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on a le désagrément de n’y aperrevoir que quelques petits vaisseaux, tant il y a peu de commerce dans cette partie de l'Europe.
En peu d’heures, on pourrait aisément dresser une batterie sur la digue, et faire respecter ce port À toute puissance qui s’en approcherait avec des intentions hostiles, Il fut un temps où l’on avait lieu de craindre les incursions des Tures, et c’est sans doute pour cette raison, que l’on avait muni de fortifications toutes les places, tant du Royaume de Naples que de l'Etat Pontifical, qui bordent Adriatique. Depuis que cette nation a perdu son ancien esprit de conquête, on se contente de maintenir assez négligemment les anciennes fortifications sans en ajouter de nouvelles,
6.— Nous couchâmes À Ancône, et comme la journée du lendemain ne devait être que de 6 à 7 licues, nous prîmes le temps, avant de partir, d’aller visiter lu cathédrale, dont l’évêque (le cardinal Riganti) était absent pour cause de maladie.
Cette église est située sur le plus haut point de la ville, environ 600 pieds au-dessus du nivean de la mer. On y monte par des rues très raides, dont quelques-unes ont des degrés comme de grands escaliers. De cette hauteur, la vue est très belle et s'étend fort loin, mais non assez pour apercev ir la terre de la Dalmatie, parce que le golfe de Venise a près de trente lieues de largeur entre cette terre et celle d'Italie.
Il était sévèrement défendu aux Juifs de fréquenter les hautslieux, parce qu’à l’exemple des païens, ils s’y livraient au culte des fausses divinités. Depuis que le christianisme a répandu la connaissance du vrai Dieu par toute la terre, et que les peuples ont reconnu les extravagances de l’idolâtrie, il w’y à plus de raison de maintenir cette défense. Il est même remarquable qu’en beaucoup d’endroits, les chrétiens préfèrent les lieux élevés pour y construire leurs églises, comme plus propres À porter leurs pensées et leurs affections vers le ciel. Dans presque toute l’Europe, les églises les plus dévotes et les plus recherchées sont celles qui sont construites sur des hauteurs. Eli a autre avantage ; c’est que les personnes qui s’y rendent . tr adorer Dieu, y trou-
vent du silence et de la solitude plus aisément que dans les endroits unis et conséquemment plus fréquentés,
Celle d'Ancône est moins remarquable sa construction, qui n’a rien d’extraordinaire, que par le petit tableau de la Ste-
Vierge qui est au-dessus d’un des autels les plus apparents de | ‘glise. Î armée française menaçait la ville en 1796. Une foule de peup'- se rendait tous les soirs À la cathédrale, et prosternée devant cette image, suppliait la mère de Dieu d’obtenir que les habitants fussent préservés par son intercession, des maux qui les menaçaient. Un soir, l’image remua les yeux assez longtemps et assez distinctement, pour que tous les assistants en eussent connaissance. Plus de 40 témoins ont rapporté uniformément cette merveille. Depuis ce temps, l’image est en une singulière vénération. Le Souverain Pontife, passant par Ancône, a voulu, comme beaucoup d’autres, avoir la consolation de célébrer la sainte messe à l’autel où elle est conservée.
Lorsque l’évêque de Québec entra pour la voir, il la trouva couverte, et ce qui le contraria davantage, c’est que le enapitre chantait à cet autel une messe qui n’était encore qu’à l’offertoire. Il passe à la sacristie, y trou e de jeunes clercs fort aimables, qui pour le dédominager, le conduisent avec plus &c prévenance et d’h npeur qu’on en devait attendre de leur âge, dans une chapelle souterraine vraiment digne d’être vue, et par la richesse avec laquelle sont décorés ses trcis autels, où le marbre de toute espèce a, pour ainsi dire, été prodigué, et pour les précieux corps de quatre saints qui y sont conservés dans de magnifiques urnes, savoir : Cyriaque, Marcellin, Libère et Antoine de Fatulis.
