‹ Journal de chirurgieChapitre 97 sur 113 · II. — PARTIE CLINIQUE · texte numérisé non relu

II. — PARTIE CLINIQUE

1° Des déviations traitées sans aucun résultat.

Ce qui ressort avant tout de l’étude des six observations qui se rattachent à cette catégorie, c’est la difficulté de dire pourquoi les déviations ont tellement résisté. L’une des malades, enfant de 5 ans, ne pouvait pas marcher, et l’on serait tenté d’accuser le défaut d’exercice; mais le chirurgien n’avait pas cru qu’il y eût là une contre-indication, puisqu’il avait pratiqué deux opérations. D’ailleurs les cinq autres étaient des jeunes filles fort ingambes, de l’âge de 12 à 15 ans. Ce n’est pas non plus le temps qui a manqué ; la durée du séjour a varié de 3 à 8 mois; et deux de ces malades ont été renvoyées par le chef du service contre leur désir et celui de leurs parents. Une seule a été traitée uniquement par les appareils mécaniques ; c’est aussi celle qui est restée le plus longtemps à l’ hôpital. Pour les autres, il a été pratiqué de 2 à 5 sections musculaires. Enfin, ni dans les causes, ni dans les phénomènes, ni dans la période avancée des déviations, je n’ai pu saisir aucune raison valable des insuccès. Serait-ce qu’ enfin les parents se seraient trompés dans leurs appréciations, et n’auraient pas reconnu des améliorations réelles? Alors il faudrait admettre que ces améliorations ont été, et bien passagères, puisque dans quatre cas la déviation a fortement empiré depuis , et bien peu sensibles, puisque plus d’une fois elles étaient attestées par le médecin ou par ses élèves, et que, malgré cette attestation, les parents et les malades se relusaient à les voir.

Les deux observations suivantes mettront ces dissidences dans tout leur jour.

Déviation légère datant d’une année , chez une jeune fille de 15 ans ; 3 mois de séjour à

l'hôpital ; deux sections musculaires ; nul résultat.

Obs. I. — Eugénie Lebelle, âgée de 15 ans, rue du Gindre, n° 8. — Entrée le 5 août 1840, sortie le 9 novembre ; durée du séjour : 5 mois 4 jours.

Elle a eu trois frères ou sœurs qui sont restés bien droits ; il n’y a eu aucune personne de sa famille affectée de déviation. A l’âge de 5 ans , elle eut une tumeur au dos pour laquelle elle entra à la Charité ; une incision en fit sortir un verre de pus , et à la suite elle eut encore divers autres abcès. Ce ne fut toutefois qu à 1 âge de 14 ans, et sans aucune cause connue, que sa taille commença à se dévier; la déviation datait donc d’une année seulement lorsque, par l’entremise de M. Brochin, elle entra dans le service orthopédique. M. Guérin, après l’avoir examinée, lui promit qu’elle serait guérie dans six semaines. Après 18 jours de traitement mécanique, on lui pratiqua, le 25 août, 2 incisions sous-cutanées; l’opération fut peu douloureuse, mais 2 heures après, dit-elle, il lui était impossible de faire le moindre mouvement sans ressentir d’atroces douleurs.. Cependant ces douleurs durèrent peu; et le traitement fut donc encore continué deux mois; après quoi, comme elle était louche, et qu’elle se refusait opiniâtrément à une opération que l’on voulait lui faire pour son strabisme, M. Guérin la renvoya.

Elle avait été moulée lors de son entrée, et elle fut moulée à sa sortie ; et comme en considérant les deux plâtres, elle se plaignait de n’être pas guérie, M. Brochin lui dit : Vous plaisantez ! quand vous ne seriez venue h l’hôpital que pour vous engraisser , n’ auriez-vous pas assez gagné? En effet, sa santé s’était fort améliorée, elle avait pris de l’embonpoint, et depuis sa sortie les règles lui sont venues et très-régulières.

Cependant, revenue chez elle, ses parents la trouvèrent aussi déviée qu’auparavant. En conséquence, deux jours après on la conduisit au Bureau central, où M. Duval lui fit faire

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une ceinture avec un tuteur sous l’aisselle gauche. M. Bouvier l’a revue depuis pour examiner l’état de la ceinture.

