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LISTE DES EXILÉS PAR LETTRES DE CACHET DU JEUDI

Le Rôy de Vallières, bâtonnier, à Vierzon, Berry.

Rousselet, à Bellême, au Perche.

Prévost, à Mayenne, au Maine.

Laverdy, à Renay-le-Duc, Bourgogne.

Le Comte, au Lude.

Soyer, à Bourg, en Bresse.

Comtesse, à Romoranlin, Blésois.

Paillé1- du Maignou, à Château-Chinon.

Gin, à Décise.

Pageau , à la Ferté-Bernard 2.

On dit que jeudi, ces messieurs ont reçu quantité de visites de toutes sortes de gens, surtout Laverdy, et que même plusieurs personnes leur ont porté et offert de l'argent.

Aujourd'hui vendredi, les choses sont au même état; on n'a point été aux audiences, et il n'est pas possible même qu'aucun avocat s'y présente.

Septembre.

M* de La Fare enfant perdu. — Son mandement. — Ducs et pairs convoqués au Parlement. — Paillé des Brunières* — Calotte sur les miracles de M. "Pâris. — Lettre de M. dcCoîslin, évêque de Metz. — Mandement de . M. de La Fare. supprimé par arrêt, du Conseil. — Anne Le Franc appelle comme d'abus du. mandement de M. l'archevêque, de Paris, — Bruits divers. — Réponse du chancelier aux remontrances du Parlement. — Le " Parlement prépare un arrêt des Maximes. — Cet arrêt biffé par ordre du Conseil* — ïsabeau greffier. — Autre arrêt sur la Constitution Unigenitus. — La £raod;Chambre et le Parlement. — M. Le Camus, premier président de la Cour des Aides. — M. de Maisons meurt de la petite vérole. — Les Nouvelles ecclésiastiques , l'imprimeur découvert. — Bullot — Miracles du diacre Pâris. — L'abbé Bécheran. — Mécontentement des évêques. —

1. C'est un abbé de soixante-dix ans, qui est janséniste et nouvelliste, mais qui ne fait rien comme avocat. (Note de Barbier.) , 2. Voyez Fournel, Histoire des. Avocats, t. u, p. 447#,

JOIjUNAL DE IîAIIMëA.

t Mandement de Parchevêquc d'Embrun supprimé par arrêt du Conseil. lirefs du pape- — La Vie de M. Pâris* — Le Monde renversé* — Suites de l'affaire du P. Girard ot de La Cadière. — Conclusions du parquet.

Samedi, 1er septembre, le Parlement s'est assemblé. 11 fut question d'abord de remontrances que le Roi a permis nouvellement de faire au Parlement. M. Dupré, conseiller de la quatrième, dit qu'il falloit aussi y ajouter Tafiaire des avocats. 11 y eut aussi un autre objet trèsimportant.

M. de La Fare, évêque de Laon, fait le diable. C'est apparemment l'enfant perdu du clergé, et c'est d'intelligence avec eux qu'il porte les choses à l'excès. 11 a fait publier un mandement, qu'il a fait distribuer à Paris, qui est une dure déclaration contre M. l'avocat général Gilbert des Voisins et contre le Parlement. Cela a paru si grave que messieurs du Parlement ont rendii un arrêt par lequel le mandement a été déposé au greffe du Parlement, pour constater le corps du délit. Et, comme on. a jugé que cela méritoit mieux que d'être supprimé et brûlé, et qu'il y avoit lieu d'attaquer personnellement M. Tévêque de Laon, on a remis l'assemblée à mardi prochain , et on a arrêté que MM. les ducs et pairs seraient invités de s'y trouver, attendu que M. l'évêque de Laon est second duc et pair ecclésiastique.

On ne croit pas que, de la part de la Cour, on laisse avoir lieu à cette assemblée. Il n'y a plus que trois ou quatre jours pour amuser le Parlement jusqu'à la Vierge. Et , pour commencer, on a mandé le Parlement pour ; venir rendre compte de ses remontrances. Ainsi point d'assemblée pour aujourd'hui mardi.

