‹ Journal D'Une Residence en CircassieChapitre 25 sur 35 · REPONSE DBS CIRCASSIENS A LA LETTRE CI-DESSUS · texte numérisé non relu

REPONSE DBS CIRCASSIENS A LA LETTRE CI-DESSUS

Au lieutenant général le noble seigneur Rayevski, au service du châh du gouvernement russe, T empereur Nicolas.

Depuis douze ans vous nous avez débité des faussetés en disant que la Circassie vous a été donnée , et vous avez également publié des faussetés en disant : D’une mer à l’autre toutes les provinces circassiennes m’ont été données par le gouvernement ottoman, et des otages m’ont été livrés pour y assurer mon commandement. Et vous ne cessez pas de publier les mêmes faussetés, disant : Les Circassicns me sont soumis et sont devenus mes tributaires; j’ai environné leur pays de forts et je l’ai bloqué dans les deux mers : cherchant ainsi à vons glorifier parmi les autres puissances. Mais il est clair comme le soleil que tout cela est faux, car le gouvernement ottoman n’a jamais conquis notre pays par i’épée ; jamais il ne l’a acheté de scs trésors; depuis douze ans il ne nous a jamais aidé d’aucune manière; en aucun temps il ne nous a demandé de soumissions, et jamais nous ne lui en avons montré. Comment donc le gouvernement ottoman pourrait-il nous céder aux Russes ? Si par amitié pour eux il désirait leur donner des provinces, il a pu le faire avec la plume et par une autorité simulée; mais en réalité il n’a jamais eu ni autorité ni droit pour faire de nous une semblable cession.

Monseigneur le lieutenant général Rayevski , tous les forts que vous avez construits sont comme nos anciens cimetières : ils ne nous font ni bien ni mal. Des grenouilles, des lézards, des souris et des serpents cherchent un refuge dans nos champs; eux et vous, vous ne nous êtes ni plus utiles ni plus nuisibles l’un que l’autre, et nous faisons cas de votre amitié comme de la leur. En aucun temps nous n’avons été sujets des Russes, et fasse le Ciel, qui jusqu’à présent a détourné de nous un tel désastre, que nous n’ayons jamais à

APPENDICE

le subir! Le Toul-l’uissani est un Dieu juste , Il nous accordera son puissant secours, et jusqu'au dernier homme de nos tribus nous serons toujours ennemis des Busses et en guerre avec eux .

Dans la lettre que vous avez écrite à nos tribus vous mettez les nobles Anglais en parallèle avec les Juifs, et vous dites que depuis quatre ans ces nobles Anglais nous ont abusés eu nous faisant espérer l’aide du roi d’Angleterre. Si vous voulez sortir pour une demi-heure seulement du fort que vous êtes en train de construire, vous saurez ce que sont les Circassiens et les Anglais.

- Mais, mon ami le lieutenant général Rayevski,il n’est pas douteux que les Russes n’ont été pendant longtemps connus que comme des pécheurs, et il est notoire que leur puissance n’est pas d’ancienne date; et si leur général était un brave, il n'aurait pas parlé en termes aussi grossiers et aussi indignes de deux Anglais qui sont nos hôtes. Et si c’est parce que vous possédez de nombreux canons et beaucoup de munitions que vous parlez ainsi, sachez qu’il est écrit dans le grand livre des écrits que Dieu est un être suprême; que la puissance et la grandeur, aussi bien que la pauvreté et l’obscurité, sont distribuées selon sa volonté ; et qu’en conséquence les unes et les autres ont leurs bénédictions. Ainsi l’a réglé Dieu, le tout-puissant, le miséricordieux; et comme il est un souverain juste, il nous accordera son aide, pour que jusqu’au dernier homme de nos tribus nous puissious résister aux Russes et leur faire la guerre, et ne jamais leur être assujettis.

Quand le sultan vous permit d’occuper les États de Chahan Ghéraï deKrimée, nous vîmes là dans votre couduite ce qu’est votre amitié et ce qu’est votre inimitié. Tout cela est connu de l’auguste et magnanime empereur des Ottomans. Les Russes sont toujours sans merci et insatiables, et jamais personne n’a fait amitié avec eux sans avoir fini par s’en rc-

pcotir. Tous les Ottomans se méfient des Russes leurs voisins, sur l’amitié desquels il n’y a pas à compter, même pour ceux de leur propre pays.

Si vous désirez notre amitié, retirez toutes vos misérables

troupes qui sont sur noire frontière, depuis Anapa jusqu’au Karalchaï; faites démanteler tous vos forts, et faites repasser IcKilban à leurs garnisons, et alors, si vous désirez faire la paix avec nos tribus, nous pourrons prendre cela en considération, parce que nous pouvous nous fier à ce que nous voyons de nos propres yeux.

