‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 28 sur 99 · CURIOSITÉ DES NATURELS · texte numérisé non relu

CURIOSITÉ DES NATURELS

dit que nous n'étions qu'à huit journées de la mer , et que nous ne pouvions manquer d'y arriver avant peu. On nous conduisit , à travers de sales rues , obstruées de boue , jusqu'à une cabane extrêmement petite ; la chaleur y était excessive , car l'air n'y pénétrait qu'à travers une étroite entrée, donnant sur un passage obscur et triste. L'intérieur vaut mieux que le dehors : elle est grossièrement enduite d'argile j tout autour se trouvent des figures de fétiches , maladroitement sculptées , et peintes ou plutôt barbouillées de roug-e.

Dès que la nouvelle de notre arrivée se ré^ pandit , les habitans du village accoururent piar centaines pour nous voir. Ils bloquaient si complètement toutes les ouvertures que nous étions en danger d'être suffoqués; et pas moyen de les chasser ; nos gens s'armèrent de bâtons et d'épées pour les tenir à distance, niais inutile* ment. Leur curiosité dominait leurs craintes , et ils se pressaient et se succédaient par épaisses nuées. Ce n'était plus supportable ; nous fô* mes obligés d'envoyer prier le chef de vouloir bien intervenir. Il fit répondre que, si les gens ne s'en allaient à la première sommation^ nous' n'avions qu^à tirer dessus , et à en tuer autant qu'il ik^us plairait. Comme noais> n'avions nulle

iNÛldES DU dOMMERGE EUROPÉEN. lit

envie d*avoir recours à cet ex|)édient , nous lui

demandâmes quelques-uns de ses esclaves pour chasser Ja foule. Ceux-ci arrivèrent bientôt , armée de lourds et gro^ bâtons , et firent pleuvoir sans pitié une si épouvantable grêle de coups sûr les pauvres curieux , qu'à notre grand soUlagef)(3ent, notre kutfe se vida^ et nous pûmes enfin respirer.

A six heures du soir , le chef nous envoya un peu de fofo , et un plat de chevreau qui eut suffi pour trente personnes. Nous fûmes agréablement surpris en trouvant , parmi ces provisions , une petite caisse de rhum ; luxe qui nous était iii-» connu depuis Kiama. Il y a déjà long^temps que nous n'avons goûté ni thé y ni café ; et nous étions loin de nous attendre à du rhum; malheureusement il était de la plus mauvaise qualité.

Ici , à notre grande surprise , nous vîmes ^ en débarquant ^ outre le petit homme revêtu d'une veste d'uniforme , plusieurs autres nègres couverts de haillons européens , et qui tous jargonaient quelques mots de mauvais anglais qu'ils ont attrapés dans leurs rapports avec les équipages des nombreux vaisseaux de Liverpool, qui viennent charger de l'huile de palmier , dans la rivière de Bonny. L'envoyé du chef de ce

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pays ^ qui achète ici de» esclaves ^t de Hvoire , affirme que le vaisseau , le Bamhou, , et quatre autres bâtimens de Liverpool ^ sont mainteBant à Tancre dans la rivière Boeny ^ à quatre ou cinq journées de uotre station.

Après un bon repas de chèvre bouillie etdefofo, nous nous disposions à dormir^ lorsque nos ëteiv nels ennemis les inosquites s^emparèrentde nous, et ne nous quittèrent plus jusqu'au jour. Nous avons généraleraeiit remarqué que les attaques et racfaarnement de ces insectes redoublent toujours aux approches de la pluie. La direction du fleuve a été la même auj^ourd'hui qu'hier ,' \% couraïit très^rapide.

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