
Cette basilique fut d'abord appelée libérienne, parce qu'elle avait été construite soue le pontificat de Libère. Elle prit ensuite celui de basilique Sixtine, pour avoir été rétablie par Sixte IIL Aujourd'hui, elle porte généralement celui de Ste-Marie Majeure, parce qu'elle est la plus considérable des nombreuses églises dédiées dans cette ville à la Mère de Dieu. Toutes les bulles que le Pape signe à Monte Cavallo^ sont datées de Ste-Marie Majeure, Apud S. Mariant majorem^ comme étant l'église la plus voisine de ce palais.
Le Pape officie à Ste-Marie Majeure, le jour de Noël; à Si-Jean de Latran, le jour de l'Ascension ; à St-Pierre, le jour de la fête du saint apôtre, et les jours de Pâque et de la fête du Saint- Sacrement.
Au-dessus du portique de ces trois églises, il y a un balcon où le Pape est transporté par un escalier doux, et d'où il donne la bénédiction et l'indulgence plénière au peuple assemblé sur la
et:
Il n'y a, dans ces grandes églises, ni bancs, ni chaises, en sorte
que le pavé paraît dans toute son étendue et déploie toute sa
fceauté. Il est vrai que les assistants n'en sont pas plus à l'aise.
Aussi s'y tiennent-ils assez mal, surtout dans les grandes
réunions.
La quatrième basilique de Rome et qui a aussi sa porte sainte, est celle de St-Paul hors les murs. Le corps du saint apôtre est conservé dans le maître-autel. Cette église est éloignée de cinq milles du Forum ou du centre de la ville. C'est un immense édifice non achevé, et qui ne le sera jamais. Elle n'a ni voûte, ni plafond, mais attire les regards des voyageurs par ses 120 colonnes, dont 80 la partagent en cinq nefs. Vingt-quatre de ces colonnes sont d'une seule pièce de marbre violet et cannelées aux deux tiers ; les 56 autres sont de marbre deParos. Il y en a deux de marbre salin, huit de granit égyptien, trente de porphyre. Les portraits des papes, au nombre de 253, depuis S. Pierre jusqu'à Pie VII inclusivement, sont rangés en haut de la nef principale. Dans une chapelle, du côté de l'Evangile, est exposé le grand crucifix de bois qui parla à S*® Brigitte.
Cette église est en même temps paroissiale et collégiale, desservie par des Bénédictins dont le monastère y est attenant : c'est celui que l'on nomme le couvent de Casenate ou Monasterium Casanatense. Le Pape actuel était religieux de ce couvent, lorsque son prédécesseur l'appela au cardinalat. On montre aux étrangers la chambre qu'il y occupait.
La paroisse ne comprend que 830 âmes. L'air y est si malsain, que les habitants en ont frayeur. Le mois de juillet arrivé, les moines sont obligés de fuir ; ils se retirent dans une autre maison, qu'ils ont de l'autre côté du Tibre, viennent, tous les matins, à St- Paul, réciter l'oflSce et chanter la messe, après quoi ils se retirent et sont dispensés de revenir l'après-midi pour vêpres. Ils conti nuent ainsi jusqu'à la fin de septembre. Pendant ces trois mois, il ne couche qu'un prêtre au monastère de Casenate, pour les besoins imprévus de la paroisse, et souvent il en meurt à la peine. Si en quittant l'église de St-Paul, on prend la Voie Appienne
(la plus célèbre des anciennes voies romaines, pavée par les 80Î.rks du censeur Appius Claudius Cœcus. et conduisant de Romo à Capone), on trouve, à une petite distance, celle de St-Sébasti^in, une des plus anciennes de Rome. C'est aussi une paroisse, msu^s la plus petite de toutes, puisqu'on n'y comptait que 207 âmes, ^i-"u commencement de cette année 1819.
Dans une chapelle latérale de cette église, où l'on descend g>^»r un escalier, on trouve un autel isolé et un appartement autour, ci^ii l'on croit qu'il s'est tenu un concile du temps des persécutioirm 8. En descendant un peu plus bas, on arrive à l'entrée de cette p^«^rtie des catacombes que l'on appelle cœmeterium Calixti. So «-^s l'église de St-Fancrace est le cœmeterium Calepodii ; sous coX le de St-Laurent, cemeterium Cyriacœ ; sous celle de Ste-Marie ^3e Scala Cœli, cemeterium Zenonis. Tous ces cimetières sont rép^t-""^dus sous terre en différents sens et s'étendent sous une graii^J-® partie de la ville et bien loin au delà. Ils consistent en all^^s creusées en terre, hautes de six pieds, quelquefois seulement ^3e quatre ou cinq, larges de deux ou trois, et allant en toute dir^ ^tion, l'espace de plusieurs milles. Des deux côtés de ces allées» qui forment un labyrinthe proprement dit, on voit des cavités o>ù se plaçaient anciennement les corps morts ; l'entrée de chaq*^^ cavité ou cellule était fermée d'une pierre de la longueur du cotrjp^ qui y était déposé. On en logeait deux ou trois, l'un au-dcs^"*^® de l'autre de chaque côté. Ces sépulcres étant communs ctt:*^ payens et aux chrétiens, on ne peut distinguer les corps des uns ^® ceux des autres, que par les croix, les palmes et les fioles de sai'i^j insignes propres de ceux des chrétiens. Ces inscriptions servon* encore à les distinguer : il y en a de toutes chrétiennes et de tou^^^ payennes. Le musée du Vatican en réunit un grand nombre dos unes et des autres. Mais que penser des pierres qui ont d'un côté une inscription chrétienne, et de l'autre une inscription payenne ? On doit croire qu'elles ont d'abord appartenu à des payens, ^t que les chrétiens s'étant ensuite approprié les mêmes pîerreB, y ont, à leur tour, introduit leurs inscriptions. Au reste, on prend, ff ^
à Rome, les plus scrupuleuses précautions avant de décider de la I ^^
qualité de la personne qui a été déposée dans chaque cellule. Aujourd'hui que ces catacombes ont été très visitées et vidées 3n grande partie pour satisfaire la piété des tidëles, on est obligé 3'aller fort loin, avant de trouver des corps. Malheur à qui s'engagerait dans ces obscures demeures à tâtons, ou dont la bougie tiendrait à s'y éteindre. Les prudents étrangers n'y entrent ju'avec beaucoup de précautions et ont soin de ne pas aller trop oîn. Un précepteur, avec ses écoliers au nombre de 17, y étant ^ntré témérairement, il y a quelques années, on n'a point entendu Darler d'eux depuis ce temps.