Aujourd’hui, elle présente une courbure à droite de presque toute la région dorsale, portant 2 centimètres et demi de flèche ; une courbure lombaire à gauche d’un centimètre de flèche, et une courbure cervicale très-légère ; les côtes droites et l’omoplate du même côté font une proéminence assez légère, arrondie en arrière. Autrefois l’épaule droite était plus élevée que la gauche; aujourd’hui elle est plus basse d’un à 2 centimètres, ce que l’on attribue à ce qu’elle a porté trop longtemps le tuteur à gauche. Elle ne boite pas en marchant. Enfin les sections sous-cutanées ne lui ont laissé ni douleur ni faiblesse dans les régions opérées.

Cette observation a déjà été donnée par M. Bouvier , mais d’une façon plus concise. La principale différence entre sa description et la nôtre, est que la courbe dorsale, lorsqu’il la vit, n’avait que 15 millimètres de flèche, tandis que nous lui en avons trouvé 25. Un espace de trois ans écoulés rend suffisamment compte de cette aggravation.

Le fait qui suit est plus curieux encore, et est tout à fait propre à montrer que, lorsqu’il y a diversité d’impressions entre les parents et les orthopédistes au sujet des améliorations alléguées, le tort n’est pas toujours du côté des parents.

1 Déviation légère datant de 4 à 5 ans , chez un enfant de 11 ans; 4 mois et demi de séjour

à V hôpital ; deux sections musculaires ; nul résultat.

Obs. II. — Annette Maçon, âgée de 11 ans, rue de Reuilly, 24 ; entrée le 28 juillet 1840, sortie le 7 décembre ; durée du séjour, 4 mois et demi environ.

Cette jeune fille est née de parents sains ; il n’y avait jamais eu de rachitiques ni de bossus dans sa famille; cependant sur 6 frères et sœurs, elle a un jeune frère de 10 ans dont la taille commence déjà à se tourner. Elle-même avait été bien portante jusqu’à l’âge de 3 ou 4 ans, sauf un commencement de renversement du pied gauche en dehors et une petite vérole bénigne, lorsqu’elle fut attaquée de convulsions qui se renouvelèrent trois ou quatre fois chaque année, et ne cessèrent que vers l’âge de 10 ans.

Ce fut deux ou trois ans après la première attaque que l’on s’aperçut d’une déviation de l’épine qui ne cessa de faire des progrès; et après les convulsions disparues, il resta à l’enfant de la céphalalgie, une douleur précordiale et de petits mouvements de fièvre revenant à intervalles irréguliers. Lorsqu’enfin elle entra dans le service orthopédique, d’après M. Hillairet qui l’examina, elle se trouvait dans l’état suivant :

Il y avait une déviation à droite (1) de presque toute la colonne dorsale, de la lre à la 10e vertèbre , ayant 2 à 3 millimètres de flèche ; une autre courbure inverse de la 10e dorsale à la 5e lombaire , et enfin une troisième courbure de balancement fort légère de la région cervicale. La torsion des vertèbres était très-peu prononcée , et ne se relevait que par un léger soulèvement des côtes. Le bassin avait décrit un léger mouvement de rotation à gauche et en avant, de telle sorte que l’épine iliaque antérieure gauche était située plus en avant que la droite, et celle-ci plus élevée que la gauche.- Tout le tronc était incliné à gauche, de telle sorte qu’une ligne verticale, descendant de l’apophyse épineuse de la 7e vertèbre cervicale, tombait à un pouce environ de la ligne médiane du sacrum. L’épaule droite était plus élevée d’environ un demi-pouce que la gauche.

Le 26 septembre, M. Guérin coupa les masses communes des deux côtés ; à droite, entre la 11e et la 12e dorsale ; a gauche , au niveau de la lre lombaire.

