LETTRE DE AI. JACQUES DESJAUDINÔ
Paris, 13 mai 1820.
Monseigneur,
Je commence, Philippe finira. La lettre de Londres dont vous m'avez honoré vient de m'être remise par M. le Supérieur des Missions. . . . Yous prévenez. Monseigneur, tous les événements ; mais je crois à une telle bénédiction sur ce qui vous est destiné, que je serais moi-même sans crainte avec cela au milieu des flots. Voilà notre inspiration sur cette terre qui nous rappellera sans cesse le bonheur de vous y avoir possédé.... Mon respect et mon amour pour vous, Monseigneur, sont à l'abri du temps. Je le dis aussi pour ma bonne sœur et pour les amis qui vous honorent si profondément avec nous. Nous ne vous oublierons jamais. Que nous sachions, je vous en conjure, votre départ d'Europe et
votre arrivée sur les bords canadiens si chéris pour nous. Je no fais point un pas ici qui ne me rappelle ceux que j'ai eu le bonheur de faire avec vous.
Je suis avec un très grand respect et une vive gratitude, Monseigneur, votre, etc.
Desjardins aîné.
Paris, 7 juin 1870.
Monseigneur,
J'ai reçu votre lettre et son supplément du 26 mai J'ai
fait part à notre vénérable cardinal de vos sentiments tendres pour lui. Il a souri d'un souris charmant et m'a ordonné de vous rendre l'expression de son attachement et du plaisir qu'il a eu de vous connaître ....
M. le coadjuteur ^ a reçu la lecture de l'article qui le regarde ; il n'en a pas perdu un mot, et il m'a chargé de vous remercier beaucoup de vos avertissements fraternels. Il en reconnaît la justice. 11 est résolu de faire des visites et nous les ferons vraiment. Quant à la prédication, il y serait porté ; mais le sentiment de l'abbé Borderie a beaucoup d'empire sur lui
Adieu, Monseigneur, je m'incline sur votre cœur et j'embrasse votre fidélissime Turgeon qui a fait ici fortune parmi tous les honnêtes gens. On en fait l'éloge à l'archevêché et l'on y parle souvent du Métropolitain de Québec. Vous laissez ici un souvenir qui sera durable.
Je vous offre mon tendre et inviolable et infiniment respectueux attachement.
Ph. Desjardins.
1 — Le cardinal de Périgord était archevêque de Paris depuis 1817. Il avait été aumônier de Louis XV, avait sacré Louis XVI, marié le duc de Berry, et parvenu à l'âge de 85 ans, il eut la consolation de baptiser le duc de Bordeaux. Il avait pour coadjuteur M»*^ de Quélen qui lui succéda le 20 octobre 1821. Ce fut ce dernier qui prononça Poraison funèbre du duc de Berry, assassiné le 13 février ISLO, le lendemain de Tinstallation du prélat à la coadjutorerie de N.-D. de Paris. Il mourut en 1839.
DKUX LETTRES DE M. JACQUES DESJAUDINS
Messas, près Baugeney, 22 octobre 1820.
Monseigneur,
Je ne doutais pas de votre heureuse traversée de Liverpool à New- York, et par suite à Québec, car Dieu était avec vous. Le beau vo^'age que vous avez fait si heureusement tient du prodige par sa longueur, par votre santé soutenue, et par ce que vous avez eu l'extrême bonté de faire pour nous sur cette incommode Loire. Nous ne l'oublierons jamais. C'est consigné à Messas pour tous les âges. Ma bonne sœur et moi nous n'y pensons qu'avec des larmes d'attendrissement, de respect et de reconnaissance. .M. le curé de Messas le tiendra aussi sur ses registres.
Votre lettre de New- York, Monseigneur, m'est parvenue le 22 août ; rien de plus diligent ; elle nous a comblés de joie, tout en nous laissant le profond regret de vous avoir perdu. Je me souviendrai toujours du grossissement de cœur que j'ai ressenti à la diligence de la rue Notre-Dame des Victoires, qui roulait devant mes yeux humides et qui vous emportait. Le bon M. Beaubien ^ et moi, nous sommes restés muets sur place, comme dans le désert.
Ah ! Monseigneur, que j'aurais bien voulu vous suivre !
