‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 63 sur 90 · Arrêt du 31 août · texte numérisé non relu

Arrêt du 31 août

5. Arrêt du Parlement du 15 avril 17 33, mss., t. ni, p. 25.Voy. Journal de la Cour, ï. c, p. 197.

6. Jacques-Bénigne Bossuet, évèque de Troyes, 3i juillet 1718 à 1742.

7. Ce journal avait fait la critique d'un livre de l'évêque de Jleaux (article du sieur Fichant sur les Élévations sur l*:s Mystères, juin 1731). Voy. Jourtuff de la Cour, t. c, p. 130, 190, iOv, et phis bas, septembre, p. *\**m

le plus qu'on peut le Parlement pour l'empêcher de se jeter dans toutes ces matières, par rapport à l'expédition des procès. Les jansénistes, d'un autre côté, presseront le Parlement de profiter d'un temps de faveur pour prendre le dessus et abaisser l'autre parti. Et tout cela fait présumer que ce Parlement-ci ne se passera pas encore sans trouble et sans quelque événement.

Le jour des mercuriales, M. le maréchal de Villars est venu au Parlement1, en qualité de duc et pair, pour entendre les mercuriales et encore plus pour paroître avec l'appareil de tous ses gardes, dont il se fait accompagner quelquefois dans Paris, comme doyen de MM. les maréchaux de France, et représentant en cette qualité le connétable.

On avoit arrêté la veille et conduit à la Bastille M. le comte de Lévis2, sous-lieutenant des gendarmes de la garde du Roi : on dit qu'il avoit eu quelque dispute avec le prince de Rohan, son parent, commandant des gendarmes» On dit aussi qu'il avoit parlé très-vivement à M. le cardinal de Fleury, sur le refus que lui faisoit depuis quelque temps ce ministre d'un bénéfice pour son frère. Le comte de Lévis est homme très-vif, peu circonspect et très-capable de l'un et l'autre.

Mais ces motifs n'étoient pas encore connus à Paris, le jour des mercuriales. Le public vouloit attribuer cette lettre de cachet à quelque contravention du comte de Lévis à l'ordonnance du Roi sur les convulsionnaires.

On tint, le matin, dans la Grand'Chambre du Palais, des propos plus faux les uns que les autres sur l'arrivée

f • * Avec toute la conuétablic, dans le goût à peu près de César entrant • au sénat avec ses licteurs, » Journal déjà cité, p. 19S.

2. Le comte lévis de Le ira ut, t par correction! > dit la Bastille dévoilée, \rc livraison, p. 84* Voyez Journal cité, p. 200. Il sortit de prison au mois de mai, donna sa démission de sous-lieutenant et se disposa à quitter la France. Voyez Journal , /. c.t p. 214 et 390. — La disgrâce du comte de /iévis fut surtout attribuée à une discussion avec le cardinal, dans laquelle le comte ne sat pas conserver toute la déférence obligée.

du maréchal de Villars au Parlement, qu'on croyoit être venu pour l'affaire du comte de Lévis ; ce qui fait voir le caractère de ce public animé sur les affaires du temps, qui ne cherche que du trouble. ;

Le maréchal de Villars écouta les mercuriales, et fut présent aux opinions de messieurs, sur les affaires dont il est parlé ci-dessus» Quand ce fut à son tour à opiner, il se défendit de le faire sur ce qu'il n'étoit pas assez au fait de ces matières-là. Il dit seulement qu'il étoit bien aise d'avoir été présent à ces délibérations, qu'il étoit persuadé que le Parlement ne prendroit jamais que des partis très-sages, qu'il avoit l'honneur d'assister aux Conseils du Roi et qu'il pouvoit assurer la compagnie que le Roi accorderoit toujours sa protection au Parlement, quand il ne se servirait de son autorité qu'avec modération et sans vivacité. Je ne sais comment le Parlement a reçu ce compliment, mais il étoit assez déplacé dans la bouche d'un duc et pair, qui n'a là d'autre qualité que celle de conseiller , qui n'avoit aucune mission pour, tenir ce discours, dans lequel on n'a dû trouver qu'un air d'ostentation et de hauteur peu convenable devant un Parlement assemblé.