« Résultat immédiat, poursuit M. Hillairet : redressement complet de la courbure inférieure ; diminution de la courbure dorsale ; aucun accident consécutif ; traitement mécanique repris le surlendemain de l’opération. Revue le 5 octobre, on constate une amélioration notable, disparition de la courbure principale et de l’inclinaison dorso-lombaire; diminution, mais non encore disparition complète de la gibbosité et des caractères de la torsion.— La malade a quitté l’hôpital le 25 novembre, parfaitement redressée ; elle continue chez elle l’usage d’une ceinture à flexion. »

(1) M. Hillairet dit à gauche ; mais c’est évidemment une erreur. Il y en a plusieurs autres du même genre dans sa description , que nous avons corrigée d’après l’examen fait plus tard par M. Bouvier, et enfin d’après le nôtre. ( Note du Mémoire présenté h V Académie.— Ceci était essentiel à dire; le lecteur en trouvera les raisons dans la note suivante, page 329.)

MALGAIGNE. — MÉMOIRE SUR LA MYOTOMIE RACHIDIENNE.

On voit que M. Hillairet n’est pas tout il fait exact sur la date de la sortie qui n’eut lieu que 12 jours plus tard; mais l’inexactitude était bien autre pour le résultat. Si l’on en croit la malade, cependant, l’optimisme de M. Hillairet était partagé par M. Guérin lui-même; et lorsqu’elle retournait à la consultation, il la présentait comme la mieux guérie de son service. Ce qui fut cause que, n’espérant plus rien de ce côté, la mère conduisit sa fille au Bureau central, le 17 février 1841, deux mois et dix jours après sa sortie. Là M. Bouvier reconnut la double déviation du dos et des lombes; une double gibbosité dans l’une et l’autre région, une inclinaison très-marquée du tronc à gauche , une saillie considérable de la hanche droite. La jeune fille avait toujours porté sa ceinture ; du reste , les parents disaient que la difformité était à peu près la même ; et M. Bouvier en conclut que l’enfant n'avait pas même obtenu, par V opération et le traitement mécanique , V amélioration que ce dernier seul eût pu produire.

Il est à regretter que M. Bouvier n’ait pas mesuré la flèche de la déviation dorsale; nous aurions mieux su à quoi nous en tenir. Quoi qu’il en soit, M. Hillairet reconnut publiquement qu’il avait donné un résultat inexact et présentant comme guéri un individu qui ne l’était pas complètement ; et ce désaveu fut inséré dans la Gazette médicale.

Mais la lettre de M. Hillairet laissait supposer qu’il y avait eu au moins une guérison incomplète. Nous avons donc été revoir tout récemment la jeune malade, et nous avons constaté les faits suivants:

La courbure dorsale, étendue de la lr« à la 10e vertèbre , a trois centimètres de flèche.

La torsion des vertèbres est très-prononcée à droite au centre de la courbure; la saillie des côtes et de l’omoplate est de 2 à 5 centimètres en arrière du niveau des côtes opposées. La torsion n’est pas moins prononcée à gauche pour la courbure lombaire.

L’épaule droite est notablement plus élevée que la gauche ; le bassin dévié comme il a été dit; tout le corps incliné à gauche; et elle ne marche qu’avec un degré de balancement du corps et des hanches qui touche de près à la claudication.

En conséquence, pour sa difformité , non-seulement elle n’a rien gagné , mais encore elle a beaucoup perdu. Elle a gardé sa ceinture six mois, et l’a quittée parce qu’elle en souffrait trop.

Elle a pourtant gagné quelque chose du côté de ses douleurs. Presque aussitôt après les sections sous-cutanées , la céphalalgie, la douleur précordiale, et une vive douleur qu’elle ressentait au flanc droit ont disparu. La douleur précordiale n’est pas revenue ; la céphalalgie a reparu, mais plus faible ; et la douleur du flanc droit a été remplacée par une vive douleur au flanc gauche, surtout pendant la marche; voilà ce qu’elle a retiré d’environ dix mois de traitement.

