‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 64 sur 90 · MAI 1733. 4Q · texte numérisé non relu

MAI 1733. 4Q

trois jours il le suivoit; et il lui a mpntré son registre, dan? lequel M. Titpn étpit inscrit fi la tête fëmHe, et confondu dan s ce registre avec une p.,.., et de}j£ particuliers soupçonnés de sodomiser, ce qyi p?t assez déshonprant pour un conseiller au P^rlernpnt,

M. Titon a fait enfermer la mouche dans son jardin, à la garde du commissaire, et a été sur?le-çhamp fiontep son aventure à M, le président, lequel est ppnyènu que cela est impertinent, mais que djans les circonstances où l'on étqit, }\ np falloit pas user dp spn droit et punjr cet homme comme il le mériterpit, pour P§ ppin^ brouiller les affaires.

Dans ce temps où travail jpiejit de petits commissaires1 chez M. le premier président, et il aypit chez Jui MM. l'abbé Pucelle et l'abbé Lorenchet, et MM. de Vienne pt Delpech, M. Titon est entré dans Je cabinet pour lepr conter 1 affaire et leur demander leur avis. Ils ont tou$ trouvé la chose grave, qu'il nç çonvenpit point dans Paris que des magistrats fussent espionnés, et ils décidèrent qu'il falloit faire mettre cet hpmme PO prison. En conséquence, M. Titon a envoyé chercher dei^ huiliers {lu Parlement, qui ont conduit la mouche ^ la Conçiprgerie.

M. Hérault, lieutenant de police, a été fort intrigué de cette aventure. Il devoit y avoir le lendemain, 6 de pp mois, assemblée du Parlement par ^apport, à l'arrêt du Conseil du 1er mai, M. Hérault' appréhèndoit que je Parlement ne le mandat et ne prît PORtre lui quelque parti violent. Il a vu plusieurs fois M. le pjremier prési^ dent à ce sujet, lequel a envoyé chercher M. Titpn'et Ta prié d'accommoder cette affaire. M. Titon lui a répondu qu'il voulpit très-volontiers oublier npjure personnelle, qu'il feroit toutes les démarches possibles dans sa chambre auprès de ses confrères et dans rassemblée du lendemain pour faire sortir la mouche de prison.

t . Ces petits commissaires étaient quatre juges anciens chargés d'examiner lç dossier d'un procès avec le président, avant d'en faire le rapport.

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r Assemblée du Parlement du 6 mai.

L'arrêt du Conseil du 1er mai, qui a fort indisposé Messieurs du Parlement, a été le sujet des dissertations. M. l'abbé. Pucelle, après avoir fait voir les conséquences de cet arrêt par un très-beau discours, fit la lecture d'un projet d'arrêté qu'il avoit fait, qu fut adopté par toute .la compagnie. Par cet arrêté, on chargea M. le premier président de faire les remontrances au Roi.

On parla ensuite de l'affaire personnelle de M. Titon, lequel fit un fort beau discours1, en disant que cela ne regardoit que lui et non le magistrat; que le Roi étoit maître de faire examiner les démarches de ses sujets; qu'il s'étoit donné tous ïes mouvements possibles auprès de ses confrères pour les engager à assoupir cette affaire, dont l'examen pouvoit avoir des suites qui les détourneroient de donner leurs soins à des affaires plus importantes pour le public. M. le premier président déclara à la compagnie qu'il avoit vu l'ordre du Roi pour faire suivre M. Titon; cependant il ne l'avoit pas montré, même à M. Titon, et plusieurs ont cru qu'il avoit hasardé ce fait pour ne point compromettre M. Hérault avec le Parlement; Plusieurs de messieurs vouloient traiter cette matière plus sérieusement, comme intéressant la magistrature; mais, sur les instances de M. Titon, on lui permit d'aller mettre lui-même la mouche hors des prisons. .

J'ai entendu dire un fait sur l'affaire du curé de Saint- Médard, que, lorsqu'il entra dans la chambre de la malade, qui demandoit ses sacrements, il avoit trouvé une table dressée pour poser le saint ciboire avec deux cierges allumés et une grande image de M. Paris, comme faisant le tableau de la chapelle. Il est certain , si le fait est vrai et comme il est très-possible, que cette afïeeta-

1. Ce discours, préparé par M, Titon, courut dans ïe public. Il se trouve "imprimé dans le Journal de la Cour, Revue rètro&pccl., 2« série, t. t, p. 3>4:37ï>,

lion est insultante dans un diocèse où M. Paris, quelque part où il soit, est proscrit par rapport au culte qu'on veut lui rendre, tant par les ordres du souverain que par les mandements de l'archevêque. Cela a pu indisposer le curé et donner lieu à son refus, d'autant qu'il n'y avoit rien d'instant pour les sacrements.

