‹ Journal d'un voyage en Europe [microforme]Chapitre 20 sur 59 · TT · texte numérisé non relu

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sont de cuivro doré, qui se marie très bien avec le marbre de couleur sombre qui en fait le fond.

Les églises trop pauvres pour employer du marbre massif dans leurs autels et gradins, y suppléent par le marbre pulvérisé dont il a été fait mention ci-dessus.

C’est de cuivre doré, ou du moins très poli, que sont faits les pertes de eustodes, les lampes, les chandeliers et crucifix des autels, Rarement sont-ils d’une matière plus précieuse,

Tes lampes sont petites, mais longues par le pied. On ne les épargne point, Il y en a ordinairement deux d’allumées devant l'autel où l’on conserve le Saint-Sacrement. Pour peu qu’un autre autel soit distingué, soit par une relique que l’on conserve, soit par quelque image ancienne ou en réputation d’avoir été l’instrument de quelque miracle, on y tient aussi une lampe allumée, Il ÿ a même telle église où une lampe brûle jour et nuit sans interruption, devant chaque autel indistinctement. Comme on ne brûle que de l’huile d’olive, on ne craint pas que la vapeur en soit nuisible, et véritablement on n’en est pas incommodé, et les églises n’en sont pas tachées sensiblement.

Au lieu de banes, les Italiens se servent de chaises, dont le transport fait au besoin, à mesure que les gens arrivent et en demandent, cause inévitablement un peu de confusion ; car dans ce pays, comme dans tous les autres, il entre du monde dans l’église, depuis le commencement de l'office jusqu’à la fin,

Cependant l'heure du départ était arrivé ; le voiturin s'impatientait. Nous descendîmes de la cathédrale d’Ancône bien autrement vite que nous n’y étions montés, et reprîme. la voiture en arrivant À l'hôtellerie, emportant un souvenir agréable de la situation, de la disposition, de la beauté des édifices, de l’industrie et de l’activité du peuple de la ville que nous laissions. On compte, à Ancône, plus de 17,000 habitants.

Nous retombâmes dans une campagne parsemée de monticules et de vallons délicieux. Des arbres nouveaux, d’un vert pâle, complantés comme ceux des vergers, se présentent À nos yeux : ce sont des oliviers. Ils commencent ici, et sont plus fréquents À

mesure que l’on avance dans les parties les plus méridionales de l'Italie. L'huile qu’ils produisent dans l'Etat Pontifical, soit qu’on ne la fase pas à propos ou assez soigneusement, soit que les oliviers soient de mauvaise qualité, est plus propre À brûler dans les lampes, qu’à l’usage de la table. Celle de Toscane lui est de beaucoup préférable.

Nous passons à la porte d’Osimo, sans y entrer. C’est une ville épiscopale, autrefois très peuplée et connue chez les anciens Romains sous le nom d’Aurimum. Aujourd’hui elle n’est guère qu’un misérable bourg. Cette place se trouve À mi-chemin entre Ancône et Lorette, où nous allions et où nous arrivâmes vers deux ou trois heures après-midi, après avoir beaucoup monté ; car sa situation est très élevée. Elle a ‘une citadelle et une garnison jugées nécessaires pour la protéger contre la cupidité de ceux qui auraient eu la tentation de venir piller les richesses immenses que les oblations des fidèles et surtout des princes des différentes nations chrétiennes y avaient ci-devant accumulées,

On ne se fait pas d’idée de la quantité prodigieuse de couronnes, colliers, chapelets, chaînes, soleils, feuilles, roses, croix, images, cœurs, vaisseaux, chandeliers, calices, encensoirs, patènes, ciboires, crucifix d’or et d’argent, non plus que de l’amas de diamants, de rubis, d’ambre, de cristal, de eaphirs, d’anéthystes, d’émeraudes, d’agates, ou autres pierres précieuses qui s’y trouvaient réunies par milliers. Un seul collier de rubis et de diamants, envoyé par Louis XIIT, était estimé à 60,000 piastres. Anne d’Autriche, reine de France, y avait fait représenter Louis XIV, son fils, sous la forme d’un enfant d’or offert par un ange d’argent. Les villes de Milan, de Bologne et douze autres, y étaient représentées en argent, ainsi que le château de Vincennes. Une seule chasuble était chargée de 7,000 perles et pierres précieuses, etc., etc. Pourquoi, dira-t-on, tant de riches offrandes ?—Pour honorer la maison de la S® Vierge, où s’opéra le grand mystère de l’Incarnation du Verbe. Car il faut savoir que cette r aison qui existait À Nazareth, qui y avait été visitée, au IV* siècle, par S. Jérôme, comme on le voit dans ses lettres à Eustochium, et postérieusement par

S. Louis, par le cardinal Vitry et par beaucoup d’autres, disparut de là tout À coup. vers la fin du XIII: siècle, fut transportée en Dalmatie, où elle resta plusieurs années, et enfin arriva sur cette côte de l'Italie, et y changea deux fois de place, avant de se fixer dans le champ d’une veuve nommée Lorette, où elle est depuis l’an 1298. Une telle transformation paraissait incroyable, parce que Dieu avait jugé à propos d’en dérober le motif à la connaissance des hommes. Cependant les miracles très certains qui se sont opérés à l’occasion de cette maison —miracles si nombreux et si constants, dit le savant critique, Benoît XIV (de Festis B. M. V.), qe vouloir les prouver ne scrait que répéter les preuves déjà données de la manière la plus satisfaisante doivent suffire pour identifier la maison de la S"° Vierge, indépendamment des arguments admis par les savants écrivains qui ont exercé leurs plumes sur la translation de la sainte maison, santa casa, où de la maison de Lorette, Domus lauretana, car c’est sous ces deux noms qu’elle est connue aujourd’hui. Dieu n’opère pas de miracles pour accréditer le mensonge. Or si la translation de la sainte maison était, comme le prétendent les ennemis de l'Eglise, un conte fait à plaisir pour leurrer la populace, tous les miracles qui s’y sont opérés, seraient autant de moyens que Dieu aurait employés pour accréditer cette fable. C'est ce que nul chrétien ne peut admettre.

Ajoutons que ce ne fut pas du premier abord que cette maison fut reconnue par l’Eglise, pour celle de la $« Vierge. On ne porta ce jugement qu'après beaucoup de temps, d'examen ct de précautions, Clément VII chargea des commissaires, hommes éclairés, religieux et prudents, de l'identifier. Ils allèrent À Lorette, et, après y avoir pris les dimensions de la maison, avec la plus grande exactitude, ils se rendirent en Dalmatie, au lieu où l’on disait qu'elle s’était arrêtée d'abord, Ils reconnurent le terrain qu’elle avait occupé, en trouvèrent les traces exactement conformes aux mesures cw’ils avaient prises À Lorette, interrogèrent ! idèles du vw. age, et les virent pleurer du regret d’avoir ce précieux dépôt. Ils ne s’en tinrent pas là, mais

poussèrent jusqu’en Palestine, et arrivés à Nazareth, présentèrent leurs mesures aux fondements de la maison qui y étaient encore, et y trouvèrent la même conformité. Cette opération, dont ils rendirent compte au lape, à leur retour, n’était-elle pas nne preuve suffisante de la réalité de la translation ? Aussi Lorette cst-il, depuis plusieurs siècles, le pèlerinage le plus fréquenté de tout le christianisme. Les Souverains Pontifes, les saints personnages laïques et ecclésiastiques, se sont empressés de visiter la santa casa et de célébrer les divins mystères, ou d’y assister, dans la maison même où l’Archange Gabriel vint dire à Marie: Ave gratia plena : Dominus tecum, et où la soumission de la S*° Vierge aux ordres du ciel: Æc’e ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum, lui mérita l’accomplissement immédiat du grand mystère dont elle devait être l'instrument !.

