‹ Journal d'un voyage en OrientChapitre 2 sur 51 · CONTRAT · texte numérisé non relu

CONTRAT

De Démétrius Papadriopvdo ai^ec les soussignés, pour un vojrage à faire dcms VOrient avec trois personnes.

« Monsieur D. Papadriopulo s'engage à conduire dans tontes les parties de l'Orient , c'est-à-dire dans les iles Ioniennes , le Péloponèse, les iles de l'Archipel, l'Épire, la Macédoine^ Gonstantinople, Smyrne, l'Asie Mineure, la Syrie, Jérusalem, l'Egypte, la Nubie ^ l'Abyssinie, etc., les trois voyageurs soussignés, selon leur volonté, en se chargeant de pourvoir à toutes les dépenses journalièresi , savoir : celles des bâtiments de passage, des chevaux, des chameaux , des barques , en somme , de tous les moyens de transport tant pour les voyageurs que pour les bagages, selon les circonstances et les ressources des différents pays.

« Il s'engage, en outre, à faire les frais de blanchissage f de logement et de la nourriture, le plus convenablement possible f non au-dessous de la médio^ crité ; d'acquitter tous les pourboire , gratifications , cadeaux qu'on serait dans le cas de donner aux gouverneurs turcs et autres, chez les consuls et leurs agents; et, dans le cas où la prudence l'exigerait , il se chargera de fournir des escortes d'un certain nombre d'hommes qui seraient à sa solde. — En correspondance de ces conditions , les voyageurs soussignés s'obligent solidairement à payer à M. Démétrius Papadriopulo, pour chaque personne, la somime de soixante-sept et demi pièces d'Espagne, soit colonati effectifs, par mois, excluant toute autre sorte de monnaie. — Les soixante-sept et demi colonati se paieront par tête et par avance au premier de chaque mois. — Attendu que M. Démétrius se trouve dans la nécessité de prévoir et pourvoir par avance aux besoins des trois voyageurs , il est convenable que si quelqu'un d'entre eux voulait ou était obligé d'abandonner la caravane et de revenir avant le terme, fixé à cinq mois , en Europe, dans ce cas M. Démétrius aura le droit de prétendre, outre la somme convenue pour les mois courants, à une compensation de frais à la raison de soixante-sept et demi colonati pour chaque voyageur qui quitterait.

M L'exécution de ce contrat conmiencera le premier jour de l'embarquement en Italie, et sera ponc-

tuellement observée pendant toute la durée du voyage quel qu'il soit, tant pendant les séjours que pendant les marches ^ et cessera d'exister sitôt qu'on aura purgé la quarantaine dans un port de mer de l'Italie ou de la France qui aura été désigné au retour comme le terme du voyage.

« M. Démétrius Papadriopulo , de son côté, promet de faire tout ce qui dépendra de lui pour rendre pleinement satisfaits les personnages distincts qu'il entreprend à assister dans ce voyage , de manière à acquérir leur bienveillance et protection.

Rome, le 21 mai 1832.

On Ht au bas :

rc Le présent traité a reçu son accomplissement.

Le KairC) 6 juin 1833.

« Signé d'Estourmbl. Signé Papadriopulo. »

Si ce marché m'était commode, il était avantageux à Démétrius, et il y trouva d'autant mieux son compte que j'emmenai en quatrième le cadet de mes neveux, qui d'abord n'avait pas dû m'accompagner, car on a pu remarquer que l'accord était conclu pour trois voyageurs seulement. Aussi mon homme promettaitil monts et merveilles. « Méfiez-vous du Grec , me « disaient quelques amis prudents, en me répétant « le vieil adage de Virgile, tiweo Danaos, Il s'est ti engagé par contrat à vous fournir les moyens de

<t transpMt ; gare les chevaux de bois !» Je me promettais bien d*y regarder , nuis pour me mëfier d'un homme qui s'appelait Démétrius Papadriopulo, il

seoir de côté^ puis un portefeuille , puis une main avec des vis pour tenir un parasol ouvert , enfin tant d'accessoiresqu'il me devint impossible de me servir du principal y et que, croyant avoir emporté une selle à tous chevaux , je ne pus même réussir en Grèce à la faire tenir sur un fine. En fait d'inven-^ tionSy je tirai meilleur parti d'un matelas soufflé que M. Horace Yemet consentit obligeamment à me céder. Ce meuble me fut de la plus grande ressource tant qu'il conserva le vent; et même après ^ comme Tair dont (m le gonflait n'achevait de se perdre qu'au bout d'une heure environ , j'avais le temps de m'endormir mollement^ quitte à me réveiller sur la dure le lendemain matin.