Les églises de Rome les plus remarquables pour les caractères l'antiquité qu'elles conservent, soit dans leur construction, soit laus leur décoration, sont, après celles que l'on vient de décrire : 5te-Marie au delà du Tibre, S. Marc, Ste- Agnès hors des murs, 3. Laurent, aussi hors des murs, et S. Clément, près du Forum. Dn peut y ajouter Ste-Croix en Jérusalem, située à l'opposite de le St-Jean de Latran et tout à fait à l'est de la ville. A celle-ci ïst adjointe une chapelle construite sur du sable ou de la terre [^ue l'impératrice Ste Hélène, mère de Constantin, fit apporter out exprès de la Palestine, par respect pour les lieux sanctifiés >ar l'accomplissement des grands mystères de notre religion. Ces églises se sont affaissées avec le temps, ou bien les terres se sont graduellement élevées autour, de sorte qu'il faut descendre pluîeurs degrés pour y entrer. Dans S. Clément, on trouve l'ancien >re8bytère, l'abside, le sanctuaire, deux ambons de marbre avec les degrés pour y aller chanter l'épître et l'évangile, en face du >euple. Il y a d'autres églises aussi anciennes, par exemple ielle des Douze Apôtres, qui est incontestablement du temps de [Constantin, mais qui ayant été reconstruites dans les siècles postérieurs, ont perdu ces signes vénérables d'antiquité, plus précieux que toute l'élégance de leur architecture moderne.
A Ste-Croix en Jérusalem, on conserve trois fragments de la croix de Notre-Seigneur, enchâssés dans une croix de cuivre vitrée des deux côtés ; le plus grand de ces fragments paraît être de 7 pouces de long, et le plus petit de quatre. Une portion
plus considérable se garde à Paris, dans le trésor de l'église cle Notre-Dame, avec la couronne que les Juifs imposèrent sur la tête de Notre-Seigneur, en dérision de sa royauté. Deux épiacmea seulement de cette couronne sont conservées à Ste-Croix ^n Jérusalem, avec un des clous qui furent employés aux cruci^B.^ ment, et Pécrîteau suspendu au-dessus de la tête du Sauveur ^n croix. Le clou a la tête ronde comme nos clous dorés ; il est <3o bronze, long de six à sept pouces et gros pour sa longueur. L'L ^^^-scription dont on aperçoit à peine les lettres, est sur une planci^lie carrée de bois dur, noircie parle temps, et paraît avoir été gra"^^^^ à la hâte et comme avec la pointe d'un clou ou d'un styl ^t* L'église de Ste-Croix en Jérusalem est desservie par des r^^^î' gieux Cisterciens et tient à leur monastère.
Dans celle de Ste-Praxède, on garde le poteau (haut d'un pî^^^ et demi) auquel N.-S. fut attaché pour la flagellation. Les coxr;jp^ de S* Praxède et de S*® Pudentienne, sa sœur, sont conser^^;^^^ sous le maître-autel. Au milieu de la nef est une espèce de buflE'^t environné d'une balustrade. C'est l'entrée d'un puits dans leqi.3^ ^^ les deux saintes eœurs enterrèrent beaucoup de martyrs. On a8si3^ ^^® que l'église est construite sur le terrain même qu'occupait auDx:^^' fois leur maison. Cette église, apparemment réparée depuis f>^3^ d'années, est d'une gaieté et d'une élégance remarquables. ^> ^^ peintures sont variées et très fraîches. On sait que S. Charles )' avait son titre de cardinal. Une des chapelles de l'église a ^ *® mise sous son invocation, et c'est bien celle où sont les plus bea,^^- ^ tableaux, représentant quelques traits de sa vie.
L'église de St-Pierreaux-Lien» attire les regards des étrange ^■^ par l'excellente statue colossale de Moïse, représenté assis dans ^^ sanctuaire, du côté de l'épître, l'un des chefs-d'œuvre de Micbi^^" Ange Buonarotti, et par les quatre rangées de colonnes de marbra bleuâtre qui la divisent en cinq nefs. Si avec une clef ou un poinçon on gratte sur quelque partie que ce soit de ces colonnes, H en sort immédiatement une odeur souffrée. Si ces objets satisfont la curiosité, il en est un autre bien propre à nourrir la piété, savoir : les précieuses chaînes de S. Pierre, que l'on y conserve
ui sont présentées à la vénération des fidëles, le premier août :haque année. Hors de là, on ne peut les voir qu'avec les perdions réunies du cardinal titulaire de cette église, du niajor- 16 du Pape et de l'abbé ou chef des chanoines réguliers charde la desservir ; car chacune de ces personnes est dépositaire le des trois clefs qu'il faut réunir pour ouvrir une armoire lée de la sacristie, dans laquelle est enfermée la boîte ou cus- 3 où les miraculeuses chaînes sont déposées. Cette custode est 'aite de l'armoire et placée sur un autel, où on l'ouvre au feu d'une quatrième clef, puis la chaîne longue d'environ 15 is se déroule par une de ses extrémités, l'autre demeurant e par une crampe au fond de la boîte. Quelle consolation r l'évêque de Québec et ses compagnons, qui étaient, ce jourlu nombre de six, de voir de leurs yeux, de baiser de leurs es, de toucher avec leurs chapelets, un monument qui rape d'une manière aussi authentique ce que la prédication de ^angile a coûté aux apôtres, surtout au premier d'entre eux ! ât aisé de reconnaître que la seule chaîne qui existe maintet, en faisait autrefois deux, parce que les aomeaux ou chaînons le moitié de la longueur totale, sont plus petits que ceux de tre.
i' église de Notre-Dame des Monts n'a de remarquable que la ibe de marbre, à l'effleurement du plancher, qui couvre le ps de Benoît- Joseph Labre, mendiant français, mort en 1783, odeur de sainteté, mais dont le procès de béatification est en pens, jusqu'à ce qu'il y ait moyen de le poursuivre, j'église de Ste-Bibiane possède le corps de cette sainte martyre 3eux de sa sœur Démétrie et de Daphrose, leur mère. Celui de Françoise, veuve romaine, est conservé dans l'église qui porte nom, près du Forum. Au pied du Capitole, on voit la maison occupait cette sainte veuve, grandie maintenant et changée un monastère de filles nobles. La chambre où elle se tenait, elle écrivait, où elle trouva un jour un mot écrit en lettres r, est encore subsistante dans son ancienne forme, excepté que 1 y a érigé un autel pour honorer sa mémoire.
