‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 75 sur 90 · iN, ... BeHingant de Kerkabu · texte numérisé non relu

iN, ... BeHingant de Kerkabu

3. Emmanuel DieudQnne *, marquis d'Haùtefort, iîçî en -iîQO", brigadier fi1 infante rie eu 1734.

trouvé l'acte dë 'célébration lie son niâfiage avec le feu comte d'Haûtëfôrt1; ët elle avôit une quittancé particulière cta soixante-quinze mille livrés, prëtëiiduës par élle apportées ën dbt: Elle à formé ses demandes à cet égard, et cela a fait là matière d'une nouvelle plaidoirie, qui à intéressé lë public. Par l'afrêt, oh â dëclàré ces jours-'ci, eh plëihé GrariÛ'Ghàmbrë, iju'il y avOit abus dans îé iilariâgê, ët elle a été déboutée de toutes ses demandés; permis seulement à elle dé sé pourvoir en dommâgeâ-iritérêis, que là Cour a apparemment envie de lui accorder polir là oonsoîer de n'àVoir pu parvenir à être vëuvë dii comte d'HaiHëfort, et la dédommager des dépenses qu'elle avôit faites à ce sujet. Ainsi voilà la ïîri de tout ce grand procès. Le marquis d'Hautefort à toujblirs ëti beaucoup de crédit ët les sollicitations de toute \à Cdiifr dont il est parent; < Lés cirbônstances dë là mort du prince de Lixin sont hduvëllës d'àtiîiée: Le fait est qu'il s'est battu en duel avec M. le duc de Richelieu* lequel a épousé, peu dë jours àvàiit son départ pour l'armée, là fille de M. le grincé de Guisë2, qui n'a riëri donné en mariage à sa iilié. M. le -duc de Richëliëu ëst uh puissant seigneur et â de grands litres, il a été ambassadeur a Vienne; il est cordon bleu ët a -bëàucbup d'esprit G'étoiënt des raisons pour faire l'ail iaricë dé la maison de Lorraine avec une princesse qui n'a point de bien. Mais le prince de Lixin et le prince de Pons8, son frère, n'ont pas pëhse de mênie. Commë il s'appelle dë son nom Vignerod, et que lés gens de condition disent que cela ne fait pas 'seulement url gentilhomme, ils ont cru que le prince de Guise leur faisoit déshonneur, et ils n'ont pas vouliî signer au contrat de mariage* Cela a causé entre gens

. 1. Louis-François d'Hautèfort, comte de Surville, mort êh 1719,

2. Marie-Élisabeth-Sophic de Lorraine; secoride fiUë du prince de Guise; * Ce maHage eut lieu le 7 avril 1734,

'4. Charles-Louis de Lorraine, Voyez pius haut, p. lb?, note ot.

de cctlc sorte une indisposition mutuelle. Ils se sont trouvés au même camp. Il y aura eu peut-être quelque hauteur de part ou d'autre ; ce qui a été terminé par un duel. Le prince de Lixin est sûrement tué1 ; te duc de Richelieu a été blessé de façon qu'on le croit mort aussi, (Cela n'est pas certain.) Il n'a habité que huit jours avec sa femme depuis son mariage. Les mariages se font ordinairement pour perpétuer les maisons, et celui-là sera cause que la branche aînée de la maison de Richelieu sera éteinte, et que tous les duchés substitués passeront au marquis de Richelieu, à présent duc d'Aiguillon2,

Le duc de Richelieu est guéri de ses blessures.

Le marquis de L'Aigle a trouvé le moyen, par le crédit de madame la Duchesse, la jeune, d'éluder le dernier arrêt du Parlement. On lui a obtenu des lettres patentes par lesquelles le Roi déclare en avoir besoin, pour son service, à la tête du régiment du comte de Clermont, dont il est colonel, et qu'il entend qu'il sorte, manentibus judiciis, sans préjudice du plus amplement informe. Les lettres ont dû être entérinées au Parlement par crédit et sollicitation à reflet qu'il sorte. On a mieux aimé prendre cette voie pour ménager le Parlement, que par une lettre de cachet au concierge, portant ordre de le mettre hors de la Conciergerie. On ne parle point que le chevalier de Brèves ait eu la même grâce. On instruira le procès; mais je ne crois point que le marquis de L'Aigle fasse la même faute qu'il a faite , et qu'il se remette une seconde fois en prison. Au surplus, on trouve