Voici une autre affaire. Le curé de Saint-Hippolyfe\ faubourg Saint-Marcel, est mort il y a quelques mois. Le chanoine du chapitre de Saint-Marcel2, qui est entour, a droit de nommer à celte cure et y a nommé le sieur Queudeville, vicaire de Saint-Hippolyte, homme qui n'a appelé ni réappelé de la Constitution, mais qui, néanmoins soupçonné de jansénisme, est depuis trois ans sans les pouvoirs de M. l'archevêque de Paris. Ce prélat a remué le chapitre de Saint-Marcel; il y a eu une

!♦ Celle petite paroisse, qui n'existe plus aujourd'hui, était située rue MoufFetard. Elle était fort ancienne. On y remarquait plusieurs tableaux de Le Brun et de Le Sueur. La chaire, œuvre de Challe, était, dit-on; un chefd'œuvre de sculpture. C'est là que se trouvait la sépulture de la famille des Gobelins.

2. Kglisc collégiale, rue Mouffetard. Voyez plus haut, t. i, p. 39?, note 3, - Jh 3 1

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nouvelle assemblée, dans* laquelle on à flômmé le siéuf Duval, vicaire de Samte-Oppôrliïnè,1, â qtii 1 arcHëvêcjuë a donné son visa , en vertu duquel il à pris possession de la cure. Opposition dé la part du sieur QbeUdévilië, requête au Parlement, arrêt qui le reçoit appel âht comme d'abus, et qui ordonne qu'il sè ïëtirèfà Véfs M. Tarchèvêquè de Paris pour lui demander son vïsà, et qli'il déclarera les causés de son refus.

Mardi, 21 de ce mois, lô Sieur Quèudéviïlè "s*èst présenté devant M. rârchevêqud de Paris, avec deux notaires, en exécution de l'arrêt. M. l'archevêque à répondu qu'il examinerait cela , et qu'il revînt le jeudi suivant. Mercredi 22, à huit héiirês du soir, ûh huissieî* du Conseil a signifié àû sieur Qtiéddeville Un arrêt du Conseil, par lequel le Roi évoque à lui et à son Conseil la connoissaricé dès contestations nées et à naître à ce sujet, nomme des conseillers d'État et maîtres des requêtes pour les juger, et en interdit là coiinoissance à tous ses jugés.

Cette évocation , qui est la première dè cette année , fait grand bruit daris Paris, On dépouillé lé Parlement d'une contestation enWê deux pourvus suf là validité de leur nomination, qui esLvérîtablemént de sa compétence. On voit le dessein de*ia Coiîr de n'admettre dans les cures dé Paris aucun sujet soupçonné de jansénisme; et on s'est bien douté que le sieur Queudeville, dont la nomination est dans les règles, auroit gagné indubitablement au Parlement, au lieu qu'au moyen de cette évocation il ne peut plus espérer d être curé de Saint- Hippo'lyte.

Sur toutes ces différentes requêtes , on attend une assemblée du Parlement, qui doit être très-piqué de cette

i, Cétait une église paroissialè et collégiale, Elle avait été construite sûr l'emplacement d'une ancienne chapelle de Nolre-Dame-des-Bois, Cette église de Saiiite-Opportuue a donné son nom à tout un quartier. Elle n'existe plus aujourd'hui.