11 y a eu une bévue dans les lettres de cachet : au lieu de Paillé du Maignou, c'étoit Paillé des Brunières, qui est un jeune avocat fort vif et fort étourdi. L'on dit que, depuis le jeudi, il a dit partout qu'il falloit qu'on se. fut trompé; qu'on ne connoissoit presque point Paillé du Maignou pour avocat, et que ce devoit être lui. Aussi,

dimanche, 2 septembre, on lui a porté une lettre de cachet pour aller àChâteau-Chinon, en la place de Paillé du Maignou, que Ton a rappelé. Et dans la lettre » il y avoit ordre de partir dans une heure. Cela a paru dur au public; mais la raison, c'est qu'on n'a pas voulu lui donner le temps de courir de porte en porte. ~ Les avocats paraissent' toujours déterminés à tenir bon pour ne point faire le service* Que fera-t-on pour, une chambre des vacations? C'est ce que Ton attend, et il est pourtant temps d'y songer.

En attendant toutes ces affaires, on a fait une Calotte1 sur les miracles de M. Paris, qui est très-forte contre le gouvernement.

Lettre de M. le duc de Coislin, évêque de Metz, à M. le . cardinal de Fleury, qui a été répandue dans le public, au sujet des affaires présentes :

« J'ai reçu la lettre que V. Exc. m'a fait l'honneur « de m'écrire. La paix est, Dieu merci ! dans mon dio- « cèse ; mais s'il arrivoit par malheur quelque trouble, « j'ose vous assurer que je suis plus en état d'y mettre « ordre que Messeigneurs les évôques de Cour; ainsi a trouvez bon que je ne fasse point de part à V. Exc, « de ce qui s'y passera. »

Pour empêcher l'assemblée des ducs et pairs avec le Parlement, au sujet de l'évêque de Laon, le dimanche, 2 de ce mois, le Roi a rendu un arrêt dans son Conseil, par lequel il a supprimé le mandement de l'évèque de Laon, comme contenant une déclaration contre M. l'avocat général Gilbert, et manquant au respect du au Roi et à la justice ; lui fait défenses d'en publier de pareils, à peine de saisie de son temporel, et de procéder contre lui par autres voies de droit. Et, attendu l'abus fait par lui du privilège général, qui lui avoit été accordé, èn 1724, pour l'impression à Laon de mandements et instructions à l'usage de son dioçèse, révoque, quant h

présent, ce privilège, sauf à lui en accorder de particulier dans le besoin.

. Ceci est assez bien réglé,- et cela lie les mains au Parlement sur ce qu'il auroit pu faire de personnel contre Févêque de Laon, et en môme temps le petit évêque est attrapé , car il avoit un mandement tout prêt, plus fort que celui-ci ; mais il comptoit que ce seroit au Parlement qu'il auroit affaire, au lieu que sa partie à présentest le Roi ; et .puis, comment fera-t-il pour faire imprn mer? Mais cet arrêt du Conseil, qui paroît d'ailleurs très-sage, porte avec lui un autre inconvénient, qui est que c'est un duc et pair que Ton traduit au Conseil des Dépêches, et que Ton retire de sa juridiction naturelle, son droit étant certain de ne pouvoir être jugé que par le Parlement. Cela pourroit être pour le corps des ducs, d'une conséquence infinie. Un premier ministre puissant, qui auroit quelque haine secrète contre un duc, pourroit entreprendre de le perdre en lui faisant faireson procès dans le Conseil du Roi, ou par des commis-, saires, et il n'auroit point à craindre d'injustice, étant jugé par le Parlement. On pourroit dire, d'un autre côté, , qu'il n'y a rien, dans l'arrêt du Conseil, de personnel, contre lui.

Cependant, on dit que MM. les ducs et pairs l'ont pris mal, et qu'il y en a quarante qui ont formé opposition à l'arrêt du Conseil du 2 septembre 1731 . Cela deviendroit sérieux, si le corps des ducs et pairs se joignoit au Parlement pour soutenir leurs droits.

