TOMBEAUX DES ROIS ET DES JUGES
Le 16, nous profitâmes d'une belle journée pour visiter les tombeaux des Rois, situés au nord de la cité, à un mille environ de la porte de Damas. Au fond d'une assez vaste cour taillée dans le rocher, on entre sous un large porche, au-dessus duquel règne un bandeau où sont sculptés des triglyphes et des métopes , ces dernières représentant des grappes de raisin , des couronnes, des bouquets de palmes, et, je crois, des pommes de pin (N"* 93). Il m*a semblé reconnaître
aussi la trace de deux piliers, qui jadis soutenaient la voûte. Une porte basse , presque entièrement enterrée, laisse à peine Fouverture nécessaire pour s'introduire dans des salles que nous parcourûmes , et dont M. de Chateaubriand donne une description si exacte que je ne pourrais que la copier. La plus complète incertitude règne, non sur la destination de ces chambres souterraines , mais sur les cendres plus ou moins illustres qui y furent déposées. Depuis que j'en ai visité de semblables en Egypte , dont l'antiquité n'est pas contestée , je ne vois pas pourquoi on attribuerait à celles-ci une date plus récente, et rien ne me démontre que nous n'ayons pas en ce moment sous nos yeux un monument vraiment judaïque.
Le lendemain, par le même chemin, nous fûmes à la nécropole des Juges, un mille environ plus loin que celle des Rois. Nous examinâmes attentivement le dernier de ces sépulcres : c'est un grand rocher dont la face, du côté du chemin, est aplanie, et dans lequel on a creusé carrément , comme au tombeau des Rois, une voûte surmontée d'un fronton.omé de feuillages délicatement sculptés (N® 94). Au fond , une petite porte donne accès dans un vestibule qui communique avec quatre chambres ; dans la première à droite, on trouve neuf sépulcres ; dans celle en face, vingt et un sur deux rangs; les deux autres portes placées dans des angles, con-
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duisent, par quelques degrés , l'une à un caveau vide, l'autre à une petite antichambre où il y a trois sépulcres , puis à une chambre plus basse qui en renferme treize. Vingt et une cases sont ménagées dans le mur à gauche de la première salle, que j'ai appelée vestibule, et forment comme les rayons d*une bibliothèque. En tout, j'ai compté soixante-sept sépultures dans ce même rocher. Je les énumère avec quelque détail , parce que M. de Chateaubriand n'en parle point. En revenant sur nos pas , nous vîmes d'autres tombeaux : un d'aboi^ , dont on a fait une citerne, puis plusieurs avec de grandes portes carrées et des vestibules; quelques stalactites ont filtré à travers la roche calcaire dans laquelle ces sépulcres sont creusés. Des Arabes remarquèrent que nous dessinions y et nous dirent : « Vous venez mesurer notre pays, pour ensuite vous en emparer. » Ces gens voient avec méfiance des Francs pénétrer dans l'intérieur des terres , et sont surtout blessés de leur admission dans les armées égyptiennes.
La grotte de Jérémie ( N*» 95 ) , située en face des murs de la ville , entre la porte de Damas et celle d'Hérode, a dû étreprimitivementune carrière; on croit qu'elle servit d'habitation au prophète, et qu'il y écrivit ses éloquentes lamentations, fi Comment cette ville (c si pleine de peuple est elle maintenant solitaire? La « reine des nations est veuve. 0 vous qui passez par « le chemin, considérez et voyez s'il y a une dou-
u leur semblable à la mienne. » Cette grotte est encore aujourd'hui habitée par un saint, mais un saint turc, auquel on peut dire, avec celui dont il a pris la place : a Les prophètes actuels de Jérusalemi i€ n'ont pas reçu de visions du Seigneur. »