Le 12 de ce mois, M, le premier président fit part des remontrances qu'il avoit dressées a plusieurs magistrats qu'il avoit assemblés chez lui, et la compagnie s'est contentée de leur approbation.

Le . 14, MM. les gens du Roi ont été à Versailles demander jour à Sa Majesté pour entendre les remon- • Iran ces •

Le 15, M. le premier président, les présidents de Maupeou et de Blancmesnil allèrent à Versailles les présenter au Roi, qui leur répondit qu'il les feroit e?;aminer en son Conseil.

Le 16, il y a eu conférence entre le cardinal de Fleury, le chancelier et le garde des sceaux pour travailler aux remontrances. C'est le chancelier qui a mis la main à la plume. Elles étoient assez longues, et dans un conseil du dimanche 17, on les a lues et on en a beaucoup retranché. M. de Maurepas a mandé le premier président et tous les présidents à mortier, deux conseillers de Grand'Chambre et les doyens de chaque chambre des enquêtes et requêtes pour se rendre, lundi 18, à Ver* sailles, à dix heures et demie du matin*, pour entendre la réponse du Roi aux remontrances, et il a été arrêté dans le Conseil qu'on les pi ieroit tous à dîner chez le car* dinal, le chancelier et le garde des sceaux.

M. le chancelier a lu aux députes la réponse du Roi , dont ils n'eurent pas lieu d'être contents. Les arrêtés, les remontrances et la réponse du Roi ont été imprimés; c'est pourquoi il est inutile d'en faire ici le détail \

Après la réponse entendue, M, le premier président

1, Hue feuille iOr4.

AQG * JOUHNAL DE BARBIER.

djt au Roi : % Sire, je rendrai çomptp à votre Parlement « de ce que vous nous avez fait l'honneur de nous dire,

iiveg Je zèle., l'attachement et la soumission que je « dois à Votre Majesté, »

Une personne du Conseil du Roi, qui y étoit présente, m'a dit qu'on avoit trouvé qu'il guroit tput aussi bien fait de faire une grande révérence s$ns rien répliquer sur la réponse.

11 fit une autre bévue. TJn particulier imprudent, qui avoit une affaire à la Grand'Chambre, cr^t trouver la plus belle occasion pour demander à M. le premier président, en sortant du cabinpt du Roi, quand il lui donneroit audience. Le premier président lui répondit ; « Eh ! monsieur, nous ne savons pas seulement si nous « tiendrons le Palais ! » C'est bien manquer de présence d'esprit poiir un chef.

Le 19, le premier président rendit compte à la compagnie de la. réponse du Roi. Le Parlement a fait un nouvel arpêté pour marquer qu'il ne cesseroit jamais de s'opposer au titre de règle de foi que les partisans de la bulle vouloient donner à la Constitution.

Dans ces événements, le public eraignoit fort qu'il n'y eût de la brouillent comme l'année passée, le Parlement ayant marqué beaucoup de fermeté par ses arrêr tés; mais la Coi]r s'en est tenue à la cassation.de l'arrêt du 25 avril, pour ne point occasionner de trouble, M. l'abbé Puçelle.a dit aussi a la compagnie qu'il ne convenoit point de cesser le service public dans toutes eçs contestations, afin d'éviter tous ces arrêtés; et cependant les chambres resteront assemblées, qui est la grande ressource du Parlement contre la Cour.

Pour ne point interrompre l'affaire du Parlement, on a passé par-dessus un fait important, Lundi 11 mai, la Reine accoucha d'une fille1 à sept heures et demie du soir, Lps dgulgijrg ne lui prirent qu'à sept heures. Cela

!.. Marie-Louise-Thércse-Victoire de France, morte en 1799.

s*est fait sans peine ; mais cette nouvelle a jeté bien de la tristesse en Cour* La mort de M. le duc d'Anjou ne pouvoit êtfe réparée que par la naissance d'un mâle. Tout roule à présent sur M. le Dauphin, qui, à la vérité, est en bonne santé et est très-aimable1.

Le 20* jour du sceau avant la Pentecôte, le secrétaire de M. le garde des sceaux dit aux secrétaires du Roi qu'il avoit ordre de leur recommander de ne point expédier de provisions pour les charges de judicature que les acquéreurs ne se fussent relirés vers M. le garde des sceàux* pour avoir de lui un certificat. On faisoit déjà courir le bruit que c'étoit peut-être pour faire signer un formulaire par rapport à la Constitution. Ce qui auroit causé indubitablement du trouble; mais cela ne s'est pas trouvé vrai. Le but de cet examen particulier est de connoître les sujets, de savoir de quelle famille ils sont, s'ils tiennent à des jansénistes, pour ne les point admettre i

Jeudi 28* la rivière de Loire a débordé et fait une inondation considérable dans la vallée d'Orléans et aux ehvirons. La rivière a crû de vingt-sept pieds en trois heures de temps. 11 y a eu un petit pont renversé, des maisons détruites, des bestiaux noyés, et les campagnes couvertes d'eau. On dit cependant que les vignes n'en . souffriront pas beaucoup; elles sont aussi ordinairement sur des coteaux.

