Théruis, dit-on.,.,. (Variante, \op Maurepas, t. mi
JUILLET i73k
Juillet.
Miraelos ou tombeau dç M. Paris. Le prétreorlandois., -r- Le portrait tl« bienheureux Paris. — - Le P. Gourdan abandonné..— Lettre à AI. Gilbert, pamphlet. — Condamnation. — La planche du portrait de.flL Paris rompue, .-tt Mandement de l'archevêque contre la [juérisôn d'Anne Lcfrancan tombeau do M. Paris. — Duel du comte de Riom à Rouen.
* Il arrive une mauvaise aventure aux molinistes et constitutionnaires. Ce M. Pâris, qui est mort en 1727, dont nous avons sans doute parlé,, étpit resté ^tranquille pendant quelque temps, c'est-à-dire sans faire.de miracles. Ma foi ! il a repris vigueur ; depuis deux mois, }l y a tous les jours une affluençe d£ monçle étopnante à son tombeau, quelque éloigné^qu'il soit, à Saint-Médard? faubourg S.aint-Marceh Nombre de carrosses,, des hç/nmes comme des femmes, deç personnes de distinction. Il y a eu plusieurs miracles , qui tombent assez volontiers sur les gens paralytiques ; le peuple chante de, lui-même et entopné un Te Deum.; cela fait grand. plaisir aux sénistes dont il faisoit corps. Un frère quêteur capucin s'avisa, avant-hier, de vouloir badiner sur tout ce monde; le peuple le chassa, et cela suffit pour qu'on iie lui donne plus dans le faubourg. Un prêtre irlandoi.s dit,* hier matin, tout haut : « Voilà bien priër Dieu pour un ,dam- « né! » Il pensa être assommé, et les gens plus prudents et plus doux le firent sauver dans la sacristie. On a gravé1 M. Pâris, et on crie dans Paris : Le portrait, du bienheureux Pâris. Le peuple le sanctifiera sans cour de Rome, si cela continue, au lieu que le père Gourdan, religieux de Saint-Victor,. qui ayoit été très-fêlé pendant
i. Barbier a réuni à son Journal (mss., t. n, pt 375) un .exemplaire de ce portrait. L'abbé Pâris est représenté à mi-corps, priant, les mains jointes, devant un crucifix, avec cette légende : « François de Pâris, diacre, mort n en odeur de .sainteté, le if* mars 1727, âgé de trente-sep} an*. » 0(t lit autour de son écussou : a Tel étpit M. de Paris au pied de la croix de ■ Jésus-Christ, unissant les travaux de la pénitence, les douleurs de son corps • à celles de son Sauveur, dont il imitoit la charité. Son tombeau se visite û avec concours à Saînt-Mcdard, au faubourg Saînt-MnrceI-lf»z-Parîs »
sa vie, Si un petit écolier étoit sorti de la maison
paternelle sans dire mot, la mère alloit lui faire dire une messe pour savoir ce qu'étoit devenu son cher fils ; toutes les filles du quartier alloient à lui pour des balivernes. Enfin, sur sa réputation, le Roi Ta été voir, dans sa jeunesse. Ce bon père étoit grand moliniste ; il ne voulut pas à sa mort recevoir les sacrements de la main de son prieur, parce qu'il étoit janséniste. Ma foi ! depuis qu'il est mort, il est muet et sourd : au diable, si on entend parler de lui. Sans étudier la matière , cela seul rend l'affaire du pape mauvaise.
Mais en Cour, on va toujours son train ; on a cassé au Conseil d'en haut l'arrêt du Parlement rendu il y a quelque temps contre Tévêque d'Orléans.
Ce fracas de M, Pâris ne plaît pas au parti de la Cour, Un commissaire s'est transporté chez le graveur et a fait rompre la planche, et on a fait défenses aux colporteurs de crier l'estampe : cela paroît assez mal concerté, La provision en a été faite en deux jours, et cela ne fait que donner occasion à l'autre parti de se plaindre. Il falloit ou empêcher de le graver, ou laisser achever la vente. Cela n'empêche pas de parler tous les jours de nouveaux miracles; à la vérité, bien d'honnêtes gens ne donnent pas dedans , et il faut convenir qu'en fait de parti de religion on est bien capable d'employer la ruse et la supercherie pour autoriser sa secte ; il est même à croire qu'il y a longtemps que cela s'est pratiqué pour la première fois.
