‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 76 sur 90 · Voyez l* Appendice t n° vu · texte numérisé non relu

Voyez l* Appendice t n° vu

t. Cet usage, aussi odieux que ridicule; a complètement disparu, si tant est qu'il ait jamais eiisté. Ce dédaiu de l'ennemi vaincu rapetisse le vainqueur et ne rehausse pas le succès « 1

répondit ; a Monsieur, quand vous n'y serez plus, je le « repêcherai. » Et cela s'est trouvé juste. Il y a des gens qui, sur les événements, prétendent aujourd'hui que M. de Coigny a laissé exprès passer le Pô aux ennemis, afin de traîner les choses en longueur , comptant bien que le maréchal de Villars ne pouvoit pas aller loin , surtout pour commander.

Il est à présent certain, par la Gazette de France, que les impériaux ont repassé le Pô, du côté de Manloue; ils sont sans vivres et sans équipages* Voilà une retraite un peu longue qu'on leur a fait faire.

On espère que M, le diic de Crussol, colonel du régiment de Médoc , reviendra de ses blessures. Il a certainement perdu un œil. On dit qu'il a écrit au Roi que, Dieu merci! il lui enrestoit encore un pour son service. Tout polit et contrefait qu'il est, il a acquis bien de l'honneur dans cette affaire, et cela fera bien voir le faux des bruits qu'on avoit tenus sur son compte, dans'son duel avec le comte de Rantzau qu'il a tué.

Le prince de Monlauban, colonel de Picardie, qui a reçu deux blessures considérables à la main et au bras, a soutenu ce combat pendant dix heures à la tête de son régiment. Pour le duc de La Trémoille, il n'est pas possible de parer les mauvais bruits. Cela est général à la Cour et à la ville. On publie dans tout Paris qu'il éloit blanc comme du linge, qu'il alloit de mauvaise grâce et lentement à la tête de ce-régiment de Champagne, qui ne cherchoit qu'à courir au feu, et qu'il s'est laissé tomber dans un fossé par précaution. On ne conçoit pas effectivement comment un colonel de son rang, qui, par malheur, auroit glissé dans un fossé, n'auroit pas été levé sur-le-champ par les officiers et les sergents qui sont à côté de lui dans la marche. On l'a mis dans la Gazelle^ blessé légèrement, sans dire comment. Mais la chute est certaine; on l'appelle le duc du -fossé, jusquelà que j'entendis dire, hier, à l'Opéra , qu'il avoit ordre

de se défaire de son régiment, ce qui ne sera pas. On ne déshonorera pas ainsi un homme d'une des premières maisons du royaume. On écrit d'Italie qu'il s'est comporté avec Mars, comme il fait à Paris avec Vénus, parce que, quoiqu'il coure ici toutes les femmes par vanité et un air de petit maître , il a la réputation de n'être pas vigoureux.

Par les nouvelles de la ville ou la Gazette de Hollande, il paroît certain que le roi Stanislas a eu l'adresse de s'évader de la ville de Dantzick, accompagné seulement de trois personnes, que la ville de Dantzick, aussi bien que tous les seigneurs Polonois, qui y avoient suivi le roi Stanislas, ont reconnu pour roi de Pologne l'électeur de Saxe, et que le général Munnich s'est emparé d'une des portes de la ville avec des troupes moscovites et saxonnes* On dit que le roi Stanislas s'est retiré en Pologne et s'est mis à la tête de quarante mille Polonois. Mais cela mérite confirmation. On ne paroît pas disposé à croire qu'il paye de sa personne comme il le faudroit en pareille occasion. Les Polonois ont aussi été très-lents dans toutes leurs opérations, et, suivant les apparences, il n'a pas beau jeu dans ce pays-là.

Comme la Reine est prête d'accoucher, on imprime pour elle et pour la reine de Pologne, sa mère, qui est u Saint-Cyr une Gazette de France particulière, dans laquelle on ajuste les nouvelles qui regardent la Pologne.

M. le marquis de Ravignan , lieutenant général , qui étoit revenu d'Italie par rapport à quelques paroles dites entre lui et le maréchal de Villars, s' étoit retiré à sa maison de la Chaussée 2, sur le chemin de Marly. Il étoit même encore incommodé des suites de la maladie qu'il avoit eue, 11 a été employé, il y a quinze jours, pour servir dans l'armée d'Allemagne. Comme c'est un brave

1. Maison fondée par madame de Maintenon près de Versailles. •2. Ce château, situé à BougWal, sur la Seine, avait été possédé par Gabrielie d'Estrécg.