1 . C'est ainsi qu'a Qni la branche de la maison de Lorraine appelée Harcourt, puis de Cuise, lien reste encore deux autres, l'une appelée d'Armagnac, qui subsiste encore, et l'autre de Marsan, éteinte dans la personne du comte de Marsan, qui avoit épousé la sœur de M/de Soubise, gouvernante des enfants de France, morte en Allemagne* Je crois cependant que. M; de Mnrsau avoit un frère appelé M. le comte de Pons, mort longtemps après lui. Ces trois branches descendotent du fameux comte de Uarcourt, grand écuyer de

' France, mort à Royaumont en 1666» abbaye de Bernardins, proche Beauvais.

(Note de Barbier d'inçreville*)

2, Voyez plus haut, p, 150, note 5,

cela très-mal; c'est toujours une insulte au Parlement. Le crime est si grand pour la sûreté publique, qu'il devroit y avoir un exemple, pour contenir à l'avenir les petits-maîtres , et les engager à s'aller coucher quand ils sont ivres. On disoit que, sur la demande en entérinement des lettres, il avoit été ordonné que la Cour feroit des remontrances. Les vacances des fêtes de la Pentecôte ont interrompu les suites de cette affaire.

Il y a de grandes nouvelles dans toutes nos armées. Le royaume de Naples a été conquis par l'armée du roi d'Espagne, qui a donné sa démission de ce royaume en faveur de don Carlos, lequel a été couronné dans Naples. 11 a battu dans ce mois l'armée impériale, commandée par celui qui étoit vice-roi1- On a tué cinq à six mille Allemands; on poursuit le reste, en sorte que don Carlos sera paisible possesseur du royaume de Naples. Il ne tardera guère à s'emparer de celui de Sicile, et, par l'événement, ce fils du second lit du roi d'Espagne sera un puissant prince, roi de Naples et de Sicile, duc de Parme, de Plaisance et de Toscane. Voilà l'ambition de la reine d'Espagne bientôt remplie !

En Italie, l'armée de l'Empereur vouloit entrer dans le Parmesan et faire le siège de la ville de Parme, Ils se sont même emparés de Colorno, qui est la maison de plaisance des ducs de Parme; mais M. le marquis de Maillebois, lieutenant général, commandant un gros détachement, les en a chassés. L'action a été vive; nous avons perdu peu de monde, et on a tué mille Allemands2.

Le maréchal de Villars n'a pu soutenir les latigues qu'il a eues le mois dernier. Il est tombé malade; il a quitté le commandement de l'armée le 27 du mois dernier, pour revenir en France avec le marquis de Villars, son fils, qui est aussi très-incommode* 11 n'a pu continuer le voyage, et il est resté à Turin, On Ta dit mort

1, Bataille de Bitonto, gagnée sur le vice-roî, comte de Visconti.

2, Voyez dans V Appendice, n° îv, les lettres de M, V allier de PrcvilJt:,

ifci, maïs il est trèà-mdl; C'est M; le marquià de Coigny, le plus ancien lieutenant général,' qui a le commandement en Italie.

Du côté de la Pologne, le siège dëDàntzick; où le roi Stanislas est enfermé; continue toujours paf l'armée dé la czarine. Nous y avons envoyé un premier secours de Quinze cents hôrrimes1, commandés par M* de La Motte, à qui on a doîitié le brevet de maréchal d& camp; c'est un hotrinrie de forturiè, brave et entreprenant; cependant, étant débarqués, ils ont trouvé les Rlissiens si bien fortifiés qu'il n'y avoit pas rilbyën de tenter d'entrer dans la ville sans se sacrifier ehtiërëmeht. Ils se sont rëmbârqués et sont revenus à Copenhague. M. le comté (le Plélo 2 y notre ambassadeur auprès dii roi de Daheïtiark; à regardé cette démarche corhmë déshonorant le nom frahçois; il avoit un second secours à peii \iïb$ pârèil au premier prêt à s'embarquer; il à quitté Sôïa po^ie sans ordre de la Cour; il s'est embarqué avec les troupes dans le dessein de se mettre à leur tête et d'attaquer lés retranchements dës Riissiens pour ptnivoir entrer dans la ville de Dantziek. Ils sont débarqués, et ' ils ont tenté l'attaque; niais les Russietts, qui s'étoient préparés, ont fait iin fèri si violent que nous avons été obligés de hôus retirer, ayant perdu environ cent Hommes3; M. le comte de Plélo a été la victime dë son entf eprisë, que l'on à regardée comme téméraire et imprudente. Il y a été tiià, ayant reçu cinq coups .de feti et quatre coups de baïonnette. Il avoit épôiisé lâ'fillë- de madame la diichessë de Mazariri4, dame d'atour dë la