évocation, et, dès à présent, on craint fort au Palais que cela n'attire de la brouillerie*

Le Parlement, suivant les apparences, doit être plus uni que jamais par ce qui s'est passé dans le cours de cette année, c'est-à-dire que, comme la plus grande partie est janséniste, les conseillers indifférents pu craintifs n'oseront pas par politique prendre parti opposé à leur compagnie. Car, outre l'histoire de M. Àubry, doyen de la première chambre des requêtes, dont il a été parlé ci-dessus, il est encore pis à la cinquième chambre des enquêtes, M. de Noyion est conseiller dfins cette chan^ bre jusqu'à ce qu'il soit en âge d'exercer sa charge de président à mortier. H n'a point donné sa démission l'année dernière, se croyant hors du cas général comme président à mortier. 11 y a environ deux mois qu'il vous lut rapporter une affaire à la chambre. Tous les autres conseillers, à l'exception du président et de deux cqii-t seillers, se retirèrent et ne voulurent point l'entendre, nonobstant sa naissance et son rang. M. Le Rebours, un des anciens et des plus employés conseillers de cette chambre, s'est trouvé dans !e même cas. Il a nombre de procès devant lui qu'il n'a pas voulu remettre au greffe. La chambre aime mieux, à ce qu'on dit, qu'orç les évoque au Conseil pour ne pas laisser souffrir les parties que de les juger avec M. Le Rebours. M. de Noyion s'est plaint en Cour du procédé qu'on ayqit eq avec lui. Le cardinal ministre lui a répondu qu'il ne se mçlpit pas de la police du Parlement. Je ne crois pas celte réponse bien sage et bien politique, par enfin tout conseiller^ dont l'état est d'Être toute sa vie conseiller au parler ment, n'ayant aucun secours à espérer de Ja Cour, quand il n?aura pas voulu être rebelle pqur ainsi dire aux ordres du Roi, craindra de se désunir de sa compagnie, et par là le Parlement en deviendra plus fqrfc et plus à craindre dans les événements qui pourraient arriver.

Samedi, 25 avril, le Parlement s'est assemblé au sujet

des dénonciations faites dans rassemblée dernière, et a rendu un arrêt par lequel il a condamné les livres dénoncés, comme tendant et excitant au schisme en proposant la Constitution Unigenitus comme règle de foi, et ordonne qu'il sera informé contre le frère Coiflrel, religieux de Sainte-Geneviève, curé de Saint-Médard, faubourg Saint-Marcel, des faits portés en la dénonciation du 15 de ce mois.

M. Gilbert, avocat général, avoit conclu à laisser au repos l'abbé Coiflrel, après l'offre qu'il avoit faite d'administrer les sacrements h la demoiselle Tavignot.

Il proposa que M. le premier président serait chargé d'exposer au Roi les conséquences de la dénonciation de règle de foi donnée à la Constitution dans quelques ouvrages, que Sa Majesté ayant bien voulu interposer son autorité sur les deux livres en question, on ne pouvoit trop la supplier de vouloir bien l'employer pour prévenir des abus qu'on voudrait porter jusqu'à troubler les consciences, en privant les fidèles de la participation des sacrements ; et qu'en ce qui est du pouvoir qu'il plaît an Roi de confier à la Cour, elle donnerait toujours des marques de son zèle pour empêcher le trouble que pourraient causer de pareils abus,

M, le président LePeletier fut d'avis de supprimer ces livres, et de rendre la requête à la demoiselle Tavignot, pour se pourvoir contre le frère Coiflrel.

M. l'abbé Pucelle fut d'avis de Parrçt, ainsi qu'il a été imprimé. Il fut appuyé par MM. Tilon, de La Fautrière, le président Ogier, qui firent de très-beaux discours, et il y eut cent voix de cet avis; sur quoi intervint arrêt du 25 avril , par lequel le Parlement a supprimé les livres en question, comme contenant des propositions tendant au schisme, et il a ordonné qu'il serait informé, tant contre l'auteur de ces livres que contre le frère Coiflrel.

Il a paru dans ce môme temps, dans le public, un mandement de M* Tevêque de Montpellier, qui est Col-

bcrt en son nom1, au sujet des miracles que Dieu fait en faveur des appelants de la Bulle Unigenitus*. Cela regarde les miracles faits par M. Paris. Cet ouvrage est un des plus beaux que j'aie vus pour l'éloquence, la composition et l'application des autorités; mais ce discours est vif, prédisant des changements funestes dans l'Eglise à la religion; aussi ce mandement a été supprimé par arrêt du Conseil, du 25 avril , comme contraire au res- . pect dû à l'Église et au Roi, tendant à émouvoir les esprits et à troubler la tranquillité publique.

