‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 13 sur 90 · Marie-Anne-Yictoire de Bourbon, princesse des Àsturics · texte numérisé non relu

Marie-Anne-Yictoire de Bourbon, princesse des Àsturics

5. Gazelle de France} 1729, p. 26, et Journalde Verdun, 1720, mars, p. 190. ■ .

6. C'est-à-dire dans les pouvoirs de confesser et de prêcher.

des Nouvelles ecclésiastiques, de la part des jansénistes, qui sont piquantes, sur la conduite qu'on tient de la part de la Cour.

Il y a quelque chose de plaisant dans' cette querelle de religion.

Il est mort, il . y a près d'un an, un M, Paris1, frère d'un conseiller de Grand'Chambre, qui avoit dix mille livres de rente, qui les donnoit toutes aux pauvres, ne mangeoit que des légumes; couchoit sans draps; vivoit constamment d'une manière sainte. Il a été enterré à Saint-Médard2, faubourg Saint-Marcel, et'tout le peuple de Paris, même gens au-dessus du peuple, a été à sa tombe, étant regardé comme bienheureux et faisant, au dire de ces gens-là, des espèces de miracles. Il étoit-janséniste dans toutes les formes.

• Il y a deux mois que le père Gourdan, religieux de Saint-Victor3, est mort âgé de plus de quatre-vingts ans. Il vivoit si pieusement qu'il ne descendoit pas même dans le jardin avec les autres religieux. On n'a pas attendu après sa mort, car depuis très-longtemps tout le peuple, surtout les femmes et filles, alloient au père Gourdan, lui faire dire des messes et lui demander des nouvelles et des réponses sur un mariage, un procès, un voyage, toutes sortes de choses. Il s'étoit acquis la réputation d'un petit prophète. Il est mort sans recevoir

1 * François de Paris, fils et frère de conseillers au Parlement naquit à Paris, en 1690. Attaché comme diacre à l'Église, il mourut le 1er mai 1727, en oucur de saintelé. Il a laissé plusieurs ouvrages. — Ses restes, exhumés du cimetière Saint-fllcdard, sout encore aujourd'hui conservés à Taris dans une ancienne famille janséniste.

2. Cette église, qui est assez irrégulière et Tune des plus vieilles de Paris, existe encore rue Mouffetard. Elle renfermait les sépultures d'Olivier Patru et de Nicole. Dans le petit cimetière, situé derrière le choeur, et qui est aujourd'hui occupé par un atelier de menuisier, se trouvait le tombeau du diacre rârîs. « Ce tombeau, suivant un témoin oculaire, consistait dans une simple pierre plate élevée horizontalement au-dessus déterre. »

3. Le R. P. Simon Gourdan, chanoine de Saint-Victor, mourut le 10 mars. Voy. le Mercure, mars 1 729, p Barbier commet donc ici une erreur *m disant: il y a deux mois, .

JOURNAL DE liAROIGK.

les sacrements, les ayant refusés de la main die son supérieur, parce -qu'il étoit janséniste et appelant de la Constitution1.

Qui-de ces deux hommes, -qu'on doit regarder comme élus, avoit la grâce pour penser juslc? - On a fait une drôle d'histoire. M. le prince de Tingry 2 a rêvé voir son billet d'enterrement tout imprimé; et le jour indiqué pour le 19 mars, présent mois, il a été fort inquiet, et jusqu'à ce jour ; mais enfin, il ne lui en est arrivé que la peur. .

Hier, mardi* 29, Je Roi alla à la chasse lé matin, dîner à la Muette, et de là vint à Topera de Tancrède\ avec ceux qui avoient dîné avec lui. On n'en savoit rien, ni à Versailles, ni à Paris; on avoit commandé secrètement trois cents soldats aux gardes pour cinq heures dans le Carrousel^ d'où ils ont été bientôt arrangés jusqu'à l'Opéra, en :sorte que ceux qui' avoient été par hasard à l'Opéra, n'en savoient rien jusqu'à son arrivée. C'est la première fois qu'il y est venu depuis qu'il ne demeure plus à Paris, II s'adonne à présent à la musique et fait avec des seigneurs de petits concerts particuliers.

Avril*

Jubile. — Le lioi à Cbmpiègne. — Congrès à Soissons»

ri"

Le. 1er de ce mois, a commencé ici le grand jubilé que nous aurions dû avoir en 1725. Les processions courent les rues avec grand concours de peuple, même de femmes de qualité qui suivent à pied, troussées, et un,

, i. On crie actuellement dans les rues V Explication de l'apparition de la Saintè'Viergc, qui s'est présentée à lui à sa mort; ce qui est imprimé e; se cric avec permission [Note de Barbier).