L'église de Ste-Cécile, au delà du Tibre, est construite sur le lieu même où cette jeune vierge reçut la couronne du martyre. Son corps est sous le maître-autel. Le lieu où elle reçut le coup de mort, le bain d'où elle sortait, se trouvent enfermés dans la même église, l'une des plus riches de Rome par l'or, l'argent, les pierres précieuses dont elle reluit. Une communauté de religieuses Bénédictines y fait l'office divin. L'église de St-Martin des Monts est la seule qui mérite la préférence sur celle de Ste-Cécile, du côté de la richesse et de l'élégance de sa décoration. Elle a bien le plus beau chœur et le plus riche sanctuaire qui soit à Rome, tant la mendicité est industrieuse et féconde. Car ce sont de pauvres Carmes, mendiants de profession, qui ont fait élever et décorer ce charmant édifice, dont le grand autel coûte 35,000 scudis. Par ses souterrains, on parvient aux ruines d'une ancienne église, où l'on assure que le Pape Sylvestre a tenu un concile.
L'église des Douze Apôtres possède le corps du célèbre cardinal Bcssarion ; celle des Jésuites, celui du pieux et savant Bellarmin et celui de S. Ignace de Loyola ; celle de St-Ignace, attenante au Collège Romain^ celui de S. Louis de Gonzague ; celle des Oratorieus, celui de S. Philippe de Néri.
Sur le mont Célius, existe encore l'église où prêchait S. Grégoire le Grand, la table sur laquelle il donnait tous les jours à manger à douze pauvres, le petit appartement où il écrivait, le cabinet encore plus petit où il reposait. A cette époque, les Souverains Pontifes n'avaient pas encore de demeure attitrée. Le premier palais, déjà fort ancien, qui ait été construit pour leur usage, paraît être celui de Latran, contigu à la basilique du même nom. Plusieurs d'entre eux occupèrent ensuite le palais de St-Marc, plus connu sous le nom de palais de Venise, parce que les Papes on ont depuis fait présent à la République, laquelle ayant été fondue dans l'empire d'Autriche, c'est aujourd'hui l'empereur qui est maître de cet édifice peu élégant mais très vaste.
Du palais de S- Marc, les Papes passèrent à celui du Vatican. Celui-ci, considéré de dehors, n'a rien qui en impose, et par la hauteur inégale de ses différents corps, semble annoncer qu'il
rx'a été construit que pîëce à pièce et sans unité. On ne soupçonlaerait pas combien il est étendu ; néanmoins plusieurs assurent, ol^ose difficile à croire, qu'il occupe autant de place que la ville ci 43 Turin \ Ce qu'il y a de très certain c'est que l'on y compte 2O0 escaliers, plus de 1200 chambres, une galerie de 1800 pieds cl 43 long, garnie des deux côtés de buflPets contigus les uns aux a* UL très, dans lesquels se conservent les manuscrits, sans compter pT usieurs élégants et vastes appartements où sont conservés les 11 ^S7res imprimés : tout cela voûté et orné de peintures représentai xit les grandes actions des Papes, la tenue des différents concilos œcuméniques, la fondation des plus célèbres bibliothèques du m. onde, les portraits de tous les hommes qui ont protégé, encou- TSLgé, honoré ou propagé les lettres dans les différents siècles, le toxat avec un air de grandeur et de noblesse qu'il serait difficile d^ trouver ailleurs. Quelque vaste que soit cette bibliothèque, OTx construit, en ce moment, un nouveau corps de logis pour l'augmenter.
Xe musée est une autre galerie dont la longueur rivalise avec celle des manuscrits. Ici les murs des deux côtés sont garnis, ^^ haut au bas, d'inscriptions sans nombre, les unes chrétienne?, ^cs autres payennes, tirées des catacombes de Rome et du voisiiiage, à quoi il faut ajouter un nombre infini d'urnes, de sarcophages, de bustes, de statues, tantôt tronquées, tantôt entières, V^î bordent les deux côtés de cette immense galerie, dans toute sa longueur. Plus loin est le belvédère, c'est-à-dire une cour euvii-onnée de cabinets vitrés, où l'on trouve des vases de granit ^t de porphyre d'une grandeur démesurée, faits en formes ^^ cuves ovales, hauts de 3, de 4 et de 5 pieds, sur une longueur et largeur correspondantes. Ajoutez à cela un nombre de statues du premier mérite, anciens originaux dont les artistes Modernes se sont efforcés de saisir les traits et de rendre la beauté,
^ — ^C'est une forte exagération 1 Le chanoine de Bleser dit que le Vatican compte 20 cours, 8 grands escaliers et environ 200 autres pour le service intérieur. " On prétend qu'il contient 11,000 chambres."
mais sans pouvoir Tégalcr, nonobstant tous leurs efforts. Entre ^^^
ces cheft'-d'œuvre éminents, l'Apollon si célèbre et le groupe de ^>ô
Laocoon défendant inutilement ses deux fils des deux serpents ^^
marins qui le dévorent. Ces deux morceaux, entre beaucoup <3n?
d'autres, furent enlevés de Rome et transportés à Paris pendant ^ *t
la captivité du Pape, et n'ont été restitués qu'en 1815, après la J» a
dernière défaite de Napoléon. La Vénus de Médicis qui se con- — -ci-
serve dans le musée du grand duc de Florence, passe pour la -ia a
plus belle statue du monde. Après elle, vient l'Apollon du bolvé- — Sdère ; après celui-ci, le groupe de Laocoon.