Je cherchai à débaucher M. Thorwaldsen et a lui persuader d'être des nôtres. Il en mourait d'envie , mais le moyen avec les grands travaux dont il était chargé^ et tous les rois de l'Europe à satisfaire? J'en parlai à M. Wolfenberger, excellent Suisse et paysagiste distingué. L'idée d'un pareil voyage Tenthousiasma et ii s'associa à ma caravane.

Mous touchions au jour d'une pénible séparation; déjà nous avions dit un dernier adieu à mon beaufrère qui rentrait en France et retournait dans son archevêché. Je ne devais plus le revoir. Le samedi y 26 mai y au pied de l'escalier de la Trinité^lu-Mont, je it^mis tristement ma chère femme à sa sœur dont j'emmenais les deux (ils ; puis , reconduit par le vieil

s JOURNAL

ami de ma jeunesse, nous suivîmes la Toïe Flaminiine en-traversant le pont Milvîus qui vit la défaite de Maxence et le Iriomplie de la Croix. Arrives au pieddumonumentdePublîus-VibiusMarîanus, appelé on ne sait pourquoi le traosbeau de Néron, Vand>assadeur et le pèlerin se quittèrent le cœur gros en se rappelant le temps où mais.

J'avais loué une voi lous con-

duire à Ancône, et n< istribué«s

de manière à visiter c s les plus

remarquables que le i- à notre

curiosité; elle trouva . , mière sta-

tion. Nous laissâmes noly% équipage à la Storta, et nous fûmes a travers champs à l'Itola-Faf nèse nous enquérir de l'emplacement de Véies. II n'tarait tenu qu'à moi de reconnaître, dans les allées souterraines qui servent à l'exploitation de la pouzzolane, les mines que fît pratiquer Camille pour se rendre enfin . maître de la ville. Les Romains la ruinèrent de fond en comble et plus tard la rebâtirent. Tite-Live nous apprend qu'après l'Invasion desGaulois, quand Rome fut saccagée à son tour, on mit en délibération si l'on n'abandonnerait pas les sept collines pour l'emplacement de Véies. Camille en détourna ses concitoyens. L'épigramme dirigée contre Néron et le Palatin quatre siècles aprèl >.faît allusion à cette circonstance : « Rome n'est plus qu'une maison. i< Romains, allez chercher ijes habitations à Véies,

(c si toutefois Tenceinte du nouveau palais n*a pas ce déjà en\ahi Véies même. » ,

Je vis des tombes étrusques qu'on achevait de détruire. En Italie, trop peu de précautions sont prises pour assurer la conservation des précieux restes de l'antiquité. C'est la même insouciance que chez nous y seulement on a plus à dépenser. Quelques inscriptions, des débris de colonnes et de statues sont épars à l'entrée du petit village de l'Isola. De ce lieu, je me fis conduire, à travers ttn vallon pittoresque, jusqu'aux fossés qui eiivironnaient la vieille cité , el à Témissaire creusé dans le roc par ses plus anciens habitants; il servait d'écoulement aux eaux de la Cremera. Nous n'arrivàm^ qu'à la nuit à Civita-Castellana entouf^ de profonds ravins ; on les traverse sur un pont d'où l'on î^uit d'une belle vue sur le Soracte, qui achevait à peine d'échanger sa ix>be blanche contre une vfrte.

y ides ut aba slet mve candidum Soracte,

Civita-Gastellana , nonobstant ce que J'ai dit plus haut, pourrait bien être l'ancienne capitale desVéiens ainsi qu'on l'a supposé longtemps, et la force de soq emplacement rendrait plus probable un siège de dix ans que le site que nous avons visita hier; mais avant mon départ , j'avais consulté , et trouvé d'accord sur ce point, MM. Nibby et Visconty. Ces deux

autorité, souvent rivales, se sont réunies contre ClTlta-Casteltana,et^ur le moment, chez les antiquaires de Rome, il est décidé que l'IsoIa-Farnèse

tantôt réunie en une seule nappe et bouillonnant et écumant au fond des précipices.