Si l’évêque de Québec n’eût consulté que son empressement d'arriver À Rome, terme de son voyage, il aurait pris sa route à droite, en sortant de Bologne, et passant par la Toscane, aurait été rendu plusieurs jours avant celui où il arriva. Mais il voulait voir les eaux de la Mer Adriatique, le port d’Ancône, et par-dessus tout, la sainte maison de Lorette. Il y entra, le cœur attendri, peu de temps après avoir quitté la voiture, y trouva des chapelains extrèmement honnêtes et prévenants, et se décida (car c’était le samedi) à y passer le dimanche tout enticr.

La sainte maison a 15 pieds de carré, 80 de long et 12 de large. Elle est construite de pierres rouges, plates, égales entre elles, et que l’on prendrait pour des briques. Ce mur est tout à fait nu dans l’intérieur. C’eût été lui ôter de son mérite et priver les

I Un grand argument — quoiqu'il ne soit pas absolument décisif — en faveur de l'authenticité de ce miracle de la sainte maison de Lorette, c'est qu’il est mentionné en toutes lettres dans l'office du bréviaire, et qu’une fête spéciale se célèbre, chaque année, pour en perpétuer la mémoire. Il n'en est pas ainsi du Saint Suaire vénéré à Turin et dont il a été question précédemment ; car quoiqu'il y ait un office et une fête en l'honneur du Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nulle mention n'est fuite dans le bréviaire du

suaire conservé à £urin, ‘

ne mer

nes ei dteess 1

fidèles d’un grand sujet de consolation, que de leur en dérober la vue par des ornements moins appréciables que sa belle simplicité. Il est défendu, sous peine d’excommunication, d’enlever aucune pierre de cet édifice, précaution d’autant plus sage que, si cct enlèvement eût été permis, chacun des pèlerins aurait voulu en avoir un morceau, et depuis longtemps la maison ne subaisterait plus.

On rapporte qu’un évêque de Coimbre ou Conimbre, en Portugal, ayant fait construire, dans son diocèse, une chapelle sur les dimensions de la Santa Casa, pour honorer le mystère de l’'Annonciation, eut la dévotion d’y avoir une des pierres dont elle est composée, Il s’en allait par la Méditerrannée, au concile de Trente. En passant à Rome, il obtint un bref du Pape, qui permettait d’emporter cette pierre. Rendu À Lorette, il n’eut rien de plus pressé que de montrer ce bref aux chapelains chargés de la garde de Ja sainte chapelle, ne doutant nullement qu’ils ne s’empressassent de lui donner la pierre qu’il était autorisé À prendre. Mais ils n’en voulurent rien faire. “ Le Souverain Pontife, lui dirent-ils, ne nous ordonne pas de vous délivrer une pierre de ces Murs, et nous ne vous la délivrerons Pas ; mais vous avez permission d’en prendre une : prenez-là, si vous voulez, nous ne nous Y OPPoserons pas.” Que fit cet évêque ? I] détacha une pierre À l’insu des chapelains et l’emporta avec lui. A peine arrivé À Trente, il fut attaqué d’une maladie très sérieuse, et craignant de mourir, il se fit recommander aux prières d’une communauté de religieuses de l’endroit, qui étaient en grande réputation de ferveur. Elle se mirent en prières, comme il le désirait, et quoiqu’il eût dérobé soigneusement à la connaissance de tout le monde, ce qu’il avait fait À Lorette, la supérieure du monastère lui fit dire le lendemain : “ Rendez ce que vous avez pris à la maison de Dieu, si vous voulez reconvrer la santé.” Il comprit ce langage, chargea un de ses ecclésiastiques de partir immédiatement pour Lorette, et d’y faire la restitution de la pierre qu’il avait enlevée. A peine l’ecclésiastique était-il en route, qu’il commença À avoir du mieux et se trouva rétabli en peu de jours. La pierre

rendue, on chercha l’endroit du mur où elle avait été prise, on l’y replaça, et on la mortre aux étrangers, en leur rapportant cette histoire. La pierre est signalée par deux crampes de fer dont elle est recouverte.

La sainte maison n’a plus son ancien toit. Il est tombé de vetusté et a été remplacé par un toit de marbre, dit la relation de M. Butler. Mais il a plutôt l’air d’être de bois enduit de plâtre. Le pavé est de marbre dans la partie antérieure de la maison, où l’on entre par deux portes latérales, et où l’on trouve un autel dédié à la Ste-Vierge, soulevé de trois marches, magnifiquement orné et environné de 54 lampes allumées tous les jours, sans en compter 19 autres qui brûlent au dehors et à l’entour de la maison. L’autel fait face à l’un des pignons de la maison, et laisse, par derrière lui, un espace de six pieds sur toute la largeur de l'édifice. Dans le pignon, qui termine ce dernier espace, se trouve l'ouverture d’une cheminée que l’on a revêtue de marbre, laquelle donne son nom à tout ce petit appartement que l'on appelle santo camino, ou la sainte cheminée. Au-dessus de cette cheminée et dans l’endroit où en devait passer autrefois le tuyau, se trouve une niche qui renferme une.statue de la S° Vierge, en bois aussi noir que de lébène, tenant l’Enfant-Jésus. Cette statue d’environ deux ou trois pieds de hauteur, est assez élevée pour pouvoir être aperçue de l’autre extrémité de la maison et par-dessus l’autel. On prétend’ qu’elle est l’ouvrage de S. Luc, et qu’elle fut transportée en Italie, avec la maison même. Mais cela n’est pas prouvé. Les Actes des Anôtres nous apprennent bien que S. Luc était médecin, mais ils ne le donnent ni pour peintre, ni pour statuaire. La tradition qui le présente sous ces deux derniers rapports, est pieuse, mais non certaine. Au surplus, que cette image ait été sculptée par S. Luc, ou par tout sutre, peu importe : elle est une image de Marie. C’est autani ‘il faut pour la rendre respectable en vue de la personne qu’elle représente.

On nous assure que l’autel de la sainte maison est aussi venu de la Palestine avec elle, et cela est d’autant plus croyable, qu’au

suite”

D ati

rapport de $. Jérôme, cette maison était déjà convertie, de son temps, eu une chapelle où l’on célébrait, Une armoire auprès de l'autel, dans l'épaisseur du mur, contient deux petites écuelles de terre, que l’on suppose avoir été À l’usage de l’Enfant-Jésne. Si les murs de la sainte maison sont nus en dedans, il s’en faut bien qu’ils le soient en dehors. Rien de plus riche que les basreliefs de marbre représentant, toutautour des murs, les mystères de la S° Vierge, et au-dessous du bas-relief, les grandes statues des sibylles et des prophètes, qui ont annoncé la rédemption du monde. La statue de Jérémie pleurant sur le malheureux sort de sa patrie, ert une des plus bellss qui soient en Europe. C’est l'ouvrage de Contucci. Celles de Moïse et de plusieurs autres sont de Lombard (Jérome). Il fut aussi l’exécuteur des quatre portes de bronze, dont deux sont des deux côtés de l’autel, et en avant, une par où l’on entre dans la partie nommée santo camino, et une quatrième qui ne s’ouvre pas, seulement figurée en dehors. pour faire face à celle-ci.

