‹ Journal de chirurgieChapitre 1 sur 113 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

SOMMAIRE

I. Travaux originaux. — Nouvelle méthode pour l’opération du bec-de-lièvre ; par M. Malgaigne. — Mémoire sur deux cas de , tumeurs volumineuses à la face fœtale du placenta ; par M. Danyau. — Mémoire pratique sur le Gysticerque ( Cysticercus cellülo&œ ), observé dans l’œil humain; avec quatre observations inédites de l’auteur; parM. Sickel, 2e article. — Sur deux luxations successives de la même rotule produite par l’action musculaire ; par M. Gastara — II. Revue critique. — Chirurgie. — Paracentèse du péricarde pratiquée deux fois sur le même sujet. — Nouveau procédé d’amputation partielle du pied. — Sur la valeur relative des amputations partielles du pied. — Résultat des grandes opérations pratiquées à l’hôpital de Lodi, en 1840. — Obstétrique. — Traitement de la galactirrhée par l’iode. — Rupture mortelle d’un kyste de l’ovaire produite par une chute.

— Pharmacologie chirurgicale. — De l’emploi du caoutchouc en feuilles et en sparadrap pour le pansement des ulcères des jambes. — III. Bulletin clinique. — Opération d’un bec de-lièvre double et compliqué, avec saillie du tubercule moyen, par M. Bebrqu. — IV. Bibliographie. — Du traitement des fausses ankiloses et de la contracture des membres par la compression aidée de l’extension, sans l’emploi de la ténotomie; par M. Dancel.

— V. Nouvelles et Variétés. — Académies.— Prix proposés par des sociétés savantes.

TRAVAUX ORIGINAUX

üffToiivelle méthode pour l’opération du iiec-de-lièvre , communiquée à la Société dé chirurgie de Paris , le 20 décembre 1843 , par M. lÏAi.eAi«a¥E*

Ce n’est pas d’aujourd’hui que f ai eu occasion de remarquer combien la médecine opératoire, si riche et si prodigue en procédés et en manoeuvres , devient pauvre et avare lorsqu’il est question des résultats. En ce qui concerne le bec-de-lièvre par exemple, le jeune chirurgien appelé à pratiquer sa première opération dans le cas le plus simple, sera parfaitement renseigné sur le choix de l’instrument, sur la façon d’aviver les chairs, sur le mode d’implantation des aiguilles ; mais sur cequ’iladroitdese promettre de tous ses soins, sur les espérances qu’il peut donner au malade, il ne trouve rien; ou plutôt la plupart des livres l’exposeront à une déplorable déception, en lui laissant croire qu’il viendra facilement à bout de la difformité.

La première fois que j’opérai un bec-de-lièvre, j’avais affaire à une jeune enfant de 7 à 8 ans, fille unique, que les parents n’avaient pas voulu faire opérer plus tôt afin de réunir toutes les chances de succès; je procédai, comme on peut croire, avec toutes les précautions indiquées, et au 4e jour, les aiguilles retirées, j’eus la douleur de voir le bord libre de la lèvre interrompu par une encochure de 2 à 3 millimètres. On tint conseil : on présuma que l’enfant indocile avait parlé et crié de trop bonne heure , et on décida qu’elle serait de nouveau soumise à F opération. Pour une si légère entaille, je mis deux aiguilles dont l’une était placée sur le bord même de la lèvre; j’eus soin d’introduire

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cette dernière aiguille très-obliquement de bas en haut pour le côté gauche de la division et de la faire sortir en sens inverse pour le côté droit; à ces conditions, rencochure fut notablement diminuée; mais en laissant toujours une trace désagréable.

