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Journal d'un voyage en Normandie, 1819. Publié

Hector-F.-J. Estrup dont on présente ici au public français le journal d'un voyage dans la Normandie en 1819, est né le 5 janvier 1794 à Randers (Jutland) où son père Magister P. Estrup, théologien et philologue, était alors principal du collège.

H. Estrup fréquenta ce collège depuis 1804 jusqu'en 1810 où il fut reçu bachelier; il partit pour l'Université de Copenhague et passa l'année suivante l'examen philologique-philosophique avec la note supérieure. 1814 il fut récompensé par la médaille d'or de l'Université d'un traité sur la «Servitude parmi les anciens Scandinaves"; 1815 il obtint la licence en théologie avec la note: Laudabilis et quidem imprimis egregie; et 1817 il passa son doctorat en philosophie après avoir soutenu à l'Université de Copenhague la thèse suivante: Idea hierarchiœ Romanx qualis seculo XIII in Scandinauia prxsertim exstiterit etc. Les années de 1817—1820 se passèrent en voyages à travers l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, la Suisse et la France; de retour il fit pendant une année des cours à l'Université de Copenhague, mais, nommé 1822 lecteur de géographie, d'histoire et de statistique à l'Académie et l'Institution de Soro, il se fixa dans cette petite ville de Seeland où il demeurait 15 ans, d'abord comme lecteur et depuis 1831 en qualité de directeur de cette Académie.

1837 Estrup donna sa démission, principalement à cause de sa mauvaise santé et fut nommé en même temps conseiller d'État; il s'installa alors dans le vieux château de Kongsdal, situé près de Soro qu'il avait acheté déjà en 1835; et vécut là jusqu'à sa mort \e 29. décembre 1846. Des devoirs de grand propriétaire, des recherches et des travaux historiques et la participation à la vie politique en qualité de membre des États remplissaient les dernières neuf années de sa vie.

Le savoir d'Estrup était étendu; ses ouvrages imprimés (dont la plupart se trouvent dans ses «Œuvres complètes" éd. 1851), les manuscrits pour ses cours, ses journaux et lettres attestent son érudition, car ces travaux embrassent non seulement l'histoire de bien des pays différents, — et leur histoire de tous les âges, — mais encore les branches multiples de la recherche historique: histoire topographique, politique, statistique, d'économie, du droit etc.

Tout en s'intéressant à ces études diverses, il faut dire que son intérêt et son amour se concentraient surtout à l'histoire de sa patrie; aussi pendant les années de voyage 1817 — 1820 où il visitait les bibliothèques et archives de Dresde, Vienne, Venise, Rome et Paris, son but principal était de découvrir là, — p. ex. dans les rapports d'ambassadeurs, les descriptions de voyage etc. (voies et moyens peu employés alors par les savants danois) des documents ayant de l'importance pour l'histoire du Danemark.

Cependant Estrup ne négligeait pas l'histoire des autres pays. En 1818 il découvrit chez un libraire à Rome un manuscrit (un cahier in-4") et en fit l'acquisition. Ce document contenait la relation du légat Onufrius sur les affaires de Liège 1468 et Estrup publia

en 1828, dans les «Annales historiques, littéraires et artistiques du Nord" t. II un travail, basé sur* la relation du légat.

Ce travail traduit du danois parut en Liège 1881 in-8° sous le titre: «Liégeois et Bourguignons en 1468, étude historique de M. le Dr. H.-F.-J. Estrup conseillei d'État à Copenhague, d'après les rapports du légat Onufrius, traduction du danois avec une introduction par S. Bormans."

Le manuscrit même fut publié à Bruxelles 1885 avec une introduction et des notes par M. S. Bormans sous le titre: «Mémoire du Légat Onufrius sur les affaires de Liège (1468)."

