‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 33 sur 90 · A Avignon, [Noie de Barbier · texte numérisé non relu

A Avignon, [Noie de Barbier

4. Nous croyons ne pas devoir reproduire ici une longue et ennuyeuse pièce, La Girardière, que Barbier insère comme document dans son Journal, mss.t t, ii, p, 395,

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qui rétablissent son mandement du mois de janvier dernier, par lequel il déelaroit les quarante avocats même hérétiques. On a dit parmi nous que» si cela paroi ssoit, on prendroit son parti.

Ma foi ! le mémoire imprimé est tombé dans les mains de quelque avocat. Jeudi dernier, 23 de ce mois, à six heures du matin, les avocats s'assemblèrent au Palais, Ils allèrent, au nombre de trois cents, chez M. le premier président lui porter ce mémoire pour en demander la suppression. Le premier président dit qu'il ne Tavoit point encore lu, qu'il falloit l'examiner ; il leur fit, au surplus, bien des politesses. Celte réponse étoit bien de Cour. Dans ce temps-là, M. Hérault, lieutenant de police, vint chez lui* Étant descendu de carrosse, il vit un peu de peuple amassé; il demanda au suisse ce que c'étoit, qui lui dit que tous les avocats, au nombre de quatre ou cinq cents, étoient en haut. H monta six marches , et ayant réfléchi , il remonta dans son carrosse et s'en alla, ne voulant pas apparemment essuyer la réception de ces messieurs.

De là, les avocats revinrent au Parquet présenter aussi ce mémoire à M. le procureur général, qui répondit même qu'il n'en avoit pas de connoissance. Prévost," avocat, qui est homme infiniment savant dans ces matières, sachant tous les livres où on peut trouver des principes et des matériaux, et qui a beaucoup servi à faire ce beau mémoire qui n'a pas paru, sur tes deux puissances, dit à M. le procureur général qu'il devoit se mettre à leur tête pour demander la suppression de cet écrit dont on lui fit l'extrait, et qu'il savoit aussi bien qu'eux. Prévost lui parla même durement, parce que c'est un homme violent, peu mesuré, et ayant tout i€ brute de la science sans éducation. Ce jour-là, on ne plaida pas dans tout le Palais, du moins il n'y eut qu'un avocat qui, sans savoir cela, plaida une cause à* la CramVOhàmbre. Aux enquêtes et aux requêtes du .Pa-

lais, les présidents eurent l'attention de ne point donner de défaut quand on disoit qu'il y avoit un avocat chargé. Il y a eu des assemblées chez M. Le Roy de Vallières, le jeudi après midi, le vendredi jour de saint Barthélémy, et le samedi fête de saint Louis, dans' lesquelles il a été résolu de cesser toutes les fonctions des avocats. , Le vendredi, le mémoire a paru dans Paris avec l'arrêt du Conseil, qui est du 30 juillet dernier1. On a attendu à le donner à la veille des trois fêtes et même après la Notre-Dame d'août, que les plus grandes affaires du Palais sont en état pour être jugées sans le ministère des avocats. On a seulement colporté et distribué le mémoire et l'arrêt, qui tiennent ensemble, sans le crier, ce que la Cour a défendu apparemment par politique, à cause du peuple.

Par le mémoire, l'archevêque de Paris se plaint de l'arrêt du Parlement, du 5 mars dernier, qui avoit déclaré qu'il y avoit abus dans le mandement de l'archevêque, du 10 janvier dernier, avec défenses de le publier, et du plaidoyer de l'avocat général. Il y rappelle toutes les propositions de son ordonnance et les soutient bonnes, même les qualifications d'erreurs, témérité, même hérésie, qu'il lui a plu de donner à la consultation des quarante avocats. Et par l'arrêt du Conseil, le Roi évoque à lui la connoissance de l'appel comme d'abus interjeté par son procureur général du Parlement de Paris ; lève les défenses portées par les arrêts, et permet à l'archevêque de faire distribuer son ordonnance du mois de mars dernier, et ordonne que toutes disputes à cet égard seront suspendues.

Cet arrêt fait un grand bruit dans la ville, où presque tout le monde, soit avec connoissance , soit par la seule

i . Mémoire présenté au Boi par Varchevcque de Paris,, au sujet de l'arrct du Parlement du 5 mars 1 7 3 1 , qui reç oit le procureur général appelant cfimme d'abu^ etc., avec l'arrêt du conseil rendu en conséquence. Paris, J73tt iu-4°, .56 pages.

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expérience de tout ce qui se passe depuis un temps, est persuadé que le clergé veut s'arroger des droits et un pouvoir aux dépens de l'autorité royale. . Le dimanche au soir, 26, j'avois chez moi à souper un des quatre ministres ; mais ces messieurs ont bouche close sur les nouvelles , et je ne pus savoir ce qui avoit été résolu par rapport aux avocats, en cas qu'ils cessassent leurs fonctions. J'appris seulement que les gens du ttoi avoient été mandés , et qu'ils étoient venus le matin à Versailles. Il me dit seulement que, ne plaidant pas, cela ne me regardoit pas ; d'autant que je n'ai signé aucune consultation, ni assisté à aucune assemblée. 11 sembloit seulement qu'il devoit y avoir en général quelques lettres de cachet contre les plus obstinés. Ce qui pouvoit aussi se présumer par une lettre que M. le garde des sceaux écrivit, le dimanche, à M. de La Vigne, avocat consultant, qui est son conseil, par laquelle il lui mandoit qu'il s'étonnoit qu'un homme aussi sensé et aussi prudent que lui fût chef de parti dans une affaire comme celle-ci; que cependant il feroit son possible pour lui rendre service. Cependant M. de La Vigne n'est, point des quarante, et ce reproche ne pouvoit venir que de ce qu'il avoit assisté aux assemblées. Cela marquoit quelque menace.

