SEPTEMBRE
SOMMAIRE
I. Travaux originaux. — Lettre sur l’opération du bec-de-lièvre, considéré dans ses divers états de simplicité et de complication; par M. Mirault, d’Angers {avec figures). — Description d’un nouvel appareil pour la réduction des luxations; par M. Briguel.— Sur l’amputation du coude- pied, ou dans l’articulation tibio-tarsienne; par M. James Syme.— 'II- Revue critique. — Chirurgie. — Recherches sur l’emploi d’un nouveau procédé de suture contre les divisions de l’intestin.— De la transplantation de la cornée sur l’homme. —Des bandelettes de diachylon pour maintenir les hernies ombilicales et inguinales chez les enfants à la mamelle.— Obstétrique.— De la manière dont le cordon ombilical peut contribuer au développement des vices de conformation du fœtus .—Pharmacologie chirurgicale— Quelques remarques sur le sparadrap commun. — III. Bulletin clinique. — Observations de fractures incomplètes des os longs; par M. Malgaigne. — IV. Bibliographie.— Traité analytique de la digestion, considérée particulièrement dans l’homme et dans les animaux vertébrés; par M. Blondlot.— V. Nouvelles et Variétés. — Académies. —Vote du conseil général de la Seine au sujet des services orthopédiques des hôpitaux de Paris.
TRAVAUX ORIGINAUX
3Lettre sur l’opération du bec-de-lièvre, considéré dans ses divers états de simplicité et de complication, adressée à M. Malgaigne, chirurgien de L'hôpital Saint- Antoine, par le docteur €r. Mirault , professeur de clinique chirurgicale à l'école préparatoire de médecine d'Angers.
Mon cher et très-iionoré confrère.
Ce travail, dont les premiers matériaux ont été recueillis il y a déjà longtemps, n’aurait peut-être jamais vu le jour, si je n’avais pris connaissance dans le Bulletin de thérapeutique (février 1844), de la nouvelle méthode que vous avez inventée pour rétablir le lobule médian de la lèvre supérieure dans l’opération du bec-de-lièvre (1). J’ai applaudi, comme bien d’autres sans doute, à cette ingénieuse découverte, et dès ce moment je me suis promis de la mettre à profit dans ma pratique, aussitôt que j’en trouverais l’occasion. Cette occasion s’est bientôt présentée, et je m’apprêtais à vous faire connaître' le résultat de ma tentative, lorsque, réfléchissant sur les cas assez nombreux de becs-de-lièvre que j’avais opérés, et que j’avais recueillis en partie, j’ai formé le projet de donner plus d’extension à mon œuvre. Je vous adresse, mon cher confrère, ce résumé de mes observations, et à quelques égards de mes conceptions, sur une opération de chirurgie que nos plus grands maîtres ont jugée digne de leurs méditations.
(1) Voir le Journal de chirurgie , janvier 1344.
TRAVAUX ORIGINAUX
C’est un hommage que je rends à un homme dont les efforts, plus d’une fois couronnés du succès, tendent chaque jour au perfectionnement de notre art.
Je diviserai cette lettre en quatre sections. Dans la première, je parlerai.de la reconstitution ou réfection du lobule médian de la lèvre supérieure ; dans la seconde, des moyens de réunion des bords de la division labiale ; dans la troisième, du traitement du bec-de-lièvre compliqué; dans la quatrième enfin, je chercherai à résoudre la question toujours controversée de l’âge auquel il faut pratiquer l’opération.
Section I. — De la reconstitution du lobule médian de la lèvre supérieure dans l’ opération du bec-de-lièvre.
Je le dis sans hésitation, tout ce qu’on avait fait jusqu’à vous pour obtenir cet important résultat, était frappé du cachet de l’impuissance. Le point de suture inférieur, dans lequel l’épingle suit d’abord une marche ascendante, et ensuite descendante, en décrivant une courbe, produit à la vérité une certaine saillie sur le bord labial ; mais cette saillie qui résulte d’une grimace qu’on a fait faire aux tissus, disparaît aussitôt que l’épingle a été retirée des chairs.
Les deux incisions concaves en sens contraires, proposées par M. Husson fils, sembleraient au premier abord devoir résoudre le problème ; mais, ce n'est encore là qu’une vue théorique, que l’expérimentation sur le cadavre et la pratique démentent également: (opérations de MM. Malgaigne et Nélaton, citées dans le Journal de Chirurgie
M. Malgaigne, janvier 1844.) Dans ce procédé, on assimile les bords du bec-delièvre à deux arcs élastiques qui se regardent par leurs faces concaves, et qui, se faisant opposition par leurs extrémités respectives, se redressent et s’allongent quand deux forces viennent à presser sur les sommets de leurs courbes, de manière à appliquer l’une contre l’autre ces deux faces correspondantes. C’est ainsi que l'auteur a cru pouvoir faire descendre la partie moyenne de la lèvre au-dessous du reste de son bord libre, et obtenir un lobule médian. Mais la mollesse des chairs ne se prête point à cette combinaison de l’esprit, et l’on n’en voit pas moins, après cette autre tentative, se former l’échancrure qu’ont toujours déplorée les chirurgiens.
Votre méthode, mon habile confrère, en ouvrant une voie nouvelle, a vaincu la difficulté. Cependant, vous le dirai-je, l’opération par laquelle vous avez obtenu un si beau résultat, me semble susceptible d’être perfectionnée. D’abord vous avivez les bords de la division labiale, en portant les ciseaux de haut en bas. On comprend qu’il vous ait été facile de le faire chez votre malade dont le bec-de-lièvre occupait seulement les trois-quarts de la lèvre ; mais si la scissure eût remonté jusque dans la narine, comme il arrive presque toujours, il est évident que la saillie du nez vous aurait empêché d’arriver jusque-là, et que l’avivement aurait dû être fait en deux temps. Ensuite, ainsi que je l’ai moi-même constaté, les deux lambeaux que vous réservez pour la confection du lobule médian, et que vous êtes obligé de façonner de rechef, s’appliquent assez difficilement l’un à l’autre par leurs faces saignantes. Malgré les trois points de suture entrecoupée qui les assujettissent, un vide tend à s’établir vers leurs points de réflexion, et, dans cet état de choses, on peut douter qu’ils représentent parfaitement la saillie moyenne de la lèvre supérieure.
Dans les deux observations qui suivent, mon savant confrère, j’ai introduit un procédé dans votre méthode. Décidez si c’est à tort ou à raison, et demeurez convaincu que votre jugement sera toujours pour moi d’un grand poids.
Ods. Ir*. — Bec-de-lièvre unique, compliqué de division de la voûte et du voile du palais;
absence de Vos intermaxillaire du côté droit ; réfection du lobule médian de la lèvre supérieure par un procédé nouveau a V imitation de la méthode de M. Malgaigne.
Rosalie Bellanger, 15 ans, domestique, entra à l’Hôtel-Dieu d’Angers, le 7 juin 1844, pour un bec-de-lièvre congénital du côté droit. {Voyez fig. 1.) La scissure de la lèvre se conti-