La semaine dernière, milieu de ce mois de juillet, il est arrivé de la poste, chez plusieurs de nos confrères des plus huppés, un paquet dans une enveloppe, avec trois livres six sols de port. Les uns les ont reçus, les autres les ont renvoyés à la poste. C'est une lettre anonyme1 imprimée, adressée à M. Gilbert, premier avocat
t. Seconde lettre h M. Gilbert de Voisins, avocat général," etc. Voyci Mercure de France, 1731, juillet.
JUlLLËt 173».
général, où il est maltraité avec les traits les plus vifs et les plus marqués. Les avocats , qui depuis un temps se sont chargés du ministère public en qualité de restaurateurs des torts, se sont assemblés sous l'aile de M. Le Roy de Vallières, le bâtonnier, et ont délibéré d'en faire la dénonciation au Parlement. Samedi dernier, 14 de ce mois, le bâtonnier, à la tête de grand nombre d'avocats, s'est transporté à la Grand'Chambre, après le rapport, avant la petite audience, et a demandé audience à M- le premier président. M. le premier président, qui étoit instruit de ce que c'étoit, lui a répondu qu'il lui donneroit dans une demi-heure. Pendant ce temps, pour ne point laisser aux avocats l'honneur de la dénonciation, il a fait avertir MM, les gens du Roi, sur le rapport desquels il a été rendu arrêt par lequel l'écrit a été condamné à être brûlé par la main du bourreau. On a ouvert; MM. les avocats sont entrés en nombre à huis clos ; le bâtonnier a entonné son discours, disant le zèle de l'Ordre pour informer la Cour de ce qui venoit à leur connoissance t soit contre les intérêts de l'État, soit contre la personno de magistrats respectables. Après quoi, M. le premier président lui a répondu que la Cour avoit prévenu leurs vœux par l'arrêt qu'elle venoit de rendre , et toute l'assemblée du Code et du Digeste s'est retirée.
On ne sait pas positivement de qui est cet écrit. On Pattribuoit d'abord à M. Pévêque de Laon, parce qu'il a déjà assez donné de preuves de son emportement dans cette affaire. 11 faut bien qu'il arrive parfois de ces petites scènes pour tenir les deux partis en haleine.
Le commissaire Regnard s'est transporté chez le graveur et a fait rompre la planche du portrait de M. Paris ; mais on en a fait un autre, et on vend l'estampe devant Saint-Médard, on dit même assez publiquement,, parce que ce sont les femmes des soldats aux gardes qui les vendent, et qui, en celte qualité, ne craignent point les archers dans le faubourg Saint-Marcel.
170 JOURNAL DE BABBŒR.
Mais, cqmme tout ceci a déplu au parti, CQnstjtutionnaire, on a publié, le 24 (Je.pemois, un ipandèment de notrp archevêque1, qui clécl^ f^uxup prétendu miracle de M. Paris, faitTannée dernière.snr Anne Le Franc, et dont il y a pu une relation- publiqup2. Le mandement entre dans les détails; il défend d'honorer le tombeau de M. Paris, de faire dire nidire.des messes à spp intention, pt de lui rendre up cultp relfgieux,: attendu que ces honneurs ne, se rendent aux mqrts que (Je l'autorité des évêques. Lg jenfjejnain, jour de ,Sain|,rJacques-Sqint- Christppjie , dè$ qna^ 41? Fatin> Qï) ne pouypit
pas entrer jjansj'égjise de.Saint-Médard, ni dans Je pjetijt .çimetièrjsflù est le 'tombeau., Le peuple, \mç foi? frappé, ne se 4psftbuge pas aisément. . .