2° Déviations améliorées en apparence , et revenues promptement à leur premier état

ou à un état pire qu’ auparavant.

l)ans cette catégorie se rangent 7 jeunes filles de 10 à 15 ans, portant des déviations pour la plupart fort anciennes, fort considérables, et, ce qui n’est pas moins digne d’attention, paraissant dépendre d’une disposition héréditaire. L’une d’elles n’était restée

à l’hôpital que 2 mois, ayant été renvoyée au bout de ce temps; toutes les autres avaient prolongé leur séjour de 4 à 9 mois. Toutes subirent la myotomie rachidienne ; une seule, une fois seulement; d’autres jusqu’à 5 et 6 fois. Pour toutes, l’amélioration avait consisté en un redressement plus ou moins sensible de la taille, c’est-à-dire que les parents les trouvaient grandies ; mais peu à peu la colonne s’affaissant de nouveau, cet accroissement de taille se réduisait à rien, et même le plus ordinairement semblait favoriser une augmentation des courbures. En voici un exemple.

Déviation assez forte , héréditaire , datant d’un an chez une jeune fille de 14 ans; 5 mois

et demi de séjour ; 2 sections musculaires ; redressement notable, suivi d'une aggravation rapide.

Obs. III. — Àlexandrine Poulet, âgée de 17 ans et demi, demeurant rue Saint-Lazare, n« 126, au n° 9 de la cour; entrée le 25 mars 1840, sortie le 4 septembre; durée du séjour,

5 mois et demi.

Cette jeune fille avait son père bossu ; son frère porte également une déviation de la

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taille. Elle était venue au monde belle et droite, et jusqu’à 7 ans n’avait éprouvé aucune douleur ni aucune maladie. Alors elle commença à ressentir de vives douleurs rhumatismales dans tous les membres, se propageant aussi vers le dos; elles durèrent jusqu’à l’âge de 13 ans, époque à laquelle elle s’aperçut d’une déviation commençante. On la conduisit à M. Guérin qui l’engagea à venir à l’hôpital où elle entra à l’âge de 14 ans environ. Durant trois mois elle fut traitée sans opération; le jour elle portait une ceinture mécanique, et passait régulièrement trois heures sur le char orthopédique; la nuit elle couchait sur un lit orthopédique. Au bout de ce temps, on lui ht deux sections sous-cutanées qui furent trèsdouloureuses dans le moment; mais la douleur se calma vite ; et dans les premières 24 heures qu’elle passa au lit, bien entendu, elle ne souffrait que lorsqu’elle parlait. Après quoi elle reprit le même traitement; et, bien que non guérie, fut renvoyée par M. Guérin 2 mois et demi après l’opération.

Lors de sa sortie, la taille était plus droite et plus élevée ; il y avait une amélioration trèssensible, et elle regrettait beaucoup de n’avoir pu rester davantage à l’hôpital. On lui avait ordonné une ceinture mécanique, mais comme elle ne pouvait travailler en la portant, elle l’ôta au bout d’un mois ; immédiatement la déviation recommença à faire des progrès. Un an après, M. Guérin lui fit demander si elle voulait reprendre son traitement; mais la déviation était déjà telle qu’elle ne voulut pas s’y soumettre. Elle a aujourd’hui une énorme saillie des côtes et de l’omoplate droite, élevées à 5 centimètres et demi au-dessus du niveau des côtes gauches. Au dire des parents, cette saillie est aujourd’hui quatre fois plus forte qu’elle n’était lorsque la jeune personne a quitté l’hôpital.

Les points où les sections ont été faites ne lui causent aucune douleur, excepté quand elle est fatiguée. La pression lui est plutôt agréable que pénible; et elle n’est jamais si soulagée que quand ces régions sont fortement comprimées.

Nous aurons à rechercher plus tard d’où vient cette facilité des récidives. Dans le cas qui précède on pourrait alléguer , comme conditions prédisposantes, l’hérédité, la marche rapide, l’état déjà avancé de la déviation ; mais afin qu’on ne se laisse pas trop préoccuper par ces considérations, j’ai jugé à propos de rapporter une. autre observation remarquable par des conditions toutes contraires : nulle difformité chez les parents, une déviation lente à s’accroître, ayant encore fait peu de progrès ; et cependant le traitement n’annonçant une amélioration passagère que pour mieux tromper lès espérances de toute une famille, et précipiter peut-être la marche du mal. Celle-ci aura encore un autre intérêt : c’est que l’état de la jeune fille ayant été constaté à l’époque de son entrée à l’hôpital, l’examen ultérieur montrera d’une façon plus précise les résultats primitifs et secondaires du traitement.

