QUELQUES LETTRES DE M. PHILIPPE DESJARDIN?, V. G
Parie, 12 août 1819.
Monseigneur,
J'apprends que vous êtes à Londres ; et j'ose espérer que vous serez bientôt à Paris. Je le désire. Je partirais pour aller vous chercher, pour peu que les affaires du moment me le permissent. Mais je ne puis contenir ma joie, il faut vous l'exprimer. Je vous vous embrasserai donc encore avant de mourir ! Je serrerai contre mon cœur un ancien ami, un vénérable et digne Pontife de l'Eglise de Dieu ! Il est impossible que vous n'alliez pas à Rome. Mais me sera-t-il possible d'oublier que je vous ai promis de vous y accompagner ? Venez, Monseigneur, et tout s'arrangera. Au surplus, vos aflaires les plus pressantes terminées à Londres, il faut que vous veniez à Paris. Un modeste appartement aux Missions vous attend ; et de là le départ pour l'Italie. Vous ne devez pas tarder en ce cas. Il faudrait employer à ce voyage septembre et octobre au moins. A moins que vous ne projettiez d'y consacrer tout l'hiver ; ce dont je doute, connaissant votre activité. Avez-vous amené le cher Joseph ^ ? Je ne sais pas ce qu'il faut en croire, et mon cœur bat ainsi que celui de Jacques ^ qui est ici et vous baise la main, qui vous attend. Pour moi, j'attends de votre bonté une prompte réponse et j'envoie de suite ma lettre à la poste par l'ami Duval.
Recevez, Monseigneur, le tendre hommage de mon profond respect.
Ph. Desjardins
Curé des Missions.
Paris, 16 août 1819.
Monseigneur,
Ah ! quel bon vent que celui qui vous a conduit en Europe ! Vous faites voir que vous êtes un homme de tête et de
1 — M. Joseph Desjardins, son frère, chapelain de PHôtel-Dieu. 2 — Son frère aîné qui demeurait à'Messas, laïque célibataire.
main. Vous projetez et vous exécutez. Vou« voilà bientôt sur notre vieux continent. Vous devez être assez content de la parure de la petite île où vous avez débarqué. C'est une riche coquette. Quand vous serez chez nous, vous verrez la misère et les guenilles,
et vous n'y trouverez point l'exquise propreté bretonne ^
Ph. Dbsjardins,
Curé des Missions.
Paris, 17 août 1819.
Monseigneur,
J'ai eu l'honneur de vous écrire hier par M*" Duchas-
tellier, évêque nommé de Laon ; aujourd'hui ce sont deux de vos diocésains qui vous remettront mon hommage, MM. Parant et Blanchet K Bientôt le Canada sera plein de jeunes gens qui
] — Je suis fort aise de citer ces lignes écrites par un Français; elles aideront à mieux accepter celles qu'on a lues dans le journal de M»' Plessisj pages 70 et suivantes. Il va sans dire quMl y a eu bien des changenaenttt depuis. Ce que le prélat a écrit était absolument exact alors et ne le serait plus aujourd'hui H. T.
2 — C'était M. François Blanchet, frère des deux évêques de ce nom. Depuis 1818, il étudiait la médecine à Paris. De retour au Canada, il fut élu député, eut part à la rédaction du Canadien et fut condamné par Craig à la prison, en même temps que Bédard, Papineau, Laforce, Taschereau et Corbeil. Il mourut en 1730. Son compagnon d'études à Paris était M. Joseph Parant, frère de M., l'abbé Antoine Parant, qui fut procureur et supérieur du Séminaire de Québec, et de M. l'abbé Etienne-Edouard Parant, qui est mort, à Saint-Pierre, isle d'orléans, en 1873, après avoir été curé, en dernier lieu à l' Ange-Gardien. Ce dernier, avant d'entrer dans l'état ecclésiastique, était allé lui-même étudier la médecine à Paris. Il devait s'y, trouver en 1822 ou 1823. M. Joseph Parant, qui était un excellent médecin demeurait dans la rue Sain te- Famille. Il mourut le 28 février 1856| et fat inhumé à l'Hôtel-Dieu, en reconnaissance des grands services qu'il avait rendus à cette maison. Parmi les étudiants en médecine, ou les médecins qui allèrent compléter leurs cours à Paris, on peut mentionner aussi les docteurs Tourangeau, Hector Pelletier, Ludger Têtu, Hingstone, Verge, Hubert Larue. Catellier, Simard, etc., etc. On verra plus loin que le docteur Pierre Beaubien se trouvait en France en même temps que MM. Parant et Blanchet.
auront vu Paris et Londres. Heureux ceux qui auront vu Rome aussi ! Je ne sais si j'aurai ce bonheur. Si vous ne m'y entraînez
pas, j'en désespère Votre appartement sera prêt aux
Missions. Je vous prie de me prévenir quelques jours à l'avance. Vous ne pouvez loger ailleurs, et le Séminaire de Paris n'a ni moins de droits ni moins d'obligations que celui de Québec.
Je suis etc.,
Pli. Desjardins.
Paris, 9 septembre 1819.
Monseigneur,
J'ai lu avec étonnement vos dépêches pour Rome. J'y
ai vu comme quoi cette cour si sage, si lente, si circonspecte, s'est aventurée à vous transformer en Métropolitain, sans avoir consulté la cour de St. James. On aime les proprio motu en ce pays.
D'un autre côté, comment se peut-il que votre parlement du Canada conspire contre les Sulpiciens ? auri sacra famés. Votre réclamation est belle et forte. Puissiez-vous les sauver ! Ils vous en béniront sans doute.