(Il rend compte de ses efforts infructueux pour lui trouver des prêtres et continue). M^^^ l'évêque d'Orléans a reçu vos mentions avec bien de la sensibilité et m'a chargé de ses plus vifs retours. Sa santé se soutient. Il est venu confirmer à Meung, à la fin de juillet, et je crois qu'il va al 1er à Blois confirmer aussi, et voir un peu cette pauvre dissidence des environs de Vendôme qui semble
narguer l'autorité. M^ de Thémines fait bien du mal Ma
bonne sœur et moi. Monseigneur, sommes à vos pieds, vous demandant votre bénédiction, vous conjurant de vouloir bien ne
1 — Le docteur Pierre Beaubien, père de l'honorable Louis Beaubien, de Montréal) et de M. l'abbé Charles Beaubien, curé du Sault-au-RécolIet. 11 fit ses cours de philosophie et de médecine à Paris. Il mourut à Montréal le 12 janvier 1881.
pas nous oublier au très saint sacrifice. Ma eœar vénère avec les siens les hautes faveurs de Eome qu'elle a reçues par vos mains et qui font son espérance et sa consolation. Votre lettre du 22 juillet est un monument pour nous deux, et nous ne cessons de la relire ainsi que de penser au trajet si précieux pour nous et si pénible pour vous, Monseigneur, de Roanne à Orléans. Pour toute la vie. . .
Votre très huinble, etc.,
Desj^rdins, aîné.
Le 15 février 1821, le même M. Jacques Desjardins écrit encore une longue lettre à M^^" Plcssîs, et termine ainsi :
" Le carême va venir. Du mardi au samedi-saint, vous jugez, Monseigneur, quels souvenirs nous assiégeront. Je n'en perdrai pas une minute. M»' l'évêque d'Orléans y pensera aussi ; il m'a chargé de vous le dire en vous remerciant de votre mention pour lui et vous offrant mille respects .... M. le curé de Messas est glorieux avec nous de vous avoir possédé dans son église. Et ce très touchant honneur est consigné dans ses archives. Il serait bien fâché que je ne le misse avec nous aux pieds de Votre Grandeur. Je n'oublierai point non plus Taimable docteur De la Tour avec son beau dîner du vendredi saint, dont il s'est fait une grande fête. Vous avez tellement marqué et honoré partout, Monseigneur, qu'on se plaît et honore à me le redire."
L'abbé Philippe Desjardins annonça, le 1" mai 1821, à M»' Plcssis, la mort de son excellent frère Jacques, inhumé le 30 avril, et le recommanda avec larmes à ses prières.
Le grand vicaire continua de correspondre jusqu'à la fin avec son illustre ami, et j'ai sous les yeux une de ses lettres datée du 21 septembre 1825. On sait que M»^ Plessis mourut la mémo
année, le quatre décembre. L'abbé Desjardins quî se plaignait d'être trës vieux à soixante et sept ans, vécut encore quatorze ans et décéda à Paris, le 21 octobre 1833. Son frère Joseph mourut à FHôtel-Dieu, le 31 août 1848, à l'âge de quatre-vingt-deux ans et demi.
J'aurais pu citer d'autres lettres encore, celles, par exemple, de M. Langloifl, supérieur des Missions Etrangères, pour prouver davantage quels honorables souvenirs M"" Plessis avait laissés de ea personne en Europe. Ceux que j'ai reproduits suffiront, je crois, et contribueront à rappeler quel grand évêque il a été, quels précieux services il a rendus à notre Eglise, quel lustre il a jeté sur le nom canadien. Il avait été formé à bonne école, celle de M*' Briand dont il fut le secrétaire pendant plusieurs années, le confident et l'ami. C'est ainsi que durant toute sa jeunesse ecclésiastique, il avait eu sous les yeux les plus beaux exemples de zële, de régularité, de diplomatie chrétienne, de douceur et de fermeté. Plus grand que son illustre maître, qui avait été pourtant le second fondateur de notre Eglise, il restera à jamais la gloire de notre clergé et de notre race. Ferland, en commençant sa superbe monographie de l'évêque de Québec, cite ces paroles d'un écrivain peu favorable à l'Eglise du Canada : " Interrogez les Canadiens, demandez-leur quel fut le premier homme de leur pays ; et tous, de quelque rang, de quelque opinion qu'ils soient, vous répondront unanimement : c'est Monseigneur Plessis."