Déviation peu avancée datant de 6 ans chez une jeune fille de 14 ans ; 4 mois de séjour à

l’hôpital ; plusieurs sections musculaires ; traitement continué 22 mois ; amélioration passagère suivie bientôt d’aggravation.

Obs. IV. Adélaïde Michel, âgée de 17 ans, quai de Bercy, n° 39, entrée le 21 décembre 1840, sortie le 6 février 1841 ; rentrée le 21 août, sortie le 26 octobre ; durée totale du séjour à l’hôpital, 113 jours.

Cette jeune fille, d’une belle carnation, bien constituée, est née de parents sains; et de cinq enfants elle est la seule qui ait souffert d’une déviation quelconque. Elle n’avait eu ni convulsions ni aucune autre maladie, lorsque vers l’âge de 8 ans sa mère s’aperçut d’un écoulement vaginal qui dura quelque temps; et c’est à la cessation de cet écoulement qu’elle dit s’être aperçue pour la première fois d’une altération dans la taille de sa fille. Vers l’âge de 10 ans, la déviation menaçant de s'accroître, on fit porter à l’enfant un corset en fer, pesant près de 6 livres, qu’elle garda 6 mois et qui lui causa d’inutiles douleurs. Elle avait 14 ans lors de son entrée à l’hôpital des Enfants.

D après M. Hillairet qui en a donné l’histoire, elle portait alors: 1° une courbure dorsale à convexité droite, étendue de la 3e à la 11e vertèbre dorsale, de 2 centimètres et demi de flèche ; 2° une courbure inférieure à convexité gauche, étendue de la 12e vertèbre dorsale à la 5e lombaire, de 2 à 3 millimètres de flèche ; 3° une courbure supérieure allant de la oe vertèbre dorsale à la première cervicale, d’un millimètre de flèche. — Les vertèbres de la âe à la 12e dorsale avaient éprouvé un mouvement de torsion, appréciable surtout par le sou-

MALGAIGNE. — MEMOIRE SUR LA MYOTOMIE RACHIDIENNE.

lèvement des 9 dernières côtes formant la gibbosité dorsale; l’épaule droite était plus élevée que l’autre de 2 centimètres ; l’angle inférieur de l’omoplate plus écarté du rachis de 4 centimètres à droite qu’à gauche ; la hanche gauche plus saillante que l’autre. On appliqua d’abord les moyens mécaniques, après quoi l’on en vint à l’opération. Je copie maintenant M. Hillairet.

« Opération le 15 janvier.— 1° Section du muscle sacro-lombaire droit au niveau de la 11e à la 12e vertèbre dorsale. La section est nette, et accompagnée du bruit de craquement fibreux caractéristique ; elle est immédiatement suivie d’un écartement considérable des deux bouts du muscle, indiqué par une dépression subite de la peau au point correspondant. — 2° Section du long dorsal gauche à 2 pouces au-dessus du niveau de la section précédente (section moins nette , muscles charnus ; ce sont les muscles de la courbure de balancement). — 5° Section d’un petit faisceau non compris dans la première, par une petite ouverture pratiquée à peu de distance de la précédente.

« L’opération est immédiatement suivie d’un redressement presque complet des courbures. Traitement mécanique consécutif.

* « Six semaines après l’opération, Mlle Michel a quitté l’hôpital parfaitement redres¬

sée ; cependant elle continue chez elle l’usage d’une ceinture à flexion et d’un appareil de nuit. »

M. Hillairet ne se pique pas d’une grande exactitude ; la malade sortit en effet 24 jours, et non pas six semaines après l’opération ; et quand je lus à la mère le passage où on la déclarait parfaitement redressée, elle ne put s’empêcher de s’écrier : Ah! monsieur, comme ils sont menteurs (1)/ Au reste, la jeune personne fut examinée cinq mois et demi plus tard par M. Bouvier, le 21 juin 1841 ; et, bien qu’elle n’eût pas quitté sa ceinture, la déviation offrait à peu près les mêmes caractères qu’avait notés M. Hillairet, savoir : 1° une courbure dorsale de 2 centimètres de flèche environ ; 2° une autre courbure en bas et une troisième en haut, plus légère ; 5° une gibbosité très-prononcée à droite ; 4° la hanche gauche plus saillante que l’autre.