rtioi§-ci, lé çomte deftiorn, cpnflu tdap§ Khistpnp, s'est battu à Rouen avec le cjjevalier de £aux ; le premier a reçu .trpfjs (îoupjs d'épée.. I|s sont fppt ajnjs', fit ayoient accompagné $1. je duc de Luxpmbpurg ^ Routen? dont H est gpuvern,ei)r..Çela est venu sur de mauvais propos tenus à table dans le vin. Par bonheur que les blessures ne sont pas dangereuses et que l'airaire n'a pas de suite. -
Août»
Arrêt du Parlement sur l'affaire d'Orléans cassé au Conseil. ~ Remontrante* parlent, ~ Nouveau* miracles. -~ La vmjvc de Lorme, fausse paralytique punie. — Dépositions. — L'abbé Chaulin. — - La princesse de Contj# seconde douairière, aveugle, au tombeau de M. IM ris: — Itéponse du Itot au Parjcmçnt te Roi mécontent. — Le iiqi amourcu? d'e la duchesse de Bourbon, -rr Vers sur le cardipal. — Le P. Girard et sa pénitente la Cad i ère. — Chanson, — Les avocats hérétiques* — Ils demandent la sup-
1. Mandement de M* t'archevêque de Parîs9 au sujet d*un écrit qui a pour titre: Dissertation son les miracles, etc. Paris, 1 73 i t P. Simon, 34 pages in-4°.
2. Dissertation sur tes mirqc\es et en particulier sur ceux qui ont été opérés au tombeau de if. Pâris, avec la relation et les preuves de celui qui s'est /"<?'* h 3 novembre l?3Q, en t$ pçrsonne d'Anne le Franc, etc.; in-4<% 4 S pages.
ÀOUT 1731.. 171
pression du Méritoire de ]>ar.cIieV&]ue. ^-Lcs avocats chez ïê premier président.— Ils cessent leurs fonctions:— Lo Parlement prépare des remootranecs. — Un abbé baltu. — Dii avocats eiilcs;
Les irdlibi'es iie sont pas prêts de finir, Ôh a cassé, au Consêil du ftoi , un arrêt du Pàrlerheiit de Paris y au sujet d'une affairé arrivée à Orléans, qui regarde la Constitution, et doht il a été parlé cUtessus ; lequel erijoignoit à i'évêque d'Orléans de détendre à* tous ses prêtres d'ihierrôger qui que- ce soit sûr le fait de la Constitution,- On a prétendu que le Parlëméht àvoit mis là la rïiâiri à Téncerisoin Cependant le Parlement h-a pas 'été content de l'entreprise du Conseil. 11 y a eu assemblée , le parquet envoyé à Fontainebleau pour demander lin jour pour des rémontrânees; Le ministre a dertiandé dës ïehrkkHtràiices par écrit. M. le premier président à été erivoyé député UVeb- autres et avec rem'ontrahôies; mais, ma Toi ! la fin de cela à été un néant sur les remontrances. Cependant lë cardîtial de Fleiiry, qui est assez doux, a fait écrire a'ù Roi une lettre à tous lëà évêque's, qui léut* ordonne d'empêcher qu'on ne parle dè la'Constittitioh dans là confession. Les cardinaux de Rûtian et de Bissy; et autres éve'qu es du parti de la Bulle, oïit été fâfchôë 'dfe cet-té lettré '; niais il a fallu eh passer pût là.
Lé mandëmêht de l'archevêque sïir M. Paris a bien du dessbiis. Nbh-séliiferiient on y a été pluâ que jamais ; et il s'est fait ou publié quelques mirâtles ; 'hrtais il y a eu samedi dernier, l'après-midi; 4 de ce mois, un contrerrtiracle, qui est victôrièuX pour les jansénistes, assommant po\iv les molinistes, hiaisqui est même embarrassant pour \éé gens d'esprit;
La veuve1 d'un soldat, demeurant sur lé Po.nt-au- Change, femme laide, de soixante ans, se portant bien, se met dans ridée d'aller visiter le tombeau dé M. Paris, .