Au Vatican sont aussi les loges de Raphaël d'Urbin. Ce sont ^ ^t
deux galeries ouvertes d'un côté, et l'une au-dessus de l'autre, ^^
dont les voûtes ouvragées par cet habile peintre, contiennent ^m\\ presque autant de chefs-d'œuvre que de coups de pinceau \
Les deux chapelles nommées, l'une Sîxtine, l'autre Pauline, du jcm m
nom des papes qui les ont fait construire, font partie du Vatican. ^Mrm. La chapelle Sixtine était fameuse par la peinture à fresque, ^ ^=> c, ouvrage de Michel-Ange Buonarotti, qui y représentait le juge — ,ocment dernier. Aujourd'hui, elle est à peine visible, parce que^ ^le
1 — (Extrait des Mémoires inédits de Tabbé Casgrain) :
Le tableau de la Transfiguration me remet en mémoire une anecdot» .i:;:^ t^ piquante qui m*a été racontée par Pabbé Ferland. Lorsque Ms** Plessis séjour .^cl^ na à Rome en 1819, il déroba quelques heures à ses importantes occupatioir:^^^ pour visiter les musées. Le grand évêque de Québec avait des qualit^^ ég d'homme d'Etat, mais il n'était pas artiste, et il l'apprit à ses dépens c^^ssn présence du tableau de Raphaël. Au moment où il l'examinait, acco mpag^— ^^ de son secrétaire, l'abbé Turgeon, il y avait quelques personnes dans le salon, et devant le tableau un peintre qui en faisait une copie. Tout à cow^^^p MKf Plessis rompit le silence, et dit en indiquant le bras droit de la mère ^rio possédé, placée au premier rang de la toile :
— Voilà un raccourci exagéré, c'est évidemment un défaut.
A cette remarque inattendue, le peintre se redressa, déposa son pinceni/; et se retournant vers M^r Plessis, lui dit:
— M. l'abbé, ici on ne critique pas, on admire.
Et il reprit son travail.
M>i^ Plessis ne répliqua pas et sortit de la pièce.
Fbiamiditë du mur y a absorbé la fresque, comme il arrive presque toujours.
Xes jardins du Vatican ne sont pas fort étendus, mais remarquables par leur forme singulière, par quelques belles fontaines, par Tiirne de bronze, en forme de bouquet de pin, qui contenait les cendres de l'empereur Adrien, et qui se conserve dans une niclie de marbre ouverte sur l'un de ces jardins, avec les deux perroquets du même métal placés aux deux côtés, enfin par un jet d'eau, peut-être seul de son espèce. C'est un vaisseau de pierre long de cinq à six pieds, garni de sa mâture et de tous ses agrès, et fixé dans un bassin aussi de pierre et plein d'eau. On tourne uri robinet, et voilà quatre jets qui partent de quatre endroits différents du pont de ce vaisseau, et font pleuvoir de l'eau vers les quatre parties du monde. Cette eau s'élève très baut et va tomber très loin. On tourne un autre robinet, et le vaisseau jette de l'eau en abondance par l'extrémité de son beaupré, de ses trois 1X1 âts, de toutes ses vergues et de tous ses canons. Ce spectacle ceese : les étrangers satisfaits de l'avoir vu, montent de ce jardin dans un autre. En arrivant au haut de l'escalier de pierre qui les ^ïi sépare, ils sont surpris de se voir inondés par une pluie qui sort impétueusement de tous les points du premier degré. Ils s'échappent, comme ils peuvent, de ce déluge ; mais à peine sontils dans le jardin supérieur, qu'une vingtaine de jets sortant du l>ord d'une plate-bande, viennent les arroser de nouveau. Il faut fiïiîr par donner la pièce au jardinier qui, par le moyen des robi- ^^ts dont il connaît seul la position et la vertu, leur a joué ces différents tours.
X'iutérieur de ce palais ofi*re beaucoup d'autres objets à la ^^rîosité, comme la salle du conclave, les cellules des cardinaux ^^ de leurs conclavistes, la chapelle royale où les papes donnaient ^^dience aux souverains, etc. L'évêque de Québec, tout muni ^^'il était d'un billet d'introduction de la part du majordome, i^t privé de les voir, par un oubli de clefs, et n'eut pas le loisir ^* y retourner depuis.
Les Souverains Pontifes ont longtemps occupé le Vatican,
comme leur demeure ordinaîre. Ils pouvaient, par le moyF=^n d'une allée souterraine qui existe encore, se rendre du Vatic8^»n aux souterrains de l'église de St-Pierre. Alexandre VI, à uczr^e époque où il craignait d'être attaqué dans ce palais, avait f«»-it pratiquer un long chemin couvert, pour se sauver, au besoin, a^L.a château St-Ange, qui en est éloigné de toute la longueur de cet '•e partie de la ville que l'on appelle le BorgOj c'est-à-dire d'envirc^n 10 arpents.
Il a déjà été remarqué que ce que l'on nomme aujourd'hui ^e château St-Ange était originairement le tombeau de l'empercM-ar Adrien, Il a pris son nouveau nom de ce qu'à la fin d'une pest^.^, qui eut lieu à Rome du temps de S. Grégoire le Grand, et po"«3r la cessation de laquelle on avait fait beaucoup de priëres et c3e processions, on aperçut, au haut de ce mausolée, un ange renier 'ttant son épée dans le fourreau. Pour perpétuer la mémoire de <3e miracle, on fit placer au-dessus de l'édifice, un ange en bron^^se de stature colossale, ayant l'épée à la main. On l'aperçoit (car il y est encore) de tous les end rôtis élevés de la ville.
Cette forteresse, quoique dépouillée de tous ses anciens ora ^' ments extérieurs, est encore trës considérable. Indépendamme i^t des bastions et autres ouvrages que l'on y a ajoutés pour en fai^^ une citadelle respectable, le château est par lui-même un édifi-^^c très vaste. Le gouverneur qui le commande, y a un logeme'»^*' magnifique pour lui et pour sa famille ; il y a une élégante eh. ^' pelle, des magasins, des appartements pour les ofliciers, uc».^ caserne pour la garnison, diverses prisons, et une entre aufer^^ pour les prisonniers d'Etat, au nombre desquels fut placé, p^ '^^ dant 18 ou 20 mois, à son retour de France, le ciardinal Maur3^> qui avait si bien commencé et si mal fini sa carrière politique.