Au reste, nous avons déjà dit qu’elle était rentrée à l’hôpital le 21 août, un mois juste après l’examen de M. Bouvier. Là on procéda à de nouvelles sections; et on la renvoya au bout de deux mois, en lui recommandant, outre l’emploi continuel de la ceinture, l’usage pour la nuit d’un lit orthopédique. Elle continua ce traitement un an entier , jusqu’à ce que, ayant grandi de 10 à 12 centimètres, le lit et la ceinture se trouvèrent trop petits. Je l’ai vue à mon tour récemment, et voici les’renseignements que j’ai recueillis:

Lors de sa première entrée à l’hôpital, outre la déviation signalée, elle souffrait d’une douleur précordiale revenant tous les matins durant une demi- heure. Cette douleur disparut aussitôt après la première opération; mais, en revanche, depuis cette opération elle ressentait des douleurs dans la région lombaire. M. Bouvier avait déjà noté ces douleurs ; j’ai constaté de plus que la pression sur les épines lombaires les développait instantanément avec un haut degré d’intensité.

A chacune de ses sorties de l’hôpital, elle paraissait un peu plus droite, au dire des parents; car pour elle, elle ne s’en apercevait pas. Au reste, cette amélioration ne tardait pas à disparaître ; M. Bouvier l’avait vue 5 mois après sa première sortie; on va voir ce qu’est devenue la déviation deux ans après la seconde.

La courbure dorsale a 2 centimètres et demi de flèche, juste comme avant le traitement. Mais la courbure lombaire porte un centimètre de flèche , et l’épaule droite est plus élevée que la gauche de 5 à 4 centimètres ; on voit donc qu’il y a eu aggravation de ces deux côtés. M. Hillairet avait aussi noté que le rachis, long de 57 centimètres en ligne verticale, portait 58 centimètres et demi en suivant la direction des courbures; probablement ses mesures allaient jusqu’au sommet du coccyx. JEn m’arrêtant à la base du sacrum, j’ai trouvé 55 centimètres en ligne directe, 55 en suivant les courbures; ainsi la perte de hauteur due aux courbures aurait juste doublé.

Il est à noter que, dans l’intervalle de son premier séjour au second, la jeune fille avait

(1) Nous devons rappeler ici que M. Hillairet tenait cette observation, ainsi que celle d’Annette Maçon, de M. Brochin , le collaborateur de M- Guérin, et l’un des auteurs du Relevé statistique. Nous avions déjà fait cette rectification indispensable (voir le numéro de juin dernier, page 163) ; la Gazette médicale n’a pas trouvé un mot à répondre.

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été visitée plusieurs fois par M. Kuhn, en sorte qu’au total, pour une déviation que M. Hillairet rattache au premier degré, après un traitement suivi 22 mois et deux opérations sanglantes, la malade est dans un état notablement pire qu’ auparavant.

3° Déviations améliorées et dont l’ amélioration persiste .

Nous arrivons enfin au côté le plus brillant de cette statistique ; à cette série de 6 améliorations reconnues par les parents et les malades, et qui ont résisté à l’effet du temps. Sur ces six cas, il y en a trois qui se séparent complètement des deux autres, en ce que T amélioration n’a porté que sur un seul élément, l’inclinaison du tronc tout entier, en laissant les courbures de la colonne et la saillie des côtes dans le même état ou dans un état pire qu’ auparavant. C’est par l’étude de ces premiers sujets qu’il me paraît utile de commencer ; du reste, si, pour les catégories précédentes , il a suffi de présenter quelques observations de choix pour faire comprendre toutes les autres, ici ce ne sera pas trop de tous les faits parvenus à notre connaissance pour jeter un jour complet sur les résultats les plus bienfaisants de la myotomie rachidienne.