Akbmct Ghéraï, le frère des sultans de Krimée, étant mort, ses illustres fils devinrent les hôtes des Russes -, et vous les avez fait servir comme soldats pour leur subsistance. Après avoir vu tout cela, qui voudrait faire amitié avec vous? Toutes nos tribus, jusqu’au dernier homme, vous feront toujours la guerre; et puisse le Dieu juste et tout-puissant nous accorder aide et secours, pour que de fidèles musulmans ne contractent jamais amitié avec la Russie.

Ceci est tout ce que nous avons à dire.

Le 21 de la lune de moharrem, 1 254 .

(Sceaux du juge en chef et d’autres anciens.)

r i., ti'n;> iioiyii'.ri t*TT ci ‘tbjUPffV . vllâjj îff-fc-'.ifl*!

■ Blli4?4ivi'l«n) ru ' ■ ' '

APPENDICE

AdBBSSB DBS CWCASSIENS AUX GOÜVB RNEMENTS D* ANGLETERRE ET DB TUBQUIB , TRANSMISE P AB LEDB ENVOYÉ AZ-DÉMIR LE 10 MARS 1839.

A Sa Majesté la reine d’Angleterre, la suprême , la puissante et F honorable : La supplique de la Circassie.

L'objet de celte humble adresse de vos serviteurs les Circassiens est de montrer que depuis douze ans ils n’ont pas cessé de faire la guerre avec les Russes. Chaque année la Russie verse ses années sur les Circassiens vos serviteurs, et de nouveaux régiments sont constamment organisés pour continuer la guerre contre eux ; cependant chaque jour ils résistent de l’épée et empêchent leurs progrès : quoique, obligés de s’échapper de nos demeures , de se réfugier pendant l’hiver dans les montagnes et les forêts et de s’abriter sous des huttes, nos familles et nos enfants y périssent de froid. Mais c’est la volonté du Très-Haut que nous souffrions ainsi pour noire religion.

Poisse le gouvernement de la vraie religion (qu’il soit éternel!) le magnanime, le très-miséricordieux, très-bienveillant et très-puissant padichab, refuge du monde, notre seigneur, le seul juge et le seul chef de la religion, et le vicaire du prophète, puisse-t-il savoir que vos serviteurs ne succomberont pas sous l’épée, qu’ils ne peuvent pas ne pas être libres et comptés au nombre des fidèles qui se réjouissent en votre présence, et qu’ils sont disposés à être comptés au nombre de ceux qui se sont engagés à être soumis et obéissants, comme au temps passé, au très-magnanime padichab , le refuge du monde, comme le sait bien notre illustre représentant. A l’avenir la nation et les tribus de la Circassie, jusqu’au dernier

habitant, ne contracteront jamais amitié avec la Kussic tant que notre magnanime padichah sera sur terre et que vivra notre illustre personnage déjà mentionné; car le Dieu grand est un monarque juste, et II secourra ceux qui comme nous ne cessent pas de Lui adresser nos vœux et nos prières pour le très-puissant empereur, refuge du monde; demandant au Tout-Puissant dans nos cinq prières que la durée de son royaume puisse être éternelle.

Ni hiver ni été nous ne cessons nos combats avec les Russes, ainsi qu’il est bien connu; et dans le cours de cette année sacrée de grandes forces russes conduites par le lieutenant général Raycvski nous ont envahis par terre et par mer; et les infidèles n’ont cessé de verser de nouvelle troupes sur vos Circassiens dévoués, depuis le commencement de chaban jusqu’à la fin du saint Ramazan ; et tout en combattant ils ont construit une forteresse en palûnka (fortification en terre avec un fossé) sur la cèle du territoire de Sûdjrtk, et alors brûlant tout ce qu’ils trouvaient, ils ont regagné les ar mes à la maiu l’autre côté du Kùban. Vos Circassiens dévoués ne leur ont donné aucune réponse au sujet de la paix • et si quelqu’un manquait en secret à son serment dans ses communications avec eux , il serait condamné à l’amende de 1000 piastres; et s’il était retrouvé de nouveau parmi ceux qui seraient disposés à se rendre aux Russes , il serait mis à mort : parce qu’il a été ainsi décidé conformément à des reglements bien arrêtés.

L’Anglais qui est ici, le très-honoré, le toujours constant le noble seigneur Misr. Bell, ayant réuni les anciens, leur a ainsi parlé : « Depuis plusieurs années que je séjourne dans votre pays , j’ai vu comment les Circassiens font la guerrej’ai connu leur vraie situation, et j’ai été témon de leurs souffrances. Je me rendrai à la Sublime Cité, et si vous l’approuvez j’y porterai votre adresse scellée. Vous savez que je suis venu ici pour le soutien des fidèles musulmans, et je

APPENDICE

n’ignore pas comment les Russes infidèles viennent ici briller et détruire les biens et possessions des pauvres Circassiens, et tuer leurs plus braves : je sais qu’après avoir simplement passe le Kùban et fait quelque mal aux habitants le long de ses rives, ils affirment faussement qu’ils se sont emparés de force de la Circassie, et qu’ils publient ces impostures, ainsi que nombre d’autres, pour se faire honneur parmi les autres puissances. J’aurai sans doute occasion de voir le très-illustre, très-bienveillant, très-compatissant, très-excellent cl trèsnoble dignitaire mentionné, Séflr Bey; je l’informerai de ce que j’ai vu de mes propres yeux quant à la condition de ses humbles serviteurs, et j’en ferai aussi un fidèle rapport à ma très-honorcc souveraine la reine d’Angleterre. »

Le noble aga ci-dessus mentionné nous a été utile par ses avis et son amitié. Nous avons jugé qu’il serait bien que son départ n’eùl pas lieu.

