DÉPART POUR ÉPHRAÏM
dans la rivière de Calabar. Il va y chercher des bestiaux pour Fnsage de la colonie. Oa les tire d'une, ville appelée Ephraïm , où il y en a en abondance. Fatigué de Fernando-Po^ j'acceptai l'ipvitation pour passer ce temps qui me semblait 3i long , dans mon impatience de faire .voile et de porter en Angleterre la nouvelle de nos découvertes . Mon frère ^ trop souffrant , ne put nous accompagner^ je le laissai à Clarence, et m'embarquai le soir méihe avec M. Becroft.
Nous partions par une belle brise, mais il nous fallul; user de grandes précautions pour n'être pas chassés par la niarée , sur la pointe William , ou sur les îlots Adélaïde , aux deux extrémités de l'ànse ; car, en tout temps > le flux prend l'une de ces deux directions. Au sortir de la crique , le mieux est de suivre le milieu de la passe , et de se tenir éloigné a(itant qu'on le peut des deux écueils. Les courans , dans le golfe de Guinée , passent pour être très-changeans ^ quoiqu'ils viennent généralement de l'Ouest, obéissant à la direction du vent de mer. Le harmattan produit, de son côté , un courant très* fort ,9portant à l'Ouest , et directement opposé au premier. L'ignorance de ce fait a été fatale à plus d'un vaisseau. Les patrons, se croyant sous l'influence d'un courant , en oni souvent laissé
VENTS ET COURâNS. 35 J
ilmver le vaisseau, de plusieurs milles à l'Ouest, dans une seule nuit , et se sont trouvés échouant à la côte, le lendemain matin. Quand les brises de mer s^nt fortes , le courant d'Ouest est si vio^ lent , qu'on a peine à se figurer que le hàrmaUan le dompte en deux jours; cependant il est bien connu de ceux qui ont fréquenté le golfe ^ que l'efiet de ce dernier est si £brt , que le cou**rant qu'il détermine résiste encoi^ long-temps à l'influence des vents d'Ouest , quand ces dejv niers ont repris le dessus. On cite un exemple remarquable de la vélocité des courans dans le golfe, au Sud de Fernando-Po. Au mois de juin , un navire fit , en vingt heures , la ira-* versée entre l'iW des Princes, et celle de Saint- Thomas. Ordinairement, il ne faut pas molns.de huit à dix jours pour ce trajet. La distance éA de quatre-vingt-treize milles ; et le vaisseau à dà faire de quatre à six milles àj'heure. On assure que le harmattan ne s'étend pas au Sud de Fernaodo-Po ; mais^le fait n'est pas enqore suffisamment éclairci.
Le passage de Fernando-Po à SièrraJ^bne est d'ordinaire très-loing et très-ennuy^ix , à &inki dès calmes fréqùens et de< la divergence des coan rans. La route se faiiî en portent aii iSéd poittr profiter des vents alixés , ou ea côtojrmtt ile tir m. a3
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vage jttsqu aù oap desPalmes, de manière à pro-* ûter ée$ reuta de terre. Le oommerce recom^ mande la première route , comme plus nùre et plu9 prompte^ car un vaisseau qui- adopte la se-* ooiide a plus de courais k redouter, outre la néeessîté de ne jamais perdre le rivage de vue; G^e^t encore la première voie que les bàtimens de cemmercp adoptent , quand ils retournent en Angleterre* Quelques vaisseaux, prenant an terme inojren entre deux routes , soat souvent battus des deux vents opposés , et noyant l'avantagé d^aucun , sont retardés par les calmes et les pluies; ce point intermédiaire esta soixante milles en mer, m'a-t*on dit. Pour l'éviter, les vâîdseauit doivent, en partant de Fernando-Po, se tenir de beaucoup au-delà ou en deçà de cette di^ance.