De retour, je fus visiter le jardin de révéché; il a conservé la forme ellipticjue de Tancien amphithéâtre dont il occupe l'arène ; la galerie qui l'environnait est encore en partie sur pied. Je n'ai point vu d'autres monuments à Terni , cette ville n'en a pas besoin pour illustrer son nom; elle a donné le jour h Tacite.

Peu d'heures nous suffirent pour gagner Spolette, dont j'aime la position au milieu des montagnes , et son aqueduc avec ses longs arcs aigus. La ville offre un assemblage de rues tortueuses et escarpées. Çà et la on y rencontre d'anciennes églises, de beaux palais y et l'irrégularité m'en plait bien davantage que la monotonie de nos tristes villes à damier avec leurs percées symétriques , qu'on est convenu d'appeler des rues superbes. Nous faisons maintenant de l'architecture à peu de frais; il ne s'agit (jue d'abattre. Rasez les vieux quartiers, réunissez malgré eux deux palais qui ne se regardaient pas ; emmanchez une rue bien droite à une place bien carrée, et beaucoup de gens s'extasieront, prenant pour le beau le long et le vide. La façade de la cathédrale de Spolette, que je crois du Bramante, est remarquable par cette élégance d'architecture qui caractérisé l'époque de la renaissance ; elle est ornée d'une mosaïque à fond d'or. Le château est fondé sur d'anciens murs

OÙ l'on retrouve des traces de constructions cyclopéennes : dans la ville , la poite dite d'Annibal ne remonte certainement pas à Tépoque du héros carthaginois. On rencontre souvent en Italie de ces arceaux décorés par le ciseau du moyen âge; tantôt ils décrivent un ogive plus ou moins ouvert, tantôt de gracieux pleins cintres. Mais c'est par hasard que le voyageur, en furetant^ en fait la découverte; personne ne les lui indique et les itinéraires n'ont garde d'en parler; ils dédaignent de semblables vieilleries, et réservent leur admiration pour les placages en forme d'écrans dont le faux goût du dernier siècle s'est plu à masquer les portails des églises anciennes. Je fis halte entre Spolette et Foligno , devant un monument curieux-

a temple still

df Smoiland délicate proportion keeps , etc.

Le site et le temple ont inspiré à lord Byron des vers où l'on respire la fraîcheur des ondes du Clitume et de ;ses rivages fortmiés.

« Si un zëpbîre plus suave vient ici caresser votre front, M c'est le génie de cet aimable lieu qui vous l'envoie; si « votre coeur hâte ses battements , tandis que vous contemrf plez cette scène rustique ; si la paix qui vous environne , « si cette source vivifiante de la nature purifie et lave en « vous l'aride poussière de la vie , ab ! rendez -en grâce à « la fée qui fait sa demeure sur ces rives, remercIez-la •< de cette trêve h vos douleurs. »

Plus loin nous trouvâmes Foligno, récemment ravagé par de violentes secousses souterraines; la ville était encore tout étayée. De longues poutres traversaient les rues comme des ponts et liaient les murs entre eux; c'est là que j'eus occasion de remarquer l'avantage des constructions en bois sur celles en pierres dans les localités exposées à de pareils désastres : c'est temps perdu de prétendre lutter contre un tremblement de terre; l'élasticité est la seule résistance à lui opposer. Tandis que les murs les plus solidement maçonnés, les voûtes les plus compactes s'écartent et s'écroulent , le bois tient bon, les soliveaux, les planches, les longs clous qui les joignent cèdent et se prêtent aux oscillations du sol ; la souplesse sert mieux que la force. Les Italiens le savent bien.

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