Nous remontons à l’église. La messe arnizait à l'élévation. L’évêque était résolu d’attendre qu’elle fût finie pourvoir l’image miraculeuse. Mais que font ces jeunes clercs? L'un denx passe derrière l’autel et fait tomber le voile de dessus l’image ; l’autre, sans faire plus de bruit, entre au chœur, dit tout bas à l’un des chanoines de quoi il était question. Celui-ci vient presser l’évêque de s’approcher pour considérer l’image ; mais il se garda bien de
le faire dans un moment de la messe aussi précieux, se contenta de la voir de la place où il était, et se retira promptement, r-«r ne point causer de distraction aux fidèles assez nombreux , à assistaient À la grand’messe. Cette image est un tableau de 24 à 30 pouces de hauteur, où la Ste-Vierge est représentée tenant l'Enfant Jésus. Il ne mériterait aucune attention particulière, s'il n’avait 6té l'instrument du miracle rapporté ci-dessus,
Les cloches de la cathédrale d’Ancône sont placées dans une tour entièrement séparée de l’église, dont elle est éloignée de plus de 25 pieds ; et il faut avouer que cette idée n’est pas mauvaise, lorsqu’il n’y a qu’une seule tour et qu’on ne veut pas la placer au milieu. Il y a peu d'articles sur lesquels il y ait autant de variété, en Europe, que sur la manière de placer les cloches et les clochers. Beaucoup d’églises ont des clochers si petits ou si dérobés, que l’on entend sonner leurs cloches sans qu’il soit possible d’apercevoir où elles sont. Quant À l'Italie, voici ce qu'il y a de plus commun dans toutes les églises. Elles sont construites en briques et ont leurs murs revêtus de pierres de taille e:. Iehors, et de marbre massif ou pulvérisé, mais très bien étendu, en dedans, de manière qu’il équivaut au marbre massif et souvent le surpasse par l’habileté avec laquelle il est mêlé. A défaut de marbre, on enduit l’intéricur des églises de stuc ou de plâtre, et on le peint en marbre, si luisant ct si naturel qu’il est aisé de s’y tromper.
Les églises sont faites en croix, et les chapelles principales ont des autels qui se font face l’une À l’autre. C’est À l’un de ces autels que ie Saint-Sacrement est ordinairement conservé, et non au grand. Dans les églises un peu étendues, ces deux premières chapelles sont fort richement ornées et souvent le disputent au maître-autel. Outre cela, il y a de chaque côté, depuis les premières chapelles jusqu’au mur du portail, autant d’autels en face les uns des autres, que la longueur de l’église en peut porter. Il faut qu’elle soit bien petite, si elle n’a pas quatre autels, outre le principal. Ces autels sont adossés aux murs des longs pans, et ont pour ouverture, sur la nef, une arcade qui laisse À chacune de ces petites chapelles huit pieds de profondeur sur douze de
large. Ces arcades continuées depuis le bas de l’église jusqu’à la rencontre de la croix ou de la croisée où sont les deux chapelles principales, lui donnent beaucoup de grâce. Chaque autel est surmonté d’un tableau ou d’une statue, quelquefois d’un grand crucifix. Au-dessus des tableaux ou de ce qui en tient place, il y a un châssis en éventail qui, pour l’ordinaire, donne fort peu de lumière.
Les églises assez riches pouravoir un portail en travertin (et ils sont, pour l’ordinaire, d’une très belle architectu re), le sont communément assez pour avoir aussi un pavé de marbre, soit en parquet, soit en assemblage de différentes couleurs et qualités, où l’on voit des fleurs, de grands soleils, des croix de Malte, etc. Les églises plus pauvres sont pavées en briques. Mais si l’on y a enterré quelque personne considérable, il y a toujours son épitaphe sur une table de marbre, à l’effleurement du plancher, Quelquefois il y aune suite de tables de marbre et d'épitaphes depuis la grande porte d’entrée jusqu’au balustre et souvent dans d’autres parties, de
-sorte que telle église trop pauvre pour se procurer d’abord un pavé de marbre, parvient graduellement à lavoir, à force de tombeaux et d’épitaphes. Quelquefois un portail tout en briques attire l’attention par l’habileté avec laquelle on les accommode aux règles de l’architecture. Colonnades de brique, corniches, frises, entablements, attiques de briques ne sont pas sans exemple,
Les voûtes qui couvrent les églises sont régulièrement faites de briques, revêtues en dedans d’un enduit de plâtre ou de stuc, et couvertes en dehors d'une légère charpente surmontée de tuiles convexes en forme de gaufres. L'intérieur des voûtes est rarement uni. Le plus souvent, elles sont divisées en panneaux, dont les moulures sont dorées et l’intérieur orné de peintures à fresques, si les panneaux sont grands, et de fleurs aussi dorées, si les panneaux sont petits. C’est la même chose, lorsqu'au lieu d’une voûte, il y a un plafond, ce qui est rare.
