‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 87 sur 90 · DU JANSÉNISME, DE LA BULLE UNIGEN1TUS, DU CONCILE I> EMBKÙN · texte numérisé non relu

DU JANSÉNISME, DE LA BULLE UNIGEN1TUS, DU CONCILE I> EMBKÙN

ET DES C0NVULSI0NNA1RES.

{ Voyez p. 18.)

Nous ne recommencerons pas l'histoire du jansénisme sous Je règne de Louis XIV, Cette histoire a déjà été écrite avant nous par l'éditeur des Provinciales de Pascal1. 11 nous suffira donc de dire que les querelles théologiques, qui troublèrent la France pendant deux siècles, avaient commencé vers 4640, lors de l'apparition d'un énorme commentaire sur saint Augustin publié après la mort de son auteur, Jansen; évêque d'Ypres. Cet ouvrage était une réfutation des doctrines du Jésuite Molina. Entraîné par l'ardeur de la polémique ; l'auteur s'était laissé aller à reproduire quelquesunes des erreurs de Baius, l'un de ses devanciers, et en était arrivé au fatalisme et à la négation de la liberté humaine que défendaient les Jésuites. Duvergier de Hauranne, abbé

de Saint-Cyran, fit connaître ce livre en France et le répandit parmi les jeunes théologiens. Les Jésuites, inquiets de cette propagande, s'empressèrent de demander à Rome la condamnation de VAugustinus, Ils l'obtinrent,- en 1642, du pape Urbain VIII. Alors se formèrent deux partis, et Port-Royal se déclara pour Jahsënius et sa doctrine; La guerre s'alluma; et troubla tout le dix-septième siècle. En 1649, le doyen de la Sorbonne, Cornet; dénonça à la Faculté l'opinion nouvelle et en dëmsrhdà l'examen. VAugustinus fut analysé, et sept pro-

t. Provinciales de Pascal, publiées par Ch. Louandrc, iîi-1 8, IS . Paris, Charpentier.

<i: Au^uslihus Corrièlii Jansëcii epîscopi, seù dôctrina sancti Augustini de, humanae natures sanctitate, segritudinc, raedicina adversus Petag-ianos et Massi-* H en ses , i a- fol»

positions, réduites plus tard à cinq, en furent extraites et déclarées schismatiques :

1° Les justes, dans l'étendue de leur volonté et dans la me- ' sure de leurs forces, ne peuvent obéir à certains commandements de Dieu; il leur faut encore la grâce, sans laquelle rien ne leur esL possible.

2° Dans l'état de nature déchue, on ne résiste pas à la grâce intérieure,

3° Dans l'état de nature décime, pour mériter ou démériter, il n'est pas besoin que la liberté nous délivre delà nécessité, il suffît qu'elle nous sauve delà contrainte.

4° Les semi-pélagiens admettaient bien pour tous les actes et même pour le commencement de la foi la nécessité de la grâce intérieure, mais ils étaient hérétiques,en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté humaine pût s'y soumettre ou y résister.

5° C'est parler en semi-pélagien que de dire que Jésus-Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes.

Soixante docteurs s'opposèrent à ce jugement de la, Faculté et se pourvurent devant le Parlement. Le jansénisme fut alors constitué. Arnauld^ Nicole, MM. de Port-Royal, des évêques, des docteurs furent ses apôtres et ses victimes. Arnaulcl, exclu de la Sorbonne1, trouva un défenseur dans Pascal, et la langue française s'enrichit d'un chef-d'œuvre, les Provinciales. La signature d'un formulaire, qui emportait la désapprobation de cette doctrine et la condamnation des cinq propositions, fut imposée à tous les membres du clergé et suscita de longs embarras au gouvernement.

Une déclaration de Clément IX, rendue en 1668j suspendit pour de longues années ces querelles et rendit la paix à l'Église de France. Elle fut nommée la Paix de Clément IX. Les jansénistes sortirent de la Bastille, et Arnauld écrivit contre lés calvinistes. Là se termine la première époque de l'histoire de ces querelles.

Elles se rallumèrent, en 1713, avec la fameuse bulle Unigenihts , rendue par Clément XI, qui portait condamnation de

l. En 1656.

101 propositions extraites du livre du P, Quesnel, intitulé : R<$lexions morales sur le Nouveau Testament, livre publié dès 1671, et qui.était une reproduction de Yjéugwtimts.

Cet ancien oratorien, retiré à Bruxelles avec dom Gerberon et d'autres proscrits, était, à la mort d'Arnauld , devenu le chef de cette petite Église. Un moment emprisonné par l'archevêque de Malines , il s'évada et se retira à Amsterdam , où il mourut en 1719. Il tâcha de fonder dans ce pays quelques réunions de jansénistes que les exilés de France alimentèrent pendant tout le dix-huitième siècle1.

L'acceptation de la bulle, que Louis XIV voulut imposer, fut le signal d'une guerre nouvelle. A la mort du Roi, elle éclata. On vit, le 5 mars 1717, en pleine Sorbonné, quatre évêques, MM. de La Broux, évêquede Mirepoix, Soanen,de Senez, Colbert, de Montpellier, de L'Angle, de Boulogne, former un appel de la bulle au prochain concile ; et un huissier du Châtelet osa aller afficher cet acte sur les murs de Rome et en remettre l'exploit au pape lui-même. Les quatre évêques furent renvoyés dans leurs diocèses, mais l'élan était donné. Le cardinal de Noailles fit son appel à son tour * et rallia autour de lui seize évêques. Le jansénisme était réveillé. Dubois profita du moment où le système de Law absorbait l'attention publique pour faire accepter la bulle par le Grand Conseil et le Parlement, pour supprimer les appels et pour publier un corps de doctrine que le cardinal de Noailles accepta et qui sembla calmer tous les esprits 2.

Cependant, quelques ecclésiastiques persistaient dans leurs anciennes opinions. Parmi ces derniers opposants , on voyait le vertueux Soaneri, évêque de Senez, qui, trouvant la bulle Unlgenittts un décret monstrueux , publia une Instruction pastorale, dans laquelle il s'élevait avec force contre cette Constitution. Le cardinal de Fieury voulut faire un exemple* Un concile fut donc assemblé, en 1727, à Embrun, sous la présidence de M. de Tencin, archevêque métropolitain, et l'évêque de Senez fut^déposé et relégué à l'abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, ou il mourut en 1740.

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