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aucune discussion à ce sujet, il est présumable qu’il ne s’est décidé pour l’opinion qu’il a émise qu’après mûr examen. Sans doute il aura été frappé de la facilité avec laquelle le liquide, une fois évacué, les divers contours du fœtus ont pu être suivis. Mais la soustraction d’un liquide épanché entre l’œuf et les parois utérines ne pourrait-elle pas produire le même résultat? Dans les cas observés par Nægelé, et qu’il rapporte à une véritable hydrorrhée, il n’y avait aucune saillie insolite du ventre, même dans les cas où la quantité d’eau évacuée avait été considérable; et très-probablement alors le liquide était répandu en nappe sur une large surface de l’œuf.
Hedrich ayant vu le liquide se reproduire peu à peu, et l’écoulement ne s’étant pas renouvelé dans la suite, aura cru sans doute le cas soumis à son observation différent de ceux observés par Nægelé et par d’autres, parce que, dans ceux-ci, à partir du moment où l’écoulement avait eu lieu pour la première fois, il avait ensuite reparu à des intervalles irréguliers plus ou moins souvent jusqu’au terme de la grossesse. Cet argument ne se-
Pli»ratiasol®gie
NOUVEAU CIMENT POUR LES DENTS ; par M. OSTERMAIER.
La Gazette des hôpitaux donne, d’après un journal allemand, l’article suivant qui ne manque pas de quelque intérêt.
En recourant à l’emploi des principes qui constituent l’émail des dents, M. Ostermaier est parvenu à obtenir une combinaison qui reste molle pendant quelques instants , puis durcit lorsqu’elle a été introduite dans la cavité des dents cariées; de telle sorte que les dents creuses ainsi remplies peuvent servir ensuite à la mastication tout aussi bien que les dents les plus intactes.
Cette combinaison , qui se rapproche de la composition du tissu osseux , se prépare de la
manière suivante :
Chaux caustique . 13 parties.
Acide phosphorique anhydre floconneux . 12 parties.
La chaux doit être chimiquement pure et finement pulvérisée; l’acide phosphorique s’obtient par la combustion du phosphore à l’air sec. On mêle promptement les deux substances; il en résulte une poudre qui devient humide pendant le mélange. La cavité dentaire étant préalablement desséchée avec du coton ouaté ou du papier Joseph, on y introduit une quantité suffisante de cette poudre, et on l’y tasse en ayant soin de niveler et de lisser convenablement la surface supérieure, qu’on humecte ensuite avec un peu d’eau.
1ITIQUE. 251
rait pas sans valeur, bien qu’on pût objecter encore que l’obstacle qui a pu s’opposer pendant quelque temps à l’écoulement du liquide résiste indéfiniment, s’il ne se fait pas une trop grande accumulation. Tous les doutes eussent été levés, si, comme dans le cas cité par Ingleby ( On uterine hemorrhage , pag. 29), on eût trouvé aux membranes une ouverture distincte de celle qui avait donné passage à l’enfant.
S’il était démontré que les membranes une fois déchirées (et n’oublions pas qu’ici cette déchirure devait être large) peuvent se cicatriser , l’explication d’Hedrich pourrait être admise sans objection. Mais il n’en est rien. Dans le cas d’ingleby, il n’y eut point de cicatrisation, et dans ceux où elle était nécessaire à l’explication d’une théorie, on n’en a pas trouvé de trace.
D’après ce qui précède, ne pourrait-on pas présumer que le cas d’Hedrich n’est qu’un cas d’hydrorrhée pendant la grossesse, qui aurait eu toutefois ceci de particulier que l’écoulement. ne se serait produit qu’une seule fois ?
eiiirm'gicale.
La poudre mélangée , qui s’est humectée en s’emparant de l’humidité de l’air, se transforme peu à peu et d’elle-même en phosphate de chaux. Aussitôt qu’elle est repassée à l’état sec, la plus grande portion de l’acide phosphorique est déjà entrée en combinaison avec la chaux ; et si avant ce moment on n’en a pas fait l’application , elle n’est plus propre à l’usage qu’on voulait en faire et doit être rejetée comme inutile. Le laps de temps pendant lequel ce mélange peut être employé est tout au plus d’une à deux minutes; et il faut d’autant plus se hâter que l’air est plus chargé d’humidité.