1 . La campagne gtoriduse pour le corps d'armée française envoyé ati secours du roi Stanislas a été racontée en 1761 par uu officier du régiment de Blaisois, sous le titre de Journal de la campagne de Dàntzick. Paris, 1 7 6 i , in- 12.

2, Louis-Rdbert-Hippolytè dé Bréhan, coûile (le Piélo^ né én Bretagne eh

Il fut littérateur et diplomate.

S. Cette affaire eut lieu le 23 mai 17 34.

4. Mademoiselle de la Yrilliere» dont la mère s'était remariée au duc dQ Mazr.ïin, Voyez plus haut, t. I, p. 362, note 2,

Reine; il étoit beau-frère de M. de Maurepas et de M. de Saint-Florentin, secrétaires d'État, il s'est. sacrifié pour faire sa cour à là Reine et s?avancer, car naturellement un ambassadeur ne doit point quitter la cour où il est employé sans ordre. Gomme il aùroit eu tout l'honneur de cette action, s'il avoit réussi, il est à présumer que M. de La Motte n'est pas fâché de cet échec. Nous sommes campés sous le canon du fort de Wesselmunde , qui est à l'embouchure de la Vistule, sur la mer. Il doit encore y arriver pn secours, et M. de La Motte sera en état de prendre de$ mesures plus justes.

A Philisbourg, nous avonà pris le fort qui est en deçà du Rhin, de notre côté, que les ennemis ont même abandonné; et le 4, on a ouvert la tranchée au delà du Rhin, par Farinée commandée par le marquis d'Àsfeld, qui fait le siège. Le 12 de ce mois, M. le maréchal de Berwick, généralissime de nos armées en Allemagne, visitant nos ouvrages à sept heures du matin, a eu la. tôle emportée d'un boulet de canon, et M* le duc de Duras l, qui étoit à côté de lui, a été blessé d'une pierre que le boulet a rencontrée. Voilà une terrible destinée* pour un général de soixante-six ans. Comme nous n'avons plus de njaréchaux en France en état de servir, le Roi a nommé M. le marquis d'Àsfeld et M. le duc de Noailles maréchaux de France; le premier, comme plus ancien lieutenant général, a le commandement. On n'a* point encore nommé pour l'Italie»

' Le siège de Philisbourg continue toujours avec beaucoup de vivacité. On avance sur les ouvrages, mais nous ne laissons pas que d'y perdre beaucoup dp monde, et surtout des grenadiers, officiers et .soldats. Le régiment des gardes françoises, qui étoit en mauyaise réputation parmi les troupes, y fait des merveilles. On tire quinze hommes de chaque compagnie qui sont restées à Paris

1. Jean-Baptiste de Durfort, duc de Duras, devint maréchal de France eu 1741. U mourut en 1770. 1

pour remplacer dans les compagnies de grenadiers qui sont au camp.

Le Roi a nommé, pour l'Italie, M. le marquis de Coigny et M. le comte de Broglie1, maréchaux de France.

M. le maréchal de Villars est mort à Turin, le 17 de ce mois, âge de quatre-vingt-quatre ans ; il étoit né dans cette ville, son père ayant été ambassadeur à la cour de Savoie* On dit même qu'il est né et mort dans la même maison. On lui a donné, dans notre Gazette, l'éloge qui lui étoit dû, puisque, sans difficulté, c'étoit le plus grand homme de guerre que nous ayons eu depuis les Turenne et les Condé. 11 y a eu de l'imprudence, à quatre-vingt-trois ans, d'entreprendre un commandement en Italie; mais il étoit haut et fanfaron, et faisoit le jeune homme; d'ailleurs, il faut présumer que le garde des sceaux aura été bien aise d'éloigner un tel homme du conseil de. guerre, où il auroit été plus utile qu'en Italie, pour être seul le maître des projets et de l'exécution.