En face du château, est le pont St-Ange, le plus beau qui scfI^ sur le Tibre ; il est construit en travertin. Ses bords sont garr»i^ de dix statues de marbre représentant des anges charges d^^ divers instruments de la Passion de N.-S. L'un porte la crcnA l'autre, les clous ; l'autre, la couronne d'épines, etc. A l'autre extrémité du pont sont placés les statues de S. Pierre et 8. Paal
Le dernier palais construit à Rome pour les Souverains Pon- ?S5 est celui du Mont Quirinal, nommé Monte Cavallo, depuis e Sixte V y fit placer, au-devant de l'entrée principale, deux ands chevaux de marbre, assistés chacun d'un écuyer colossal inême matière, le tout trouvé dans les Thermes de Constantin, i suppose assez gratuitement qu'ils sont l'ouvrage, l'un de axitèle, l'autre de Phidias, deux célèbres statuaires grecs qui jputaient à qui représenterait mieux Bucéphale, le cheval chéri \lexandre. Ce palais est dans une des meilleures situations
Rome, tant pour la beauté que pour la salubrité. Les papes, puis plusieurs siècles, ont alternativement demeuré au Vatican à Monte Cavallo. Pie VI passait l'hiver dans le premier de i palais, et l'été dans le second. Le Pape actuel a toujours résidé Vlonte Cavallo, et y paraît fixé pour le reste de son pontificat. t édifice, moins grand que l'autre, est plus gai, d'une construc- 11 plus égale, dans un lieu plus central et avec des jardins plus stes et mieux aérés. Dans l'espace de trois arpents à la ronde tour de ce palais, il se trouve au moins une douzaine d'églises i se disputent en beauté, en richesse et en élégance. On est "pris, avec raison, de voir, aux jours solennels, tendre les églises
Rome de damas cramoisi et cacher ainsi les plus belles sculp- -"•€8 et leurs plus riches marbres, dans les solennités où il sem- ^ Tait plus raisonnable de les montrer dans toute leur splendeur. ^ anmoins, cet usage a prévalu et tout le monde y tient, quoique i 11 ne soit plus insignifiant que cette tenture traversée vers le •lit, et divisée, d'espace en espace, par des galons d'or ou d'argent ^t d'une venue, qui ne sont pas de la première qualité, et qui, ioup sûr, ne valent pas les colonnes, les chapiteaux et les frises î se trouvent ainsi masqués.
Xa grande église des Jésuites est la seule où cette sorte de coration soit supportable, la frise étant couverte, tout autour, Une bande de velours découpé, festonné et brodé en or, et de Lpisseries du genre de celles des Gobelins, placées d'espace en pace, faisant interruption à la monotonie de la tenture.
Après les églises, les palais et les obélisques, Rome n'ofifre rien
de plus curieux que ses fontaines. Elle sont plus belles, plus multipliées, plus variées dans leurs formes, qu'en aucune ville d'Europe. L'eau qui en sort est excellente et toujours abondante. La fontaine Pauline, celle de Trévi, celle que l'on nomme Aqua felice, celle de la place Navone, celle du pied du mont Piocio, celle de Monte Cavallo, celles de la place de St-Pierre, sont, chacune dans leur genre, autant de chefs-d'œuvre propres à immortaliser les grands artistes auxquels elles sont redevables de leur existence ou de leur décoration.
Outre les fontaines publiques, où chacun peut aller puiser, il y a de l'eau également saine et limpide dans tous les palais et chez presque tous les particuliers. Il faut avouer que la compagnie chargée par le gouvernement, de cette partie de la police, s'en acquitte avec le plus grand soin.
On ne trouve plus de rejetons des anciennes familles romaines du temps de la République, ni même de celui des empereurs. Les deux seules qui y aient quelque prétention, sont les Massini et les Santa Croce. Le nom de la première fait croire qu'elle descend de Quintus Fabius Maximus ; la seconde s'honore de ce qu'un de ses ancêtres fut chargé, par S'® Hélène, de transporter à Rome la vraie croix, et voilà d'où est venu à ses descendants le nom de Santa Croce ou Ste-Croix, sous lequel ils sont connue. Or celui auquel avait été confié ce saint dépôt, s'appelait Publicola, comme on le voit par la lettre que cette impératrice écrivait au Pape S. Sylvestre en le lui envoyant. Ce n'est pas qu'il manque de nobles et de princes à Rome : il y en a même un assez grand nombre. Mais cette noblesse ne remonte pas plus haut que la décadence de l'Empire, époque où l'Italie, successivement visitée par diverses nations barbares : Goths, Hérules, Vandales, Normands, Lombards, etc., se divisa en une infinité de petits Etat?, des premières familles desquelles sont venus ces nobles et ces princes dont l'Italie fourmille, et qui sont, en général, des gens respectables.
C'est de l'élite de cette noblesse qu'est tirée la garde noble du Pape, la plus brillante peut-être qui soit en Europe, tant pour
la bonne mine des hommes, que pour la richesse de leur uniforme.
Le Souverain Pontife a, en outre, des gardes du corps, à pied et à cheval. Toutes les fois qu'il sort pour la promenade, c'està-dire tous les jours, sa voiture, conduite par quatre chevaux, est accompagnée d'un détachement de dragons. Il est toujours assis Boul au fond de la voiture. Vis-à-vis lui, sont deux ecclésiastiquep, du nombre de ses camériers secrets. En ces occasions, son vêtement consiste en un grand manteau d'écarlate dont il se couvre les épaules par-dessus sa simarre ou robe de drap blanc. Sa coiffure est un chapeau rouge à grands bords relevé de deux côtés et galonné en or.
Si le Pape sort en cérémonie, par exemple pour aller à St- Pierre, à l'occasion de quelque solennité, il a, par-dessus la simarre, une autre soutane de soie blanche trës longue, une ceinture blanche, avec des glands d'or, un rochct et une mozette de velours cramoisi bordée d'hermine, et une large étole par-dessus. En ce cas, ce ne sont plus des camériers secrets qui lui font face dans sa voiture, mais deux prélats, savoir : son majordome et son maître de chambre, en soutane violette, rochet et mantelette. Son carrosse, d'une structure très riche, est accompagné de trois autres, traînés, comme le sien, chacun par six chevaux. La garde à cheval est plus nombreuse que dans ses promenades, -et une garde à pied se joint à celle-là et précède ordinairement le cortège.
