PREFACE
Ce journal serait protMiblement resté dans son premier état de feuilles volantes , sans le hasard qu'il courut le 22 juin I8vl7. Il 6t naufrage dans le Danube , au fond duquel je fus bien près de le suivre. Je l'emportais à Vienne, et je venais de m'embarquer à Ratisbonne. Entraînés par la rapidité du courant > nous frappAmes contre le pont de bois de Daunastaf , en face du Walhala , ce Panthéon que le roi de Bavière fait ériger aux grands hommes de l'Allemagne. Le choc fut si violent , que le bateau , en se fracassant, abattit une des piles , dont la chute écrasa une partie des passagers. Ne sachant pas nager, et résigné à subir la dure nécessité de la mort , mon sacrifice était fait ; quand Dieu qui m'avait protégé en Grèce contre les palicares, en Syrie contre les Arabes , et qui m'avait ramené de la terre d'Egypte, me sauva encore ici d'un danger bien plus immi-
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neiit. Au moment où le plancher de la barque se dérotMint sous mes pieds, et où l'eau gagnant mon cou , ma voix qui criait comme les disciples: « Seigneur, nous périssons I » allait se trouver étouiïée , un débris Oottant s'offrit a ma portée ; je parvins à monter dessus et à m'y maintenir. Les secours arrivèrent, et je fus reconduit au rivage , moi vingtième : un moment avant nous étions cinquante!... Tandis que je cherchais à me rendre utile à mes compagnons d'infortune , la pensée m,e revint du Journal de mon voyage en Orient , enseveli sous l'eau ainsi qu'une partie de mes dessins; cependant lorsque Dieu venait de me faire une si grande grâce, pouvais-je mêler un regret à l'expression de ma reconnaissance? Une nouvelle demande, quand celle pour ma vie venait d'être si miraculeusement exaucée, m'aurait paru presquede l'ingratitude. Mais Dieu ne compte point ainsi avec sa faiblecréature; il veut bien quelquefois donner sans mesure. Le lendemain on repêcha mon portefeuille, et moins avare que l'Achéron le Danube rendit sa proie. Je parvins à réunir les lambeaux du Journal du pèlerin , et , par un sentiment de reconnaissance que je voudrais voir partager à mes lecteurs , ma résolution fut prise dès lors de le faire imprimer et de le dédier comme un ex-voto à Notre-Dame de Bon-Secours. Mais fixé sur le fait de la publication, je ne l'étais point sur son époque; aussi ai-je laissé passer bien du temps , trop peut-être. La Turquie, d'habitude si stationnaire, a changé de face depuis mon passage. Le colosse de Méhémet-Ali s'est trouvé les
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inènies pieds que celoi de Nabucbodonosor. Toutefois, mon récit est resté ce qu'il était ; je me suis même refusé d'y insérer telle prédiction qui aurait pu faire grand honneur à ma prévoyance. Un inconvénient non moins grave que celui de manquer d'à - propos , c'est d'arriver en serre-file. MM. de Lamartine , Michaud et Poujoulat , le duc de Raguse, le père Géramb, Marcellus, Chateaubriand, surtout, sont dans les mains de tout le monde ; que peut trouver encore à récolter un faible glaneur dans le champ où il se traîne à la suite de pareils moissonneurs? Au défaut du texte, peut-être les dessins donneront-ils quelque prix à mes notes, quoique ces croquis ne soient eux-mêmes que des notes. Rarement j'ai sacrifié au pittoresque , j'ai préféré les sites qui présentaient des souvenirs, indépendamment de leur plus ou moins d'agrément. En Palestine, c'est surtout aux lieux consacrés que je me suis attaché ; et en Grèce, et sur les côtes de l'Asie, au milieu de la désespérante aridité de ce sol brûlant et brûlé , j'ai oublié en dessinant , et le crayon comme la plume à la main , que j'étais sur le terrain des fables. Je ne me suis pas permis de rien changer, je n'ai pas un embellissement à me reprocher, pas un arbre sur la conscience. Quel paysagiste de profession peut en dire autant ? Je n'ai pas la prétention d'avoir fait une œuvre littéraire , encore moins scientifique. Ce n'est pas que je n'eusse pu trouver de l'érudition toute faite et en pacotille. On ne manque pas de dictionnaire où chaque bourgade a sa biographie. J'aurais
PBËPARATIFS.
JuB voyage de la Grèce et de l'Orient avait été un des rêves de ma jeunesse, et je touchais à ma cinquantième année quand le dësîr s'en réveilla vivement en moi. [e franchissais du doigt l'étrol i , mais c'était surtout vers Ji itais attiré de cœur et d'Ame ir et à éprouver à Rome? Je l'habitais' depuis plus d'un an ; ma corioMté était, sinon épuisée, au moins satisfaite, et je commençais à être fatigué de ce qu'on appelle les Jonctions ; elles avaient toutes passé sous mes yeux depuis la mort d^ Pie VIII et l'avénement de Grégoire XVI. Encore récemment, je venais- d'assister pour la deuxième fois aux cérémonies de la semaine 1. i
de rOrient, et ayant déjà servi de guide et de trucheman à plusieurs voyageurs , et notamment au baron de Stakelberg. (f Je le crois sûr autant qu'un Grec peut Tétre » , me dit M. Beugnot en me l'indiquant. Pour plus de garantie , nous fîmes un traité. Je l'insère ici parce qu'il peut être utile à d'autres voya* geurs. Je conserve la rédaction de Démétrius : c'est le nom du Grec en question.