Conformément à la demande du noble sus-mentionné, conjointement avec Kùstan-Oghlù Ibrahim Aga, et avec notre approbation, cette adresse a été rédigée.

1254, le 4 du mois de zilkada.

(Ici étaient apposés le sceau du juge en chef et ceux de soixante autres chefs cl anciens.)

DÉCLARATION DU JUGE EN CHEF DE C1RCASSIE UT d’aUTRE» ANCIENS, TOUCHANT SUDJDK KALÉH.

A l’égard de la baie qui dans cel endroit est appelée Sûdjûk, on raconte qu’à l’intercession et à la prière de membres réfugiés de l’ancienne famille des sultans, d’honorables et illuslreschefsetd’individuséminentsetdislingués, le gouvernement ottoman y construisit un château. Mais depuis l’année 1197 il n’y a eu sur la baie appelée Sùdjôk de forteresse d’aucuuc sorte, ni russe ni ottomane.

L’an passé, le lieutenant général Rayevski arriva à la dérobée, par mer et par terre, et construisit un fort en palissades. U laissa dans l’enceinte dcsdilcs palissades un certain nombre de pionniers comme garnison ; et cette garnison y est assiégée et dans l’impossibilité de s’avancer de dix minutes au delà des palissades pour se procurer du dehors les choses nécessaires. Dieu sait que c’est là la vérité. Auparavant , durant la guerre et les hostilités qui curent lieu avec le gouvernement osmanli , le général Doki de Russie (le duc de Richelieu) vint par mer et construisit un petit fort; il ne resta qu’un ou deux mois, et n’ayant pu se défendre il quitta sa position et partit. Avant l’année ci-desus mentionnée, et antérieurement à l’affaire de la Krimée, le gouvernement construisit le château avec des murailles en pierre , et pendant quelques années il y resta une portion du peuple làtar; et à l’effet de prévenir les pertes que les voleurs et les pillards circassiens du dehors occasionnaient aux gens du noble et vieux serviteur de Ghéraï de Krimée le renommé, qui occupaient l’intérieur, on plaça dans ledit château un bey ou prince. Mais avant de mourir, ledit prince de Ghéraï quitta ledit château de Sùdjôk et se retira dansson pays, qui est en Circassic. El les habitantsdu château, quittant alors leur demeure, se dispersèrent ets’cn allèrent chacun de leur côté; le château resta ainsi désert et tomba de lui-méme en ruines, n’ayant en aucune façon été

APPENDICE

rainé intentionnellement. Et à l’exception de la forteresse d’Anapa, aucun château appartenant à la cour ottomane dans ce pays n’a été pris pendant la guerre; et depuis cinquantehuit ans il n’y a eu dans la baie de Sùdjùk personne autre que des Circassiens, comme sur tout le reste de la côte circassiennc. Que personne autre que des Circassiens n’y ait demeuré, c’est ce que nous attestons dans cette vie comme nous l'attesterons dans celle de l’éternité ; et le présent écrit est à cet effet.

La Russie dit que le gouvernement ottoman a été accepté de nous comme notre gouvernement; « et maintenant, ditelle , ils sont mes esclaves ; mon gouvernement est unique. » Mais nous répondons à ces prétentions russes que le gouvernement ottoman est le seul législateur et le seul chef de la loi musulmane , et qu'ayant bien voulu nous honorer comme fidèles musulmans, nous avons juré d’être en amitié avec ses amis et en inimitié avec ses ennemis. Mais jamais il ne reçut de nous aucune sorte de contributions; ainsi donc, comment le gouvernement ottoman aurait-il pu nous donner à la Russie? Nous céder ainsi n’était pas au pouvoir du padichah. Et pareillement, comment pourrait-il intervenir au sujet du château de Sûdjûk? Si on répond « par un droit reconnu, » nous répliquerons également que ce n’était pas au pouvoir du padichah.

Signé par

Hafoün-Oghloc Islam

Maskha-Oghlou Maghol.

Skva-Oghi.oi; Hassan.

Haowj-Oghlou Mknsolb.

Hoüna-Moceiraï Samhor.

Tcherkez-Kakissi Haoji- • Daoud-Mohammed Emïn-

Abd-Ulnour Effendi.

Page 1