Il faut aussi prendre garde de porter la poudre humide dans la cavité dentaire sans avoir préalablement desséché celle-ci. L’humidité qu’on y aurait laissée précipiterait la combinaison de la chaux et de l’acide phosphorique , développerait une forte chaleur , et la masse serait même rejetée au dehors. Au contraire la cavité étant bien desséchée , et la poudre n’étant humectée qu’après son introduction et à la surface, la combinaison a lieu lentement et sans trouble.
Il va sans dire qu'on peut à vo'onté changer les proportions de l’acide phosphorique et de la chaux.
L’expérience a déjà démontré que ce ciment, appliqué comme il a été dit, remplit parfaitement toutes les indications; mais le temps seul peut décider si sa durée doit répondre à ce que la théorie permet d’espérer.
252 BULLETIN CLINIQUE
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BULLETIN CLINIQUE
FORMATION ü’UN ANUS ARTIFICIEL A LA Rɬ GION lombaire, pour une obstruction cancéreuse du rectum ; mort le huitième jour ; autopsie ; par M. Malgaigne.
M. Amussat a lu récemment à l’Académie des sciences une nouvelle observation d’anus artificiel pratiqué à la région lombaire gauche, sur une femme de 55 ans atteinte d’une occlusion complète de la partie inférieure de l’intestin. Les suites n’ont présenté rien de particulier; il n’y a eu ni fièvre ni accident inflammatoire; et après un mois la malade était dans l’état le plus satisfaisant. Si je ne me trompe, c’est le troisième succès de ce genre qu’a obtenu M. Amussat; de telle sorte qu’entre ses mains l’opération n’a pas encore eu de revers. J’ai eu occasion de la pratiquer une fois , et l’opéré a succombé le huitième jour ; mais dans des conditions telles que l’autopsie pourra servir de preuve nouvelle du peu de danger de l’opération en elle-même.
M. Amussat avait recommandé d’inciser crucialement les couches musculeuses; il m’a paru qu’une simple incision en travers suffirait; et, en effet, dans sa dernière opération, M. Amussat s’est borné comme je l’avais fait h une incision transversale. J’ai décrit dans mon Manuel de médecine opératoire, l’anatomie chirurgicale de la région lombaire , et je ne veux pas y revenir; le seul point important à rappeler, c’est qu’il faut se garder de chercher l’intestin trop en dehors, et surtout de vouloir l’isoler ou l’inciser de ce côté, à cause de la ténuité du péritoine, et de ses adhérences avec l’aponévrose du transverse. C’est pourquoi, après avoir divisé l’intestin verticalement, j’ai bien fait une incision transversale en dedans , mais non pas en dehors, de peur d’atteindre le péritoine. L’observation a d’ailleurs été recueillie avec des détails suffisants ; et je n’étendrai pas davantage les réflexions qu’elle pourrait suggérer.
Obs.— Le nommé Demol, âgé de 57 ans, entra dans mon service à Bicêtre le 1er octobre 1841, pour un cancer du rectum qui déjà l’y avait amené plusieurs fois. Voici, du reste, comme il nous raconta son histoire :
Il avait toujours joui d’une santé excellente jusque vers l’âge de 56 ans. A cette époque il commença à souffrir d’hémorroïdes fluentes, qui laissaient écouler tant de sang que, selon son expression, on aurait pu en remplir des baquets. Deux ans plus tard, à la suite d’une chute sur le siège, il survint un abcès énorme au côté gauche de l’anus ; un médecin appelé ouvrit l’abcès, lequel dégénéra en fistule à l’anus qui fut opérée à son tour; mais, la guérison se faisant attendre,
il quitta son médecin, et se pansa lui-même en s’introduisant des mèches enduites de divers onguents, qu’il achetait dans la rue des Lombards. De longues années se passèrent de la sorte, et les choses allaient de mal en pis ; vers 1858, il se décida enfin à entrer à l’Hôtel-Dieu. Il y reçut les soins de M. Blandin, qui lui fit mettre des mèches enduites d'onguent napolitain, et le renvoya au bout de quinze jours avec un amendement notable. Il revint peu après dans le service de M. Roux qui, le jugeant atteint d’un cancer incurable, lui délivra un certificat à l’aide duquel il fut admis à Bicêtre en août 1859. Il entra presque aussitôt à l’infirmerie dirigée alors par M. Guersant; et, du reste, chaque année il y revenait deux ou trois fois, lorsque le rétrécissement du rectum mettait un trop fort obstacle aux déjections. Je l’eus moi-même ainsi plusieurs fois sous ma direction ; je lui administrais des lavements, des purgatifs; je faisais introduire des mèches enduites d’onguent mercuriel ou de pommade de belladone ; et, les selles rétablies, il nous quittait pour revenir plus tard.
