‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 30 sur 90 · I. A quoi monte son inventaire. (Note'dç Barbier · texte numérisé non relu

I. A quoi monte son inventaire. (Note'dç Barbier

de l'infidélité d'une maîtresse à laquelle il étoit fait, et avec qui son caractère et son humeur n'étoient point gênés; peut-être aussi, pour se dissiper, s'en est-il donné trop tôt avec quelque autre femme* Il étoit caché de manière qu'il n'avoit pas un ami à qui il confiât ce qu'il avoit dans l'àme, absolu même dans sa façon mystérieuse, qu'il auroit mal reçu les curieux. Il lui a pris, il y a neuf à dix mois, une maladie de langueur.et une fièvre lente. 11 a voulu se choisir de fantaisie un médecin. Il a mis sa confiance dans le sieur Gendron, qui a élé grand oculiste, mais qui n'a jamais passe ni été médecin. Cet homme étoit retiré à Auteuil. Le malade a emprunté dans ce village une maison guinguette 1 de Samuel Bernard. Les gens extraordinaires sont sujets à prévention. 11 a reçu là un concours de visites pendant ■ sa maladie jusqu'à la semaine qu'il est mort. Il n' avoit point d'autres amis que deux valets de chambre , qui éioient à lui depuis dix ans, et qui étoient faits exprès à sa façon de penser pour la discrétion et le secret. C'est h eux qu'il a parlé pour la dernière fois. Son père étoit sorti de sa chambre. Il leur a avoué qu'il mo.uroit de chagrin ( je le sais), et il est mort sur-le-champ, ayant toujours eu son bon sens. Je suis sûr qu'il n'en avoit jamais tant dit à personne. 11 leur a bien donné des marques de son amitié ; il leur a laissé à chacun trente mille livres, legs exorbitant pour des valets de chambre, disant au notaire qu'il mouroit assez riche pour les mettre en état de ne plus servir personne après lui. Il n'a laissé quoi que ce soit à aucun de ses amis, pas même à ceux envers qui il étoit chargé de reconnoissance. 11 a fait son père son légataire universel, plutôt par honneur, je crois , qu'autrement. 11 fit jeter au feu un testament olographe qu'il avoit fait, et il en a fait un le matin du vendredi qu'il est mort.

11 est arrivé aventure gaie au magasin de l'Opéra. -

l. Petite maison de campagne* [Dktt de Boiste).

Gruer \ le premier des directeurs de l'Opéra, avoit chez lui à diner Campra2, directeur de la musique, qui à présent est, fort vieux, mademoiselle Pélissier, à la fameuse histoire ci- dessus, mademoiselle Camargo3, fameuse danseuse, mademoiselle Duval, L'aînée n'a point d'autre nom au spectacle que la Constitution4. Tel la connoît sous ce nom-là, quand elle chante, qui ne sait pas qu'elle se nomme Duval, et cela parce que l'histoire dit qu'elle est fdle d'un nonce5 du pape, pendant sa résidence ici à Paris. À cause de cela, sa sœur cadette est appelée le Bref. Après le dîner, ces folles, qui avoient ua peu bu et s'étoient échauffées à chanter et à sauter, avoient besoin de changer de chemise. 11. n'y en avoit point de femme ; elles prirent des chemises de Gruer, et ne jugèrent pas à propos , pour prendre le frais, de remettre de jupons ; elles rentrèrent ainsi dans la chambre de gaie humeur. Cela commença par un patinage général ; il fut ensuite question de montrer ses c... (parce que tout le reste est assez vilain à ces créatures; il n'y avoit que des t mois et pendants). Le

1 . Gruer, directeur de l'Opéra, fut destitué, quelques mois après, par suite de cette aventure.

2. André Campra, compositeur, né à Aix en 1660. Ll a écrit des cantates, des motets, des opéras, parmi lesquels on cite l* Europe Galante et le Carnaval de Venise. 11 mourut à Versailles, en 1744, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

3. Marie-Anne Cupis de Camargo, célèbre danseuse, était née à Bruxelles le 15 avril, 1710. Elle débuta à Paris dans le ballet 'des Caractèreë de la danse. Maîtresse du comte de Clermont, elle quitta L'Opéra en 1734, pour ll première fois, reparut sur la scène six années après, puisse retira tout à fait en 1751. Dès lors, elle vécut dans la retraite et mourut jeune encore, le 28 avril 1770, Elle était d'origine noble par son père, gentilhomme Italien, et par sa mère de la famille de Camargo, Voltaire lui a adressé ces vers :

Ab! Camargo, que vous êtes brillante!

Mais que Sallé, grands dieux, est ravissante ! etc.

As Mademoiselle Duval du Xillet était plus connue sous le nom de la Constitution ou la Bulle, 'parce qu'elle passait pour être la fille du nonce Benti~ voglio. Cette chanteuse est l'auteur de la musique de l'opéra des Génies, qui fut représenté en octobre 1736.

5. Cornélio Bentivoglîo, archevêque de Carlhagc, cardinal et poète, i Gôé* 17*2.

ï6G JOUIWÀL DE liARBIËU.

bonhonime Campra iriit ses ltiriètteâ; on visita chaque c avec grande attention, et même cérémôhié de tous, do façon que cette petite- débauche a été surnommée dans Paris ï-adorationdesc...: Les fenètresdëla chambre où cette scène Se Rassoit étoieht ouvertes, et tous les gens -qui sont dans ce magasin en ont été témoins. Cela est parvenu aux oreilles.de M, Hérault,- lieutenant de police,- qui n'a pas trouvé cela bon. Mais la nécessité du plaisir public rend tous ces géns des personnages impoïtàhts dans Y État et leur pt&cùre Uîië espèce d'impunité-; du moins cela à-t-il occupe ûè$> thansorinièrs de nôtre bonne ville1. Eh voici ùhe^petile sur -l'air site tous lèk capucins du motide : -

Au. magasin de Sain t-Nicaise *,

Les filles y montrent à leur aise

C n»ou, c. noir et c. Vilain;

Hérault, dit-on, s'en formalise8.

Elles sont dans leur magasin,

C'est pour montrer leur marchandise!

Le Roi est parti dans ce mois-ci pour Fontainebleau, et la Reine aussi pour y rester jusqu'au mois d'août. On dit qu'il n'y a presque personne que les gens nécessaires par leurs emplois, et que Ton s'y meurt d'ennui. Le goût du Roi continue toujours pour la chasse- L'on dit même qûec'est moins la châsse en elle-même c|ûe Tfcnvie de courir, de changer dè lieu et dè situation, né prenant apparemment de -plaisir à.quoi que ce soit.

1. On trouve ërt effet dans le Recueil de 3fàiirepas^ t. xvn; plusieurs chansons plus que grivoises sur cette aventure. L'une d'elles (>6rte pour litre : Description des fêtes PèlmUnnes. Gentil Bernard a fait aussi une pièce intitulée VOrgie. Voyez les Mélanges de Bois-Jourdain, t. n, p.

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