Le 3 de ce mois, le Parlement a répondu une requête d'appel comme d'abus sur une consultation signée de MM. Duhamel, Guérin de Richeville, Guillet de Blaru et Aubry, le 29 juillet 1731, présentée par Anne Lefranc, qui est cette prétendue fille guérie miraculeusement au . tombeau de M* Paris, contre le mandement de M. l'archevêque de Paris, ;du 1£> juillet 1731, qui déclare le ] prétendu miracle faux et supposé. Appareminçnt qu'a-

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.près les vacations, cet appel sera évoqué comme les autres. Celte requête a été faite par Aubry. Cela indisposera encore la Cour.

On répand dans Paris qu'il y a un accommodement, par rapport aux avocats, sur ce que M* l'archevêque de Paris est parti pour Versailles, mardi 4, sur un ordre qu'il avoit, dit-on, reçu le matin. Mais j'ai parlé, aujourd'hui jeudi, 6 de ce mois, a M. Hérault, lieutenant de police, qui m'a assuré qu'il n'y avoit aticun bruit ri' aucun projet d'accommodement, et que M. l'archevêque de Paris étoit parti pour Versailles, devant y aller, mais sans avoir eu aucun ordre pour cela. M. Hérault me dit même qu'il avoit été voir M. l'archevêque de Paris, une demi-heure avant qu'il partît pour Versailles, et qu'il lui aurôit dit, suivant les apparences, s'il eût reçu un ordre; il m'ajouta aussi qu'il devoit aller dîner, en chemin, chez une personne de considération, ce qui n'annonçoit pas un voyage fait par ordre.

Mais il se pourroit bien faire que M. Hérault l'eût averti lui-même de ce qui se passoit à la Cour; car le bruit général dans Paris est qu'il avoit été rendu, le malin ou la veille, un arrêt du Conseil, que l'on avoit même envoyé à l'imprimerie royale, par lequel le Roi expliquoit la condamnation prononcée par M. l'archevêque contre le mémoire des quarante avocats, et faisoit entendre qu'il né les regardoit pas comme hérétiques, ce qui suffisoit pour les contenter et concilier tout.

Que l'archevêque de Paris, étant à Versailles, alla voir le cardinal de Fleury, et lui dit : <r Monseigneur, j'ap.- ■et prends que vous avez rendu un arrêt. — Oui, dit le a cardinal, nous avons tâché de concilier les choses. i 'L'archevêque, qui éloit instruit, prit la chose sérieusement, et lui dit : « Monseigneur, ne comptez pas frire « aujourd'hui, à mon égard, ainsi que vous avez fait « Tannée dernière pour les avocats, c'est-à-dire de se « dédire ; mon parti est pris. Si cet arrêt paroît, je lais

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«.partir demain tous mes bagages pour Conflans1, où « je me retire, et j'excommunierai le Parlement, le « Conseil, tous ceux qui auront eu part à ceci. On sai- « sira mon temporel, on fera ce qu'on jugera à propos, « mais je n'aurai point le démenti, » Que cela fut dit si vivement, malgré les représentations du cardinal , qu'il fut obligé d'envoyer ordre à M. Hérault de se transporter à l'imprimerie royale, de faire rompre la feuille et de retirer tout ce qui étoit déjà imprimé en grand nombre. On dit même, à cette occasion, qu'il s*est trouvé cinq arrêts imprimés perdus, égarés, et que les avocats en ont un; mais c'est peut-être un bruit d'ostentation mal placée. En tout cas, voilà ce qui a empêché l'accommodement.

On dit que c'est M. le garde des sceaux Cbauvelin qui avoit ménagé cet accommodement, et qui veut être ami de tous les côtés, et par conséquent tromper les deux partis. Aussi les Jésuites se plaignent fort de lui et de M. le cardinal de Fleury, qui est un homme trop mol, et qui ne répond pas à leurs idées violentes. ^ Mais comment ajuster tous ces faits, et qui croire? y ai soupé depuis avec un des quatre secrétaires d'État, qui m'a juré qu'il n'y avoit jamais eu de pareil arrêt. Cela se rapporte à ce que M. Hérault m'avoit dit, et cela fait voir combien peu on doit se fier aux nouvelles les plus générales de Paris. J'ai entrevu dans la conversation, quoique boutonnée, qu'on étoit embarrassé quel parti prendre contre les avocats, pour s'en passer, et que .peut-être le Roi agiroit-il en maître à la Saint-Martin.

