EXCURSION AU DEHORS
Je restai surpris et charmé en découvrant du toire Tensemble vraiment magnifique de la mosquée d'Omar, au milieu de la vaste esplanade qui Tenvironne. Je n'avais rien vu de semblable , rien même qui pût en donner l'idée , ni à Smyrne » ni à Damas. Sans doute le souvenir
K De ce temple où Dieu fit sa demeure sacrée »
contribuait à parer à mes yeux la mosquée du calife qui en occupe le site; mais, même en mettant à part les émotions qu'un pareil emplacement ne peut manquer d'éveiller, l'effet matériel est encore frappant; cette coupole , ces minarets , ces kiosques ont tout le prestige oriental. Ce n'est certes plus Salomon, mais c'est bien Aroun-al-Raschid (se reporter au N" 81 ).
Il était convenable d'aller saluer le gouverneur, étant ainsi entrés dans sa cour sans sa permission. C'est un scheik de Naplouse. On reconnaît dans ce choix la politique d'Ibrahim. Â Beyrouth y à Saîde , sur cette côte voisine des Maronites et habituée au
contact des Francs , il n'a pas craint de confier Taulorilé au prince de la Montagne, et d'assujettir des musulmans à des catholiques ; à Jérusalem , le pays des avanies, où les chrétiens sont depuis si longtemps courbés sous l'oppression , il choisit un gouverneur turc , et le prend dans la localité la plus fanatique. Un Français, notre voisin à la Cctsa^Nova, qui arrivait d'Egypte y essaya de faire valoir le firman qu'il en avait apporté pour obtenir l'entrés de la mosquée. Le gouverneur lui répondit , avec la mesure d'un diplomate : «^ Si le firman du pacha porte Tordre de vous laisser entrer dans la mosquée , je le ferai exécuter. » Il savait bien jusqu'à quel point il s'avançait; car aucune autorisation de cette espèce
n'a jamais été accordée , et la première fois qu'un chrétien pénétrera officiellement dans le saint des saints et verra la pierre qui servit de marchepied au prophète pour s'élever au ciel , ce sera sans doute un grand événement dans les annales de l'islamisme. Cette pierre, toutefois , est moins curieuse et moins vénérée que celle de la Mecque, qui depuis qu'elle a servi au même usage est restée suspendue en l'air. Les Turcs, en rapportant ce fait, conviennent qu a la suite de je ne sais quel accident on a placé quelques autres pierres en dessous de la pierre sacrée , comme pour la soutenir; mais ils ont soin d'ajouter qu'elles ne servent à rien , et que sans ce support inutile la pierre de Mahomet ne laisserait pas de demeurer en l'air.
i±6 JOURNAL
Le gouverneur de Jérusalem , après m'avoir remercié de mon attention d'être venu le visiter, me fit demander quel pays j'habitais, et quand il sut qu'il pouvait bien être à mille lieues de distance ^ il dit, en levant les brat et les yeux : « Comment , parti de si loin pour me voir ! n Puis il se mit à rire, et moi aussi; il ne nous parla que de son regret d'avoir quitté pour El Kods le séjour de Naplouse, dont il vanta les délices. Je savais à quoi m'en tenir a cet égard y mais honnêtement je ne voulus pas lui dire ce que j'en pensais; je me contentai de lui répondre que je croyais qu'il pouvait faire ici tout ce qu'il faisait chez lui ; il m'assura que non. Il avait pourtant sa pipe à la bouche et venait de prendre son café, et je jurerais bien qu'il n'a pas fait autre chose depuis qu'il a l'âge de raison.
Nous vimes, en retournant à la Cctsa-Noi^a, l'hospice de Sainte-Hélène et son immense chaudière. Nous visitâmes aussi une église ruinée qui occupe la place de la prison de saint Pierre.
Le lendemain, je sortis de l'enceinte des murs, toujours sous la conduite officieuse du révérend missionnaire espagnol; nous suivîmes d'abord, comme la veille, la via Dolorosa jusqu'au Prétoire; puis, continuant tout droit et passant sous des voûtes obscures où l'on trouve encore quelques pierres de la tour Antonia ( N^ 86 ) , nous aboutîmes à la porte orientale, h laquelle on donne le nom de la Vierge,
yj
Lmplacemem ci debns de la mur Amonia
mais aussi et plus communément celui de Saint- Etienne , et qui ouYre précisément en face du mont des Oliviers. Je savais que c'était de ce câté que le mur avait été escaladé lors du dernier assaut donné par les Croisés en 1099, et que la ville avait été forcée. J'éprouvais une grande impatience de reconnaître ces lieux 9 et je m'étais piromis d'y faire une exploration complète , et de lever même le plan des remparts y si nous pouvions y parvenir sans trop etiaroucher la susceptibilité des sentinelles. Aussitôt après avoir passé la porte , nods descendîmes par une pente rapide dans la vallée de Jcsaphat , dont le lit desséché du torrent de Cédi*on occupe le fond , et où nous nous arrêtâmes d'abord devant une roche que teignit de son sang le premier confesseur de la foi« (( Et l'entraînant hors de la ville , ils le lapi- (f dèrent; et les témoins mirent leurs vêtements aux '< pieds d'un jeune homme nommé Saîil. Et Etienne (( invoquait Jésus, et disait : Seigneur, recevez mon u esprit. M (N"87.)