Malgré les progrès du cancer et la constipation habituelle, la santé générale s’était assez bien maintenue, lorsque, vers les premiers jours d’août 1841 , le ventre se gonfla plus qu’il n’avait encore fait, et les jambes commencèrent à s’œdémacier ; et, après deux mois d’attente stérile, le malade se décida enfin à remonter à l’infirmerie pour la dernière fois.
L’anus était alors tellement rétréci que le doigt n’y pénétrait plus, et que l’on n’y pouvait introduire des mèches du volume d’une grosse sonde qu’en excitant de très-vives douleurs. Tout le pourtour de cet orifice offrait des nodosités rougeâtres, saillantes, très-sensibles au toucher, traversées de douleurs lancinantes, crevassées en divers points, et laissant suinter une matière ichoreuse âcre et fétide qui, en se répandant sur les téguments voisins, y entretenait une rougeur érythémateuse. La santé générale paraissait fort altérée, l’appétit était perdu, les digestions laborieuses. Depuis longtemps le malade n’avait pas rendu de matières fécales proprement dites; et toutefois il était tourmenté d’une sorte de diarrhée très-douloureuse, accompagnée d’atroces coliques. Le ventre, qui se gonflait de jour en jour, donnait presque partout un son mat à la percussion ; cependant la fluctuation ne s’y faisait sentir que fort obscurément ; et je jugeai que ce grand développement de l’abdomen était dû principalement à l’accumulation des matières fécales, peut-être avec un peu d’ascite; il .faut ajouter que l’œdème
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des membres inférieurs était monté jusqu’à la base de la poitrine.
Dans des circonstances aussi graves , tout parti était difficile et dangereux. Dans nos explorations antérieures, nous n’avions pu atteindre à la limite supérieure du cancer ; aussi l’idée de l'extirpation n’était venue à personne. Jusque-là aussi, le bon état de la santé générale avait défendu de songer à une opération palliative ; et peut-être serait- il possible de vider encore le ventre par des moyens plus doux. Je prescrivis, en conséquence, des lavements et des cataplasmes laudanisés sur l’abdomen; à l’intérieur la teinture de digitale. Nous obtînmes ainsi quelques matières délayées dans les selles diarrhéiques et l’apaisement des coliques; cependant le ventre allait en se tuméfiant de plus en plus. Je crus pouvoir recourir sans inconvénients l’eau de Sedlitz ; une bouteille donnée d’abord ne produisit rien; le lendemain une deuxième dose fut rejetée par les vomissements. Je proposai alors au malade , comme dernier moyen de salut, l’établissement d’un anus à la région lombaire, proposition qui fut d’abord rejetée bien loin. Mais bientôt de nouvelles angoisses s’ajoutèrent aux autres, les coliques reparurent, le malade n’avait pas un moment de sommeil ; le ballonnement du ventre rendait la respiration pénible ; plusieurs accès de suffocation effrayèrent le malade qui réclama lui-même l’opération; et j’y procédai le 3 novembre à 9 heures du matin.