Il y a encore une garde de 300 Suisses habillés en un costume très ancien, et seulement armés de hallebardes. Ceux-ci sont exclusivement chargés de faire faction aux portes du palais, au haut et au bas des escaliers et dans les premières antichambres.
L'armée du Pape consiste, en ce moment, en 10,000 hommes de troupes répandus dans les différentes garnisons de ses Etats. On rit des soldats du Pape ; néanmoins ils ont une aussi bonne tenue que ceux des autres Etats d'Italie et même de deçà les Monts. Une partie de cette armée est répandue sur la route de Rome à Terracine, pour la protéger contre les incursions des
brigands qui demeurent dans les montagnes, fondent de là si les voyageurs, lorsqu'ils ont lieu de croire qu'il sont riches, U enlèvent, les rançonnent d'importance, et les tuent lorsqu'ils peuvent en tirer d'argent. Grâce à cette prévoyance du Souv raîn Pontife, il n'arrive plus de ces sortes de malheurs entre Rod et Terracine, mais bien entre Terracine et Naples, où le gouv^ xrnement néglige de prendre les mêmes précautions. Le fils d'iB- "ki des secrétaires d'Etat du Roi de Sardaigne y fut enlevé, il y ^ environ deux mois, et les brigands, après l'avoir gardé plusieu^f e jours, ne le relâchèrent qu'au moyen d'une somme de 2000 8cud ï s (un scudo vaut environ une piastre) qu'ils se firent apporter Çf^^^ ^ l'ecclésiastique qui l'accompagnait.
Le Pape est électif, comme l'on sait, par le collège des cartL î-naux, qui entrent en conclave dix jours après les funérailles d *3 Pape précédent. Ils y demeurent enfermés, sans qu'il leursc^i'^^ permis de communiquer avec les personnes du dehors. Ils sobt":» ^ servis chacun par deux ecclésiastiques que l'on appelle concl vistes ; les cardinaux princes en ont trois. Une forte garde plac^ autour du palais (c'est d'ordinaire le Vatican) protège le co> clave. Il est présidé par le doyen des cardinaux. Chaque jou»- ^*) ils s'assemblent dans une chapelle où, après une messe du Saînm ^- Esprit, ils mettent chacun un billet dans un calice préparé 8«-^«- ■" l'autel. Chaque billet est scellé, portant au dehors le nom (3L *^ cardinal qui le donne, et au dedans celui du cardinal qu'il ve«-"» * élire. On recommence cette opération autant de fois qu'il c^is* nécessaire, jusqu'à ce que le même sujet se trouve avoir réuni L^^ deux tiers des sufirages de tous les électeurs. Aussitôt il ^^^ revêtu de la mozette de velours rouge, placé sur l'autel où 1^^ cardinaux viennent le révérer (ce qu'on appelle aller à l'adoration)» et le voilà Pape, c'est-à-dire évoque de Rome, métropolitain àos évêchés suburbicaires, patriarche d'Occident, successeur do S- Pierre et Vicaire de J.-C, pour le gouvernement de l'Eglise uaîverselle dont il est le chef visible.
Considéré sous le rapport politique, le Souverain Pontife a une autorité sans bornes. Sa volonté fait loi, mais il s'en faut bien
3 ce despotisme tende à molester le peuple. Au contraire, il avoué que le gouvernement de l'Etat ecclésiastique est le LS doux et le plus paternel qui existe au monde. S'il y avait ^Ique chose à lui reprocher, ce serait moins un abus d'autorité un défaut d'énergie. Les peuples n'auraient jamais songé à ouer le joug de l'autorité du souverain, si l'exercice en avait jours été réglé par les principes de la conscience, comme l'a constamment, sans presque aucune exception, celle des Sou- -aius Pontifes. Et nunc reges intelligite.
IjCs principaux oflSces de l'Etat sont occupés par des cardinaux. I ui dont le département a le plus d'étendue, est le cardinal merlinguo, dont la fonction répond à celle du ministre de l'in- Leur et des finances dans les autres Cours. Sa charge survit IPape, car c'est lui qui commande pendant la vacance du Saintge. La garde se monte devant sa porte ; il a même droit couper le palais du pontife décédé, jusqu'à l'élection du succesr.
"-•a fonction du cardinal Secrétaire d'Etat est proprement celle ministre des Affaires Etrangères ; c'est lui qui est chargé de tes les fonctions diplomatiques.
^e commandant de l'armée reçoit ses ordres du Camerlingue, Ls il n'a rien à faire avec les gardes, parce qu'elles sont toutes e la direction immédiate du Majordome, qui veille aussi sur s les palais du Pape et sur tous les officiers de sa maison. Lie cardinal Vice-Chancelier occupe un des plus beaux palais de me, attaché à son office et- nommé le Palais de la Chancellerie, st là que sont soigneusement revues, corrigées et scellées, toutes bulles et provisions de bénéfices, minutées par des officiers 3 l'on nomme abbreviatores.
Le Pénitencerie, aussi présidée par un cardinal nommé le grand nitencier, donne les dispenses et absolutions des crimes occul- J, des irrégularités ex delictOy des vœux, des empêchements irets qui se découvrent dans les mariages faits ou à faire. Le and Pénitencier a sous lui un régent, un théologien, un dataire, 1 canoniste, un correcteur, un sigillateur, tous six du nombre
des prélats, quatre secrétaires et trois écrivains. Tous ces officie rs, en entrant en charge, s'obligent par serment à ne révéler aactsn des secrets qui y parviendront à leur connaissance, et à ne ri en recevoir au delà de leur salaire, pas même ce qui leur ser^^t offert volontairement.
La Daterie est un autre bureau ou tribunal où s'accordent les bénéfices réservés, les pensions sur des bénéfices, les dispenses des empêchements publics de mariage et d'irrégularités ex dejectit. Les actes de ce tribunal portent tous une taxe payable par ceox en faveur desquels ils sont fiiits. Le chef de la Daterie n'est pasi pour l'ordinaire, un cardinal. S'il l'est, il prend le titre de prodataire, comme ne tenant qu'en passant, une place qui est censée au-dessous de sa dignité.