Jeudi 6, le Parlement a été chercher la réponse aux remontrances, savoir M. le premier président Portail et SIM, les présidents Le Pelletier et de Maisons2. Ils fu-

1. Cette maison, sîtuée dans le canton de Charenton, est devenue depuis 1672, par la donation de François de Harlay, la propriété des archevêques de Paris.

2. Jean-René de Longueil, marquis de Maisons, membre honoraire de

rcnt asscfc bien reçus. Voici les remontrances prononcées par H. le chancelier : 1 Messieurs, .

« Le Roi m'a ordonné de vous dire que les contesta- « tions qui se sont élevées, au sujet de deux puissances, « Pont obligé de donner l'arrêt du 10 mars,

<r L'affaire de l'archevêque de Paris y a rapport et <f îombe dans l'évocation générale, et il s'est servi de la « seule voie qui lui étoit permise, en présentant son « mémoire, qui n*a été publié que par la permission du « Roi* II y a fait voir la pureté de ses intentions, et que <r ses1 censures ne tomboient que sur de faux principes « désavoués par tous les catholiques,

& Sa Majesté conçoit toutes les conséquences des « censures et excommunications sur les affaires mixtes, « et ne souffrira jamais aucunes entreprises des ecclé- « siastiques sur son autorité, ni les censures, qui même « en matière mixte intéresseroient directement ou in* a directement son autorité.

« Les inquiétudes doivent donc cesser. Les lois même a du royaume y ont pourvu, et Sa Majesté est bien éloi- « gnée d'empêcher son Parlement d'user de l'autorité a qu'elle lui a confiée pour leur exécution, et à porter a le remède aux différents abus qui pourroient arriver oc et troubler Tordre et la tranquillité publique. »

Ces dernières paroles ont ranimé le Parlement et lui ont fait penser apparemment que le Roi se reposoit sur eux pour remettre à vigueur les lois du royaume.

Dans cette confiance, tout le Parlement s'est assemblé le vendredi 7 de ce mois; il y a été délibéré qu'où rendroit un arrêt contenant des articles de maximes générales. On a nommé six commissaires, qui ont travaillé jusqu'à près de quatre heures après-midi. Pendant

l'Académie des Sciences, 1756-1731 . Il possédait le château de Maisons (Maisons-La ffitte), construit par son aïeul René de Longueil de Maisons, surintendant des finances, de 1650 à

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ce temps-là, la Cour a été informée de l'assemblée et du travail, et le premier président reçût ordre d'envoyer sur-le-champ ce qui seroit fait.

Le Parlemeut se sépara à cirtq heures dû soir, et surle-champ il se répandit dans Paris des manuscrits de l'arrêt.

Dans le temps que le Parlement lailloit cette besogné, l'archevêque de Sens et autres éloient chez l'archevêque de Paris. Comme cela n'est pas long, ils surent bientôt le contenu dé cet arrêt, et partirent sur-le-champ pour Versailles faire tourner la tête à ce pauvre cardinal de Fleury, qui, effectivement, n'étant pas en élat de prendre lui-même un parti, se laisse aller à celui qui le tourmente le plus. On a examiné les arrêtés dont la Cour n'a point été contente, quoique lê public les trouve trèsbien; et, de fait, à les bien examiner, Je Parlement a ménagé et employé tous les termes nécessaires, et il n'y a rien que de vrai dans les maximes de l'arrêt.