Le ventre mesuré vers l’ombilic avait un mètre de circonférence ; la poitrine au niveau de l’aisselle seulement 86 centimètres. Le sujet fut couché sur le côté droit , les jambes repliées , de façon à présenter obliquement le flanc gauche au jour ; le ballonnement du ventre était trop considérable pour qu’il fût besoin de le soulever à l’aide de coussins. Une première difficulté vint de l’œdème de la peau qui permettait difficilement de sentir la crête iliaque ; il fallut retouler l’œdème en divers points. Une incision transversale de 10 à 11 centimètres tut faite à o centimètres au-dessus de la crête iliaque, jusqu’à la rencontre du muscle grand dorsal ; un interstice cellulaire du carré et des muscles obliques apparut aux yeux et fut un autre guide. Les muscles divisés à petits coups , 1 aponévrose du carré apparut enfin; et une sonde cannelée fut passée sous les muscles le long de cette aponévrose pour compléter leur incision. L’aponévrose divisée à son tour en arrière, la sonde cannelée glissa par-dessous elle pour la couper en avant; je fis cette manœuvre avec une grande précaution, soulevant fortement l’aponévrose , et ne voulant pas aller trop en avant pour ne pas risquer d atteindre le péritoine. A ce point de l’opération, il apparut en dehors du carré une saillie légère
occupant toute l’étendue de la section faite à l’aponévrose, dont la surface représentait le tissu cellulo-graisseux qui double le péritoine. Cette saillie était rénitente; ce pouvait être le rein ou le côlon ; j’essayai de reconnaître le rein en place ; mais cela me fut impossible, tant le ballonnement du ventre tenait les parties sousjacentes pressées contre l’aponévrose ; et je ne voulais ni trop diviser cette aponévrose, ni déchirer le tissu cellulaire audessous, pour ne pas créer de clapiers dans une plaie que l’œdème extérieur rendait déjà si profonde. Le peu de distance où j’étais de la crête iliaque me portait à penser que le rein était plus haut; la percussion toute sonore nUassura mieux encore que j’étais sur l’intestin. Avec une pince à disséquer, je soulevai le tissu graisseux et le divisai ; il avait 6 à 8 millimètres d’épaisseur ; et comme ses lambeaux masquaient le fond de la plaie, j’en fis la résection. Alors la tunique externe de l’intestin apparut , toute celluleuse, et difficile à reconnaître par elle-même. La percussion réitérée m’assura de rechef; je fis passer une anse de fil en travers à la partie supérieure, une autre à la partie inférieure ; l’intestin me parut avoir des parois plus épaisses que je n’aurais pensé. Dans l’intervalle des anses je plongeai un trocart ; et des gaz échappés aussitôt nous avertirent que nous étions dans l’intestin. Le long de la canule, je portai de bas en haut un bistouri droit pour fendre l’intestin ; aussitôt fendu, je plaçai à droite et à gauche des anses de fil pour tenir ses bords écartés et les amener au niveau de la peau; alors apparut une masse de matière fécale verdâtre, molle, qui cependant s’arrêtait comme un bouchon à l’ouverture béante. J’engageai dans le bout supérieur une sonde de gomme élastique à laquelle j’adaptai la canule d’une seringue ordinaire ; et je poussai dans l’intestin tout le liquide que contenait la seringue. A ma grande surprise, comme à celle des assistants, il ne ressortit rien. Après m’être bien assuré que la seringue était vide, je donnai- un deuxième lavement de la même manière et j’attendis. La masse molle qui bouchait l’ouverture commença alors à s’écouler lentement, en cylindre aplati ; puis une lancée de gaz sortit avec bruit ; et presque immédiatement s’échappa un jet demi-liquide de matières stercorales délayées de près de 3 centimètres d’épaisseur, formant une arcade d’environ un mètre de portée, qui dura assez longtemps. Après le jet, revinrent des cylindres plus mous que les premiers, qui, aidés de quelques efforts, coulèrent le long du dos de manière à former une assez grande masse. Et alors enfin, rien ou presque rien n’apparaissant plus, j’agrandis mon incision en haut, en bas et en dedans avec des ciseaux, puis je m’occupai du
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pansement. Je réunis avec soin toute la partie antérieure de l’incision de la peau et des muscles, à l’aide de points de suture entrecoupés ; je réunis la muqueuse à la peau avec des points de suture du même genre; et je laissai béante la portion postérieure de la plaie, en la munissant seulement de charpie. Le tout fut recouvert de charpie, de compresses , d’une bande, et le malade reporté dans son lit. Il était curieux de noter la diminution du ventre ; je ne m’en avisai qu’après les premiers tours de bande ; et néanmoins le ruban passant sur la bande et les compresses ne nous donna plus que 94 centimètres.
L’opération et le pansement avaient duré de 50 à 55 minutes. J’eus à lier une artériole sous-cutanée ; une ou deux autres ouvertes furent comprimées par les doigts d’un aide et ne reparurent plus. Un des nerfs dorsaux dut être coupé ; le malade en fut averti par une douleur très-vive.
Le sujet reporté au lit se trouva dès lors très-soulagé, respirant mieux, et la plaie ne lui faisait presque plus de mal. Une demiheure après, je lui fis prendre 90 grammes de vin de Bordeaux sucré qu’il trouva fort bon ; il accusa une sensation de chaleur à la partie antérieure de la plaie, comme s’il s’écoulait du sang; j’y regardai, et trouvai une nouvelle masse de matière fécale molle. Je mis un cataplasme après avoir tout essuyé, et recommandai de le visiter d’heure en heure.
