‹ Journal de chirurgieChapitre 74 sur 113 · MIRÀULT. — OPÉRATION PU REC-DE-LIÈVRE · texte numérisé non relu

MIRÀULT. — OPÉRATION PU REC-DE-LIÈVRE

nuait', à travers le bord alvéolaire, avec la division de la voûte et du voile du palais. Contrairement à une disposition habituelle, l’écartement des os maxillaires était plus considérable à la partie antérieure, ce qui était une suite de l’absence de l’os intermaxillaire du côté droit. Entre les bords arrondis et rétractés de la solution de continuité, dont l’intervalle n’avait pas moins de deux centimètres à la partie inférieure, on apercevait au milieu la fente du palais; et sur les côtés, à gauche, l’extrémité antérieure du bord alvéolaire du même côté et l’incisive moyenne, à droite et sur un plan plus profond, l’autre extrémité du bord alvéolaire, tronquée, et sur laquelle s’implantait la première petite molaire. Les deux incisives et la canine manquaient de ce côté, les deux premières par défaut de l’os intermaxillaire , la dernière, soit parce que

la scissure des os avait lieu sur le Fig. lra.

point d’implantation de la canine, comme dans l’observation de Sanson, soit que le germe de cette dent se fût atrophié, ce que j’admettrais volontiers, en considérant la minceur de la partie correspondante du bord alvéolaire.

La base du nez était élargie, épatée, surtout à droite (1). L’aile de ce côté était tirée en dehors et en haut, et son cartilage déformé, de telle sorte que l’ouverture rétrécie de la narine représentait une fente transversale et oblique dont les côtés s’appliquaient [l’un à l’autre.

Je passe sous silence les lésions de fonctions, conséquence naturelle de cette difformité, parce qu’elles ne différaient en rien de ce qu’on observe en pareil cas.

Opération. — Le 14 juin , après avoir détruit d’un coup de bistouri l’adhérence qui unissait à l’os maxillaire la partie supérieure du côté gauche du bec-de-lièvre, j’assujettis ce même côté en le saisissant par la partie moyenne avec le pouce et l’indicateur, et avec des ciseaux je taillai dans sa partie inférieure, par une section oblique de haut en bas et de dedans en dehors, un lambeau de six à huit millimètres de longueur. Ce lambeau, suspendu au bord de la lèvre, ayant été écarté en dehors par un aide, j’achevai l’avivement des chairs de ce côté par une autre section à peu près verticale, comme on le fait habituellement. Pour mieux préciser ce premier temps de l’opération, je dirai que la section qui servit à tailler le lambeau, commençait à la partie supérieure de l’angle arrondi de cette portion de la lèvre, et que, pratiquée dans la direction d’une ligne qui irait gagner la commissure du même côté, elle se rapprochait de plus en plus du bord de l’ouverture naturelle de la bouche : d’où il suit que le lambeau était plus étroit et comme pédiculé en dehors, ce qui permettait son renversement dans le même sens et favorisait le manuel de la section verticale.

Je procédai de la même manière à l’égard du côté droit du bec-de-lièvre, et je commençai à opérer le rapprochement des bords de la division en pratiquant un premier point de suture entortillée au bas de la section verticale, c’est-à-dire à son point de jonction avec la section oblique du lambeau. Deux autres points de suture furent placés au-dessus du précédent, pour achever la réunion de la division verticale. Restait encore, pour accomplir la restauration de la lèvre, à reconstituer son lobule médian. Je me mis en devoir, comme M. Malgaigne, d’affronter par leur faces sanglantes les deux petits lambeaux qui demeuraient suspendus à leurs pédicules. Ils avaient des dimensions appropriées pour la réfection du lobule, et je les rapprochai en effet en les renversant de haut en bas; mais ils s’appliquaient mal l’un à l’autre près de leur insertion à la lèvre, où il se formait un petit vide qu’il aurait été difficile d’effacer par un point de suture. Pendant que j’avisais au moyen d’obtenir une

(1) Par une erreur du graveur, la figure a été retournée de telle sorte qu’elle présente du côté gauche la lésion qui sur la malade existait à droite, et vice versâ. Tous les autres détails étant exacts, il suffit que le lecteur soit averti de cette transposition.