Les affaires du clergé de France sont enfin arrangées bien ou mal. Le tout provisoirement. C'est ce que l'on a peine à imaginer, qu'un provisoire en pareil cas. Mais ainsi roule le monde d'aujourd'hui. Notre clergé est dans la confusion. Le Concordat de 1817 reconnu par le Pape est provisoirement par lui mis à néant. Celui de 1801 reconnu par le roi est provisoirement maintenu quant au fait des sièges, de leur nombre et circonscriptions. C'est un gâchis dont nous nous tirerons en nous secouant les oreilles. De fait 40 évêques nommés, élus, proclamés. Bulles restent sans évêchés, 50 sont sur le point de se mettre en activité, y compris ceux qui y sont
déjà
Je suis, etc.,
Ph. Desjardins.
Monseigneur,
Paris, 8 novembre 1819.
J'ai reçu vos lettres de Lyon et de Turin. J'attends celles que vous aurez la bonté de m'écrire de Rome. Puissiez-vous revenir de la capitale du monde chrétien, comblé des bénédictions du très Saint- Père, et puissé-je être assez heureux pour baiser la poussière du tombeau des apôtres après vous ! Il m'eût été bien doux de vous y accompagner et je ressens une des grandes privations de ma vie de n'avoir pu effectuer ce voyage, vous en ayant porté le défi.
Son Emineiice M*^"^ le cardinal de Périgord a enfin ordonné, et me voici attaché à sa personne, comme je le fus à la personne de M^'' Hubert. Il serait mieux de se reposer que de recommencer à 67 ans une telle carrière. Vocatus veni sed invitus. Cette circonstance me fait espérer que la grâce de Dieu suppléera à ma faiblesse.
Je suppose que vous avez le bonheur de voir souvent LL. Emm. Messeigneurs les cardinaux Pacca, Fontaua, Consalvî. Je vous supplie de me rappeler à leurs bontés. Je suis en rapport intime avec M. le comte Ginnasi que j'espère attirer aux Missions Etrangères. J'aurai l'honneur d'en écrire à S. E. M^' le cardinal Fontana.
Dites aussi mille choses respectueuses et aimables, de grâce, à M^'' Sala, et à Son Exe. M*"^ Pacca, gouverneur de Rome, mon ami et compagnon de mes fers ^
M. Langlois vous offre son respect. Le père Jacques est à Messas, tout prêt à vous y recevoir et trop glorieux d'avoir à loger un tel hôte dans la chaumière héréditaire. Une sœur, un ange pour mieux dire, est là qui guette votre bénédiction et vous redemande un frère.
1 — Dans ses Mémoires, vol. I., page 325, le cardinal Pacca donne lu liste des prisonniers de Fenestrelle et nomme ^' M. Desjardins, curé des Missions Etrangères à Paris, homme du plus grand mérite, qui fut ensuite transporté à Compiano."
M. l'évêque d'Orléans est enfin à Paris. Il va se préparer à son sacre et vous le verrez dans toute sa gloire. Il se fait une fête de recevoir le vénérable ami de son ami et du frëre de son ami. Pour moi, je deviens habitant du palais archiépiscopal, habitué de la basilique, et sui' le bord de ma fosse, je tranche du jeune homme.
Apportez-moi, Monseigneur, des reliques, des indulgences, des souvenirs de Rome, et surtout la bénédiction du très Saint-Père que je vénëre comme Jésus-Christ dont il est le vicaire et l'image. Car tout gallicans que nous sommes, nous sommes inviolablement attachés au Pape. Périssent des libertés qui nous en sépareraient. Devotissimus.
Ph. Desjardins.
Paris, 21 mars 1820.
Monseigneur,
Vous êtes fidèle (à vos projets) en tout point. Je ne
vois personne qui tienne comme vous ce qu'il a résolu. C'est admirable ; et ce qui ne l'est pas moins, c'est ce procédé d'amitié d'aller voir la chaumière de Messas, et le frère Jacques, et la petite sainte, et Claude le fidèle Eliezer. J'en pleure de reconnaissance, et aussi de dépit de ne pouvoir vous joindre là. Car enfin vous allez y arriver et je crains que vous n'y fassiez pas même vos pâques. Moi qui suis retenu par mes pénitentes, je ne puis m'absenter qu'après la quasimodo. Il serait bien généreux à vous de nous attendre l'abbé Frayssinous et moi. Nous y
allons ensemble et nous reviendrons vous faisant cortège
Vous verrez et vous aimerez le bon et bien estimable évêque d'Orléans, mon ami depuis 50 ans. Vous l'êtes depuis 28 ans ; c'est bien quelque chose et c'est pour s'aimer toujours.
Ph. Dbsjardins.
Paris, 80 avril 1820.
Monseigneur,
Partez-vous réellement et irrévocablement demain ? et en ce cas à quelle heure, je vous supplie? car il me serait trop dur de ne pas aller vous offrir mes embrassements et recevoir votre bénédiction au moment du départ et d'une séparation qui peut être la dernière, et assez probablement durera jusqu'à la réunion désirée et interminable
Agréez avec votre bonté accoutumée. Monseigneur, mou tendre respect.
Ph. Dbsjardins.
Paris, 13 mai 1820.
Monseigneur,
.... Quel bon temps l'on passe avec vous ! Tous ceux qui vous ont vu désirent ici de vous revoir. Vous avez laissé de
votre personne une grande estime et des regrets
Ph. Dbsjardins.