t . Gafmellc Gautier, veuve de Pierre de Lonnc, soldat invalidé. La dêela-
ration fut rétractée en 1732 par cette femme, alors détenue aux Capucine»,
pour se divertir et se donner la comédie. Elle y arriva, contrefaisant la boiteuse et l'incommodée. On lui fit place, et, devant le peuple qui y étoit, elle se coucha sur le côté droit sur le tombeau du sieur Paris, comme cela se pratique. Un quart d'heure après, étant dans celte situation, elle fit des cris , demanda miséricorde et pardon à Dieu, la bouche lui tourna, et elle devint paralytique <du côté droit de la moitié du corps, de façon qu'on la porta à l'Hôtel-Dieu sur un brancard, accompagnée de trois à quatre cents personnes, qui crioiènt : « Miracle ! » dans les rues, et qui avoient quelque sujet d'être surprises. Cette femme , étant mal , a demandé son confesseur ordinaire, qui est M. Chaulin, prêtre estimé, habitué à Saint-Jacques-de-la-Boucherie, mais moliniste. Cette circonstance est importante; elle lui a avoué son impiété, et que ce qu'elle avoit fait étoit par dérision ; que si elle pou voit guérir, elle iroit faire une amende honorable publique au tombeau. M, Chaulin a exigé d'elle de faire une déclaration publique. Pour cela, il s'est transporté chez M6 Maullrot, notaire, qu'il a requis, lequel est venu à l'Hôtel-Dieu avec M. Bouron, son confrère ; et là, en présence de vingt-six personnes, dont on a commencé à prendre les noms et qualités, et qu'on a fait signer (parmi lesquelles il y a deux conseillers au Parlement, deux chanoines de Notre-Dame, des gens d'épée, des marchands), la femme a déclaré qu'elle se portoit bien auparavant; qu'elle avoit été là par dérision; qu'un quart d'heure après, elle avoit senti un engourdissement dans tout le côté droit, et qu'elle étoit restée dans l'état où on la voyoit, dont elle demandoit pardon à Dieu. On lève des expéditions de cette déclaration. Plusieurs honnêtes gens ont été voir cette femme, mais on n'y laisse plus entrer à cause de la foule. Voilà les faits au vrai. Le public est pour le coup convaincu, et on ne peut pas trop dire qu'il ait tort, car ceci est vif pour les faits. Sïl y a un dessous do cartes à celui-là, ma
foi ! il est finement travaillé, La femme n'a point dit qu'elle eût été engagée, ni payée pour cela, par qui que ce soit. On peut bien dire qu'on est guéri, quand on a contrefait l'estropié ; mais on ne se rend pas paralytique plus ou moins, et on ne retourne point la bouche par plaisanterie. Ce qui doit surprendre, c'est que ce soit un confesseur moliniste qui ait donné lieu à cette déclaration. On dit aussi que ces vingt-six personnes présentes sont toutes jansénistes. Mais que cela fait-il ? Les notaires n'ont écrit que ce qu'ils ont entendu. Encore un coup, ceci devient embarrassant; il faut attendre.
Copie de l'acte dont il est parlé ci-dessus sur une expédition scellée, délivrée et signée des notaires, qu'on m'a prêtée : on la vend imprimée ; mais , comme c'est sans permission, il peut y avoir du changement, et ceci est plus sûr :
« Aujourd'hui, 7 août 1731, six heures de relevée, est comparu devant les conseillers du Roi, notaires à Paris, soussignés en l'étude de Bouron, l'un d'iceux, messire François Chaulin, prêtre, docteur de la Faculté de théologie de Paris, y demeurant, au bout du Pont-au-Change, paroisse de Saiut- Jacques-de-la-Boucherie, lequel a requis lesdits notaires de se transporter présentement avec lui à VHôtel-Dieu de cette ville pour y recevoir un acte en forme de déclaration sur les faits qui y seront détaillés. Dont acte fait et passé à Paris, en ladite étude, lesdits jour, an et heure, et a signé la minute dès présentes demeurée à Bouron, l'un des notaires soussignés. Signé :
Maultrot, ' Bouron.