' Danscetle partie du golfe de Guinée, entré Ferniindo-»Po et la rivière du Calal^ar, la saison dès ploies commence au mois de juillet ; elle est^ dans" tonte sa force en août' et septembre ^ accompagnée de tornades d'une violence époKfantublé) qui se succèdent rapidement» Les pluies CQndmiettt pendant le mibis de noveifibi^ eteesstént en décembre! ; mm^ il se {^isse rar^.^ meMIt pkfeiMiils j^im deisnitè siai» tpi'iJ y ait ou-*' ruetfà dur la bâte, ht tenqas ^t iec et Asmé tons
les atîtres mois dçi l'i^flpéc , ejccapt^ en n^û , oh il tombe dç légères ^vorses; qett^ époque 0$t l'hiver pour les naturels , iU en r44outeiit le froi4 comme nous eraignoo^e^lui de qo|ro4n(^4«» Yaise saison , sont extpémepoieiit sepfiibles au ohangefaient de la température , et p^n^nt hs pluies^ prennent, (contViç le temp^ humi4# , les mêmes préoautîouB que nous ^ contre les gelées» Ce quE distingue principalement ce cUm^t de tous ceuK qui Sont compris entre le^ tropiques ^ oe sont ces tempêtes fUriepsesd^ veni, aQçpmpf^" gnées de pluies , d'éclains e<^ d'éclats de tonnerre épouvantables ;. on les appelle de3 tornades. Le^ anciens croyaient la wm torride ab^lument inhabilaUe ;- ils Se k figui^ient comme une fournaise ardente oà l'homme oe pouvait exister. On serait tentéd'imaginer que des rapports exagérés des tempêtes de ce pays, faits par quel-» ques Toyageurs qui y auront pénétré, ont donné naissance à ces bruits absurdes» Pfous en avons déjà essuyé trois ici , mais ee n'était que baga-^ telle comparé k ce qui ft lieu danjf U ^mon des pluies. On Jes dit tirès-rvïplentes ^ et beureusement de courte durée, jflîen Qe peut r4f i^*ter à la liirenr du ¥e»t- Dfiç ^igne/$ préeuriseuxis indiquent leur ftpprpçbe 1 etie« «omm^ndan<i des Ttisseiau]^ sur ]^ ^pte^ jsont ^ f^t de
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c^s présages. C^est toujours de l*Est que viennent ces ouragans , qui ne durent pas plus de quinze à vingt minutes. Vers le Nord-Ets, parait un nuage lumineux , dont les yeux ne pea*vent soutenir Téclat ; il grandit , et dans le cours d^une heure, passe graduellement de i'£st au Sud-Est , tandis que la brise de mer habituelle continue k souffler du Nord-Ouest. Arrivé au Siid-Est, le nuage laisse échapper d'innombrables éclairs , semblables à des tourbillons de ' flammes , la foudre gronde incessamment , ses éclats multipliés déchirent les airs et assourdissent les oreilles. Les éclairs vous aveuglent, puis il y a un court intervalle de calme , au moment où la brise domptée cède à l'ouragan. A l'horizon , du côté d'où viennent Jes nuages, se forme un petit arc, qui grandit rapidement et s'élargit, n'étant autre chose que Faction du vent qui disperse les lourds nuages au travers desquels il passe. C'est le moment de crise:
l'arc à peine a touché le zénith, que le vent , le tonnerre, les éclairs, les torrens de pluie, sont versés du ciel tout à-la-fois. Malheur au bâtiment qui , se laissant surpi^ndre , n'aurait pas eu la pi'écaution de carguer toutes fes voiles ! Il serait de suite jeté sur le flanc* Mais les avertissemens que l'orage donne de sa venue,
LA SIVIÈRE DU GALÂBAR. 36 1
suffisent au navigateur expérimenté qtii , toujours sur le qui-Tive, diminue dévoile à propos^ et manœuvre de manière à échapper aux etforts de la tempête ^ en courant sous le vent« Généralement , le danger ne dure pas plus d'un quartd^heure ; Fouragan tombe tout-^-coup , la brise passe du Sud à l'Ouest , et s'y maintient jusqu'au prochain orage. Plusieurs particularités remarquables accompagnent ces lornados. Suivant des navigateurs expérimentés , c'est ordinairement à la nouvelle et à la pleine lune , que ces phénomènes ont lieu; ils éclatent plus communément au moment du coucher de cet astre. En d'autres pays, on conteste l'influence de la lune sur le temps ; mais les détails que nous venons de donner, sont le résultat d'observations faites par d'habiies marins; ce sont dés faits constatés.