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coaptation- régulière, les deux petits lambeaux se couchèrent par hasard l’un sur l’autre, en s’imbriquant , et dans cette position ils imitaient très-bien la saillie lobulaire de la lèvre, sauf qu’elle était un peu plus forte. Alors il me vint une idée qui était la conséquence bien naturelle de la situation, puisque, au moment même où je me disposais à la mettre à exécution, je l’entendis exprimer par les aides qui m’assistaient ; c’était de retrancher la plus grande partie du lambeau du côté droit et d’appliquer sur sa place disposée ad hoc, la face supérieure ou saignante du lambeau du côté gauche. Alors , le lobule médian artificiel fut parfait, et il suffit de fixer ce lambeau par un quatrième point de suture entortillée.

Pour' tout pansement, on appliqua un plumasseau de charpie enduit de cérat, et que soutenait une bandelette attachée par des épingles au bonnet du malade.

Le 16, à la visite, 48 heures après l’opération, j’ôtai trois épingles, savoir, l’inférieure qui fixait le 'lobule et lés deux supérieures. Quant a celle qui avait été placée au point de jonction des incisions verticale et oblique, je crus devoir la laisser encore en place, et je ne l’enlevai qu’au bout de 96 heures. A cette époque, elle n’avait point encore entamé les chairs, et la réunion était faite dans toute la hauteur de la lèvre. Je dois ajouter qu’à partir du 16, c’est-à-dire de l’enlèvement des trois premières épingles, les parties ont été soutenues par un bandage unissant, et que ce bandage a été continué jusqu’au dixième jour après l’opération.

Le 30 juin, Rosalie était dans l’état le plus satisfaisant. Sa bouche et son nez avaient' leur conformation naturelle, et il ne lui restait de sa monstruosité qu’une cicatrice qui, sans doute avec le temps, deviendra de moins en moins apparente. (Voyez fig.Z.)

Les changements que j’ai apportés à votre méthode, mon cher confrère, dans l’opération de Rosalie, ont rendu, si je ne m’abuse, la restauration du lobule plus simple et plus parfaite; maisn j’ai hâte de le reconnaître, j’ai travaillé sur vos conceptions. A vous appartient l’idée de faire servir à la réfection du lobule médian ce bourrelet muqueux des bords de la division de la lèvre, que l’on croyait indispensable d’emporter pour obtenir leur réunion, et c’est un honneur que je me plais à proclamer comme un véritable progrès dans notre art.

Toutefois, le principe étant admis, il s’agit de déterminer le meilleur mode d’exécution. Or, il est évident, soit qu’on veuille refaire le lobule avec un ou deux lambeaux, qu’il sera toujours plus facile de porter les ciseaux de bas en haut que de haut en bas, et qu’en procédant comme je l’ai fait chez Rosalie, on ajoute notablement à la sûreté de l’opération. Cette modification était si bien indiquée, que ce fut ma première pensée après avoir lu la description de votre méthode dans le Bulletin de thérapeutique , et que je l’avais même mise en pratique avant de savoir que M. Monod vous l’avait proposée.

Vous l’avez vu, ce n’est point du premier jet que suis arrivé à supprimer un des lambeaux avec lesquels vous faites la saillie moyenne de la lèvre , j’y ai été conduit par la manière dont les parties se sont disposées d’elles-mêmes après l’application de la première aiguille. Alors il ne fallait pas un grand effort pour s’apercevoir qu’il était plus simple de n’employer qu’un lambeau, qui s’adapterait facilement, et pour ainsi dire dans sa direction naturelle, à la partie opposée du bec-de-lièvre.

Un reproche que l’on a fait à la restauration du lobule médian par les divers moyens qui ont été proposés, reproche auquel le vôtre, mon cher confrère, ne semble pas

Fig. 2.

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