Et à l'instant, les notaires soussignés se sont transportés avec ledit sieur Chaulin audit Hôtel-Dieu, en la salle Saint- Martin, et nous sommes approchés du lit numéroté 51 , où étoit gisante Gabrielle Gautier, veuve de Pierre de Lorme, soldat invalide, demeurant à Paris, sur le Pont-au-Change, paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie, où étant, avons trouvé le lit environné de plusieurs personnes et entre autres de messire Gui Gentil, prêtre-maître dudit Hôtel-Dieu ; messire Patrice Girar-
174 JOLUNAL BAHBJËlt.
din, prêtre-, docteur en théologie de la Faculté de Paris; messire Angine Guignôn, ttbcteur rèrt théologie, chan'oîiie du Saint- S'éiMcrë; nîfessiré André ^ Claude ÏVugué, prêtrtH bàch'eliér eh drôïl ; niessire Gàsjiàrd Danrieau tife Visé, prèVré; messire Jean Gihr'd; prêtre; bachelier en itiëologie ; ïhëssire Jacques-Claude Martini curé tffe frhamftghy ; thfessire Gûniâùirie-Lbuis Séron, préiré, dôctéûr feÀ drbit ; ïiïeséire ÂnVôinè Côulin Aubin, prêtre, sacristain dudit . lldVél-bieù ; niéssîré François Méry, prêtre, niessire Jëah- François- Pinli^pe-Renë dé La BÏetterie, prêtre de r'Ôratoire: mès'siré 'ïéan-BàpUsie^ïaximiUen Titon, chevalier, conseiller au Paiement; Je'an*Frarïçois de La Brière, % écùyèr; 'niéssfr'e Blfurio-'Màxîniiiiéii Bertinde Vàûgieh, conseiller aû Païïenïënt-, commissaire aux requêtes du palais; Guillaume-Marcel Isaiieaui écuyeï; siem; ÏTe BretoiWilliérs; Denis deMontighy, écûyer; Jàcques-baûrent Criqûebeuf-Mirnbeau, marchand; AnLoine Vaillant, professeur au collège d'Harcourt; François Marchant» marchand; liiaître Guillaume Bohiieau, avocat au Parlement et ès Conseils du Roi ; messire Claude Serneau, prêtre de Saint-Victor; Louis Bégard, inspecteur dudit HôtèWDieu; Fïaûçois-Claud'e Êallin, cémmis à la recette dudit Hôtel-Dieu; messire Pierre^-Gérvais Lëfebvrè d'Aùbonne, prêtée, chanoine 'de l'Église dé Paris; messire Armand-Victor G'ûichon-, prêtre, aussi chanoiné de i'-Ë'glisë de Paris, et messire Claude Thibaudëau de La Poix* bachelier en théolôgie.
« Et ledit sieur Chauli'n a déclaré âuxdits notaires soussigné? que ladite vëûvë de Lorïne Payant appelé comme son confesseur Ordinaire, dimaiiche, 5 août présent mois, entre quatre et cinq heures du soir, elle Ta prié et requis, avant de l'entendre en coiVfessîony dè rendre publics les faits qui suivent :
« Qu'ayant ent'endu plusieurs de ses voisins et voisines qui ont été et vont à Saint-Médard visiter le tombeau de M. Paris, ils lui ont fait le récit dé ce qui è'y passe, sur quoi elle a toujours nlàrqué plusqû'è de l'incrédulité. Le 4 août, vers les dix hfeûr'es dû mâtin, elle se détermina à aller aussi à Sainl- Médaïd, où'elle éhtendit la tu esse. Après 'quoi, elle contrelit la boiteuse, alin de se procurer un passage libre. Étant parvenue
à la toinbe, soutenue dé deux personnes, ellé s'est fait mettre sur ladite tombé, du côté droit seûlemèrit, n'y ayant pas assez de place pour son corps entier; qu'y ayant été'ënVi'rbh tiïi demi quart d'heure, étendue sur ië côté drôit, ellé sfe sentit saisir saintement d'Un engôùMis'sëmèht sur ledit côté droit» et fût dans l'instant entreprise et percluse de la moitié de son corps - . cl il cl it côté dï'ôil. Dâtis éë môihent, elle cria miséricorde et avbuà publiquement que c'étôii pàrdénsiorï et rïioquerie qu'elle étoit véhuè audit tombëàu*, elle leva le iifîas gauche aù ciel eu déclarant qiië te' é toit la main die Dieu qui là frâpppit, et demanda du sfecours pour* se ïaiïë transporter tehoz elle; où éllo fut conduite dans ùne bï^ôtiettë par dés încoiihusj avec un grand concours de différentes personnes, d'où elle à été transportée dans un carrossé de place, vers les six hétirés après midi, audit Hôtel-Dieu; que le lendemain, ledit sieùr Chaulin a été mandé pour la confesser, ét avant de l'entendre en conféssion^ elle lui a fait le récit tél que dessus, leqùel récit il à à l'instant màiiifesté dans ladite salle à ceux qui y étôiérit ; ensuite il Ta confessée. Et îè lendemain lundi, Onze heures du
, il
matin, il à été rendii compté de tous ces faits dans le plus exact 'détail à môn'sfeijgnëûï1 l'archevêque de Paris dans son pa* lais, et Sa Grandeur lui a fait l'honneur de l'entendre avec * autant de bonté que d'attention.