En sorte que les ouvrages molinistes et approbatifs de la Constitution sont condamnés par le Parlement, et ceux du parti janséniste sont condamnés par le Conseil. Cela forme un jeu entre les deux partis, qui, par ce moyen, subsistent toujours, et, en effet, on a laissé aller 8 cette affaire à un point que le gouvernement n'ose plus, presque prendre un parti de décision pour l'un des deux partis. 11 serait également dangereux de donner absolument le dessus au Parlement qui pourrait abuser de son autorité, ni au clergé dont l'ambition est à craindre,

mai.

Lu Parlement piqué. — L'abbé de Courtenay. — M* Titon et la Mouche. — - Discours de M. Titon. — Image de M. Paris. — Remontrances du Parlement. — Réponse du chancelier. ~ Bévues de M. Portail. — La Reine accouche d'une fille. — Le Dauphin. — Inondation à Orléans, beau trait des magistrats. — Assemblée des évoques. — Lettres contre les miracles de M. Paris,

Le l*r de ce mois est la mort du bienheureux M. Paris, ce qui fait un renouvellement de dévotion à l'église de Saint-Médard. Il y avoit, cette année, à neuf heures du matin, plus de cinquante carrasses, plus de trois cents

i. Charïes-Joachira Colbert de Croissy, 10 mars 1697-1738.

I, instruction pastorale de M, l'èvûque de Montpellier, adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse, au sujet des miracles que Dieu fait ew l'Honneur dès appelants de la bulle Unigenitus. Montpellier, 1733, in-4, Voyei Journal de la Çourt l, t. v, p. 206.

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personnes de toutes sortes d'états, et des cierges allumés à trois chapelles, police ne peut pas empêcher la prévention du public.

Le Conseil du Roi a trouvé mauvais que le Parlement se fût ingéré de condamner des livres déjà proscrits par un arrêt du Conseil, en sorte que, le 1er de ce mois, il a été rendu un arrêt du Conseil qui déclare nul et de nul effet l'arrêt du Parlement du 25 avril dernier, et par lequel le Roi se réserve la çonnoissance de ce qui regarde PalTaire du curé de Saint-Médard. Cet arrêt pique fortement le parti janséniste et indispose le Parlement qui doit voir qp'on n'a pas plus de ménagement pour lui celte année que la dernière.

Le 5 de ce mois, est mort M. l'abbé de Courtenay lt Agé -de quatre-virigt-six ans. C'est le dernier mâle de la maison de Courtenay, descendant sûrement de Louis le , 'Gros, et qu'Qn n'a pas voulu ici reçonnoître pour prince du sang. Voilà cette dispute finie.

Ces iours-rci, on s'est aperçu d'un homme2 qui rôdoit continuellement autour de la maison de M. Titon, con- < seiller au Parlement, grand janséniste. On l'en avoit averti, et son frère, conseiller au Grand Conseil, qui m'a conté l'histoire, m'a dit qu'on s'attendoit dans la famille qu'il seroit encore arrêté.

Le 5 de ce mois, cette mouche ayant bu malheureusement, est entré dans la maison et à demandé M* Titon. Oh Ta fait entrer. Étant devant M. Titon, il a tiré de sa poche comme une espèce de placet; mais M. Titon, qui a Iqien reconnu son homme, a fait fermer les portes et a dit d'aller chercher un commissaire. L'homme, tout trerpblant, s'ept jeté à genoux, lui a demandé pardon et lui a avoué qu'il étoit employé p^r Vanneroux et Dubut, deux exempts (le la police, pour le suivre; que depuis .

1. Boger de Courtenay, abbé d'Eschaalis, dans le diocèse de Seps*

2. Voyez le Journal delà Cour et de Paris , ann. 1733, Réviser étrosp.i 2e série, t. v, p. 369.

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