Cependant, le dimanche,* 9 de ce mois, h huit heures du matin, est arrivé chez M, Isabcau fils, greffier du Parlement, le sieur Denis, doyen des huissiers du Conseil,' lequel étoit porteur d'un arrêt du Conseil1, qui casse et supprime l'arrêt du Parlement, du 7, et ordonne

•qu'il sera rayé et biffé, avec mention dudit arrêt du Conseil à la marge. Le sieur Denis a sommé le sieur Isabeau de lui représenter l'arrêt. Isabeau a demandé le temps d'en informer M. le premier président, comme démarche qu'il croyoit devoir faire dans sa place. Denis

" lui a répondu que les ordres du Roi ne pouvoient souffrir de retardement, lui présenta un ordre du Roi particulier adressé à lui-même. Isabeau a représenté l'arrêt,

' et le sieur Denis a rayé et biffé l'arrêt, fait la mention à

-la marge, et s'en est retourné. 11 est quasi à présumer qu'Isabeaii avoit été prévenu par le premier, président qui est vendu à la Cour, d'autant qu'Isabeau avoit chez

t. Cet arrêt du Conseil était du 8 septembre. Voy. V Appendice,

lui la feuille de l'arrêt, ce qui ne devoit pas être. Mais il est garde des archives, il n'est pas étonnant qu'il ait eu cela chez lui; il auroit toujours été obligé de l'aller •chercher à la tour. Sans quoi Isabeau auroit mieux aimé aller à la Bastille très-respectueusement, dont il ne lui pouvoit rien arriver de pis, que de s'exposer à perdre sa t place, qui est très-bonne, en déplaisant au premier président et au Parlement.

Quoiqu'il en soit, voilà le coup le plus insultant et le plus injurieux qu'on pouvoit faire au Parlement que d'envoyer rayer une délibération et un ârrêt aussi solennels, fruits de huit heures de travail, par un simple huissier, et précisément dans le temps qu'il n'y a plus de Parlement, et qu'il ne peut faire aucune démarche, \ Il se peut faire que le ministre, sachant le Parlement assemblé vendredi, et travaillant, ait envoyé ordre de ne rien faire imprimer qu'il n'eût connoissance de la. chose; sans cela le Parlement n'auroit pas agi habilement. Il falloit qu'un de messieurs se transportât vendredi, à cinq heures du soir, chez leur imprimeur, faire imprimer et tirer devant lui. Cela étoitmoins que rien. Cet arrêt auroit été répandu partout dès le samedi malin, et auroit eu plus d'authenticité que de la manière, qu'on Ta eu; cela auroit aussi obligé à faire imprimer l'arrêt du Conseil de suppression, et il ne le sera pas.

Le même jour, dimanche 9 de ce mois, on a distribué dans Paris un autre arrêt du Conseil , qui étoit cependant rendu dès le 5, par lequel le Roi déclare la Constitution Unigenitus comme une affaire finie, devant être exécutée dans tous ses États et regardée comme jugement de l'Église universelle, à l'effet de quoi il déclare traiter comme rebelles, etc., ceux qui feront à ce sujet le moindre écrit.

Voilà l'état où les choses en sont aujourd'hui. Grande hrouillerie, comme l'on voit, avec le Parlement. Pour la rentrée, il arrivera peut-être de ceci que Yo\\ séparera

196 JOUKNÀL DE BÀRB1ER»

la Grand'Chambre des enquêtes, et pour cela il faudroit que le Roi tînt un lit de justice avec les présidents à mortier, et la Grand'Chambre, sans y appeler le reste du Parlement, et que là seulement se feroient les enregistrements. Le ministre n'auroit pas beaucoup de peine à faire ce coup, parce que, dès à présent, la Grand*- Chambre est divisée des' enquêtes pour disputes de discipline intérieure. La Grand'Chambre seroit flattée de cette distinction; elle ne songeroit pas que cela fèroit tomber infiniment les charges, et que ce crédit apparent viendroit à rien insensiblement, parce que l'on viendroit bien mieux à bout de trente personnes âgées, par promesses ou par menace, les présidents à mortier étant presque tous gagnés, que de deux cents personnes ne composant qu'un même corps. Ceci seroit un malheur pour l'État, mais un grand coup pour rendre maître le ministère.

Celte affaire va perdre indubitablement le premier président dans sa compagnie. Quoiqu'avec de l'esprit, il n'est pas aussi habile au manège de Cour que le premier président de Mesmes. 11 savoit tromper sa compagnie et être respecté, et tirer beaucoup d'argent de la Cour. Celui-ci demande, depuis quatre ans, la pension de vingt mille livres, en a besoin et ne peut l'obtenir.