JUILLET 173 î. 4/9

homme qui aime fort son métier, il a oublié tout d'un coup son mal.Xe Roi.lui a dit à son lever qu'il avoit signé sa commission et qu'il partirqit apparemment dans cinq ou six jours. Le marquis de, Ravignan lui répondît : «, Sire,, permettez-moi de prendre congé deVotre Majesté «t tout présentement.. Cet aprèsrmidi,. à trois, heures, je ce serai en.chaise de poste, » Et il Ta fait, sauf à attendre à l'armée ses équipages.

Les affaires d'Allemagne! ont été.lentement, à cause dit débordement du. Rhin •„ qui a inondé tous nos ouvrages au. siège de Philisbourg. On craigiioit même ici que cela n'attirât la levée du, siège,, mais il faut convenir que la fatigue ne rebute point nos. soldats. Il y & une vajëur extraordinaire \, l'ouvrage à couronne est une fôrtificar tipnirenommée et des plus fortes, d'où dépend la prise delà ville. Les ennemis ont. cru que les;eaux nous cmpêcHeroienÇ de l'attaquer.. Il n!y avoit que trois cents hommes;, quoiqu'ils pussent y en placer plus.de quinze , çents. On- dit que cela .est fort grand, ,etqp!il y a autant

d,e maisons. que. dans la, ville. Cela s'appelle, môme; la Ville-Neuve, C'est un ouvrage qui a été fait par Louis XI Y, quand Philisbourg étoit à nous. On eomptoit ici que cette attaque seroit meurtrière et qu'elle nous coûteroit bien du monde. La nuit du 14 de ce mois, nous l'avons attaqué, malgré toutes les difficultés ;.nous.n'y avons eu que dix-sept. hommes tant tués: que blessés. Nos grenadiers ont tué à coups de baïonnette deux cents hommes, fait soixante-dix-sept prisonniers et le reste a été noyé. C'est un coup bien heureux, parce qu'il n'y a plus d'ouvrage dangereux pour faire rendre la ville.

Notre armée et celle du prince Eugène sont à demi- Sieue du siège et en présence l'une de l'autre. Les deux camps sont, retranchés, et se. canonnent depuis longtemps, ce qui paroît extraordinaire. Le prince Eugène nous a beaucoup fatigués par ses mouvements, de façon <j!ie,dans l'incertitude de ses desseins et dans la crninle

d*être attaqués, le maréchal d'Àsfeld a renvoyé tous leâ gros équipages en deçà du Rhin de notre coté ; la cavalerie ést toujours sur pied. On a comblé toutes les cursivês du camp, et il n'y a plus de lentes. Toute l'armée couche à la belle étoile. J'ai vu une lettre du comte de Roucy La Rochefoucauld1, en date du 15, qui regrette son lit qui étoit fort bon, qu'il n'a pas vu depuis trois semaines. Il marque en même temps qu'iis ne manquent point de vivres, qu'ils sont tranquilles et contents , et que les soldats ne demandent qu'à se battre.

Le 17, là ville de Philisbourg s'est rendue. On regarde ce siège comme un des plus glorieux qui aient été faits depuis longtemps, parce que nous y avons bravé nonseulement le feu des ennemis, mais l'eau par l'inondation et le débordement du Rhin, jusque-là que, dans la dernière attaque, M. de Ravignân, lieutenant général, et M. de Polastrori, maréchal de camp, à la tête de huit compagnies de grenadiers ont eu l'intrépidité de marcher un espace de terrain assez considérable tout à découvert sur le revers de la tranchée, ce qui ne s'est, . dit-on, jamais fait; et cependant, dans une action aussi hardie, il n'y a eu que six ou sept grenadiers de tués. Cela a si fort étonné les assiégés qu'en se retirant avec précipitation dans la ville, il y est entré parmi eux deux de nos grenadiers, et il ne s'en est rien fallu que tous n'y soient entrés. La garnison auroit mal passé son temps, aussi dit-on que le commandant a écrit au prince Eugène que s'il avoit eu affaire à des hommes il auroit tenu plus longtemps, mais qu'il avoit affaire à des diables. -

"il y a eu à ce sujet un grand Te Deum dans cette ville. Les généraux ont complimenté et fait bien rafraîchir les troupes du siège.