Mais Estrup n'était pas un savant aride, senfermant sur ses livres; en même temps qu'il poursuivait son but par des études et trouvait le loisir, non seulement d'aller dans le monde et de se cultiver l'esprit par des visites dans les musées et les collections d'art à l'étranger, il ne' négligeait point de faire à pied ou autrement des excursions dans les contrées où les peuples du Nord s'étaient établis jadis et avaient contribué à créer l'histoire du pays, pour retrouver (dans les physionomies, les mœurs, les noms de la population actuelle) les traces des faits et gestes de ses compatriotes. La clarté et la jeunesse de son œil, toujours bienveillant, l'aidait à tout observer et il notait soigneusement ses observations sur son journal qui devait lui servir plus tard de base pour plusieurs mémoires (p. ex. «Une journée de voyage dans les montagnes de Vérone** où il cherchait les prétendus descendants des anciens Cimbres).

Estrup arriva à Paris en avril 1819 et y resta une dizaine de mois. Comme d'habitude il fréquentait les bibliothèques et les archives; on lui avait accordé

avec beaucoup de bienveillance la permission d'étudier dans la Bibliothèque royale et celle de Monsieur, mais il regrette beaucoup qu'on n'ait pas tenu une promesse d'admission aux Archives de l'État.

Ces études portaient leurs fruits dans le traité: „Piècés relatives à l'histoire des relations politiques de la France, du Danemark et de la Suède 1663 et 1689" (imprimé 1823) et en de nombreuses notes sur l'histoire de la Normandie.

Mais, comme il est dit plus haut, Estrup ne se contentait pas de s'occuper de l'histoire de la Normandie sur la seule base de pareilles recherches; il voulait voir et examiner lui-même le pays en question, aussi parcourait-il la Normandie depuis le 28 septembre jusqu'au 14 octobre 1819. Les résultats de ce voyage ajoutés à ses études furent: I) «Pérégrinations dans le Pays de Caux", conununiquées dans: „Nyerup: Magasin d'Impressions de voyage" t. II p. 193 sqq., II) „Notes pendant un Voyage en Normandie, l'automne 1819", imp. 1821, réimp. 1851 dans les «Œuvres complètes", III) «Pièces relatives à l'histoire de la Civilisation de la Normandie depuis le W^^^ jusqu'au 13»^™® siècle", parues dans les publications de la «Société littéraire de la Scandinavie", t. XVII p. 285 sqq. et réimp. 1851 dans les «Œuvres complètes".

Depuis le temps d'Estrup bien des savants, tant français que danois ont étudié l'histoire de la Normandie; on a creusé les sources où Estrup puisait et découvert de nouvelles; par conséquent, lorsque j'ai eu l'idée de publier à-propos du Millénaire de la Normandie un des ouvrages de mon grand-père, je n'ai pas eu la pensée que ces brochures presque centenaires pussent apporter du nouveau dans la discussion sur l'histoire de la Normandie; mais j'ai voulu à cette occasion solennelle of-

frir aux Normands qui partagent avec nous une glorieuse ascendance, un souvenir d'un des premiers, sinon le premier des savants danois, ayant parcouru la belle Normandie avec le but d'y chercher les traces de cette parenté. J'ai choisi ce journal de voyage au lieu de traduire et de publier un des ouvrages imprimés, nommés ci-dessus, d'abord parce que ces œuvres sont déjà accessibles au public et puis parce que le journal, tout en contenant moins de matière positivement historique que les livres dont il a servi de base, me semble dessiner un portrait plus intime de mon aïeul.

Le journal qui est en ma possession, se compose de 50 pages, couvertes de l'écriture fine et ferme d'Estrup, les nombreuses notes marginales et autres annotations plus loin dans le cahier contiennent en partie des remarques, se joignant étroitement au texte et écrites très-peu de temps après le journal, probablement pendant le voyage; en partie des notes historiques qui semblent ajoutées par Estrup à son retour à Paris. J'ai inséré presque toutes les notes en les mettant en place de mon mieux; mes notes sont en crochets.

Pour cette partie de l'ouvrage conrnie pour tout le travail éditorial je demande l'indulgence de mes lecteurs en leur rappellant le vieil adage: ut desint vires etc.

Skafogaard, Mai 1911.

J. Estrup.

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