Les avocats sont toujours dans le silence. La chambre des vacations a commencé, lundi 10, et a tenu, hier mardi. Les conseillers des enquêtes, qu'on disoit n'y devoir point aller, y vont. Les procureurs ont pris quelques défauts ; on ne sait si cela continuera de la sorte, La plupart des avocats ne sont point partis pour leur campagne, à cause des affaires présentes; cependant je ne crois pas qu'il y ait rien de nouveau jusqu'à la Saint- Martin» La chambre des vacations et autres chambres iront comme ei les pourront. * •

Mais j'ai su, par un avocat général de la Cour des Aides, que M. Le Camus, premier président de cette

SEPTEMBRE i 731 •

Cour, avoit fait un beau tour sans en parler a sa compagnie : il a été à Versailles demander à M- le cardinal et à M. le chancelier une déclaration qui dispensât les procureurs de plaider. On lui auroit même accordé, sans les avocats généraux du Parlement, à qui le chancelier en parla, et qui lui remontrèrent rinconvénicnt que cela causeroit. Ce magistrat a manqué de jugement; c'est une fausse démarche pour se fairede fête au cardinal, qui est capable de le brouiller avec sa compagnie et avec l'Ordre des avocats, quand cette démarche sera plus répandue.

M. de Maisons, président à mortier, âgé de trentedeux ans, est mort de la petite vérole, en trois jours. Elle est fort dangereuse pour les personnes d'un certain âge. C'étoit un homme qui avoit de l'esprit, mais qui croyoit quasi qu'il n'en restoit plus pour personne, qui faisoit Thomme savant, ayant un laboratoire de chimie, extrêmement haut, à cause de sa naissance et de son esprit, point aimé par ce caractère. Avec cent cinquante mille livres de rente, il laisse près d'un million de dettes. Il avoit épousé la fille de M. d'Angervilliers, secrétaire d'État de la guerre. 11 laisse une petite fdle et un garçon de cinq ou six mois.

" Sa charge de président à mortier est donnée à M. Talon, avocat général, qui a épousé la nièce du garde des sceaux Chauvelin, et la place d'avocat général est donnée au fils de M. Joly de Fleury, procureur général, en sorte que par là on gratifie deux familles, qui sont recommandables dans la robe.

1 Pour le coup, on a découvert où s'imprimoit la Gazette ecclésiastique. On cherchoit dans les imprimeries un mémoire de l'affaire du père Girard, que Ton vouloit supprimer. M. Chauvelin le jeune, directeur de la librairie, fit une visite, le 20 de ce mois, avec les syndics, lesquels lui épargnèrent la peine de monter à un troisième étage, dans la rue de la Parcheminerie, chez un nommé Bullot, lui disant que c'étoit un homme qui ne se mêloit

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d'aucune affaire, et chez lequel on n'avqit jamais rien trouvé (et ils étoient dans la bonne foi) ; qu'il suffiroit, l'après-midi, d'y envoyer deux adjoints. Le même jour, Dumesnil et David, libraires, y allèrent, et ils furçntfort étonnés de voir dans l'imprimerie qu'on travailloit à la feuille de la Gazelle ecclésiastique, que l'on attendoit. Ils firent du bruit ; les garçons quittèrent tout et s'en-, fuirent. Les adjoints allèrent sur-le-champ en avertir M. Hérault. On envoya un commissaire avec des exempts pour saisir et arrêter; mais Bullot étoit déjà bien loin, et on n'a attrapé que la femme, que Ton a conduite en prison, laquelle ne découvrira rien et ne sait rien, pour savoir l'auteur de cette Gazçtte3 laquelle ne discontir; nuera pas, suivant les apparences, pour cette aventure. Cela se fait même, dit-on, si secrètement que, Bullot, luirmême imprimeur, ne çonnoissoit pas celui qui lui apportoit. la minute. Mais il faut pourtant qu'il eut çpr* respondance. avec quelqu'un, sur la parole de qui il sg fioit. Les libraires avouent qu'ils ne se seroient" jamais méfiés de cet homme pour un coup aussi hardi. On a beaucoup blâmé Dumesnil et David, d'avoir ainsi perdu leur confrère, d'autant que leur mission n/étoit point pour cela. Il faU.oit ne. pps donner 4 entendre aux, garçons qu'ils s' étoient aperçus de cela, et faire à Bullot toutes les réprimandes qu'il méritoit, pour lui faire cesser un ouvrage aussi défendu . Le premier mouvement a fait peut-être to.ut le tort de ces. deux visiteurs, car, paroissantunefois l'avoir vu devant les garçons,ilsne pou-, voient plus, se t aire sans risquer de se perdre eux-mêmes.