En Italie, les deux armées sont campées en présence

1, Louis'François-Àrmanddc Roye de La Rochefoucauld, duc d'Estissac comte de Roucy y né en 4 6Ô5.

des deux côtés. de la Secchia, rivière qui se jelte dans le Pô. On n'a pas profité autant qu'on l'auroit pu de la victoire de Parme et .de la déroute de F armée impériale, parce que le roi de Sardaigne ne veut point hasarder de bataille pour conserver sûrement le Milanois, et par ce moyen il donnera le temps à l'Empereur de rétablir son infanterie.

On ne sait, point ici. où est le roi Stanislas ; on assure qu'il est en lieu de sûreté et en bonne santé. Sa retraite de Dantzick a été un couphardi ; il est sorti déguisé lui troisième seulement* On dit qu'il a passé dans l'eau, dans des marais et. qu'il a passé cinq ou six nuits dans des forêts sans se coucher et sans avoir de vivres. On croit qu'il est en Prusse. L'électeur de Saxe est revenu dans la ville de Dantzick, qui, par force, l'a reconnu pour roi de Pologne; maison dit que, dans la Pologne, il y a encore des mouvements et des confédérations en faveur du roi Stanislas, Le marquis de Monli, notre ambassadeur, et le primat de Pologne, sont toujours arrêtés et gardés par. des troupes de la czarine. Dans la situation où sont les choses dans ce pays, il semble qu'il faudroit de grands événements pour que le roi Stanislas remportât sur l*électeur de Saxe, qui est en possession du pays , avec deux armées.

Août*

La médisance et le duc de La Trémoille. — Lettre du régiment de Champagne. — M. de Fimarcon et M. de Crussol brigadiers. — Chanson sur la bataille de Parme. — Nouvelles. — Fable. — L'Électeur de Saxe à Dantzick, — Aventures du roi Stanislas* — Le Roi à Maricnvrerder.

Les mauvais bruits qui se sont répandus au sujet du fossé dans lequel est tombé. M. le.duc.de LaTrémoille sont venus jusqu'à madame la duchesse de La Trémoille1, qui en a porté ses,plaintes à M. le cardinal de

1. Marie-Hortense-Yictolre de La Tour de Bouillon (voyez t. I, p, 361, note l). .

Fleury et à Kï* te garde "des sceaux , pour env découvrir les auteurs, ce qui n'est pas facile; Elle en frété: si piquée qu'elle les* a écrites à son mari, aux dépens même de sa santé , ayant toujours été incommodé et saigné plusieurs fois depuis la bataille de Parme^

M', le duc de La1 Trémoillé^ qui, par ordre du maréchal de Coigny, étoit dans un endroit éloigné du= camp pour se rétablir , outré d'une pareille nouvelle , se fit transporter au camp, le 7 de ce mois, et alla- dîner chez M. de Coigny; et là, en* présence de deux cents personnesj se plaignant de ces mauvais* discours, dit quril vou droit en* découvrir les auteurs pour les en; faire repentir, qu'il parloit haut parce qu'il ne craignoit rien, le régiment de Champagne étant présent pour le démentir. 11 y avoit alors plusieurs officiers de la tête qui prirent la parole, et dirent qu'il devoit mépriser ces bruits, que le régiment de Champagne, qui se* connoissoit en bonne manœuvre, et qui' avoit vu* la sienne, en avoit été satisfait; et que* lorsque le régiment dfe: Champagne étoit content, tout le monde devoit l'être: M. de Coigny répondit comme il le devoit à M. de La Trémoille et aux officiers. Le lendemain, 8, tous les officiers du régiment, qui n'étoient point la veille chez le maréchal, sont venus chez lui en corps, et lui ont dit qu'indignés des bruits qui se répandoient sur leur co- . lonel, ils venoientpour lui en demander raison, et pour le prier d'en découvrir les auteurs plutôt que pour le justifier, attendu que, quelqu'un qui avoit combattu à la tête du régiment de Champagne; qui en étoit content, n'en avoit pas besoin. En conséquence, le régiment1 en- corps a écrit deux lettres; Tune au cardinal de Flëury, et l'autre au garde des sceaux >, dont voici, la copie :