Lundi matin, aucun avocat ne s'est présenté au Palais," à la Cour des Aides, ni au Grand Conseil. On a ouvert la petite audience à la Grand'Chambre ; quelques procureurs ont plaidé; on a ouvert la grande audience, la Grand'Chambre en place ; on a appelé les placcts, et, ne s'étant présenté aucun avocat, on a fait fermer la porte. Aux requêtes du Palais , on n'a point donné de défaut contre les avocats. A dix heures et demie, le premier président a envoyé chercher toutes les chambres, et il y a eu assemblée, dans laquelle il n'a point été queAiQn des avocats , mais des remontrances qu'ils avoient tant envie de donner pour leur affaire d'Orléans , et au sujet

de laquelle ils avoient été si mal reçus du Roi et du cardinal. Je crois que les avocats généraux, qui ont été dimanche à Versailles, avoient rapporté au Parlement que l'on permettroit pourtant de s'assembler pour voir ce qu'ils avoient envie de remontrer; car il fut délibéré que des commissaires de chaque chambre iroient l'aprèsmidi chez le premier président pour travailler à de nouvelles remontrances. Et je crois en même temps que cette permission, de la part de la Cour, ne leur a été dqnnée spécieusement que pour les amuser, d'autant que le bruit étoit que lés chambres des enquêtes dévoient s'assembler à la première , qu'elles appellent leur Cabinets pour se joindre aux avocats dans cette affaire-ci contre l'archevêque. Peut-être a-t-on voulu faire cette diversion ; car à propos de quoi les laisser assembler de nouveau, quand le Roi leur a dit en personne qu'il étoit très-mécontent de leur conduite ?

Lundi mâtin, il arriva une histoire gaillarde au Palais, pendant que la Grand'Chambre étoit fermée. Il y avoit, dans le parquet des huissiers , un abbé1 en habit long, assis sur ces bancs avec d'autres gens de toute espèce, clercs, laquais et autres. 11 chercha d'abord de parler mal de M. Paris, et ensuite des avocats- Cela excita du murmure, ma foi! Cette populace" se jeta sur l'abbé, on le culbuta sur les bancs, on lui déchira son rabat et son manteau, on le chassa avec huées du Palais. Il y avoit dans la grande salle, à, ce que Ton dit, une douzaine d'exempts de M. Hérault, en "habit bourgeois, pour voir ce qui se passoit, mais ils ne se mêlèrent pas dans ce démêlé, et ils firent sagement.

Il y eut un avocat original, nommé M. de La Barre, grand homme sec et perruque noire, qui, tous les jours, vient au pilier des consultations et qui n'est jamais consulté. Il s'est avisé, lundi, d'y venir, en robe, à son ordinaire, comptant peut-être qu'étant seul> il seroit

* i . I/abbé Mergé. "

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consulté bon gré mal gré ; les marchands se sont telle-, ment moqués de lui qu'il a été obligé de s'en aller.

Aujourd'hui mardi, les avocats n'ont point été au Ghâtelet. Tous les cabinets sont fermés pour les consultations et pour les arbitrages d'affaires qui étoient en train. On n'a pas entendu parler d'aucune lettre de cachet, ni d'aucun mouvement. Il faut attendre ce que cela deviendra^

Aujourd'hui, jeudi 29, il y a eu dix lettres de cachet délivrées à mes confrères les avocats. On les a. portées toutes ce matin à dix heures et demie. Elles sont pour sortir de Paris dans vingt-quatre heures, et ils sont exilés dans de petites villes : d'Anjou, du Maine, du Blésois, de Bretagne, du Perche, Le plus loin est Mayenne, au Maine. Le Roy de Vallières, bâtonnier en place, est un des exilés ; il va à Vierzon en Berry ; Prévost, qui est un des plus entêtés, et qui a parlé avec peu de ménagement. Il y en a quatre, qui ne sont pas de^ quarante, qui ont signé, te mémoire, et qui avoient apparemment quelque note particulière , ainsi que M. Rousselet , ancien bâtonnier. Il y a apparence que ce sont de ceux qui ont pris parti contre M. Tartarin, dans la dernière affaire, au sujfct du tableau. Des quarante, on n'en a point adressé, aux consultants, ni à. ceux qui ont un nom ; il n'y a que Laverdy, distingué dans I9 plaidoirie , qui ait eu une lettre de cachet. On dit qu'il en doit encore paraître. Il s'agit de: savoir quelle issue cela donnera , d'autant que Ton dit que les avocats de Rouen et ceux de Rennes, se sont déjà joints, en finissant leurs fonctions.

Les gens du Roi ont retourné, lundi dernier, à Versailles.; on leur en avoit, donné Tordre le dimanche. On dit que M. l'avocat, général Gilbert des Voisins s'est jeté aux pieds du Roi pour lui dire qu'il ne pouvoit pas lui marquer plus sa fidélité qu'en lui remontrant, que, Sa Majesle . étoit .trompée par ceux qui l'environnoient. Le Roi est, dit-on, d'un air fort triste, parce qu'on lui rornpt la tête

de toutes ces choses auxquelles il n'entend rien, et dont au fond il ne soucie guère,

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