Les fenêtres sont régulièrement placées au-dessus du carré et dans la couverture ; pratique qui rend les églises sombres À n’y pouvoir lire, pour peu que le ciel soit couvert de nuages ; car,
outre que la lumière que l’on tire des éventaile placés au-dessus des petits autcls, est très peu de chose, il y en a beaucoup où ces petits éventails n’ont pas même licu, C’est l’idée générale du Pays que l’obscurité d’une église excite au recueillement. Ce système est porté si loin, qu'au moment où le ser10on commence, on la rend encore plus obscure, en tirant des rideaux sur toutes les fenêtres. Que dirait-on ici de nos églises percées de fenêtres tout à l’entour, comme des lanternes ?
De la croisée de l’église, s'élève généralement un dôme de briques, dont la charpente, s’il y en a une, est cachée dans l'épaisseur du mur. Ce dôme porte sur les quatre coins de la croisée, s'élève plus où moins selon le diamètre de sa base, est terminé par une lanterne environnée de châssis, et surmonté d’une croix, dont le pied porte souvent sur un nuage ou sur un groupe d’où elle sort avec beaucoup d'avantage. Le dessus de ce dôme est communément couvert de plaques de plomb, et le dedans orné de fresques représentant divers sujets de piété, plus ordinairement le triomphe des anges ct des saints en paradis. Aux quatre coins de la croisée, sont représentés autant d’anges d’une grande taille qui semblent soutenir le dôme ; quelquefois, au lieu d’anges, les quatre Evangélistes ou les quatre Docteurs de l'Eglise Jatine.
Ce ne sont pas seulement les églises qui sont voûtées, Les sacristies le sont aussi tout entières, et qui dit ici une sacristie entière, dit une suite de pièces où d'appartements qui s’enfilent les uns les autres et disputent ensemble de bon goût et d’élé. gance, Ces sacristics ont des portes de communication avec la nef et avec le chœur, des deux côtés de l’autel ; mais jamais dans le rond-point, C’est là la place du chœur,
Il est rare que le balustre et le pavé du chœur ne soient pas entièrement de marbre, Aussi ne fait-on point usage de tapis, si ce n’est extraordinairement, par exemple, lorsque le Saint-Sacroment est exposé, Ces tapis sont de drap tout uni, et quand même ils seraient des plus belles manufactures de Bruxelles ou de Turquie, ils seraient encore moine précieux que le pavé qu'ils couvrent.
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Les confessionnaux n’ont que de petites portes, à hauteur d'appui, et comme il n’y a ni rideaux ni panneaux au-dessus, le confesseur est entièrement en vue. Les grilles ne ferment pas par des tirettes, mais par de petits volets. Du reste, les confessionvaux sont de même grandeur que les nôtres, et n’en diffèrent pas essentiellement quant à la forme.
La chaire à prêcher est plus large qu’en France et en Canada, sans être plus profonde. Il cest rare qu’elle soit ornée de sculptures. Elle est ordinairement de forme carrée. Le prédicateur y va ct vient, et d’un angle à l’autre, ce qui donne plus de vie à son action. Nulle chaire qui ne soit ornée d’un grand crucifix posé sur le bord le plus voisin de l’autel, et ayant la face tournée vers le peuple.
A l’autel où l’on donne la communion, le balustre est couvert de damas de soie cramoisie, pendant des deux côtés et garni de frauges de même couleur. La nappe de communion s’étend pardessus cette étofte.
Les autels sont ordinairement de marbre diversifié et de forme carrée. Rien de plus rare dans les églises d’Italice, surtout dans celles de la ville de Rome, que ce que nous appelons autels à la romaine. On n’en trouve guère que dans les chapelles domestiques. Quant aux églises, le cas À peu près unique où un autel n’est pas carré et plein, est celui où l’on a quelque saint corps à y déposer. Alors l’autel consiste en une table de marbre supportée par qua re pieds, et dans le vide est déposée une urne de même matière, quelquefois de pierre plus précieuse, telle que jaspe ou porphyre, qui contient les reliques du saint.
Les autels n’ont pas de tabernacles, mais un gradin à deux degrés, quelquefois À trois, surmonté d’une niche soutenue par six ou huit colonnes proportionnées à la grandeur de l’autel. Le gradin est de même matière que l’autel, et l’excède par les deux extrémités (qui reviennent en arc de chaque côté) de 18 pouces et quelquefvis de deux pieds. Les moulures, feuillages et autres ornements de l’autel, aussi bion que du gradin et de la niche,