Du camp.dè Benedetto, ce 8 août il 734*

«Monseigneur, « Tout le régiment de Champagne a appris les propos

« qui se sont tenus sur M. le duc de La Trémoille. 11 en « est si indigné qu'il ose vous rendre un compte exact de « sa conduite; il fut écrasé dans le commencement de « l'affaire par des soldats dont on ne put retenir Tar- « deur; et, malgré les douleurs qu'il souflroit, il resta « plus de trois heures à la tête du régiment, où il se « comporta avec toute la valeur possible. Le témoi- « gnage du régiment de Champagne ne pouvant être « équivoque; puisque nous serions les premiers à nous « en plaindre s'il y avoit quelque chose à lui reprocher. « Le régiment de Champagne espère, Monseigneur, que <x vous voudrez bien faire cesser ces calomnies atroces, « et faire rendre à M. le duc de La Trémoille la justice « qui lui est due, j>

( Signée de tout le régiment. )

Ces lettres ont fait du bruit. Il est même vrai que M, le duc de La Trémoille ne peut pas avoir une justification plus authentique parce que tout le monde est persuadé que le régiment de Champagne, dont on connoît la hauteur \ et qui paroît assez dans le discours tenu au général de l'armée, ne supporteroit pas une lâcheté réelle d'un colonel tel qu'il fût; mais avec cela ces mauvais bruits s'étoient tellement répandus que tout le monde plaint M. le duc de La Trémoille, et convient qu'il est triste à un homme de ce rang-là d'avoir besoin d'une. pareille justification. C'est un coup affreux qui lui a été porté par ses ennemis. On l'attribue assez généralement à M. Bauyn d'Angervilliers, secrétaire d'État de la guerre, avec qui le duc de La Trémoille a eu quelque brouillerie. Les gens de ce rang-là sont si hauts qu'ils regardent un secrétaire d'État

1. Dans une circonstance, ce régiment s'avançant trop en avant et étant rappelé, le chef répondit : « Je m'en f... t Le mot eut du succès, et depuis ce temps ce juron fut remplacé par cette formule plus polie : ■ Je suis du régiment de Champaguc. » Voyez Uou\ de Rochelle, Histoire du régiment de Çhampagney in-8, 1839,

comme un commis, et ils n'en ont pas moins besoin dans l'occasion. Ce qui est de certain c'est que M. d'Angervilliers avoit reçu dès l'origine de ces bruits une lettre de M. de Sucy, lieutenant-colonel du régiment de Champagne, qui lui rendoit compte des faits justificatifs pour M. le duc de La Trémoille, qu'il n'a montrée ni au Roi ni à* qui que ce soit. M. le duc de Gesvres, son confrère, comme premier gentilhomme de la chambre,' s*en est plaint au Roi, et en a parlé de sa part à M/d'Àngervilliers, qui lui a répondu que, quand il recevoit une lettre, c'étoit pour lui, et qu'il n'cloit pas le chevalier de M* le duc de La Trémoille, c'est-à-dire pour réparer ses torts. Tout ceci a donné Heu à chansonnèr dans Paris. Mais ce qui peut faire tort à M* le duc de La Trémoille, c'est que Ton ne Tait point fait brigadier1 dans la promotion des officiers généraux pour l'Italie2. M. le marquis de Fimarcon Test. M. le duc de Crussol, qui a pensé perdre l'œil au combat de Parme, l'est aussi, et a huit^ mille livres de pension, car on dit qu'il est hors d'affaire, et qu'on lui a sauvé l'œil. Mais, quand la blessure de M. le duc de la Trémoille ne seroit pas de nature à être récompensée, on auroit dû le faire brigadier, pour en imposer sur les bruits qui ont couru; et, par distinction, c'est le premier duc et pair de France à la Cour; M. le duc d'Uzès Vest que le second. 11 a le rang au Parlement, parce qu'il s'y est fait recevoir avant Vautre. M. le duc de La Trémoille, par dés lettres patentes, a le titre d'Altesse3, et tous les honneurs des princes du sang après eux. Il est allié à toutes les têtes couronnées. Cela fait le premier homme de la 'Cour, quoiqu'il y ait bien des gens de qualité qui se prélen-

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