Jean Barbier, avocat au Parlement
2 . Ce jurisconsulte distingué est l'auteur d'un Mémoire sur la prohibition d'évoquer les décrets dHmmeubles situés en Normandie. Paris. 1722, in-4.
3. Fnnçois-Augustin-Paradis de Moncrif, fils d'un procureur, était né à
liesse, garçon d'esprit et de belles-lettresj a eu le bonheur de s'introduire d'abofd chez M. d'Àrgènsqn,- conseiller d'État et chancelier de M. lë duc d'Orléans. Cette protection hii a donné des entrées chéz les princes. 11 a eu des pensions,' et èrtfirt il est entré chez M. le comte de Clermôfït eîi qualité de secrétaire de ses commandem'ërits. Ce pfîfree Va comblé de grâces^ et l'a fait recevoir par autorité & l'Académie Françoise1; Il en étoit devenu fier et insolent. Il viënt tout récemment d'être chassé de la: maison 2. On" en dit plusieurs raisons, et èfitrë autres quattrë vers qu'il à fâits contre la maison de Condé :^
Le Roi feroit un bon marché Si Garon vouloit trafiquer Trois Condé qu'il peut prendre,
Èh bien! * Pour an qu'il pourroît reridré, Vous nrf entendez bien!
Rien n'est plus méprisant pour M. le Duc, M. le cômte de Charolois et M, le comte de Clermonl, et, en même temps, cela laisse à entendre que le Roi n'a point» de généraux capables, et qu'il lui seroit trës-àvantageux si Caron vouloit lui rendre le grand prince de Condé;
Le jansénisme fait, ma foi, de beaux progrès ; il a été parlé ci-dessus des excès et des folies des convulsionnâmes, de leurs assemblées, de leurs prédications, lïs
Paris en. i 687; U fut nommé secrétaire dès postes et lecteur de Marie Leczinska à la suite de la disgrâce dont il est question ici. H est l'auteur des Essais sur tes moyens dê plaire ; de V Histoire des Chats et des Âmes Rivales. Uu bramé crut reconnaître dans ce dernier ouvrage le développement du système de la métempsycose, ét envoya à Pa'ùteur un manuscrit indien qui fut déposé par celui-ci à la Bibliothèque Royale. Moncrif mourut en i 770. Yoyez les Mémoires de d'Àrgensôn, cités par Boî s- Jourdain, t. m, p. 5-10.
1 . Il avait été élu en 1733, en remplacement de M. de Caumartin, évéque de BlOis, dans le trente-cinquième fauteuil.
*2. a II (Moncrif) avait même la feuille des bénéfices dépendants de ce prince-abbé, mais îl ne proposait aucun sujet que de l'aveu de certaines demoiselles de TOpérà, Il se- brouilla dans cette petite cour. » Mélanges de Bois-Jourdain, t. m, p. 7t
s'appellent frère et sœur; et, parmi les sœurs, il y a nombre de jeunes et jolies filles que les frères ont la
charité "de saintement. 11 y a un cordonnier de
mon quartier qui a une fille de seize ans et un fils de dix-huit ou vingt. Ils sont initiés dans .l'art de convuK sionner. On dit, parmi les gens du peuple, que la fille a six cents livres par an et le garçon quatre cents livres; 11 y a une caisse \ et, avec de l'argent et de l'enthousiasme, on fait faire au peuple ce que l'on veut.
L'abbé Gillet , fils de l'avocat, aussi de mon quartier; fut arrêté chez lui, le jour de la Vierge, et conduit à la Bastille. Il tenoit chez lui des assemblées où il faisoit des exhortations» Les bonnes dames du quartier s'y trouvoient, et entre autres l'abbé Sellier, fils d'un marchand de vin, à la Corne, proche Sainte-Geneviève, qui par révélation devoit représenter le Christ, et, en celle qualité, être crucifié par ses confrères, 11 a différé autant qu'il a pu la cérémonie; on dit même qu'il a déclaré nettement à l'assemblée qu'il n'avoit point encore toutes les qualités et les grâces nécessaires et qu'il n'avoit point assez mérité auprès de Dieu pour opérer cette grande œuvre. On le cherche, dit-on, depuis longtemps, ët il n'est point encore pris.