Dans la journée, il fut essuyé 6 à 7 fois, et changé complètement une fois. Le ventre était très-détendu ; quelques matières liquides avait fusé par l’anus.
Le 4 au matin il se disait bien, n’avait plus souffert de ses coliques; mais il paraissait abattu, très-pâle, avec quelque tendance au sommeil. Je prescrivis : 2 bouillons; une potion avec 10 gouttes de teinture de musc, 50 grammes de vin de Bordeaux et du sirop de gomme.
Après le pansement du matin , il tomba dans un calme et profund sommeil dont il avait été si longtemps privé , s’éveillant de temps à autre pour prendre sa potion et ses bouillons ; et la nuit fut aussi en entier employée à dormir.
Le 5 au malin, la figure est doucement colorée, les yeux vifs ; le pouls relevé ; la peau d’une chaleur normale ; il sent de l’appétit. — Un poisson, deux potages au riz ; même potion. Après le pansement je fis mesurer le ventre à l’ombilic; il ne portait plus que 85 centimètres. Nous fîmes même une observation très-rassurante ; c’est que cette forte diminution s’était opérée en partie aux dépens de l’œdème ; la peau du ventre se laissait pincer partout et paraissait sèche et ferme ;
l’œdème des cuisses paraissait aussi diminuer.
L’écoulement des matières et des gaz se faisait très-librement : chose assez curieuse, le malade éprouvait de temps en temps un besoin d’aller à la selle qui l’engageait à pousser. Néanmoins la plaie toujours en contact avec ces matières fécales n’offrait ni tension, ni inflammation, ni suppuration, ni mauvais aspect. L’anus avait laissé échapper un peu de matière presque purement liquide, toutefois d’aspect stercoral.
Le 6, la langue est un peu sèche ; pas d’appétit, bien que ce qu’il a pris hier ait bien passé; le pouls à 86. Je supprime la potion.
Le 7, la langue est redevenue humide; le malade ne veut plus que des bouillons, auxquels j’ajoute cependant un lait de poule. La tisane de gomme sucrée lui empâtant la bouche , il demande un peu de vin pour faire une boisson vineuse; je lui en accorde.
Le 8, bien que le malade se dise très-bien, qu’il dorme d’un bon sommeil , qu’il trouve bons ses deux bouillons, et que la plaie ne présente rien de défavorable , cependant la face s’amaigrit sensiblement et devient plus pâle, les forces diminuent plutôt que d’augmenter , et l’œdème des pieds persiste. Je fais entourer les pieds de sacs de sable chaud ; pansement de la plaie avec de la charpie sèche ; et les matières qui s’écoulent paraissant un peu liquides , bien qu’en médiocre quantité, j’ajoute du sirop de coing à la tisane gommeuse.
Le 9 , le malade tousse un peu , et l’air expiré produit un léger râle au fond de la gorge. L’atmosphère est chargée de brouillard, je crains un engorgement des bronches; et je prescris une potion kermétisée. En même temps il accusait de la difficulté à rendre ses urines ; mais la souplesse et la sonorité de l’hypoqastre nous rassurent contre une rétention réelle. Du reste aucune douleur nulle part; le pouls ne change point, et la nuit a été bonne à l’ordinaire. Quant à la plaie, elle est toujours exempte d’inflammation ; mais une traînée érythémateuse se fait voir un peu au-dessous, et se prolonge vers la fesse. ■—Onctions avec V onguent mercuriel.
Le 10 et le 11 , rien de nouveau, si ce n’est que l’érythème semble pâlir et s’éteindre. Le 11 au matin le malade prit son lait de poule; l’anus anormal n’avait rendu que quelque matières demi-stercorales et demiglaireuses. Vers midi, il avala son premier bouillon; à six heures du soir il prit le second et le trouva bon. Le brouillard continu des jours précédents commençait à se résoudre en une pluie froide qui continua toute la nuit. A une heure du matin , le malade se plaignit d’une douleur du côté de la plaie ; l’interne de garde fut appelé et le trouva en parfaite connaissance , s’aidant encore lui-
BIBLIOGRAPHIE
même pour se placer convenablement sur son côté droit ; à l’examen on reconnut qu’une portion invaginée de l’intestin sortait par l’anus anormal. L’interne se mit en devoir d’opérer la réduction ; mais, pendant qu’il s’en occupait , le malade retomba subitement ; il était mort.