. .2.. Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg, prince de Tingry, était alors lieutenant général. Voyez plus haut, t. i, p. 187, et note 2.

3. Opéra en cinq actes, paroles de Danchct et musique de Campra, représenté pour là première fois, le 7 novembre 1702.

4. Place devant le chàteau-des Tuileries^ ainçi nommée à cause dis Çrtrrousel donné, eu 1 GG2-, par Louis XI Y\ -

corlége de laquais. On aétébien et suffisamment mouillé cette semaine. Le Roi fait ses quatre stations à pied, à Versailles, tout au milieu des crottes.

La. Reine est grosse depuis du temps, et pour lé coup on attend un Dauphin.

. Le 22, le Roi est parti pour aller passer quelque temps à Compiègne, et le congrès recommence à Soissons.

Mal*

Mort du cardinal de Noaillcs. — Ses funérailles. — Son successeur, M. de

Vinliniillc. — Courtisane fustigée.

Mercredi, A de ce mois,, est mort à deux heures du malin, -M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, * âgé de soixante-dix-huit ans, qui Test depuis trente-trois ans. Ce prélat a toujours eu une conduite très- respectée, mais comme c'étoit un esprit médiocre, il s'est laissé conduire pour la morale, et on Ta fait varier tant de fois clans raffairedu jansénisme que cela lui a fait grand tort.

On l'a vu à découvert le jour de sa mort; le jeudi et le vendredi on l'a vu dans son lit de parade, et le samedi matin, à onze heures, on a fait l'enterrement, qui, à cause de la pluie, n'a fait d'autre tour, qu'au sortir de la rue Notre-Dame, tourner par la Madeleine et rentrer par la rue des Marmousets dans le Cloître, et rentrer dans l'église par le. Parvis. Sans la pluie, on auroit été par le Marché-Neuf, devant le Palais, la rue de la Vieille- Draperie et la rue des Marmousets, comme la procession de la Notre-Dame d'août.

Il y avoitbien cent pauvres avec du drap et un flambeau, les Capucins^ les Cordeliers, les Jacobins, lesÀugustins et les Carmes, tout Notre-Dame, quatre douzaines d'enfants bleus, rouges1, et des enfants trouves; une centaine de laquais, les officiers de sa maison, en manteau et rabat; plus de soixante cierges qui étoient autour

\ . Enfants élevés dans les hospices et vêtus de draps de ces diverses couleurs,

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du corps avec les armoiries portées par des enfants gris. Le corps porté par des prêtres, et le poêle porté par quatre chevaux; derrière, M. le duc de Noailles, son neveu, quantité de ducs et de cordons en grand manteau, d'autant que la maison de Noailles tient a toute la cour. 11 n'y avoit point de magistrats, sinon l'abbé Pucelle, conseiller de Grand'Chambre, qui est peut-être son exécuteur testamentaire. Par son testament, il a ordonné un enterrement simple, et la suppression d'une oraison funèbre1.

Pendant la vacance, les doyen et chapitre de Notre- Dame ont l'administration de l'archevêché pour le spirituel ; ils en ont fait publier le mandement dès le jour de la mort2.

Le Roi a donné rarchevêché de Paris à M. l'archevêque d'Aix, qui est Du Luc de Vintimillc3, grande maison de Provence, âgé de soixante-quatorze ans, ami de M. le cardinal de Fleury. On ne sait s'il ne le refusera pas.

11 a accepté et arrive ici.au premier jour.

Le 16 de ce mois, on a fait ici une exécution qui a attiré un concours de peuple étonnant pour voir fustiger et fleurdeliser une m publique, coiffée d'un

chapeau de paille4; elle étoit laide comme le péché. Si on châtioit toutes ses pareilles, il y en auroit pour longtemps à Paris. On a dit d'abord qu'elle avoit vendu une fille de onze ans, d'une vendeuse de marée. On m'a dit depuis que tout son crime étoit d'avoir reçu un page de

1. Voyez la description des funérailles du cardinal de Noailles, dans te Mercure de France , mai 1729.

2. Mandement de messieurs les doyen et chapitre de l'Église de Paris, pour l'adminisiration et régime de rarchevêché de Paris.* — Paris, 1 729.

3. Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille du Luc. Il était archevêque d'Aix depuis l'année 1708. Il remplit les fonctions d'archevêque de Paris, depuis le 6 septembre 17 29 jusqu'à sa mort, le 13 mars 1746* Il fut grand ami des Jésuites et laissa une réputation justifiée de gourmandise.