Le cardinal secrétaire des Brefs signe et scelle de l'anneau Axx Pêcheur, sur cire rouge, tous les l^refs que le Pape accorde. lies bulles sont aussi scellées de l'anneau du Pêcheur,mai8 sur du ploml> et à la Chancellerie. Ce sont des caractères distinctifs entre 1^8 brefs et les bulles. On appelle Anneau du Pêcheur le sceau d'Et»t ou grand sceau. Il est mis en pièces à la mort de chaque pontife, parce qu'il ne s'expédie ni bulles, ni brefs pendant la vacance du Saint-Siège.
Le cardinal secrétaire des Requêtes reçoit toutes celles que dos communautés ou des particuliers adressent au Souverain Pontife- Il en fait le précis au bas de chacune, et c'est sur ce précis que J « Pape accorde, ou refuse, ou réfère à quelque congrégation, la grâo^ qui lui est demandée. Le Secrétaire d'Etat et le Secrétaire à^^ Requêtes vont, tous les matins, à l'audience du Pape, à la suît^ l'un de l'autre. Les autres cardinaux n'y vont qu'extraordinaire t^ ment et par occasion. ' f ^
Depuis le concile de Trente, les Souverains Pontifes, pour mettre plus d'ordre et de clarté dans les affaires, les ont partagées en t^ différentes congrégations, dont la première ayant pour objet 1« questions qui tiennent à la foi, est toujours présidée par le P»p6 et a un cardinal pour secrétaire. Elle s'appelle la congrégation du Saint Office ou de l'Inquisition. Les autres, composées comme
e-là, d'un certain nombre de cardinaux, de théologiens, de onîstes, de consulteurs, etc., ont un cardinal pour préfet. Telles b celles des Rites, du concile de Trente, des Evêques et des fulîers, des Indulgences et des Reliques, de la Propagande, ^ lelle sont adressées toutes les affaires des églises existant dans pays dont les souverains ne sont pas catholiques. Ainsi toutes affaires ecclésiastiques de la Russie, de la Prusse, du Royaume anovre, du Royaume de Hollande, des Iles Britanniques et eurs colonies, de la Chine, du Mogol, de la Turquie, de la estine, de la Grèce, de l'Arménie, de la Perso, de l'Afrique et lie grande partie des Indes Orientales, sont du ressort de cette grégation,dont le secrétariat se tient dans le Gollegium Urba- ^ ou palais de la Propagande, érigé par le Pape Urbain VIII, le des extrémités de la place d'Espagne. 7. —Ce fut à cette congrégation que l'evêque de Québec s'assa pour les affaires qui l'avaient conduit à Rome. Après plurs conférences tenues avec le cardinal Fontana, préfet, et avec neurs autres Eminences, membres de la même congrégation, il senta un mémoire tendant à obtenir que son immense diocèse divisé en cinq sections, dont la première consistant dans les ricts de Québec, des Trois-Rivières et de Gaspé, continuerait re sous sa direction immédiate, et que les quatre autres comtes comme suit, savoir : 1^ le district de Montréal ; 2^ la proie de JSTew-Brunswick et les Iles de la Madeleine, du Prince- >uard et du Cap-Breton ; 3" la province du Haut-Canada ; es pays au Nord et au Nord-Ouest du Haut et du Bas-Canada, )sé8 par les rivières qui portent leurs eaux dans la Baie James dans la Baie d'Hudson, auraient à leur tête chacune un évêque ^agant du siège de Québec. Il déclara de plus qu'il était 30S6ible que ni lui, ni ses suffragants étendissent leurs soins à te partie de l'Amérique du Nord comprise entre les monta- 38 de roches et la mer Pacifique, donnant à entendre que ce 'S pourrait tirer plus aisément des secours spirituels de la ssie ou de la Californie que du Canada. Vyant présenté ce mémoire, il s'occupa de dressai des ques-
tîons sur plusieurs points de discipline et de morale et des demandes de facultés et d'indulgences, dont il avait besoin, tant pour lui que pour ses suffragants. Enfin il renouvela la demande -qu'il avait déjà faite depuis plusieurs années, que l'Ile d'Anticosti et la portion de la Côte du Labrador, qui est au nord delà Rivière Saint-Jean fussent mises à la charge du vicaire apostolique de Terreneuve, attendu qu'elles étaient réunies au gouvernement temporel de Terreneuve depuis 1809, par un acte du Parlement Britannique. Ce n'était pas sans répugnance qu'il éloignait ainsi de lui et faisait passer sous une autre juridiction, le pays des Esquimaux, à la conversion desquels il eut beaucoup mieux aimé travailler. Mais tous ses désirs pour cette œuvre importante étant devenus inutiles, par l'impossibilité de procurer des missionnaires à ce pauvre peuple, il crut qu'il valait autant en abandonner le soin à un autre évêque, que de former pour leur salut, des vœux qui ne se réaliseraient peut-être jamais.
18. — Le jour de la dédicace de la basilique des Saints Apôtres, il y avait grand office à St-Pierre. L'évêque de Québec voulut s'y rendre, mais n'arriva que vers la fin de la messe solennelle chantée dans la chapelle du chapitre par le cardinal Mattheî» doyen du Sacré Collège et archiprêtre de cette basilique. -Al'issue de la grand'messe se fit, du haut du balcon d'un des quatre piliers qui soutiennent le dôme, une exbition du chef àe S. André, apôtre, de la Véronique ou image de la sainte face d® Notre-Seigneur, et du fer de la lance qui perça son sacré côtô- Tous les spectateurs étaient à genoux, mais incapables de disce*'' ner les objets à cette distance, d'autant plus qu'ils n'étaient visibles qu'à travers des ostensoirs vitrés. Il en résulta à l'évêque à^ Québec le désir de les aller voir de près. Il fallait la permission du Pape, qui la lui refusa d'abord, l'accorda ensuite, mais trop tard pour qu'il en pût profiter.