Avant de procéder à l’autopsie, nous constatâmes d’abord que la circonférence du ventre était réduite à 75 centimètres. L’œdème des pieds et du bas des jambes avait une épaisseur de 15 millimètres ; mais, à partir des genoux, il n’en existait aucune trace ni sur les cuisses ni sur le ventre.
La plaie était béante dans toute son étendue; le fond en était d’un noir grisâtre comme s’il y avait eu gangrène ; mais cette teinte noire était toute superficielle. Toutes les sutures avaient coupé la peau et avaient été entraînées par les matières; plusieurs des déchirures qu’elles avaient produites étaient fermement réunies. Une portion d’intestin fort rouge faisait encore saillie à travers la plaie, et simulait une invagination complète; mais, pour le dire par avance , un examen attentif à l’extérieur et à l’intérieur, après avoir ouvert l’abdomen , nous montra qu’il s’agissait seulement de la paroi péritonéale du côlon, laquelle s’était pliée de manière à présenter l’éperon résultant de ce pli à l’orifice de la plaie. A l’intérieur, les deux feuillets du pli étaient adossés l’un à l’autre sans qu’aucune autre portion d’intestin se fût engagée entre eux pour les pnusser à l’extérieur. Cette sorte de hernie ayant été réduite, on vit que, malgré les sutures, la muqueuse de l’iutestin n’avait contracté aucune adhérence à la peau ; ses bords s’étaient repliés en dehors de manière à figurer un bourrelet hémorroïdal, d’un rouge noir en quelques points, et d’un rouge assez vif en d’autres.
Tout étant vu de ce côté, on passa à l’examen du ventre. II y avait environ un verre de sérosité jaunâtre dans la cavité péritonéale. L’estomac, distendu par des gaz, surmontait l’arc du côlon qui était affaissé , et l'épiploon replié sur le bord inférieur de cet intestin. Au-dessous se voyaient les intestins grêles,
vides par intervalles, et par intervalles remplis de gaz , mais offrant d’ailleurs un aspect tout à fait sain. En les fendant dans toute leur longueur, on trouva que le tiers supérieur environ était occupé par des gaz ; le deuxième tiers vide; et le reste contenait une petite quantité de matière demi-liquide. Le cæcum et le colon étaient modérément remplis d’une matière jaunâtre , bien liée, demi-solide, qui devenait plus molle et même liquide au voisinage de l’anus anormal ; à 15 centimètres au-dessus de cet anus, l’intestin était tout à fait vide Le bout inférieur, plus rétréci que le supérieur, était également vide dans une étendue de 12 à 15 centimètres , et plus bas contenait une matière jaunâtre toute pareille.
Tout le péritoine était lisse, poli, parfaitement sain, hors en un seul point vis-à-vis l’angle externe de la plaie, où l’on apercevait quelques brides parfaitement organisées, bien que de formation nouvelle ; du reste sans aucune rougeur. Le bout supérieur de l’intestin paraissait au toucher un peu tuméfié; c’était la muqueuse qui, bien que pâle comme partout ailleurs, était infiltrée et offrait un aspect gèlatiniforme. Là se bornaient tous les désordres qui pouvaient se rattacher à l’opération. Le foie, la rate, les reins, la vessie et les autres organes étaient sains.
Il restait à examiner l’affection du rectum. Cet intestin, dans une hauteur de 20 à 22 centimètres, était envahi par une affreuse dégénérescence avec fongosités, crevasses, champignons multiformes, et rétrécissement extrême. Le rectum avait une consistance squirrheuse et offrait à la coupe un aspect lardacé ; il adhérait solidement au sacrum, et n’en pouvait être détaché qu’en arrachant le périoste. En avant, une large ulcération communiquait avec un vaste clapier qui avait décollé le basfond de la vessie, fusé sur les côtés de la prostate, et qui envoyait deux prolongements vers les fesses où il y avait une gangrène étendue du tissu cellulaire; de telle sorte qu’on pouvait légitimement conclure que le malade avait plutôt succombé aux progrès du cancer et de la gangrène qu’à l’opération.
BIBLIOGRAPHIE