\< Laquelle présenté déclaration, à la réquisition dudii sieur Chaulin, a été lue à haute et intelligible Voix par Maultrôi, l'un desdits notaires soussignéSj eu présèhce de son confrère et v dësdits sieurs susnommés à ladite veuvè dë Lorrhe^ laquelle a déclaré que toùs lékfaits'ci-dessus sont vrais, et à chacun d'eux a dôftïié à teïïteîidre eii disant : « Oui, qu'ils ëtoient dans l'èxacte vérité, -> et a aussi déclaré avoir prié ledit sieur Chaulin de rendre publics èt manifestes partout lesdits faits. Dont a été fait le présént acte, en ladite salle^, lesdits jour et ahj âpres y avoir vaqué jusqu'à huit heures ladite veuve de Lorme a déclaré ne savoir écrire ni signer, de ce interpelée. Ledit Chaulin et les autres ont signé en la minute des présentes, demeurée a Bouron, notaire. Signé : Moultroï, Bourqn.
JOURNAL DIS lUHBifciî.
Ce M. Chaulin, on dit que c'est un homme qui ne * s'est pas déclaré sur le parti ; mais cependant je le crois plus janséniste qu'autrement, car il paroît bien par là que c'étoit lui qui avoit invité tous ceux qui se sont trouvés à ce lit pour entendre la déclaration, et qui sont de bons jansénistes.
Au surplus, cette déclaration ne nous prouve encore rien; elle n'est pas môme faite par la femme, mais par . Chaulin tout de suite. On se contente, à la fin, de dire qu'elle a répondu oui sur tous les faits. Pour faire ce procès-verbal plus adroitement, il falloit que Chaulin interrogeât la femme, sur chaque article séparément, devant tout ce monde, et qu'elle répondit quelque chose» cela n'auroit pas été si bien dicté, et cela aùroit eu quelque chose de plus vrai.
Cela ne prouve seulement pas qu'elle ait été à Saint- Médard; il n'y a là personne qui Ty ait vue. Cela ne prouve pas qu'elle se portât bien auparavant. Ainsi il faut à cela une petite information. Cependant elle en est revenue, à la clameur publique; et je l'ai su moimême dans le chemin, une demi-heure après qu'elle fut passée.
Mais je ne sais comment notre archevêque se dispensera de le faire; car vingt-trois curés de Paris lui ont présenté une requête par laquelle ils requièrent qu'il lui plaise faire informer des miracles que l'on répand dans Paris, pour savoir s'ils sont vrais ou faux \ Je ne. sais comment il se tirera de.cette requête (je l'ai). Il a dit dans son mandement qu'on ne devoit point regarder comme miracles des faits qui n'étoient pas constatés par Tévêque, par l'ordinaire. Dans le bruit qui se répand dans, celte ville, les curés, qui ont charge d'âmes, ont un intérêt sensible qu'il soit statué sur la vérité ou
1 . Requête présentée à M . V archevêque de Paris par les curés de Paris , / / >vjc( tics miracles qui s'opèrent tous les jours, au tombeau de Jtf. Vabbi >e / ci -'V. — llcvure rètro&pect., %* série, tf n, p, 1 45-1 47.
fausseté de ces miracles, pour diriger là-dessus leurs paroissiens. Ce qui est certain, c'est que si on informe, il y aura bien des faux témoins de part et d'autre. Les uns, gagnés par argent, du côté du molinisme; les autres qui, par l'instigation des confesseurs, croiront servir à la gloire de Dieu en déposant pour l'honneur du jansénisme ce qu'ils n'auront pas vu.
