TOMBEAUX
Mous gagnâmes le sommet du mont des Oliviers , au lieu où est l'église de TAsoension. m La gloire du ff Seigneur monta du milieu de la ville et alla s'ar- (( réter sur la montagne qui est à l'orient de la tf ville, n (Ezéchiel, Ch. xi.) Nous pénétrftmes par une porte eiitr'ottverte près de laqueUe , «dans un étroit réduit, Pélagie, pénitente et justifiée, mourut et fut ensevelie. Nous nous tix>uvions alors dans une cour
entourée de murs; au milieu, s'élève une chapelle octogone d'une architecture agréable; ses pans, jadis à jour, sont maintenant murés, et Ton distingue à peine , engagés dan^ la maçonnerie , les fûts des colonnes et leurs élégants chapiteaux sur lesquels portaient les huit arcades. Cette construction doit remonter à la même époque que le portail du Saint- Sépulcre qu'on attribue k Constantin. Elle couvre la place d'où Jésus s'éleva au ciel , et l'on y a enclos la roche sur laquelle posèrent pour la dernière fois les pieds du Rédempteur. Il est heureux que la plupart des lieux saints soient restés l'objet sinon du culte , au moins de la vénération des mahométans; sans cette sauvegarde, de précieux vestiges auraient disparu, et la destruction se serait probablement étendue jusqu'aux pierres. Chose singulière ! un derviche est le custode de cette sainte chapelle où les musulmans font habituellement leurs oraisons, et où les Pères latins, à certains jours, viennent célébrer les saints mystères. Le santon, comme on l'appelle , était sorti et je ne pus résister à la tentation de lui voler une poignée d'olives, ip pris à même un grand tas qui séchait dans la cour de la mosquée. C'était la récolte du mont des Oliviers. Pour lever mon scrupule , j'en parlai au père Casto qui jugea les olives de bonne prise. Je savais à qui je m'adressais. Le bon missionnaire avait dans sa poche un ciseau de serrurier et lOi marteau. U en le-
vaitdes ëclats de toutes les pierres qu'il jugeait tant soit peu mémorables y et, sans certaines excommunications qui les protègent, il n'y a pas de lieux sanctifiés qu'il n'eût mis à contribution. J'ai dit que les Turcs les vénèrent comme nous, et œ respect est conforme à celui que professe le Coran pour Jésus-Christ et son Évangile qui y est appelé le JUunbeau de la foi qui met le sceau à la vérité des anciennes écritures. Du reste , ils croient aussi que Mahomet choisit cette même place pour une de ces fabuleuses ascensions où la jument el-Barack lui servit d'hippogriffe.
Du sommet de la montagne des Oliviers , on a sous ses yeux tous les lieux sanctifiés que je viens de décrire : la vallée de Josaphat et la ville étalée sur le penchant des monts Moria , Sion et Golgotha , et dont le temple et son vaste parvis occupent le premier plan ; si Ton se retoui*ne , on voit le soleil briller au loin sur des eaux dont l'œil retrouve trois fois la nappe à travers les monts qui la dérobent. C'est la mer Morte, la mer maudite, l'onde empestée dans laquelle s'éteignirent les feux de Gomorrhe et de Sodome. Jérusalem en est éloignée d'environ quatre lieues à vol d'oiseau. Vers l'orient , on découvre la vallée du Jourdain; on suit les détours de ses rives tracées comme en relief dans la plaine par une suite de monticules blanchâtres , que de cette distance on pi^endr^it pour des tentes et des pavil-
Ions dressés le long du fleuve. Cette plaine est celle de Jéricho ^ et, de Tautre côté , au delà de ce désert où Élie fîit ravi au ciel sur un char de feu, la chaîne des monts d'Arabie s*alligne parallèlement au Jourdain et au lac Asphaltique. Je distinguais les sommets iqui font la limite de Moab , d'où Moïse , à l'heure de la mort, vit la terre qu'il ne lui était pas permis de toucher : fc Et Moïse fit cette prière au Seigneur : (f Permettez que je passe au delà du Jourdain et que ri je Yoie leLiban, et cette terre et cette montagne si (c fertiles. Et le Seigneur répondit : Allez sur le ce mont de Phasga et jetez yos yeux de tous cotés , cf mais TOUS ne passerez pas le fleuve » La tombe de Moïse est restée inconnue sur ce mont mystérieux. Aucun œil mortel ne Ta vue, dit le Deutéronome, et ces deux grandes figures d'Élie et de Moïse , disparues aux mêmes lieux , ne reparaissent plus que sur le Thabor , aux côtés du Messie.