Les équipages de M. le comte de Clermont sont aussi partis pour l'Allemagne, et avec grande magnificence; ainsi le bruit étoit faux que les princes du sang ne serviraient pas. cette année. Les équipages de tous les seigneurs sont très-beaux. On ne rencontre que cela depuis un mois. L'armée d'Allemagne sur le Rhin et sur la Moselle sera nombreuse et leste ; et cette campagne va être curieuse pour les événements.

J'ai déjà dit que la promotion des officiers généraux avoit fait plus de mécontents que (Vautres. Aussi à-t-elle été chansonnée vivement ;

Louis, qui ne s'entend îi rien, Et son adjoint encore moins, Entre eux ont décidé la guerre, Laire là, laire, îan laire, Laire là, laire, lan laire !

1, François-Marie, duc' de Broglie et Tlevol, né en 1671, maréchal de France, mort dans l'exil en 174 5.

juin 17S4.

Après avoir bien griffonné, Et par cent fois recommencé, La promotion ils ont fait faire, Laire là, etc.

Quand Baiiyn 1 Ta remise à Louis, 11 a dit d'un air tout surpris :

Comment sitôt Tont-ils pu faire?

Laire là, etc.

Hélas! Sire, je n'en sais rien, Votre Majesté le sait bien, Je n'en suis que le secrétaire!

Laire là, etc.

Le cardinal m'a ordonné De vous défendre d'en parler.

Jusqu'au Chenil2 il faut se taire!

Laire là, etc.

Seulement pour vos courtisans.

Vous pouvez bien dans ce moment De l'enveloppe vous défaire.

Laire là, etc.

Quand à la Muette vous serez Tout à votre aise dégrisé, Vous leur ferez part du mystère.

Laire là, etc.

À la Muette étant arrivé,

Le Roi a dit: <t Amis, lisez,

« Ma foi," je né les connois guère. *

Laire là, etc.

D'Àngervilliers, secrétaire (TÉtat de la guerre, (Note de Barbier.) La Muette, au bois de Boulogne, où le Roi va souper avec des seigneur».

(i\ote de Barbier,}

470 JOURNAL DE BARRIRA .

Les courtisans, tout.ébaubis,

En chorus ont dit à Louis :

«t Hélas! quel secours pour Ja guerre \

Laire là, etc.

a Mouchy1, Chabot et le Nonant « Sont tous trois fort jolis enfants, « L'ennemi connoît leur derrière!

Laire là, etc.

« Sire, en cette promotion,

« Belle-lsle, aidé de Polaston3,

a Vont bien montrer leur savoir faire!

Laire là, etc.

« L'on doit sans doute aveuglément - a Se livrer à l'arrangement « Que ces messieurs font pour la guerre. » Laire là, etc.

Bénissons donc cent et cent fois Le choix de notre auguste Roi Pour son conseil et pour la guerre!

Laire là, etc.

II prendra Vienne assurément, Si personne ne le défend; Mais nous aurons les étrivièrcs!

Laire là, laire lan, laire, - Laire là, laire lan, là.

1. Philippe de Noailles, duc de Mouchy, né à Paris en 171 5, mort en 1794» maréchal de France en 1775, se distingua dans cette guerre de 1733, où il servit comme colonel du régiment de Noailles.

2. Philippe Charles II d'Estampes, fils du comte d'Estampes (voyez t. I, p. 05) et de Jeanne-Marie Du-Plessis-ChdtiUon-de-Nonaiit, mort en 1737.