Mais, de ces convulsionn aires, il est sorti une secte bien plus belle, qui a enchéri sur les autres , que l'on appelle les Élisiens.XJn d'entre eux, homme, dit-on, de Montpellier, appelé dans la clique frère Augustin 3, a
1 . Barbier xeut sans doute parler ici de la Boite à Perrette. Cette caisse tirait son nom de la servante de Nicole, que son maître avait rendu la première dépositaire de ces fonds, dont il avait fourni lui-même la plus grande partie. Cette réserve, qui passait toujours par des ûdéi commis en des mains sûres, était destinée à des œuvres de piété. Elle s'élevait, en 1 7 78, à la mort de M. Rouillé des Filletières, sans cesse alimentée par des dons^volontaircs, à onze cent mille livres ! Les héritiers voulurent s'en emparer et plaidèrent contre les légataires; mais ils furent déboutés de leurs prétentions- — On prétend que la Boîte à Perrette a traversé toutes nos révolutions et qu'elle existe encore sous la protection de quelque pieux janséniste.
2, U se nommait Cosse. Yoyez plus bas, p. 526.
fait entendre qu'il avoit vu, rencontré et parle, au prophète Élie, qu'on nous a assez représenté comme errant sur la terre. Ce prophète lui a annoncé sa mission et lui a dit delà part de Dieu qu'il étoit l'agneau sans tache et qu'il devoit mourir pour les péchés des hommes. Il a communiqué ses lettres de créance à ses confrères, qui y ont ajouté foi. Dans les assemblées, après avoir prêché, il se couchoit sur une table dans la posture attribuée à l'agneau sans tache, et il se faisoit adorer comme tel ; on chantoit des hymnes, oraisons, et on lui rendoit les honneurs dus à ce titre.
Ce récit paroît fou, il est pourtant vrai; je ne suis pas si surpris qu'il y ait un homme assez entreprenant pour se dire delà famille de Dieu ; mais je ne conçois pas qu'il y ait des particuliers assez fanatiques, dont les cerveaux soient brûlés au point de donner„dans ces visions. Si cela* arrive de nos jours, dans un siècle raffiné, irréligieux, débauché, il ne faut plus être surpris des effets de la prévention sur les esprits ordinaires et de quelle manière, dans tous les temps, les différentes religions ont pris faveur. La politique s'en mêle et l'établissement s'en fait insensiblement.
Cette affaire a excité, comme on juge bien, le ministère public. On dit que M. frère Augustin est mouché depuis plus de deux mois, et qu'on a différé à l'arrêter pour en . arrêter d'autres et avoir des preuves ; il a été enfin arrêté il y a trois semaines.
Le bruit court que le Roi a envoyé une déclaration au Parlement, qui lui attribue la connoissance de cette affaire, qui est très-sérieuse. M. Hérault, lieutenant de police, qui en avoit la commission, a cherché à s'en débarrasser. 11 n'y a pas de sûreté à juger des fous. Sous le prétexte de la gloire de Dieu, il y a là des gens, par zèle et par religion, capables de tout tenter et de s'exposer à tous les supplices.