En descendant , je me dirigeai au couchant , vers l'angle du mur de la ville qui sert de soutènement à l'esplanade de la mosquée. Quelquefois , sous mes pas , je ramassais des petits cubes de pierre blanche , noire, grise , rouge, débris des pavés des anciens édifices qui jadis auront couvei^t le penchant de ce mont ' . Ces mosaïques furent probablement contem-
' ren ai fait faire une petite table, que je conserve, dans la galerie de Suzanne.
poraiiies du Messie et doivent appartenir à Tëpoque où Hërode-le-Grand embellissait la ville et ses environs de monuments construits a l'imitation des Romains* Trois tombeaux s'élèvent sur les bords du torrent de Cédron , à l'endroit où la vallée de Josaphat est le plus resserrée. On donne au premier le nom réprouvé d'Absalon , et , en confirmation de cette tradition y nous vîmes des Juifii l'injurier en passant et lui jeter des pierres. J'ai lu dans Josèphe qu'Absalon avait fait élever dans la vallée nommée la Royale, distante de deux stades de Jérusalem, une colonne de marbre avec une inscription. Cette indication ne peut s'ap}Jiquer au monument dont le dessin est ci-joint ( N® 90). Mais probablement celuici , ayant pris la place de l'autre , en aura conserva le nom. On trouve ensuite les tombeaux de Zacbarie et de Josaphat. V Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem , document . trè^curieux remontant à l'an 333 de l'ère chrétienne , parle de deux sépulcres magnifiques dont un d'une seule pierre près de la montagne des Oliviers : La sont , dit-il , les restes du prophète Isaïe et du roi Êzéchias. Ne seraient--€e pas les mêmes que nous attribuons aujourd'hui ao prophète Zacbarie et an roi Joaaphat (N<* 91 )? Ce dernier , le plus curieux des trois , et qm se termine en forme de pyramide , est bien en effet d'une seule pierre , puisqu'on l'a découpé dans le rocher même. A sa gauche, je remarquai la porte d'un quatrième
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sépulcre presque entièrement enterré et couronné d'un élégant fronton. Le tombeau dit de Zacharie est décoré de deux pilastres et de deux colonnes doriques qui posent sur un soubassement ^ et son ar* chitecture diffère des deux autres, où Ton reconnaît le mélange du style romain et de l'égyptien. Les pierres tumulaires se rencontrent à chaque pas dans la vallée , et il n'est pas un Juif qui n'y veuille avoir sa sépulture, car c'est ici, d'après le prophète Joël ', que le grand jugement doit avoir lieu : « Publiez a ceci parmi les peuples ; qu'ils se liguent entre eux; « que leurs braves s'animent ; que tout ce qu'il y a « de gens de guerre se mette en marche* Forgez des u épées du contre de vos charrues , et des lances du <c fer de vos bêches; que le faible dise : je suis fort, (f Peuples , accourez en foide ; assemblez-vous de « tontes parts. C'est là que le Seigneur fera périr (f vos braves. Que les peuples se rendent à la veillée « de Josaphai; fjr serai assis pour juger. Peuples, (c peuples/ accourez dans la vallée du carnage. Le u jour du Seigneur est proche. » Le commencement de cette prophétie a été très-poétiquement traduit par Pompignan, n'en déplaise aux sarcasmes de Voltaire.
Des limites de la terre Accours , prince ambitieux ;
' C'est le seul , je crois, qui en ait paflé dans PÊcriture.
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Hâte- toi , mène k la guerre Tes soldats audacieux.
Que transformé par leur rage L'inslrumeot du labourage Devienne un fer meurtrier ; Que le lâche entre en furie , Et que le faible s^écrie :
Je suis fort , je suis guerrier !