20. — Il s'est introduit à Rome une louable et sainte pratiqua qui a graduellement fait disparaître la plupart des stations qui s® faisaient dans les diflérentes églises de la ville, et dont on troû^^ encore l'indication dans le missel romain : c'est d'avoivYeXf^
lu Saint-Sacrement pendant 40 heures tout le 'long de . La plupart des églises ont à leur tour cette dévotion, nuit n'interrompt pas. Des sociétés pieuses, dans lesquelles vent des hommes d'une qualité distinguée, se dévouent à a nuit, à tour de rôle, adorer le Saint-Sacrement dans où il est exposé. Un nombre de mendiants, munis de la sion du Cardinal Vicaire, suivent les 40 heures tout le long née, et, placés au dehors de l'église où elles sont, tendent 1 aux adorateurs qui entrent et sortent, et font pour l'ordie très bonnes journées.
-C'est au Vatican que les 40 heures s'ouvrent le premier îhc de l'Avent. Ce jour-là, les cardinaux se rendent à la e Sixtine et y assistent à la grand'messe célébrée par l'un ihevêques assistants au trône pontifical. Le Souverain Pondent aussi : c'est lui qui, à l'issue de la messe, porte le Saintlent à la chapelle Pauline. Deux jours après, c'est-à-dire lier mardi de l'Avent, les 40 heures commencent à St- ; le premier jeudi, à St-Jean de Latran, etc. On évite soiment de dire la messe à l'autel où le Saint-Sacrement est . Les 40 heures finissent, comme elles ont commencé, par tite procession du Saint-Sacrement. Dans ces sortes de dons, l'on porte des encensoirs fumants, mais sans encenser î chemin.
cembre. — Assez souvent ces sortes de processions sont en composées de membres d'une confrérie du Saint-Sacrement, î de gens de toutes professions. Ces confréries (et l'on en doit itant de celles de la S'' Vierge) ne tiennent leurs assemît n'assistent en corps à une cérémonie publique, que sous )8tume, qui consiste en une espèce d'aube de toile blanche, inture qu'ils portent sous les aisselles, comme un cordon î, et dont les extrémités pendent du côté gauche. Totites i qu'il vont en procession, ils ont le visage couvert d'un e de toile qui a des trous vis-à-vis les yeux et la bouche, sque s'ôte dès qu'ils entrent dans une église, et, comme il aché par derrière au collet du sac ou de l'aube dont ils sont
revêtus, il reste pendu dans leur dos jusqu'à ce qu'ils sortent ^3le nouveau pour quelque autre procession. Il y a des confréries c3e pénitents revêtus et masqués de même, excepté que leurs aul^^ ^s ou sacs sont de toile brune. Enfin il y a des confrères des mortii-s, revêtus de toile noire. C'est quelque chose d'effrayant que de I es rencontrer le soir, accompagnant un convoi, à la lueur des flar iibeaux.
4. — Tous les vendredis et les dimanches après-midi, on vc^it sortir d'une petite église du Forum une procession de pénitei^^ts revêtus de leurs sacs de toile brune et couverts de leurs masqu^^s. L'un d'eux porte une croix, les autres suivent deux à deux, ré^csitant à haute voix le chapelet de la S'® Vierge. Après eux viemrat, dans le même ordre, une troupe de filles pieuses, également p^rr-écédées de la croix portée par l'une d'entre elles. Ils se rendecr"3t, en cet ordre, au Colisée, où ils déposent, en arrivant, leurs cr(^"3x processionnelles, puis s'avancent, ainsi que le reste du peup^Be, vers une chaire pratiquée dans un des côtés do l'arène, où «-^n père Récollet débite un sermon adapté à la cérémonie qui dc^ît suivre. Le sermon fini, les deux bandes font le tour de Tarëne, ^e mettant à genoux à chacune des 14 stations entre lesquelles et '^ est partagée, et récitant à haute voix une prière, après quoi L ^8 deux bandes reprennent chacune leur croix processionnelle ^t s'en retournent dans le même ordre où elles sont venues. Cet"*^ cérémonie est très édifiante. Beaucoup de personnes aiment à y assister, et il n'est pas rare d'y voir figurer des cardinaux.
7. — Des écrivains mal intentionnés, les uns protestants, \^^ autres méchants catholiques, se sont beaucoup récriés sur le lu^^ des cardinaux, les donnant pour des hommes tout occupés 3-^ vanité et menant une vie oisive et délicieuse. Rien de plc»-^ calomnieux que ces imputations. Les cardinaux sont général ^^ ment des personnages qui ne sont conduits à cette dignité q» ^ par leur piété, leur savoir, et les services qu'ils ont rendus ^ l'Eglise dans des .situations moins iraportaîites. Parvenus à 1^' pourpre, ils mènent une vie fort retirée, mangent rarement m-^^ dehors, et donnent encore plus rarement à manger chez eu^-
citent des palais, s'ils ont des domestiques et des équi- 8 ne font en cela que ce que font les ambassadeurs étran- 5 princes et les nobles de l'Etat pontifical, qui tous leur érieurs en dignité. Car chacun des cardinaux pouvant • au Souverain Pontificat, ils sont réellement à la cour e ce que sont les princes du sang dans les autres cours, cette observation, on n'a pas droit de trouver mauvais irdent un certain décorum ; on a plutôt à s'édifier de leur e et de l'emploi que font de leurs revenus ceux d'entre sont riches par eux-mêmes. Les autres, réduits au traitele leur fait le Pape, qui est de 5000 scudis par an, n'ont îd moyen de faire figure, quand même on leur en suppoinclinatîon. Mais ils sont plus remarquables par leurs 3, par leur régularité et leur piété, que par ce prétendu i ne leur est attribué que par la malveillance de ceux qui qu'il n'y ait rien que de mauvais dans la cour de Rome, ignorance d'autres qui, ne l'ayant pas vue par eux-mêmes, dupes de ces calomnies.
<es cardinaux sont tous à la libre nomination du Pape» ecture néanmoins, avec assez de justesse, quelles personnes )romue8 au cardinalat, parce qu'il est d'usage que certains y conduisent. Telles sont les nonciatures d'Autriche, de il, de France et d'Espagne. Les secrétaires des congréga- !S auditeurs de la Rote, le Gouverneur de Rome,leMajoru Pape, son Maître de Chambre ne sortent de leurs diffé- ■Qnctions que par la mort ou par la pourpre.