Ce premier fait me donna fort à réfléchir ; accoutumé à regarder cette opération comme peu de chose, j’avais suivi assez négligemment dans leurs conséquences les opérations que j’avais vu faire par les maîtres, plus avide, comme sont la plupart des élèves, d’assister à la manœuvre opératoire que de constater les résultats , et trop disposé à cet égard à en croire les auteurs sur parole. Cependant, après mon double essai , je n’osai plus m’en fier au procédé classique; j’essayai alors de l’avivement elliptique, et j’eus encore une encochure. Une fois, après l’avivement à la méthode ordinaire, je fis sur chaque bord saignant une petite incision horizontale vers l’union de la peau et de la muqueuse, dans le but de reporter en bas les deux petits lambeaux qui en étaient résultés ; et ce fut derechef en pure perte.

Sur ces entrefaites j’avais pris le service de Bicêtre, et en passant en revue les nombreux pensionnaires de l’établissement, j’avisai deux ou trois d’entre eux qui avaient été opérés du bec-de-lièvre par les chirurgiens les plus renommés de Paris, et ce ne fut pas sans un certain soulagement intérieur que je trouvai leurs lèvres déformées par des encochures plus ou moins prononcées. Pour compléter mon instruction à cet égard , je suivis, dans divers services de Paris, quelques sujets tout récemment soumis à l’opération, et n’ayant pas rencontré sur nature un seul de ces succès que les livres présentent comme si faciles et si ordinaires, j’étais arrivé à cette conclusion assez triste , qu’avec toutes les ressources de l’art un bec-de-lièvre plus ou moins grave pouvait bien être transformé en un autre infiniment plus léger ; mais que l’effacer complètement était à peu près impossible.

Avant d’aller plus loin il est bon d’ajouter que, lorsque je fis ma première communication sur ce sujet à la Société de chirurgie, l’un de mes collègues crut devoir relever mon assertion comme trop absolue, et annonça que pour sa part il avait vu plusieurs succès complets. L’occasion était belle pour juger la question; chacun des membres présents fut invité à dire à son tour ce que lui avait appris son expérience personnelle. Il se trouva, en réunissant tous ces témoignages, que le nombre des succès donnés comme complets ne dépassait pas 5 ou 6 , tandis que les insuccès allaient fort au delà de 60. La plupart donc avaient été constamment aussi malheureux que moi. M. Nélaton , entre autres, après avoir essayé deux, fois le procédé ordinaire, avait recouru, dans trois cas nouveaux, à l’avivement elliptique, et n’avait été satisfait ni de l’un ni de l’autre; et M. Guersant, qui compte à lui seul 25 à 30 opérations, n’avait jamais pu défaire un seul de ses opérés de l’inévitable encochure.

En remontant à la cause de cette difficulté, il est facile de se convaincre qu’elle tient d’une part à la nature de la lésion eongéniale, et d’autre part au procédé opératoire même. Louis a cherché à démontrer que dans le bec-de-lièvre il n’y a aucune perte de substance. Toute son argumentation roule évidemment sur un jeu de mots ; il n’y a pas eu ablation de substance, mais il y a eu atrophie, et, par une cause ou par une autre, défaut de développement, ce qui revient au même pour le chirurgien. Cette atrophie dans le bec-de-lièvre simple est surtout marquée vers les deux angles saillants des bords de la division; si l’on essaie de les rapprocher avant toute opération, on verra que ces angles ne sont point taillés carrément comme dans une section accidentelle, mais arrondis; de telle sorte que le rapprochement le plus exact ne saurait reproduire la continuité du bord libre de la lèvre, mais laisse une encochure très-visible. Pour le bec-de-lièvre double, l’atrophie est plus frappante encore; généralement le lobe moyen de la lèvre a moins de longueur que les autres, et ne peut concourir à reformer le bord labial; l’ encochure médiane est donc beaucoup plus profonde que dans les cas simples.

L’opération est-elle raisonnée du moins en vue de remédier à cette déperdition, ou, si l’on aime mieux, à cette diminution de substance? En aucune manière. Loin de là, l’avivement avec les ciseaux ou le bistouri produit directement une perte de substance nouvelle

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