Les prétendus miracles à% M., Paris continuent tou-. jours, du, moins le concours de monde y est plus fort que jamais. Madame la princesse deConti, aveugle, seconde douairière, y a été plusieurs fois, et nombre de gens de, qualité, Crest insulter au mandement de notre archevêque ; mais il faut avaler., Il y a, entre autres, un ecclésiar.'.i;iue envoyé ici par M. févêque de, Montpellier,

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grand, janséniste. Cet ecclésiastique se nomme l'abbé Béeheran. Tout le monde convient que depuis sa jeu- . nesse il boitoit très-fort, et avoit un pied plus court que l'autre* Il est à présent au moins à sa troisième neuvaine; . il y va tous les jours, quelquefois matin et soir. On lui ôte son rabat, ses boutons de manches et ses jarretières ; . on le couche, sur le dos le long de la tombe; on dit les sept psaumes en psalmodiant avec grande dévotion et silence de la part des spectateurs ; on le tient par les bras, et il lui prénd de temps en temps des convulsions, si affreuses que le pouls lui manque; il devient blanc, il écume, et par des efforts il s'élève dessus le tombeau un pied de haut, malgré ceux qui le tiennent. Il y a tous \ les jours des plus fameux chirurgiens qui le visitent. On dit qu'il ne, pouvoit pas marcher, et qu'il marche, que ses nerfs se sont étendus et allongés., et qu'il boite beaucoup moins; d'autres disent qu'il boite, toujours de môme; que ses convulsions viennent de ce qije, dans l'espérance de guérison, il s'efforce d'étendre et d'allonger sa jambe, et que les douleurs que cela lui cause le font ainsi s'élever; d'autres disent que dans .toute la tradition on n'a jamais vu de miracles de la part de Dieu ou des apôtres, qui étoient passés maîtres eh cette partie, ni si longs à s'opérer, ni accompagnés de convulsions ; d'autres enfin croient qu'il y a, là du sortilège de la part des jansénistes. Qn peut dire que la vérité d'une religion est mal à son aise entre deux partis qui cherchent à se détruire l'un l'autre. Nous verrons peut-être la fin de cette aventure. Si Ton voit qu'il ne puisse pas guérir, on le renverra un beau. matin, et l'on dira qu'il est parti à cloche-pied.

Le bon ordre est un peu dérangé dans ce pays-ci. Les évêques veulent s& soustraire au ministère public, dontle pouvoir réside dans le Parlement, et le pape enlever aux évêques de France les droits qui les approchent un p peu de Sa Sainteté. *

L'archevêque d'Embrun â voulu faire comme Tevêque de Laon ; il a donné un mandement contre un arrêt du Parlement, où il traite M. Gilbert, premier avocat général , d'hérétique. On l'a supprimé par arrêt du Conseil du mois d'août dernier, et on lui a ôté de même la permission générale de faire imprimer dans son diocèse.

Le pape, d'un autre côté, a envoyé deux brefs, dont l'un condamne une ordonnance de AL l'évêque de Montpellier, et l'autre a condamné à être brûlé un livre intitulé : La vie de M. Pdris1. Ces deux brefs ont été supprimés par un arrêt du Parlement, de la chambre des vacations, du 28 de ce mois de septembre, en sorte que cela rétablit un peu l'honneur de M. Paris.

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