En tout cas, malgré le mandement de l'archevêque, qui défend de rendre un culte au tombeau de M. Pâris, madame la princesse de Conti, seconde douairière1, qui est aveugle depuis quatre bu cinq ans, et qui a fait tous les remèdes imaginables, a été à Saint-Médard, vendredi dernier, 17 de ce mois, à trois carrosses, pour y commencer une neuvaîne. Elle ira, le premier et le dernier jour de la neuvaine seulement, et le reste on y va pour elle. Elle y a, dit-on, beaucoup de confiance. Si elle alloit y voir un peu clair, non-seulement le parti moliniste seroit nove; mais nous serions nous-mêmes tous confondus, car tout le monde sait qu'elle est réellement aveugle, et Ton se doute bien qu'elle n'est pas gagnée, cette princesse du sang, par aucun des deux partis. Le bouleversement que cela feroit dans les affaires du temps seroit indubitable.
Si le parti janséniste prospère à Paris, il n'en est pas de même à la Cour. Depuis le retour du Roi de Fontainebleau, au commencement de ce mois, le Parlement s'est assemblé et ne s'est pas tenu pour battu par le néant mis sur ses remontrances. Ils ont délibéré qu'il falloit faire d'itératives remontrances plus vives, qu'il falloit même percer jusqu'au Roi, qui éloit obsédé de son ministre, et qui ne savoit pas le vrai de toutes ces choses, et leur importance, toujours par rapport à l'arrêt du Conseil qui casse l'arrêt du Parlement de Paris. On a donc porté d'itératives remontrances. Le premier président, avec deux présidents à mortier députés,
! , Voyez plus haut, 1. 1, p. 208, note ( . Marîc-Tbérèse de Bourbon.
178 JOUI IN AL DE BAlllHER.
alïùrciit; àvàrit-hicr 18 de Ce mois, chercher la réponse. Le Roi leiii" à jwlë lui-même; suivant le bruit de ce matin, et leur à dit qu'il étoit encore plus mécontent des dernières rërfiôhtrancés que des premières , qu'il étoit fort riiéébntènt de son Parlement, et qu'il chargeait Bi. lé premier président de lui en rendre compte, qu'il lui défendoit de -c'ônnoître de 'cette matière, et qu'il vôuloit être absolument obéi.
. Ijésftrifetés rôbiris n'ont eu qu'une révérence à faire et â plier bagagë. Ce matin 21, lé premier président a ajinôncé cétte réponse à messieurs de la Grand'Chambrê; erïsûilè les coHittiissài'rtes des chambres des enquêtes feé sont rendus aii Cabinét que Ton appelle, > c'ésUà-diré à la plrëmière chartibre des enquêtes pour rHisdnhërbh ëohSéquëncie. Mais que feront-ils? 11 paroit que le Roi à voulu parler en maître. 11 y a même de rihiprudéhcé à fàtiguer la Cour de toutes ces remontrances. Ils se plaignent que le Roi ne voit rien par luimême, et qii'il est ôbsédé; mais ils doivent bien s'atteridrè qu'fen leur fâisahtune réponse lui-même, il a sa leçon faitiéj et tjû'iî ne dit que ce que le cardinal lui a recommandé; Ainsi cela* devient des pas et du temps perdus. Cela ne fera pas augmenter les charges qui ne sont aujourd'hui qu'a quarante mille. livres.