C’eût été peu d’orner la sainte maison : il fallait lui donner un abri. Or elle n’en pouvait avoir un plus décent que la vaste église que l’on a conétruite autour, et dans la croisée de laquelle la santa casa se présente À la dévotion des étrangers, Cette église pavée de marbre de Paros, rouge et blanc, ayant les deux battants de sa grande porte revêtus de bas-reliefs de bronze, avec une statue de même métal représentant, sur le perron, Sixte V assis, apparemment parce que ce grand Pape l’a fait construire où réparer, a 25 autels, G sacristies, un chapitre consistant en 23 chanoines, 24 bénéficiers, 12 chapelains et 12 clcres, et finalement est devenue cathédrale par le transport qui y a été fait de l'évêché de Recanati, demeuré uni à celui de Lorette. L’évêque actuel est un saint vicillard jouissant d’une bonne santé, vivant avec beaucoup de simplicité, célébrant la messe dans la sainte maison, tous les samedis et dimanches, assidu au chœur de sa cathédrale et À une procession qui s’y fait tous les samedis au soir. Il se nomme Etienne Bellini, La cordialité avec laquelle il

accueillit l’évêque de Québec, le fortifia dans la détermination qu’il avait prise de demeurer à Lorette jusqu’au lundi.

7.—Quelle satisfaction de célébrer les saints mystères dans la même maison, entre les mêmes murs où Dieu le Fils s’est fait homme pour nous! Qu'il est vénérable cet autel, : un Charles Borromée, un François de Sales, un Philippe de Neii, où tant de Souverains Pontifes, notamment celui qui règne aujourd’hui, ont successivement offert l’ A gneau sans tache ! Ce fut à Jésus incarné, et par l’intercession de sa sainte mère, que l’évêque de Québec offrit son diocèse et le mit tout entier sous la protection d2: Dieu, d’une manière plus spéciale que jamais. Il lui recommanda tout son clergé, depuis le Coadjuteur jusqu’au dernier tonsuré, plus particui rement ceux qui, employés dans les missions lointaines, portent 1e poids du jour et de la chaleur. Il le pria qu’en son absence, il n’arrivât duns le diocèse aucun de ces événements malheureux dont les ennemis de la religion sont si empressés de se nrévaloir contre elle. Il mit aux pieds de la sainte Vierge toutes les communautés religieuses qui sont sous sa juridiction, afin qu’elles pussent croître en ferveur et en piété. Il demanda le succès des affaires qui lui avaient fait eutreprendre le voyage d'Europe. Enfin, sans oublier ses besoins particuliers, il fit une mémoire spéciale de ceux de ses diocésains qui avaient pris intérêt à son départ et priaient pour la prospérité de son voyage.

Le concours des fidèles qui se rendent en pèlerinage à Lorette, est estimé à 100,000 par an. Outre les prêtres en grand nombre qui, depuis le point du jour jusqu’à une heure et deux après-midi, célèbrent continuellement des messes, tant dans 14 sainte maison qu'aux différents autels de la cathédrale, pour satisfaire à la piété des pèlerins, il y a des pénitenciers de toutes les langues de l'Europe. Ces pénitenciers, au nombre de quatorze, étaient d’abord de la Compagnie de Jésus. Lorsqu'elle fut supprimée, Clément XIV les remplaça par des Cordeliers qui furent obligés de quitter leur habit, lors de l'invasion de l’Italie par les Français, et ne l’ont pas encore repris, mais sont vêtus en ccclésias-

ET

tiques séculiers. Il ne se trouve plus de pénitenciers pour les langues française et anglaise, et celui que l’on appelle le pénitencier français, est un Italien qui, à coup sûr, ne l'entend point et ne devrait pas confesser en cette langue.

Une des six sacristies a conservé le nom de trésor, parce qu’elle contenait ci-devant la multitude des précienses offrandes mentionnées ci-dessus, qui y étaient montrées à travers des vitreaux, la saiüite maison n'en pouvant contenir qu’une très petite partie. Aujourd’hui il ÿ a de la place de reste ; car la citadelle construite par Sixte V, contre les entreprises des corsaires qui auraient été tentés de venir piller ce trésor, n’a pu arrêter l’avidité des Français qui, y étant arrivés en 1796, avec Bonaparte à leur tête, enlevèrent tout ce que l’on n'avait pas eu le temps de transporter à Rome. À

Entre les lampes qui brûlaient dans la sainte maison, il y en avait 36 d’or massif, entre lesquelles une du poids de 40 livres, donnée par la république de Venise. Tout cela fut enlevé. Le général ne s’en rapporta pas aux soldats ; il fit lui-même la vile fonction de ravisseur sacrilège, et o1 assure que ce fut par ses mains que la statue de la S Vierge fut arrachée de sa niche. Comme pièce d’ancienne sculpture, elle fat condamnée À faire le voyage de France, d’où elle n’est revenue qu'après la restauration de Louis XVIII.

En parcourant ce trésor, où de nouvelles offrandes commencent déjà à regarnir les tablettes évacuées, l’évêque de Québec fut très surpris de trouver affichée, dans un trémeau, la prière suivante qui s’y conserve en français et en latin, avec ce titre : “ Vœu @e la nation Huronne, envoyé à Lorette, pour supplier la Bienheureuse Vierge de procurer la conversion des sauvages de toute la Nouvelle-France, l’an 1673 :

“ O Marie, servante de Dieu par excellence, comme nous avons appris que toutes les nations qui ont eu, avant nous, le bonheur de se soumettre à votre domaine, vous envoient, pour marque de leur reconnaissance, quelque régale de ce qui est le plus estimé

parmi elles, nous avous cru que nous étions obligés de les imiter en vous offrant ce que nous avons parmi nous de plus précieux ; et comme notre pauvreté ne nous fournit rien qui le soit davantage que notre porcelaine, laquelle est parmi nous ce que sont les perles parmi les peuples les plus riches, nous avons tous conspiré ensemble, par un consentement général, de vous en préparer un collier et d’y graver vos propres paroles, qui vous ont élevée à la dignité de mère de Dieu. Nous désirons que ces caractères de porcelaine tiennent la place de nos cœurs et qu'ils soient un témoignage immortel de la part que nous prenons à toutes vos grandeurs. Souffrez donc, Sainte Vierge, que nous vous fassions ce petit présent. Ce sont tous vos sujets de ce nouveau monde qui viennent vous rendre hommage et vous reconnaître pour Reine dans la maison où vous ne vouliez être que servante, Vous ne verrez jamais ce collier répétant les plus nobles et les plus puissantes paroles que vous ayez prononcées, que vous ne pensiez aux intentions et aux désirs de ceux qui vous l’ont présenté, et que cette vue ne vous excite à les regarder d’un œil lave ule et à les secourir en toutes leurs nécessités. Ainsi soit-il. ”

Quoique 146 ans se fussent déjà écoulés depuis l’envoi de cette prière, l’évèque de Québec chercha néanmoins à se procurer quelque information touchant le collier de porcelaine dont il y est fait mention, mais il n’en put trouver aucun vestige. Les plus anciens officiers de la sainte maison et du trésor ne l’ont jamais vu.