Un peu plus bas se trouve l'église où les Grecs montrent le tombeau de la Mère du Sauveur et ceux (le saint Joseph , de saint Joachini.et de sainte Anne; on y descend par cinquante degrés.
Nel teiiipio de'Cristiani occulto gîacc Un sottcrraneo al tare ; e qui vi è il volto Di colei che sua cliva e madrc face Quel vulgo del suo Dio nato c sepolto ,
dit le magicien Ismène au tyran de Jérusalem. Ce temple souterrain, un des plus vénérables de la Terre-Sainte , et des plus remarquables par sa construction et son antiquité 9 est maintenant la propriété des Grecs schismatiques.
En suivant le mur à gauche à la sortie de Féglise on entre dans la grotte de l'Agonie , dont les Pères latins ont la clef. C'est en ce lieu que l'Ame de Jésus devint triste jusqu'à la mort (N* 88), et que lesdeux natures d'un Dieu fait homme furent si visiblement aux prises, (c Éloignez de moi ce caliœ , ô mon Père ! « néanmoins que votre volonté soit faite. Et un i( ange vint le fortifier, et il redoublait ses prières; (f et étant tombé en agonie , il lui vint une sueur de « sang , et des gouttes découlaient jusqu'à terre. » Un autel occupe le fond de ce souterrain, qui est éclairé par des lampes et par un jour venant d'eu haut ; il y avait une issue au midi qui a été murée. Ce lieu n'est qu'à un fort jet de pierre d'une grande roche à fleur de terre , sur laquelle s'endormirent les trois disciples, et devant laquelle, au couchant ^ et dans un enclos ceint d'un mur très-bas, l'œil s'arrête sur huit oliviers dont les énormes troncs sont tout couverts de noeuds et de crevasses. L'olivier renaît de sa souche; ainsi, quand même les Romains, les Perses, les Sarrasins, qui successivement désolèrent la ville sainte, auraient coupé tous les arbres plantés autour, cette circonstance pourrait encore se con-
cîlier avec la tradition , qui fait remonter Texistence de ceux-vci jusqu'au temps du Sauveur. Je me trouvais ]irëcisément dans le lieu appelé Gethsémani y et dans ce jardin , but habituel des promenades de Jésus. (c Et étant sorti , il s'en alla selon sa coutume au (c delà du torrent de Cédron , au mont des Oliviers , (f où il y avait un jardin. » Je cueillis quelques feuilles de ces arbres vénérables , et je m'assis pour lire rËvangile sur la pierre même où par deux fois les disciples cédèrent au sommeil (N*" 89), et où de si douces réprimandes leur furent adressées, a Eh quoi ! u vous dormez , vous n'avez pu prier une heure avec « moi? Veillez et priez , pour ne pas succomber à la (c tentation ; car, je vous le dis, l'esprit est prompt, (c mais la chair est faible, m Puis, plus tard : (c Dorii mez maintenant, Theure est venue, celui qui doit N me trahir est bien près. » Cependant Judas arrivait avec sa bande par la vallée de Josaphat; Jésus marcha au-devant d'eux, et l'on désigne à quelques pas de la roche des disciples , et vers le midi , la place même où Judas osa livrer son maître par un baiser perfide : alors la troupe dés sbires l'entraînant, ils. traversèrent le torrentde Cédron et se rendirentchez Caïphe, sur le mont Sion. Pour le moment, nous ne suivîmes pas cette direction, préférant continuer l'exploration du mont des Oliviers. A mi-côte, mon guide me fit remarquer l'entrée d*un souterrain qu'on nomme le Sépulcre des Prophètes , et les débris
d'une ëglise élevée au lieu où les Apôtres formulèrent le Symbole qui a reçu leur uom; puis, desoetidiint uu peu, nous nous arrêtâmes dans les ruines d'ua couvent sur le sol duquel reteatirent ce$ paroles : u On verra se soulever peuple contre penple, et « royaume oontre royaume. Que ceux qui sont dans u la Judée s'enfuient dans les natontagnes ! » enfin où l'abomination de la désolation fiii annoncée. Jésus aloi^y d'après saint Marc, était assis sur le mont des Oliviers, vis-à-vis le temple, comme nous ie sommes en ce moment en face de la mosquée d'Omar, qui en a pris la place* (Se reporter aux N« 82 et 83.)