3. J eau-Baptiste, comte de Polaslron, maréchal de, camp, gouverneur de Cas ti il ou*

■ Il y a, en Italie, de la brouillefie entre M. le maréchal dè Villars et plusieurs lieutenants généraux,- au sujet dij siège de Tortône, que chacun vouloit faire. La règle est de suivre l'ancienneté, et d'employer chacun à son tour aux sièges. Le maréchal de Villars l'avoit promis à M. le marquis de Ravignan1. Il devoit ensuite le faire avec le prince Charles de Lorraine. Il leur a manqué de parole à tous, et il Ta fait faire par M. de Maillebois, qui étoit le dernier lieutenant général. C'est le marquis de Pezé2, colonel du régiment du Roie, ami du Roi, et très-délié, qui s'est emparé de l'esprit du vieux maréchal, et qui lui fait faire, à ce qu'on dit, tout ce qu'il veut, M. de Ravignan a eu des paroles un peu hautes avec le maréchal aussi bien que le marquis d'Asfeld* qui étoit le premier lieutenant général, en sorte que celui-ci est revenu, et est actuellement en Allemagne» sous le maréchal de Berwick. Le prince Charles est aussi revenu, aussi bien que le marquis de Ravignan, qui est même très-malade, et qui n'est employé sur la liste en aucun endroit pour cette campagne.

Juillet.

Affaires de Pologne. — Bataille de Parme. — Le régïmenf dé Picardie. ^ Modoc. — Là brigade de Champagne. — Le duc de Là ÏYémoiile dabs un fossé. — Te beum h Paris. — Les drapeaux foulés aux pieds* — Le duc do Crussol. — Le prince de Montaaban cuirassier. — La Gazette de France pour la Reine. — M. de Ravignan h l'armée dit Ruin, — Les grenadiers françois sur la tranchée. — Pbilisbourg fendu. — M. de Po* lastron. — Retraite du roi Stanislas de Darïtzick.

Les affaires de Pologne sont en très-mativàis état; la flotte de la czarine, composée de quatorze vaisseaux dë guerre, est arrivée à la rade de Dantzick, et a apporté au camp des Russiens quantité de provisions; les troupes de l'électeur de Saxe ont joint leur camp, et ils ont de

1 . Joseph de Mesmes, marquis de Ravignan, lieutenant général, né en 1 670.

2. Hubert de Courtarvel, marquis de Pézé. Voyez t. î, p. 239, note 3,

3. Ce régiment de cavalerie, créé en 1636, devint en 179 ! lé 6* de cavalerie, et plus tard le 6e cuirassiers.

472 JOUKNÀL DE BAUBlËR.

1 artillerie. Nos trois régiments, qui sont campés sous Wesselmunde, se trouvent entre la flotte et le camp des assiégeants, et ne peuvent plus recevoir de secours par mer. -On compte que la flotte de M. Duguay-Trouin1, qui est à Brest, s'y rendrait. 11 est sans difficulté que la flotte de la czarine n'y auroit pas paru ou qu'elle auroit vidé, mais il y a eu beaucoup de lenteur dans toutes ces opérations. La flotte de M. Duguay-Trouin observe si celle des Anglois ne fait point de mouvement. Cette observation est apparemment si importante qu'elle ne peut pas quitter. Les Russiens se sont disposés à faire le siège du fort deWesselmunde, qui est à l'embouchure de la Vislule, et qui favorise et empêche la communication par mer à la ville de Dantzick. H est très-fort, et il y a quatre-vingts pièces de canon; mais l'arrivée, de la flotte avant la nôtre met nos troupes hors d'état de résister. Nous avons été obligés de capituler avec le général Munnich"; il- a été convenu qu'on fourniront à nos troupes des vaisseaux de la czarine pour les remettre dans un port de la mer Baltique, h l'effet de revenir en France; qu'ils entreroient dans les vaisseaux, tambour battant, enseignes déployées; qu'étant entrés, ils rendraient leurs armes pour être serrées, et qu'en débarquant, on leur remettrait. Au moyen de cette retraite et de la prise du fort, les Dantzickois ne pourront plus tenir .malgré leur bonne volonté. Cependant le bon roi Stanislas est dedans, et il sera difficile qu'il en sorte que par une capitulation ou en se déguisant, ou s'enfuir. C'est une triste extrémité pour un roi légitimement élu, . et beau-père du roi de France* Tout le monde convient que. c'est la faute du ministère , le siège de Dantzick

, i. Bené Duguay-Trouin, né à Saint-Malo en 1673, marin célèbre, lieutenant général, vainqueur de Rio-Jaueiro, mort en 1736. Il a laissé des Mémoires,,

2. Burckbard-Christophe, comte de Munnich, ingénieur, général au service de la Bussie, né en 1088 dans le comté d'Oldenbourg. Il construisit le lac de Ladoga, devint feld-maréchal et premier ministre, fut exilé par les intrigues* f)e îirçn et rentra, çn faveur çou,$ pierre Ul. U mourut en t7.G7i

dure depuis plus de six mois. Les Russiens n'y avoient ni vivres, ni artillerie. Dès le mois de mars on auroit pu y envoyer du secours» c'est par épargne qu'on a temporisé; et ce dernier secours, envoyé quand il n'est plus temps, qui est obligé de revenir après avoir été même un peu frotté, est une véritable cacade.