La prévoyance des Souverains Pontifes a été au-devant des besoins des pauvres pèlerins, en leur faisant construire, à Lorette, un hospice où ils sont admis, nourris et logés pendant trois jours, et comme un grand nombre d’entre eux viennent de l’Esclavonie et passent nécessairement par Venise, faute de moyens de traverser la Mer Adriatique, il y u, dans cette dernière ville, un autre hospice où il leur est permis de demeurer un Jour, tant en allant qu’en revenant,

Parune disposition assez bizarre, lasainte maison, quoique placée au milieu de la cathédrale, son trésor, ses ornements, ses offices,

ses desservants sont exempts de la juridiction de l’évêque et soumis à celle du gouverneur. Un tel ordre de choses a nécessairement entraîné beaucoup d'incertitudes, de questions, de disputes, de plaintes réciproques. Les Papes, après s'être épuisés eu décrets et en bulles pour régler ces difficultés, ont fini par accorder à l’évêque l’inspection sur le service divin et sur les mœurs des ecclésiastiques chargés de la garde de la sainte maison, et par établir, à Rome, une Congrégation nommée Congregatio Lauretana, qui dirige en chef cct établissement. Elle est composée en ce moment de neuf cardinaux.

Un vaste palais commencé par Sixte IV, et continué par Clé. ment VIII, mais auquel Benoît XIV a mis la dernière main, est situé tout auprès de l’église cathédrale de Lorette. Le dessin en fut donné par le célèbre Bramante. Il est construit en équerre, et a trois étages et trois rangs de galeries au-dessus du rez-dechaussée. Les pilastres du premier étage sont d'ordre dorique ; ceux du second, ioniques ; ceux du troisième, corinthiens. Ce grand édifice est destiné à recevoir, dans sa vaste enceinte, l’évêque, le gouverneur, les chanoines, les péniteutiers, ete. Il ne paraît pas que les religieux, tenus ici par deux ou trois, pour représenter chacun des différents ordres, y aient des places. Il ÿ à même apparence qu’une partie des chanoines et des pénitenciers aiment mieux demeurer en leur particulier que d’exercer ici la vie commune. Enfin, sil ya un gouverneur, il faut croire qu’il demeure aussi à part, et l’évêque de Québec n’entendit pas même parler de lui.

L’évèque de Lorctte s’est fixé au premier étage du palais, et il s’en faut bien qu’il l’occupe tout entier. Il y a du côté où la vue est plus belle et plus étendue, de grands et magnifiques appartements richement meublés, et tenus en réserve pour le service du Pape, et des souverains qui ont occasion de passer par là et d’y séjourner.

Si l’on en excepte ce palais, qui ferait honneur À la première ville du monde, et la cathédrale, qui n’est pas la moins belle

Vo ——

d'Italie, Lorette ne contient aucun édifice qui vaille la peine d’être considéré, n’ayant nul commerce, mais seulement des vendeurs de crucifix, de médailles et de chapelets, qui poursuivent les gens dans la rue pour leur offrir leur marchandise, et font presque violence pour qu’on l’achète,

Une belle fontaine décore la place qui est au-devant de l’église. Ici, comme à S. Pétrone de Bologne, on peut confronter les heures d'Italie avec les heures astronomiques, par le moyen de deux cadrans placés dans les deux tours de l’église.

L’évêque de Québec, ayant assisté À l'office du matin et du soir, dans cette égiise, où il fut plus édifié da sérieux et de la modestie du clergé de Lorctte, que de son habileté à s’acquitter des cérémonies, se disposa à en partir le lendemain pour continuer sa route.

8.—Il restait 155 milles À faire pour arriver À Rome, c’est-àdire qu'il fallait traverser par une ligne oblique, toute l'Italie, depuis la mer Adriatique, dont Lorette n’est éloignée que de deux milles, jusqu’à celle de Toscane, qui est à 7 milles au delà de Rome.

Dei voulut faire de fortes journées, et, en conséquence, nous fit partir, tout le reste de la route, une où deux heures avant le jour.

Le premier endroit où il s’arrêta, fut la ville de Macerata, dont le saint évêque, ci-devant de la ferveute congrégation des Passionnistes, était absent. Sun âge de 75 ans ne lui fait rien perdre d'un zèle qui ne se borne pas À son diocèse, dont il est le modèle et l’idole, mais s'étend aux églises étrangères, Il était, en ce moment, parti pour une des missions qu'il a coutume de donner, chaque année, tantôt dans un endroit, tantôt dans l’autre.

Nous eûmes le temps de parcourir cette ville, après avoir dîné, à 9 heures du matin, dans une auberge où il ne s’agissait que do déjeuner, mais dont les gens, au lieu du café ou chocolat que nous demandions, nous forcèrent de prendre de la soupe, de la viande de plusieurs sortes, du vin et du dessert, et il en fallut passer par là.

La ville est gai , bien percée, : d'assez belles rucs, des places, des fontaines, un jal2is pour le g uverneur, un autre pour l’évêque, plusieurs maisons religieuses, une collégiale. On y compte 8,000 habitants. La prison, qui est sur une rue passante, soit que les prisonniers soient peu nombreux, soit qu’ils aient défense de crier, est fort paisible, mais différente de celle de Bologne, où les passants sont sans cesse importunés par les vociférations horribles des prisonniers, quise montrent par dizaines, à chaque fenêtre, et font voir, par leurs cris, que si leurs estomacs sont en sonffrance, du moins leurs poumons sont bien conditionnés.

Les Oratoriens ont ici une belle église de S. Philippe de Néri, et une sacristie proportionnellement plus belle. On s'attache beaucoup, en Italie, À la décoration des sacristies. Il n’est pas rare d'y trouver de superbes tableaux. Les fresques dont sont ornées leurs voûtes, étant plus rapprochées de la vue, font, pour l'ordinaire, un meilleur effet que eclles des églises, souvent trop éloignées des yeux pour que l’on en puisse estimer le mérite.

Sous l’église assez vaste de $. Paul, est une chapelle où est réprésenté, dans ses dimensions, le sépulcre de Notre-Sciyneur. Il est environné de lampes, surmonté d’une croix, honoré par une confrérie instituée tout exprès et par le concours et la vénération des fidèles.

Un nobie citoyen de cette ville, nommé Alexandre Marepuschi, y fit construire une élégante chapelle, connue sous le nom de Mater misericordiæ. Elle est séparée d’une autre église par la largeur d’une rue. Ce petit édifice est parfait dans son genre, a une sacristie proportionnée À son besoin, et pour la desserte, un chapelain entretenu aux frais de la fondation, On y montre, sous le grand autel, le corps de S. Prosper, martyr, ou plutôt, ses ossements enfermés dans un corps de cire, habillé en guerrier, et couché dans ce tombeau, de manière À être aperçu ouvertement, lorsque l’on Ôte le devant d’autel. C'est de la même manière que l’on conserve, dans la cathédrale, le corps d’une sainte martyre nommé Hygiate, également placée sous un autel.