Ce malheur a été causé par un grand vent, qui a jeté toutes les neiges des montagnes d'Auvergne dans la Loire, qui a fait le même ravage dans tout son cours. On se doute que la perle est très-considérable. Il y avoit - nombre de gens réfugiés dans le haut des maisons de la campagne, qui ne pouvoient plus sortir, et qui n'a voient et ne pouvoient avoir de provisions. Les intendants de Tours et Orléans ont donné des ordres pour leur porter du pain et de la viande dans dos bateaux plats. A BÎois, les

i. Voyez le Journal de la Cour, l* c, p. 398-

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mariniers ont refusé de conduire les bateaux, en disant qu'il y avoit trop de danger, malgré les ordres des magistrats. Le lieutenant général , le procureur du Roi et autres ont eu le courage de monter dans des bateaux pour déterminer les bateliers de secourir leurs concis toyens. C'est une fort belle action.

Il y a beaucoup de pertes dans tous les villages de rOrléanois, sur les bords de la Loire; l'un a perdu ses chevaux, l'autre son troupeau, l'autre du fourrage, M. le duc d'Orléans, qui est très-pieux, a envoyé des ordres pour faire des états de toutes ces pertes particulières, et en même temps pour remplacer à chacun ce qu'il a perdu en chevaux, en bestiaux, plutôt qu'en argent, afin de les meitre en état dans l'instant de cultiver les terres* On croit que celte charité lui coûtera quatre cent mille livres. Il est certain que, sans grande religion, cette dépense est plus louable et plus noble que celle de nos autres princes en bâtiments , chasses et filles.

Les évêques1, qui sont en grand nombre à Paris, s'assemblent depuis longtemps chez le cardinal de Rohan, chez le nonce du pape, aux Capucins pour faire quelque coup d'éclat, car ils souffrent impatiemment l'opposition du Parlement à toutes leurs entreprises. Ils ont projeté de tenir un concile national. Comme cela ne peut se faire sans lettres patentes, ils ont fait une lettre au Roi, signée de vingt-six, tant cardinaux, archevêques qu'évêques. Elle a été communiquée au cardinal de Fleury, qu'ils tourmentent toute la journée pour ces sortes d'affaires, et qui ne sait comment se débarrasser de ces gens, qui ne parlent que par Dieu, la Religion et l'Église. 11 a bataillé tant qu'il a pu ; mais à la fin, ils ont présente leur lettre au Roi, qui leur a répondu que cela méritoit grande considération, et qu'il feroit examiner cette demande dans son ConseiL On lui a présenté celte lettre le 28 mai, veille de son départ pour

l. Voyez le Journal de la Cour, L cM t. *, p. 261, .

Compiègne pour deux mois. On dit que les évêques ont préparé par avance tous les matériaux nécessaires pour la tenue de ce concile. Nous aurons cette lettre imprimée. Je crois qu'à là fin ils en viendront à bout, et c'est • dans un pareil concile que le schisme se déterminera ouvertement. Cela fera un événement curieux pour les gens désintéressés dans les disputes de religion.

Les miracles de M. Paris sont controversés par des écrits. Nous avons vu le mandement de M. Tévêquc de Montpellier, qui les élève et les autorise, et il y a eu d'autres écrits en leur faveur. Il paroît, d'un autre côté, des lettres théologiques, qui "se vendent publiquement, pour en montrer la fausseté1. Ces dissertations sont très-curieuses, mais peu édifiantes pour la religion.

Juin*

Arrêt du Conseil. — Les pcres de l'Oratoire jansénistes. — La folle de Versailles. — Miracle janséniste au Calvaire. — Le Carme et la servante du procureur. — Les Capucins et les Feuillants. « — Le marquis de L'Aigle, le chevalier de Brèves et madame Hatte. ■ — Horribles violences faites à une servante.

Ce mois a commencé par un arrêt du Conseil d'État du 1er juin, qui supprime une lettre à un prêtre de l'Oratoire, au sujet de rassemblée de cette congrégation, indiquée au 12 juin, pour nommer un général. Il est vrai que, par des lettres de cachet, on a exclu de la voix active et délibérative un nombre infini des pères de l'Oratoire, suspects de jansénisme, en sorte que ces sortes d'élections ne sont plus libres.

Le Parlement, de son côté, a aussi condamné au feu des libelles par deux arrêts du 5 juin.

Le mardi, 9 juin, dans l'octave de la Fête-Dieu, il est arrivé une chose très-singulièréau salut dans la chapelle de Versailles, le Roi y étant et toute la Cour. Lorsqu'on

i. Dom La Taste, Lettres Ihêologiques sur les convulsionnaires, 1733-

mo. *

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