Si l'Empereur empêche le roi Stanislas d'être roi de Pologne, il n'y gagne pas infiniment , car ses affaires vont très-mal en Italie. Il s'éloit avancé jusque auprès de Parme dans le dessein d'en faire le siégé, les impériaux étoient à Monte-Chiavugolo, notre armée observoit leurs mouvements pour empêcher ce siège de la capitale des États de don Carlos. Mardi , jour de saint Pierre, 29 de juin, M. de Coigny a fait avancer toute notre infanterie, à huit heures du matin, dans une plaine qui est sous le glacis de Parme pour les y ranger en bataille. Comme cela se faisoit, le général Mercy, qu'on appeloit le grand Batailleur parce qu'il a toujours aimé à donner bataille quoique malheureux, n'en ayant jamais gagné, a fait sortir ses troupes de' ses retranchements pour nous attaquer* Cet endroit est coupé par des navilles, c'est-à-dire des fosses, de façon que la cavalerie des deux côtés a été spectatrice. On leur a d'abord opposé le régiment de Picardie1, la brigade de Champagne ensuite, .et enfin toute l'infanterie, hors quelque moment où le régiment de Champagne a donné . la baïonnette au bout du fusil , ce qui n'a pas duré, parce qu'il n'a pas été soutenu assez à temps. Le combat s'est passé à coups de fusil à très-peu de distance; il a duré depuis onze heures du matin jusqu'à huit heures du soir sans discontinuer. On dit que dans la dernière guerre il n'y a point eu d'action si vive, ni de feu si terrible; c'étoit un acharnement des deux côtés comme si c'eût été chaque combat singulier ; ç'a été

t. Devenu en 1791 le Ie de ligne. Ce régiment, dont la création remontait à 1558, avait le droit de marcher en tète de tous les régiments d'infanterie,

474 JOUUNAL DE BARBIER.

une vraie boucherie. Le combat a fini avec le jour, chacun est resté de son côté sur le champ de bataille, dont nous sommes restés maîtres à la fin , parce que les impériaux se sont retirés dans leurs retranchements , et que, la nuit, ils ont décampé sans trompette, à petit bruit. Il y a eu de leur part huit à dix mille hommes tant tués que blessés, et, de notre part, six à sept mille hommes tant des troupes de Savoie que des nôtres. Cela fait une journée assez complète. Us ont perdu tous leurs généraux, le général comte de Mercy a été tué. On compte que c'est la onzième bataille qu'il a perdue. Le prince de Wurtemberg a été blessé, le comte de LaTour de même et le prince de Palfi a été fait prisonnier. De notre côté, le maréchal de Coigny a été légèrement blessé. Nous avons perdu bien des gens de distinction. Le duc de Crussol, fils du premiér duc et pair de France, colonel du régiment de Médoc1, a été très-dangereusement blessé. Le duc deLaTrémoille, colonel dù régiment de Champagne, est tombé dans un fossé, sa brigade lui a presque entièrement passé sur le corps ; il a eu une côte enfoncée, ce qui ne sera pourtant rien. Le prince de Montauban2, de la maison de Rohan-Guémenée, colonel de Picardie, a été blessé en deux endroits.. Ce régiment a voulu soutenir le nom de premier régiment de France : il a donné le premier. On a voulu le relever, il a répondu qu'on ne relevoit jamais Picardie , en sorte qu'il a essuyé le feu et l'action pendant neuf à dix heures de suite. Aussi dit-on qu'il n'est resté que trois cents hommes des trois bataillons. Nous avons perdu dans ce combat six à sept cents officiers, qui est une perte difficile à réparer et que l'on dit n'être jamais arrivée dans aucune action.