Cette cathédrale, plus éclairée que le commun des églises d'Italie, peut-être parce que nous y entrâmes par un beau soleil etaux approches de midi, est sous l’invocation de S. Julien. Nous y assistâmes à ure partie de la messe capitulaire. Le chant était bien exécuté; c’est l’ordinaire de toutes les églises du pays; mais il s’en faut bien que les notes et les airs s'accordent avec les nôtres. Il y a même très peu de rapport entre eux et nous. Il y a done chant grégorien et chant grégorien. Quelques recherches faites dans leurs livres convainquirent l’évêque de Québec de cette différence. Il n’y a pas 100 lieues de distance de Lyon à Turin. Les livres de chant de Turin sont conformes à ceux du reste de l'Italie, mais ne ressemblent nullement À ceux de Lyon, que nous suivons où Canada. L’épître, l’évangile, les collectes se chantent aussi sur un ton différent du nôtre et assurément inférieur.

Quant aux ornements dont on se ser* autour des autels, voici ce qu'il y a de plus remarquable : le suiplis, nommé cotta en latin et en italien, est une espèce de brassière qui ne descend pas jusqu'aux reins et a l’encolure ouverte, de manière À porter moins sur le cou que sur les épaules. Tes manches sont assez larges, mais courtes, relevées et saisies au-dessus des saignées ; les plis sont si fins (et il en est ainsi des aubes) que le vêtement a moins l’air d’être de toile que de bazin, ou de fil tricoté à côtes. Le bonnet carré est une petite calotte courte, étroite, faite d’un curton mince et dont la houppe n’est guère plus grosse qu’un œillet ou une petite rose. Il donne dans un excès opposé aux nôtres, souvent si allongés et chargés de houppes si grosses, qu’on les prendrait pour des bonnets de grenadier, auxquels il ne mauque plus que la devise militaire : nee aspera terrent.

Les amicts sont étroits, mais en revanche d’une longueur à descendre jusqu’au bas des reins. Les aubes ordinairement trop courtes, s'arrêtent à mi-jambe ; leurs manches, au contraire, sont très longues et très étroites ; on les déchire quelquefois avant de réussir à les faire entrer sur les bras. Les manipules sont étroits

A ner renom

RE rene ren eme nerprmrmpe otmeru

et ordinairement :ousus trop haut, pour que le bras y passe librement. Les étoles, également étroites des pattes, sont trop larges du haut, trop courtes, et n’ont jamais de tours de cou, non plus que les chasubles, qui sont molles, sans bougran, et dont la croix, au lieu d’être derrière, est sur le devant, ayant les bras dans la partie de l’ornement la plus étroite et nécessairement cachés, quand le célébrant a les mains jointes. Lorsque la chasuble, s’abattant sur les coudes, était également large devant et derrière, il importait peu que la croix s'y trouvât d’un côté ou de l’autre : mais il n’en est pas ainsi depuis qu’on en a gâté l'ancienne et vénérable forme, sous prétexte de la rendre plus commode. Il était raisonnable que la croix fût fixée sur la partie la plus large, et non sur celle où il est souvent impossible de la bien former ou de l’apercevoir.

Les corporaux ne sont pas différents des nôtres, mais les pales sont sans cartnr, consistant en une double toile, quelquefois

simple, forte : : 1pesée, et néanmoins trop faible pour supporter le voile du quoique très léger, sans fléchir par les quatre

coins. Les bourses sont toutes carrées, trop grandes et ne s’ouvrant qu'avec peine pour recevoir le corporal. Les purificatoires sont si courts, qu’en les pliant en deux, on a peine À atteindre le fond du calice sans les faire disparaître des bords ! Les dalmatiques et tuniques ont les manches cousues tout au long, et non battant, comme les nôtres, sur les épaules. L’orfroi du pluvial ou de la chape va d’un bout À l’autre, sans être interrompu par le chaperon qui ne commence qu’au-dessous, et par conséquent, pend dansle dos d’une manière désagréable. L'officiant qui donne la bénédiction du Saint-Sacrement, ne le fait qu'après avoir pris par-dessus le pluvial, une large et longue écharpe, qui s'attache avec deux rubans sur la poitrine. Les ostensoirs sont surmontés,

1— On voit par cette description que nos ornements et nos linges sacrés

sont bien préférables à ceux de Rome. Je l'ai constaté moi-même bien des fois.

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comme les nôtres, d’un petit crucifix, mais n’ont jamais de couron"e.

En voilà assez sur cet article. Continuons le voyage. Nous passons près de Tolentino, ancien évêché dont le siège a été uni à celui de Macerata. Ce ne fut pas sans regret que l’évêque de Québec se vit privé d'entrer dans cette jolie ville et d’y visiter e tombeau et les reliques de S. Nicolas surnommé Tolentin, dont on y conserve le corps. Mais le soleil baiseait ; nous devions coucher quelques lieues plus loin, et il n’y avait pes de temps à perdre.

Tolentino a acquis de la célébrité par le traité de paix q6 y fut signé au commencement de 1797, entre les Français et les députés du Pape Pie VI, au grand désavantage de ce dernier.

Bonaparte, à la tête d’une armée française, était venu, en 1796, faire la guerre aux Autrichiens en Lombardie, Une lettre du secrétaire d'Etat du Pape à l’empereur, interceptée par ce général, lui donna un prétexte (il ne lui en fallait pas un grand) d’entrer sur les terres de l'Eglise. Un détachement des troupes du Pape ayant osé s’opposer à son entreprise, il les battit et n’en devint que plus déterminé à la poursuivre. Sans éprouver de résistance, il se rendit successivement maître de trois légations, et fit ravage et pillage dans la Marche d’Ancône, comme on l'a vu ci-dessus, ayant bien soin de nourrir son armée par des réquisitions de vivres sur les pays qu’il parcourait. Peu satisfait de ce brigandage, il voulait obtenir du Pape une cession, ca faveur de Ja France, des pays qu’il venait de conquérir, et de plus, rançonner ses Etats du mieux qu’il pourrait. Il feignit done de vouloir marcher sur Rome. Pie VI s’y attendait, mais aimait mieux en courir les risques, que de traiter avec un conquérant dont il connaissait linsatiabilité. Il était donc décidé à se mettre en sûreté loin de sa capitale, sauf à y revenir dane des temps plus heureux, comme avaient souvent fait ses prédécesseurs. Bonaparte apprit cette résolution et en fut singulièrement contrarié, parce que les intérêts de la République exigeaient qu’il retournât dans le Mila-

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nais. Que fait-il ?—Il apprend que le procureur sénéral des Chartreux passait par son camp ct s’en allait À Rome pour les affaires de son ordre. Il le fait appeler, l’argumente, lui persuade qu’il est de la dernière conséquence pour le Pape de traiter prompte nent avec lui, sans quoi il sera obligé de mettre la ville de Rome À feu etàsang. Il détermine ce religeux À mettre sous les yeux du Souverain Pontife les malheurs sans nombre au xquels ses sujets vont être exposés de la part d’une armée victorieuse, dont il sera impossivle de contenir la rage, etc., etc. Le moine arrive à Rome, va droit au Vatican, quoiqu'il fût nuit, apprend que le Pape a résolu de se retirer 4 Bénévent, principauté qui lui appartenait dans le Royaume de Naples, et que tout est préparé pour le départ, qui doit avoir lieu le lendemain, au petit jour. Il se fait conduire immédiatement À l’appartement du Pape, lui rend compte des dispositions du général français. Le Pape, ébranlé par ce discours, convoque, dans la nuit même, un consistoire, et finit par résoudre d'envoyer des plénipotentiaires au conquérant, pour traiter avec lui. Ils étaient quatre : le premier d’entre eux était le cardinal Alessandra Mattei, aujourd’hui doyen du Sacré-Collège. Ils se rendent en diligence à Tolentino, où Bonaparte attendait le succès de l'intrigue dont il avait chargé le chartreux. Il reçut bien les envoyés, leur fit ses propositions, qu’ils ne purent rejeter, quoiqu’ils les trouvassent exorbitantes, parce qu’il avait une armée à ses ordres et que les envoyés n’en avaient pas. Quoiqu’is ne fussent autorisés qu’à céder les deux légations de Bologne et de Ferrare, il les força d’y ajouter celle de Ravenne, ct, sans faire entrer en compte les richesses immenses qu’il avait emportées de Lorette, il stipula que le Pape paierait à la France 30,000,000 francs, moitié en argent, et moitié en bijoux, et lui délivrerait les cent plus beaux tableaux qui existassent À Rome, avec un certain nombre de lustres et de statues antiques. A ces conditions, il s’obligea de ne pas aller plus loin, d’évacuer la marche d’Ancône, et finalement accorda au Pape une paix que la France trouva moyen de rompre, dès l’année suivante, et dont