Cette déclaration est, dit-on, depuis quinze jour$ au
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pârquét/Le Paiement neveut point l'accepter-, il prévoit fciëft qu'il ne s'agit pas seulement de faire le procès à frère Augustin, et que cela va impliquer une infinité d'honnêtes gens de tôlitès sortes d états par les dispositions de ceux qui soiït arrêtés.- Le Parlement, qui est janséniste au fond du cœur,- et qui a donné le branle aussi bien que les avocats à accréditer dans Paris ce parti, a peine à se charger de prononcer des jugements rigoureux et inévitables contre des hérétiques décidés
D'un autre côté,* si l'on se contente de punir ces gensci secrètement et dans la Bastille, le peuple de Paris, qui généralement est janséniste/ criera à l'injustice. On dira que ce sont des martyrs et que par des suppositions bn a sacrifié des personnages saints; au lieu qu'un jugement solennel du Parlement justifieroit les désordres, lès Extravagances et les hérésies, qui sont des suites et des effets de ce jansénisme oulréi Nous verrons -ce que cela devierîdrâ; mais cela est très-plaisant, car il y a entre dûtres M. Carré dë Morilgeron, conseiller au Parlement, qui est fourré tout au travers de ces gens-là, et qui dévotement uné très^olie sœur, actuelle-
ment détenue au château de Vincennes.
On m'a dit depuis que le sieur* Cosse, surnommé le frère Augustin,- n'est point, arrêté et qu'il s'est sauvé, qu'il a rrïêine emporté une bonne somme d'argent. On vat jusqu'à cinquante ou soixante mille livres, à différentes personnes , qui lui en avoient confié comme chef et homme respectable.*
On dit qu'il a annoncé à ses confrères qu'il falloit lui amener une fille dans l'endroit où étoit autrefois Port- Rôyal-des-Champs% et que là il la dépuçelleroit, qu'ensuite il la sacrifierait, qu'il seroit pris et brûlé, et qu'après il ressusciterait. On voit à présent que c'est un fripon, qui se moquoit de la crédulité de ses disciples,
\ , Voyez les Nouvelles ecclésiastiques qui rejetaient toutes ce g folies» ■ 2. Près de Chëyrèuse, .
t Le prophète Éiie est un nojnrpé Vaillant1, purp dans le diocèse 4e Trpyes, qui actuellemept est enfermé 4 Bicêtre. On dit que c'est un J}ommte qui a tant jeûné et qui s'est tellement macéré le porps par de§ austérités, que la cervelle est altérée et qu'il croyoit de bpnne foi être le prophète Élie, jusque-là qu'il a pris le carrosse de Metz, qu'il s'est présenté aux Juifs en qualité #dje prophète Élie; mais les Juifs l'ont regardé comme un fou, et lui ont dppné du pied au c!.. Ceux-là sont en po£:ses^ sion de ne pas croirp si aisérnentquç les autres.
jOn ne parle, surtout dans mon quartier ?, entouré d.e paroisses jansénistes, qqe de ces sottises. Ge qui est de certain, c'jestq.u'il y a dix pu <3puze filles grosses, .et qy(e ces chefs de doctrine et de prédictions engagent les mères des femmes du peupl.e, qui ont pédé à la persuasion, de leur livrer .elles-mêmes leyrs filles, pe qu'çljes. font en vue dp Dipu. Des gens indiflérents, qui ont été voir par curiosité de ces conyulsionnaires , conviennent qu'i| s'y passoit d<es choses extraordinaire^. Ils savent si c'est par kdes sorts pu par des breuvages que ces qpé? rations sç faisojeqt; il n'est pag étopnant que je peuple,, et même des gens au-dessqs, ajent été séduits. Ce n'est jamais que par dy miraculeux et tda surprenant que les religions et les cultes ont pris^fayeur sdaps tous les Jtemp§; et dans tous les payg.
On dit qu'il y a plus de cinq iiiillp personnes engagées dans toutes ces cabales, et l'argent ne leur manque pas; cela en fait viyrç jin grand nombre et fait tort à bien des successions.
On m'a raconté que vingt personnes , homme? et femmes, étoient assemblées dans une maison, un soir. On avoit garni le seuil de la porte de la chambre de la
1. Pierre Vaillant, né và Méry^ur-Seînç. 11 avait déjà été arrêté, en 1728, pour cause de jansénisme, et mis à la Bastille. Il y fut encore emprisonné, en 1734, et pour la même1 cause, et après vingt-deux années de captivité dans cette maison, il alla mourir à Vincennes, où il avait été transféré.
2, Barbier demeurait rue Galande, pr,ès de la plnco Mauhert.