Samedi^ 2 5 décembre >— Après une ti^a versée agréable, nous avons jeta l'ancre^ ce matin, devant la ville d'Ephraïm , dans la rivière du Calabar; on compte soixante milles, de Férnando-Po à l'embouchure de la rivière ,*et Ephraïm est à cinquante milles plus loin , sur la rive orientale. En remontant le fleuve , mes yeux* furent attirés par un objet d'une apparence fort extraordinaire , qui jetait lié. à une branche d'«ii»-
363 SACIUPICBS HUAlAUfS.
kre et mspendu àu-^dessns àt Teaui Mo iuvïoêité fut TiTement excitée ^ mois je ne paUfsiis derilier ce que c^élait^ Bientôt nous arrivâmes plus prèa, et je reconnus tin.oadavro: buûidtn^ ittâcfaé {»ar le milieu du corps ^ i^t dont les pidds et le» mains touchaient à Teau* Ce spectacle homble me rappela que j^étais encore au milieu des populations barbares de la côte ^ quoique je n'eusse rien ru d^aussirodieux en descen^^r^^ ^ rîtière Nun. Lea habitans des riv^ du Caiabàr wnt païens, et dans un ^at de dépravation inouï» Ils ne connaissent point lé maboiuétisnle^ ni auuusuile autre fonne de religion, lld èi^oient It Toxistence d^un esprit puissant et bon , qui\, ^^n eux, habite la rivière. Pour obtenir Sèi faveurs et sa protection , on lui offre souvent de& sacrifices du.genre de celui que nous tenons de (décrire. Ordinairement on choisit pour victime^ ua esclave vieux , hors d'état de re^dfe aucun service, et que l'on ne pourrait vendi'e. liât*tend ainsi la mort , exposé \ Tardôtir des rayons du soleil , ou prêt à devtinir la proie de qtielque ctocodile affame I ou de quelque l^ttin que le hafnurd amène en ï^es lieux.
On regarde comme néceftsaibe pour F^ccottH plis^ment du rit, que leë pieds et les màiliB toûoheht l'eau ^ ce qui rend Ie8up|dii6e plus tot^
rible^ et fait de: ces malheuiiaux un appâl pwv la voracité 4^ certains poissons*
A leur arrivée ^ tous I^ v*isseî|uii: reg^vept ordinairement la- visite du duc Ep)iraun ^ cbief de la ville ; personnage bien connu des noiu^ breux négocians de Liverpooi ^ dout les b4ti<* mens fréquentent la . rivière. L'objet de sa vîr^ site est , de pcircevoir son présent ^ qui cop^irte en drap) fusils, rhum, et autres objets» Il v^nt ^n grande pompe , dans son canot ^ et accompa^ gné d'une nombreuse. suite; il n'est permis a personne de quitter le bâtiment ^ avant que ce^ cérémonial soit accompli. C'est, une manière d'assurer le péage des droits du port, mais elle n'a lieu que pour les navires qui viennent' trafiquer. La Porcia , en sa qualité de vaisseau du gouvernement, en fut exempté. Aussitôt que nous eûmes jeté l'ancre, je me rendis, avei:
M. Becroft, à la résidence du duc, pourJui présenter nos respects. Au bout de dix minutes, nous atteignîmes la maison ; nous le trouvâmes $ur la place des Palas^rs ou Conseils, qui dépend de son habitation. U était fbrjt occupé à écrirery et environné d'un grand nombre de Sfe^ prîiir iâpaux sujets. C'est chose rare que de trouver un chef indigne , engagé dans de semblables occupations; mai^ lesgrande^ relations o#mmm^
354 ^B. ^^^ ÉPHRAÏH.
ciàles ^ue le duc Ephraïm entretient avec iefs négocians de Livëi^ool , expliquent ses talens eir la teinture légère qnHl a acquise de la langue* anglaise. Ses prétentions à la parure se trahiârsaient par Félégance de son chapeau galonné en or, et parla beauté d'un morceau d'étoffe desoie, noué autour de ses reins. Ses grands officiers portaient aussi des chapeaux bordés d'or ; ^ndis que ceuxd'un grade moins élevé se contentaient de galons d'argent ; la classe inférieure n'avait aucune de ces distinctions. Le conseil était réuni au moment de notre entrée; mais le duc, reconnaissant M. Becroft, nous reçut avec beaucoup de coi^ialilé , et nous fît assjsoir. Ce souverain a la réputation d'être toujours ex trême*ment poli et prévenant pour les Anglais, et de leur faciliter les acquisitions de bestiaux , et de tout ce dont il» peuvent avoir bespin. lia conçu une très-haute idée de la nation sur les belles choses qufon lui apporte d'Angleterre ; et peutêtre qu'il se mêle aussi à son admiration un peu de terreur. Des bâlimèns qui faisaient la traite ont été capturés par les bateaux des vai3seaux de guerre de la station , jusque dans la ririère; cette circonstance lui a donné une grande opi» nion de l'audace et du courage de nos marins ^ ainsi que de notre puissance. Autrefois , les