le résultat final fut l’enlèvement de Pie VI, son emprisonnement à Florence, et son transport en Dauphiné, où il mourut au mois d’août 1799, accablé d’années et abreuvé d’amertumes.

Ayant dépassé Florentino, nous entrâmes, le soir même, dans l’Apennin, et après plusieurs montées et descentes, dans une nuit obscure, nous arrivâmes fort tard à Valcimara, ville ou village bien misérable, dans une méchante auberge dénuée de provisions et encore plus de propreté. Nous en repartîmes trop matin, le mardi, pour prendre aucune information sur la place, d’où nous étions déjà à une lieue, lorsque le soleil se leva.

9.— La partie des monts dans laquelle nous louvoyons, ce matin, ne présente rien que d’assez ennuyeux et sauvage. L’Apennin est beaucoup moins vivant que les Alpes. Les habitations y sont plus clair-semées et les rencontres des voyageurs beaucoup plus rares.

Faute d’avoir trouvé à déjeuner, nous arrivons à jeun, entre 10 et 11 heures du matin, à Saravalla ou Saravalle, autre endroit qu’on appelle ici ville, et qui ne vaut pas un des plus chétifs villages que l’on traverse dans la Savoie. Ce n’est autre chose qu’une rangée de maisons mal bâties, et souvent interrompue, sur le bord d'un petit ruisseau, où l’eau coule à peine. La maison où nous abordâmes était aussi dénuée et un peu plus sale que celle où nous avions passé la nuit. Il fallait prendre des gants pour ouvrir et fermer les portes, sans se salir les mains. Du reste, une bonne grosse femme bien dévote nous informa que le lendemain était dans la paroisse un jeûne d’obligation, pour se préparer à la fête de $S. Martin, patron de l’église paroissiale, En effet, l’évêque ayant fait quelques arpents dans le chemin qui a beaucoup de détours, pour suivre les irrégularités de la montagne au pied de laquelle il est tracé, parvint à une petite église de 8. Martin, où il entendit une messe basse. Comme c’était le dernier jour de l’octave des morts, pour lesquels il y a beaucoup de dévotion en ce pays, la messe fut suivie d’une absoute faite par un petit clergé composé d’un officiant, d’un chantre et d’un porte-

croix, se tenant tous trois d’une manière très édifiante ; car c’est dans ces peti.s endroits que l’on trouve plus communément de la piété.

Dans cette partie de l'Italie, on a la mauvaise pratique de placer les écuries au-dessous des maisons, ce qui ajoute un degré de malpropreté À celle qui y existe déjà.

Nous parvenons À avoir, à midi, un déjeuner dinant, consistant en viande brûlée et en œufs à la coque. Heureusement le vin était bon. Le caqnet de la bonne hôtelière fit une petite diversion. Elle parlait italien ; nous ne l’entendions guère, mais ses gestes expressifs donnaient de la signification à ses paroles. Nous la laissmes fort contente de nous, qui aurions été plus contents d’elle, si ses vitres avaient été moins épaisses, et ses couteaux et serviettes moins enduits de crasse. Cependant ni elle, ni son écuyer ne soupçonnait qu’ils fussent aucunement repréhensibles ÿ sur l’article de la propreté. Il en est de cette qualité, comme de la politesse : chacun croit en avoir une dose suflisante.

Nous continuons la route. Elle nous conduit sur des hauteurs dignes d’être considérées. Malheuieusement ces hauteurs sont voisines des nuages. Nous sommes accueillis d’une pluie froide et épaisse qui dure le reste du jour, oblige de tenir les portières de la voiture strictement fermées, et ne permet de rien voir à travers des vitres couvertes de vapeur, Nous redescendons le même train et avec la même pluie, qui diminue cependant vers le soir. Les jours de cette saison sont trop courts pour la curiosité des voyageurs. Nous arrivons À Foligny, ville florissante, où il y aurait eu À voir plusieurs choses : par exemple, un devant d’autel dans l’église Se Anne, qui passe pour un des plus beaux morceaux de peinture du moude, ouvrage de Raphaël Urbino : la châsse de la Bienheureuse Angèle de Foligny, qui fut un modèle de pauvreté, de souffrances et d’hunulité. Mais comment aller heurter, après soleil couché, à des portes d’églises fermées, sans même savoir où en demeurent les gardiens, qui souvent en sont fort éloignés? Nous trouvons ici une auberge passable, sans être

bonne. Elle est située à l’entrée de la ville. Nous n’en serons que plus à portée du départ.

10.—Le lendemain, nous arrivons à Spolette, vers 9 heures du matin. Le voiturin n’en devant repartir qu’entre onze heures et midi, nous profitons du loisir qu’il nous laisse, pour aller visiter la cathédrale. Elle est au plus haut point de la ville, sans néanmoins être aussi élevée que celle d’Ancône. Ce n’est pas un édifice sans mérite. Outre des mosaïques et de belles peintures dans l’intérieur, elle a, en dehors, l’avantage de donner sur une large rue. Le portail a quelque chose qu’on ne voit nulle part ailleurs, savoir : une chaire à prêcher de chaque côté de la grande porte. En supposant que la seconde “ait été mise que pour faire symétrie avec la première, celle-ci, du moins, devait avoir pour but, ou de donner de là des leçons ou lectures au peuple, ou de faire entendre la parole de Dieu à un plus grand nombre d’auditeurs que n’en pouvait contenir l’église. Aïnsi apprenonsnous que S. Antoine de Pade prêchait souvent dehors, parce que son auditoire, toujours trop nombreux, aurait été privé de l’entendre s’il n’eût prêché que dans une église.

De la cathédrale, l’évêque de Québec passa chez son collègue, l’évêque du lieu qui, à la vérité, ne l’accusa pas de renier Jésus- Christ, parce qu’il ne portait pas le collet italien, mais parut fort mal édifié de ce qu’il avait un chapeau rond, au lieu de lavoir relevé des trois côtés. A entendre le brave prélat, cette forme de chapeau était si essentielle à l’habillement ecclésiastique, que là où elle manquait, tout le reste devait compter pour rien. Il est | vrai qu’en Italie, depuis le plus petit clerc, âgé de 10 à 12 ans, jusqu’au doyen des cardinaux inclusivement, nul ecclésiastique ne manque de porter le chapeau tricornu. Avec cela ‘‘ le petit ! collet et la tonsure, on est en règle. La soutane ne compte pour l rien. Une redingote noire, courte ou longue, veste, bas et culotte | noire : on n’exige rien de plus des clercs, ni des prêtres séculiers.