Le duc de La Trémoille est malheureux ; c'est un beau seigneur qui a toujours été livré ici à tous les plai-

4, Le 70° de ligne.

%, Charles, prince de Rohan-Montaubàn, lieu tenant- général, 1 693-1766.

sirs de la jeunesse. Son rang, sa qualité, sa personne, son esprit qui est des plus brillants, sachant tout, belleslettres, musique, danse, le tout au parfait, tout est envié ; à la Cour et à la ville, on est très-disposé à croire et à dire qu'il s'est laissé tomber par prudence dans le fossé. Cependant il a été partout dans les sièges qui ont été faits Tannée passée , et il s'est présenté de bonne grâce dans la dernière affaire à Colorno, à la tête de vingt compagnies de grenadiers; mais enfin, malgré cela, on ne veut pas qu'il soit brave. Cela seroit malheureux à la tête d'un régiment comme celui de Champagne, car on est sûr de nepaséchapperun coupdefusil.

Le maréchal de Coigny ayant été informé de la fuite des ennemis a envoyé le lendemain des détachements de cavalerie et de dragons pour les suivre. M. de Coigny*, son fils, colonel-général de dragons, a apporté au Roi la nouvelle de cette victoire, dont le public n'étoit pas pleinement satisfait par le regret de la perte de tant de braves gens pour ne gagner qu'un cimetière, et que M. de Coigny n'avoit pourtant pas pu éviter, ayant été attaqué par les ennemis.

On a cru cependant que cette action étoit assez de conséquence pour chanter, lundi 12 , de ce mois, un Te Deutn qui a été exécuté avec d'autant plus de joie que dimanche, 11, M. de Russé2, petit-fils du maréchal de Vauban, a apporté des nouvelles des suites de cette action.

L'armée impériale en s'enfuyant s'est dispersée, les uns ont voulu gagner Mantquè, les autres à Guastalla, les autres d'un autre côté, sans vivres et sans bagages* AL de Coigny a fait marcher notre infanterie quoique fatiguée, depuis quatre heures du matin jusqu'à minuit pour les suivre et les rejoindre. Nous avons investi Guastalla. On les a sommés de se rendre ; sur le refus de le

I. Jean-Antoine de Franquetot, comte de Coigny, né en 1702. 11 fut nommé maréchal de camp.

î. Ou d'Ussé (voir Mercure, juillet, p, 1485).

47$ JOIWNAL DE DAMIER.

faire, on leur a déclaré qu'on passerait tout au fil de Fépée 1 . Cela demandoit réflexion. La proposition leur a paru vive. Ils se sont rendus prisonniers, le 5 de ce mois, au nombre de treize cents, et on s'est emparé de Guastalla. M. de Russé a apporté au Roi trois drapeaux qui ont d'abord été envoyés aux Invalides, qui est l'hôtel militaire, et lundi ils ont été apportés par les Cent- Suisses de la garde du Roi à Notre-Dame pour être offerts à Dieu pendant le Te Deum. On dit qu'on les met par terre devant le maître-autel, pendant que l'archevêque de Paris fait son adoration à l'autel, et que, quand il revient pour prendre sa place dans sa chaire, il marche dessus, ce qui est une marque de mépris de les fouler aux pieds2. Après le Te Deum, on les a placés à l'autel de la Vierge, 11 y a au haut de ces drapeaux un petit morceau de crêpe noir, ce qui se pratique ainsi, disent les militaires, dans une armée; lorsque le général en.chef a été tué.

On dit encore que le maréchal de Broglie en a attrapé d'un autre côté, et qu'il a fait nombre de prisonniers et qu'on trouve sur tous les chemins des armes et des corps morts, en sorte que cela fait une armée entièrement en déroute, et il n'est pas à présumer que l'Empereur se relève de cet échec en Italie. Quelque chose qu'il arrive en Pologne, cela ne le dédommagera pas do la perte des royaumes de Naples,* de Sicile et du Milanois. Pour nos blessés, jls ont l'avantage d'être bienïi leur aise dans une grande abbaye de la ville de Parme.

M, de Coigny réparc bien ce qu'on lui reproche d'avoir laissé passer aux ennemis le Pô, On dit que M. le maréchal de Villars lui dit alors Monsieur, voilà votre "u bâton de maréchal tombé dans le Pô , » et qu'il lui

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