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dépouille d'une oie; ils avoient tous une petite croix sur le front du sang de l'animal ; ils ont fait rôtir l'oie suites charbons, ils l'ont mangée avec du pain et de l'eau , ils étoient ceints d'une ceinture de cuir ; et la nuit ils ont été en procession à l'endroit où étoit autrefois Port- Royal-des-Champs.
Je connois un libraire1 de mes voisins, qui étoit autrefois un homme d'esprit; il est tellement engagé de bonne foi dans ces mystères, qu'il est décharné comme un squelette ; il dit à sa femme sérieusement que , s'il étoit arrêté, il la prie de ne faire aucune démarche pour lui, et que, si par hasard il étoit pendu, il la supplie de boire et de manger à son ordinaire sans s'affliger. Sa femme, qui est aussi plus de moitié convertie , s'attend tranquillement à tous ces événements. En attendant, je crois que la sainte clique les fait un peu vivre.
Il faut aussi convenir qu'il y a eu beaucoup trop de ménagement de la part de la police, depuis la fermeture du cimetière de Saint-Médard , où est le tombeau de M. Paris ; car voilà l'origine de tous ces désordres. On a arrêté bien des gens qu'on a lâchés. Au lieu, par M. Hérault , d'employer les commissaires , qui sont des officiers de robe, à prévenir toutes ces folies, il s'est livré à ses agents, qui sont des fripons, qui gagnent considérablement de bien aux dépens de l'État et du public. La moitié est janséniste de cœur ou fait semblant de l'être pour tirer de l'argent du parti qui paye bien» en sorte qu'ils font avertir eux-mêmes ceux qu'on doit arrêter, ou qu'ils font semblant de les manquer. Leur intérêt est de faire durer cette manœuvre, mais il est dangereux délaisser ainsi enraciner ces sortes de frénésies dans une ville comme Paris ; et je suis sûr que si Ton est obligé à la fin de prendre un parti violent contre cette secte , la plupart des gens de la police s'y trouveront impliqués. Si on ne le fait pas, ces gens-ci regarderont la timidité
i. Le sieur Cimart. Yoyoz t. ni, année 1 735, janvier.
du ministère comme u/i effet de la-main de Dieu, el le nombre en augmentera tous les jours.
Le 21 de ce mois, le- Roi a fait faire un service à Notre-Dame pour tous les officiers et soldats, qui ont été tués dans ses armées, cette année. On n'a point eu, à ce qu'on dit, cette attention dans la dernière guerre. Mais pour une chose extraordinaire et très-louable en soi , cela s'est fait avec trop de simplicité. On a chanté une simple grand'messe des. morts, où M. l'archevêque de Paris a officié. Il n'y avoitni musique, ni représentation dans le chœur, ni tentures, ni gardes* Une pareille cérémonie pour un grand nombre de gens de toute condition, qui ont été sacrifiés pour l'État, devoit se faire avec plus d'appareil ; et même M. d'Angervilliers, secrétaire d'État de la guerre, auroit dû y assister. Le Roi a ordonné la même chose dans toutes lés cathédrales du royaume, ce qui se continuera tous les ans à pareil jour pendant la guerre.
■ Le jour de Noël, cette année, il a éclairé et tonné trèsfort* Cela n'est pas ordinaire.
Comme nous nous sommes emparés du duché de Modène en Italie pour la commodité de nos troupes , et parce que le duc de Modène avoit voulu livrer passage aux troupes de l'Empereur, le duc de Modène s'est retiré à Gênes, et le prince de Modène1, qui a épousé une princesse d'Orléans2, sœur de M. le duc d'Orléans, est ici, à Paris, sous le nom du marquis de San-Felice, La princesse de Modène est restée h Lyon, mais elle aura, dit-on, la permission devenir aussi à Paris.
Malgré les mauvais temps, les neiges et la boue dans un pays gras comme l'Italie, nos troupes sont continuellement en mouvement pour parer les entreprises