Dans toutes les sacristies, on trouve, pour la messe, des allumelles ou soutanes sans manches, l’on se contente même de la redingote

Re NOIRS

par-dessous l’aube, pour peu qu’elle approche de la cheville du pied. Du reste, ni À l’autel, ni par la ville, il n’est permis à un ecclésiastique d’êtrs chaussé en bottes, ni de porter un pantalon, ni d’avoir des cordons À ses souliers, au lieu de boucles.

Un ecclésiastique qui va en compagnie ou rend visite à quelque personne de qualité, par exemple à un protecteur, À une dame, à un évêque, à un cardinal, doit quitter la redingote et prendre à sa place un habit noir descendant jusqu'aux genoux, et un petit manteau attaché par derrière, au collet de soie de son habit, et lui tombant dans le dos jusqu’un peu au-dessous du jarret. Avec cela, il est admissible partout. On est si sévère À cet égard, que nul n’oserait se présenter chez des gens respectables dans un autre costume. Ne soyez point scandalisés de ceci, ecclésiastiques canadiens ; examinez bien ce qu’ordonne là-dessus le Concile de Trente, sess. 14, De reform., cap. 6. Item, sess. 23, De reform., cap. 6. — Vous y verrez qu’en assujettisant les ecclésiastiques à porter la tonsure et l’habit clérical, il n’a pas déterminé en quoi consisterait cet habit, mais a laissé ce soin aux évêques. Dans les pays où les ordonnances épiscopales ont décidé que cet habit serait la soutane, comme dans le diocèse de Québec, il n’y a nul doute de l’obligation qu’ont tous les ecclésiastiques de la porter, Il en est de même en France, en Savoie, en Piémont, dans le royaume de Naples. Mais dans les Etats Pontificaux, dans la Lombardie et autres lieux, où l’habit ecclésiastique consiste dans ce que l’on vient de lire, il n’y a nulle obligation de porter la soutane. L'usage est néanmoius d’y assujettir les clercs qui demeurent dans les séminaires. Ceux-là seulement, outre le chapeau tricornu et le petit collet, portent une soutane boutonnée comme les nôtres, mais sans ceinture. Or cette soutane est tantôt noire, tantôt blanche, tantôt violette, suivant les différents séminaires où ils demeurent, Par-dessus la soutane, ils portent toujours, quand ils sortent, une simarre de même couleur, ouverte par devant et sans manches, mais avec deux ailes pendantes, comme les manteaux des Jésuites. Les ecclésiastiques camériers

du Pape, des cardinaux ct des évêques, sont habillés, dans les antichambres où on les trouve, comme les séminaristes, excepté que leurs soutanes ou simares sont d’une couleur vinée. Les camériers des cardinaux assistant leurs maîtres À la chapelle papale ou cardinalice, conservent le même costume. Ceux du Pape prennent, par-dessus, une espèce de redingote rouge, à manches larges, ceinturée, descendant jusqu'aux pieds, et munie d’un <rand capuchon doublé en hermine, pour les uns, en serge rouge, pour les autres, suivant les différentes classes auxquelles ils appartiennent.

Les évêques et cardinaux, dans leurs maisons, ont pour habit ordinaire une espè. le simarre où robe de chambre de drap noir, avec un larg. c:'}.t qui leur descend jusqu'aux saignées, et a, de chaque côté, des boutons et boutonnières, en sorte que l’on croirait que ce sont des secondes manches plus sourtes que celles de dessous. Cette simarre est boutonnée jusqu'aux genoux et laisse apercevoir les bas qui sont toujours de soie violette pour les évêques, et de soie rouge pour les cardinaux. La simarre des cardinaux est aussi bordée en rouge, au lieu que celle des évêques est toute noire. Ni les uns ni les autre: ne portent de ceinture sur cette espèce de robe, avec laquelle ils célèbrent la messe, dans leurs chapelles domestiques. Ils portent habituellement la croix pectorale attachée à un cordon, avec un gland pendant dans le dos. Les cardinaux qui ne sont pas évêques, ne portent pas la croix, mais tous portent l’anneau.

Si un cardinal ou un évêque doit sortir, même en voiture, pour aller en promenade ou pour rendre une visite, soit à des séculiers, soit à une maison religieuse, la première chose qu’il fait est de quitter la simarre et de prendre l’habit court, par-dessus lequel il met la croix suspendue à son cordon, s’il a le droit de la porter. Cet habit court ou bourgeois est tout noir pour les évêques ; les cardinaux le portent doublée de rouge. Le petit manteau de soie l'accompagne toujours. Le chapeau est noir, entouré d’un ruban vert et d’une grosse rosette pour les: “ques. Le ruban et la

rosette du chapeau des cardinaux sont d’or. La soutane ne se met que pour le grand appareil, comme pour aller chez le Pape Où pour assister À quelque oflice public de l'Eglise. La suite de ce journal donnera lieu de revenir sur l’article du costume ecclésiastique,

À ix question près qui s’éleva entre les évêques de Spolette et de Québec, sur ce point de discipline, ils se virent fort amicalement.

Le duché de Kpolette est l’ancienne province d’Ombrie, Umbria. Son voisinage est remarquable par un pont que soutiennent un grand nombre d’arches très étroites, auquel on donne 300 pieds de long et 900 de hauteur. Nous essayÂmes inutilement à l’apercevoir de la ville. Il aurait fallu l'aller chercher À une demi-lieuc, et nous n’en avions pas le temps. Sa destination principale, comme celle de plusicurs autres en Italie, est de contenir nn aqueduc pour fournir la ville d’eau. Il en fut de même du palais de Théodose, des restes d’un théâtre et d’un amphi- ‘héâtre que ne manquent pas de voir ceux qui parcourent ce Pays par curiosité. Mais quand on n’y est conduit que par des affaires, et que l’on a À cœur d’en accélérer la conclusion, on sait se priver de la vue de tous les objets que l’on ne peut atteindre sans allonger sa route, et cette privation se fait sans grand effort,

De Spolette, nous allämes coucher à Terni, autre ville épiscopale, ayant pour premier pasteur M°° Chs Bénigni, âgé de 75 ans, vieillard plein de douceur et de modestie. Après lui avoir rendu visite, l’évêque de Québec entra à la cathédrale, mais À nuit fermée, et en sortit sans y avoir rien vu. Cette ville paraît remarquable par la manière dont les rues y sont percées, par la qualité de ses édifices, par la gaieté de ses habitants occupés, en ce moment, à la construction d’un théâtre, et s’amusant, en attendant, À voir jouer des marionnettes dans la place publique.

On parle beaucoup d’une cascade, la plus grande d’Italie, située à quelques milles d'ici. mais peu capable d’exciter la curiosité, quand on a vu celle de Niagara et de Montmorency.