4. Yoyez le Mercure de 1729, juin, p. 1474. Cette femme se nommait Françoise Fournicr. Elle fut bannie pour cinq aos, et ses complices Marie- Claude Duval et Barbe Genêts enfermées à l^iôpital-Gcncral pour un* au.

madame là duchesse d'Orléans, qui avoit gagné du mal. On a voulu la punir, et les juges saisissent ces sortes d'occasions pour l'ordre public êt maintenir les anciennes ordonnances, tandis qu'on ferme les yeux pour les autres du même métier*

Juin*

Exécution de Nivct et de ses complices. — La légende de saint Uîldcbrand.

— Grégoire VII et le Bréviaire romain*

Le dernier mai , on a fait une fameuse exécution du fameux voleur Nivet et de ses complices. L'affaire de Cartouche a fait bien du bruit, et ce n'étoit rien. en comparaison de Nivet1, qui a fait nombre d'assassinats, et, entre autres , celui du marchand d'Amiens et de sa femme, près de Rouen, ce qui le fit prendre ici (on en a parlé apparemment ci-dessus). Il y a neuf mois qu'il est prisonnier à la Conciergerie ; il a tout avoué et déclaré nombre de complices. II a fait venir un homme de soixante-douze ans, du port de Cette en Provence, où cet homme, depuis dix ans, s'étoit retiré et vivoit tranquillement. 11 y avoit cinquante ans que cet homme* là avoit eu la fleur de lis. Nivct a toujours vécu fort gaiement dans la prison, faisoit bonne chère. 11 avoit deux gardes qui ne le quittoient pas et avec qui il a joué au volant tout l'hiver. Il a cru, par les grandes déclarations qu'il a faites, mériter sa grâce, et il s'est trompe. Cette affaire, attendue depuis longtemps, a attiré la ciw riosité de tous ceux qui aiment les grands spectacles. Toutes les fenêtres de la G rêve avoient trouvé marchands pour les louer ; et le mardi, dernier mai, on a sorti cinq hommes de laConcicrgeriedansdeiixcharrettes, pour être rompus vifs véritablement et expirer sur la roue. Bare-

i* Philippe Nivct, dit Fanfaron, ou Le Roux, ou Marchand, ou Gramont, ou Cousis, ou Dumoulin. — Yoyez Parrèt du Parlement rendu contre Nivct et ses quatre-vingt-dix-huit coaccusés, du 30 mai, dans le Mercure de France, mai 1729, p. 1044,

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mon; fils -d'un fameux rôtisseur, rue Dauphine, après avoir eu les jambes liées sur la croix, a demandé à parler. On Fa rhabillé et conduit à l'Hôtel de Ville. Depuis Cartouche, c'est la mode. On les y a amenés tous cinq. Là, le vieillard a été plus ferme que les autres. Il a déclaré qu'il ne diroit quoi que ce soit et qu'on n'avoit qu'à l'expédier. Et en efiet il a été roué à neuf heures du soir sans dire mot et malgré son âge. 11 a été une heure et demie sur la roue. À onze heures, on a roue Nivet, et le lendemain, mercredi, 1er juin, àcinq. heures du matin, neuf heures et midi, on a expédié les autres, qui n'ont pas laissé que de déclarer et faire mener plusieurs personnes en prjson.

Celte affaire aura plus de suite que celle de Cartouche; l'instruction en a coûté considérablement au Roi par les recherches qu'il a, fallu faire en province de tous ceux qui sont complices.

Le pape à fait un tour de calotte* Il y a un saint parmi eux, qui se nomme saint Hildebrand, et qui étoit Grégoire VII l9 pape; ce fut lui qui excommunia Henri IV, empereur, en Tannée [10762], qui dégagea les sujets, des serments de fidélité, de façon qu'il fut élu un autre empereur5, ce qui causa des guerres, etc. 11 y a dans Toftice pour chaque saint une légende, où, pour la gloire du sàin't, Von met ses principaux gestes, et ensuite un Oremus. Le pape s'est avisé, ces jours-ci, d'envoyer à l'ordre de Saint-François, qui lui est aveuglément dévoué, trois leçons et un Oremus, pour changer la légende de ce saint dans leur bréviaire. On nomme saint Hildebrand ïiomanœ libertatïs vindex. On râp-

porte ce fait d'autoïité comme action la plus belle de sa vie, et dans Y Oremtts on prie Dieu de donner à ses suc-

1. Hildebrand, élu pape sous le nom de Grégoire VU, le 22 avril 1073, mort le 25 mai 1085.

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