Mais il y à eus sur la fin dû voyage de Fontainebleau, lift autre bruit; qui feroit line grande diversion dans les affaires du tëmp's. On a trouvé Te Roi fort rêveur.. On a dit pâftbut qu'il étbit devenu amoureux de la jeune duchesse 'd'e Btmrhoh, qui n'a que seize ans, petite, mais fort jolie et de beaucoup d'esprit* de la maison de Hesses côhsihfedu rôi de Suède. et sœur de la reine de Sardaigne, très-haute: Si cela est, cela intrigue fort lia Reine et le cardinal i qlte cette aventure réunira, car le cardinal ii'étdit pas^de ses iariiis. C'est le cardinal qui a exilé M. le Duc*, étant premier ministre; voilà son plus cruel ennemi. Si la jeune Duchesse a du dessus, et qu'elle écoute,
le cardinal ne peut pas rester en place. Avant le voyage de Fontainebleau , on îfvoit arrêté mi voyage de Compiègne pour le mois de septembre; mais on lie sait plus ce que le Roi fera/ On dit même qu'il -pourra aller à Chantilly. Si ce|a est, on dit que le cardinal se retire; enfin on parle de beaucoup de divisions et de changements à Ja Cour. Cependant il faut avouer que le Roi, qui ne veut point se mettre à la tête de ses affaires,' a grande confiance au cardinal. Il ne Ta même qu?en lui, et il n'est pa§ iriême à souhaiter qu^il y ait du changemenj;. (Ce bruit ne paroît pas même avoir de suite/ "
Comnjg je pauvre cardinal n'est pas ainjé dès jànsér nistes, qui sont en gnmd nombre, on lui a fait un petit portrait en vers peu avantageux : *
Confondant du passé le fojble gouyenir, Ébloui du présent, sans percer l'avenir,.! Dans l'art de gouverner décrépit et novice. Punissant la vertu, récompensant le vice, Fourbe dans le petit, et dupe dans le grand, Voilà le cardinal, accablé de son rang!
Nos bons amis les Jésuites sont malencontreux. En même temps que les affaires de la religion, les miracles de M. Paris, les persécutions qu'on a faites à tous les prêtres leur ont attiré, on peut le <iire, Ja jiaine de la plus grande partie de Paris. Il est arrivé pne diable d'histoire au recteur.de la maison des Jésuites de Toulon, homme de cinquante ans, appelé le père Girard1, qui fait un procès épouvantable au parlement d'Àix, dans lequel il n'est accusé que d'avoir suborné une pénitente
i. Jean-Baptiste Girard, jésuite, né à Dole, était âgé d'environ cinquante ans lorsqu'il fut apjpelé d'Aix à la direction du séminaire de la marine. Il passait pour faire des saintes. .Cette grande réputation subit un grave échec par la dénonciation de la jeune Cadière. Malgré tout le ridicule et Pétraugeté de ce procès, dont le père Girard sortit sain et sauf, ses supérieurs renvoyèrent comme recteur à Dôie, ou, dirent ses confrères, il mourut, en 1 7 33, en odeur de sainteté.
180 JOURNAL DE DARRIER*
de dix-huit ans, nommée mademoiselle Cad icre\ do l'avoir ensorcelée, de lui avoir fait un enfant, et de l'avoir fait avorter/ Nombre de mémoires imprimés de part et d'autre se distribuent publiquement à la porte des promenades et des spectacles. Ils s'impriment à . Paris, quoique faits à Aix, et on ne peut pas y suffire. Mais je ne comprends pas comment les Jésuites, parleur crédit, n'ont pas fait assoupir une pareille affaire, et comment, dans le ministère, on a permis d'imprimer- des sottises et des horreurs pareilles à ce qui est dit de la part de la demoiselle Cadière sur les sortilèges et sur le particulier qui étoit entre elle et le bon religieux.
On se doute bien qu'une fille par un Jésuite a
donné occasion à de bonnes plaisanteries. Voici une chanson :
Chez les Jésuites de Toulon, Est arrivé grand carillon.
Un recteur, outré de colère, Au confesseur Girard a dit :
^ « Eh ! fi ï méritez-vous, mon père,
De porter un si saint habit?
Quoi donc des filles! quelle erreur A séduit votre lâche cœur?
Il est vrai que plein d'indulgence * Pour nos pauvres convalescents, Nous leur en laissons par souffrance.
Mais pour vous, c'est un contre-sens.
Il vous sied bien d'être galant, Autant vaudroit être appelant 2.
1 . Marié-Catherine Cadière, alors âgée de dix-huit à vingt ans. Rlle prit pour directeur le" père Girard et eut sous son influence des ettases et des visions. Un carme janséniste remplaça le Jésuite et fit faire l'aveu à .sa pénitente de tout ce qui s^était passé entre elle et son ancien directeur. Et l'on prétendit que le père Girard avait eu recours à des maléfices pour abuser do la vertu de mademoiselle Cadière,