11.—Le lendemain, au petit jour, ayant déjà fait deux lieues, nous nous trouvons au milieu d’une méchante ville, sale, pauvre, remplie de hautes muisons très mal bâties sur des rues raboteuses, et si étroites, que la voiture a de la peine à y passer, sans heurter les maisons, avec les deux bouts de son grand essieu. C’est Narni, l’ancienne Interamna des Romains, ainsi nommée parce qu'elle est située sur une montagne qui sépare en deux branches la rivière de era. Nous parvenons À une place sur laquelle plusieurs habitants étaient occupés à abreuver leurs ânes autour d’une fontaine. Nous cherchons à déjeuner : on nous oftre des châtaignes ; nous demandons du café: il y en a, mais il faut le prendre à l’eau. Point de lait dans cette ville, ni dans celles qui nous restent À traverser d'ici À Rome, ni dans les campagnes qui environnent. Les vaches de ce pays sont attelées l’automne et labourent avec les bœufs. Cet assujettissement les fait tarir.

Nous passons outre, sans regretter la ville que nous laissions, mais pour tomber bientôt de mal en pire, dans Otricoli qui, par sa position et sa construction, a beaucoup plus l’'uir d’une prison que d’une ville. Nous en faisons le demi-tour, à pied, dans la fange, pendant que l’on faisait dîner nos mulets proportionnellement mieux traités que nous; car ils avaient ici leurs aliments ordinaires, ct nous n’y trouvions pas les nôtres. Ce qui nous parut le plus singulier, fut d’apercevoir un jeune dessinateur anglais, occupé de tirer la vue d’Otrivoli, d’un point d’élévation où il s'était placé. Si cette vue mérite d’être gravée, on peut livrer au burin tous les endroits du monde.

Pour peu que l’on examine la nature des édifices, en Italie, tous en pierres ou en briques, couverts de tuiles, n’ayant de bois que dans les portes et les fenêtres, avec des poutres revêtues de pavés à chaque étage, on ne doit pas être surpris du peu d’incendies qui ont lieu dans ce pays, et i’on conçoit à peine qu’il ait pu y en avoir autrefois de considérables à Rome, ce qui reste des anciens édifices faisant voir qu’on n’y admettait pas plus de bois que dans les constructions modernes. Les papiers de France

annoncent tous les jours que la famille royale a donné des sommes considérables pour la réparation tantôt d’un village et tantôt d’un autre, affigés par des incendies. Si au lieu de ces sommes qui, dans le cours d’une année, s'élèvent à un montant consiuérable, cette famille faisait présent de dix mille tuiles À chaque village où le feu n’est pas encore passé, elle les conserverait, et s’épargnerait une dépense qui est sans cesse à recommencer.

Ce n’est qu’à travers toutes les inégalités des Apennins, et après avoir mis plusieurs fois des bœufs sur la voiture, pour suppléer à l'insuffisance des mulets, dans la montée des côtes, les plus raides que nous avions louvoyés depuis deux jours dans ces ennuyeuses montagnes, où il y a peu de champs cultivés, où les oliviers sont sauvages. où la vue n’est récréée que par de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons. Nous arrivons enfin À une région plus unie, nous traversons pour la première fois le Tibre, sur un pont nommé Ponte Felice, ouvrage de Sixte V, réparé par Urbain VIII, et orné d'inscriptions en l’honneur de ces deux Pontifes. Nous laissons À droite Civita-Castelluna, place forte, élevée sur un rocher inaccessible, C’est l’ancien Fescennium, capitale des Falisques, contre lesquels la République Romaine eut tant À lutter, avant de les soumettre.

Parvenus à la plaine, les voyageurs se flattent de trouver une campagne cultivée et riante. Point du tout. C’est une friche À perte de vue. En approchant de Népi, ville où nous devions coucher, on laisse À main droite, une longue suite d’arcades supportant l’aqueduc qui donne de l’eau à cette ville. Nous y arrivons à la pluie, et y trouvons l’auberge la plus mal montée que nous eussions vue de la route. Voulant profiter du peu de jour qui restait pour adorer le Saint-Sacrement, nous traversons une place et parvenons À une église tenue par des religieux Augustins. Un frère, sur le point de fermer la porte, attend patiemment que nous eussions satisfait notre dévotion, puis nous remercie comme des gens qui lui auraient rendu service. L'auberge est si misérable, qu'avec peine obtenons-nous, à 9 heures du soir, la moitié de ce

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qu'il aurait fallu pour une réfection raisonnable. Le terme du voyage dédommagera peut-être des contrariétés de la route. Il ne reste plus que 30 milles à faire pour arriver à Rome. Les approches de cette fameuse ville seront apparemment des vergers, des châteaux, des campagnes bien cultivées et riantes. Ainsi s'amusent dans leur imagination, ceux qui n’y sont jamais allés. Mais ils se trompent. Dans toute cette distance, il n’y a pas un arbre, pas un champ tant soit peu soigné, pas même une habitation, si ce n’est quelques maisons éparses que l’on aperçoit à une très longue distance, hors de deux maigres villages, par lesquels on passe successivement. Cette partie du patrimoine de 8. Pierre est une vraie Thébaïde, une route triste et dégoûtante par son entière solitude. On croit approcher du bout du monde plutôt que de la grande cité qui, depuis longtemps, en est regardée comme le centre.

Nous passons, pour la seconde fois, le Tibre, sur l’ancien Pont Milvius, rebâti par Sixte V et présentement nommé Ponte Mole. À un mille de Rome, se présente une espèce de faubourg, à travers lequel passe la Via Flaminia, que nous suivons depuis le matin. Ce faubourg n’est pas garni de maisons, comme il serait naturel de s’y attendre, mais on marche entre deux murs de quinze pieds de haut, servant de clôture à de grandes propriétés qui occupent le voisinage de la ville. Des palais, situés au milieu de ces vastes possessions, ne sont pas visibles pour les passants, si ce n’est à travers quelques portes cochères en claire-voie. Il en est de même des autres avenues de la ville. On arrive donc dessus sans l’apercevoir. Nous y entrons par la porte nommée présentement del popolo, autrefvis porta Flaminia, d’une superbe architecture. Là se présente d’abord la place du peuple piazza del popolo, ornée d’une fontuine, d’un obélisque, de deux chapelles, d’une église et d’un monastère d’Augustins. La garde nous envoie à la douane, ancien temple d’Antonin le Pieux, dont les colonnes encore subsistantes tom} --aient sur les passants, si elles n'étaient cerclées de fer. Au re’. 4e là, nous gagnons la place d’Espagne,

Piazza di Spagna. Elle est sarnommée par ses belles et grandes hôtelleries. Nous nous logeons provisoirement dans celle de la Grande Bretagne, ayant pour maître le nommé Gerni, C’est sans contredit la meilleure que nous ayons rencontrée depuis le départ de Québec; mais elle est trop chère pour que l’on y tienne longtemps. Quatre jours que nous Y passons nous coutent 22 biastres. Ayant environ trois mois à demeurer À Rome, il était plus économique de prendre un loyer et de pourvoir nous-mêmes À notre nourriture, Nous en trouvons un en face du Palais Piombino, chez un courrier du Pape, nommé Angelo Comparozzi. Quatre appartements à 35 piastres par mois nous sont donnés au second étage, tout meublés, et la famille se charge de faire notre ordinaire à unprix modé { Nous payons à part ce qu’il faut acheter.

L'évêque de Québec fut redevable de ce logement et de plusieurs autres services essentiels pour des voyageurs, au zèle empressé de l’abbé Ferrucci, auquel il avait apporté, sans le savoir, des lettres de recommandation de la part du marquis de Montmorency, ami de cet abbé, avec lequel il avait fait connaissance à Paris.

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