Déviation considérable datant de trois ans chez une jeune fille de 14 ans , avec inclinaison très- forte* du tronc ; 9 mois et demi de séjour ; 8 à 9 sections musculaires ; inclinaison corrigée ; accroissement de la déviation.

Obs. V.— Louise-Pierrette Gérard, du département de l’Oise, aujourd’hui barrière du Maine, bâtiment de l’Octroi, chez M. Besse, contrôleur ambulant; entrée le 27 novembre 1841, sortie le 12 février 1842, pour une petite vérole volante ; rentrée 4 jours après, sortie le 16 septembre ; séjour total, environ 9 mois et demi.

Ni ses parents, ni son frère, ni ses trois sœurs n’ont eu aucune difformité. Elle-même était venue belle et droite jusqu’à l’âge de 11 ans, sans convulsions, sans maladie; et elle croit que sa déviation vient d’avoir été 9 mois dans une condition où elle était obligée de porter un enfant sur le bras. Elle ne fit rien jusqu’à l’âge de 14 ans ; alors un médecin du pays l’engagea à se rendre à Paris, et lui facilita l’entrée à l’hôpital.

Après quatre semaines de séjour, on l’opéra, et on lui fit deux sections dans une seule séance. Deux mois après, opération nouvelle dans laquelle il y eut, dit-elle, 6 ou 7 sections. Traitée ensuite sur le lit orthopédique, on la renvoya enfin munie d’une ceinture, en lui disant qu’on n’avait plus rien à lui faire. 11 y avait dans son état l’amélioration que voici : lors de son entrée, le haut du tronc était très-incliné à gauche , l’inclinaison a été corrigée. Mais la déviation est restée, et la saillie de l’omoplate également; en sorte que sa maîtresse disait tout étonnée: Ou n'a pourtant pas ôté la bosse à Pierrette ! La bosse a aujourd’hui augmenté outre mesure ; la courbure, comprenant de la 2e à la 10e vertèbre dorsale, est à droite, et ne porte pas moins de 4 centimètres de flèche; il y a deux autres courbures gauches, mais fort légères. Elle a une très-belle carnation; les deux opérations n’ont pas été bien douloureuses ; et toute douleur avait disparu quelques heures après.

En résumé, cette jeune fille était bossue et avait la tête très-penchée à gauche ; aujourd’hui la tête est à peu près droite sur le haut du tronc ; mais la malade est beaucoup plus bossue qu’ auparavant.

Déviation très-considérabley datant de 7 a 8 ans chez une jeune fille de 12 ans , avec inclinaison à gauche ; séjour de 7 mois et demi ; 6 sections musculaires ; inclinaiscn diminuées ; aggravation de la gibbosité.

Obs. VI. — Mariette Raymond, âgée de 12 ans, rue d’Arcole, n° 19; entrée le 25 septembre 1841, sortie le 7 mai 1842; durée du séjour, 224 jours.

Sans antécédents de famille, sans convulsions ni maladies préalables, la déviation, survenue de bonne heure, est attribuée par les parents à ce que l’enfant ayant été mise à l’école de très-bonne heure, s’y est accoutumée à une mauvaise attitude, en apprenant à écrire. Quoi qu’il en soit, la déviation avait fait d’énormes progrès ; il y avait une bosse très-forte à droite, avec inclinaison forcée du tronc à gauche, lorsque M. Brochin la fit entrer dans le service orthopédique. Elle fut placée sur le lit mécanique, munie d’une ceinture, et subit

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deux séances opératoires; dans la première on fit deux sections dans la région lombaire, dans la seconde quatre sections dans la région dorsale. Après sept mois et demi, l’ennui la prit, et elle quitta l’hôpital munie de sa ceinture qu’elle a encore portée six mois, et qu’elle n’a quittée que parce qu’elle la blessait.

Le traitement, au dire des parents, n’a jamais rien fait sur la bosse même, qui a encore augmenté depuis ; l’inclinaison du tronc à gauche a seule un peu diminué. La ceinture avait un tuteur pour soutenir l’aisselle et l’épaule gauche ; mais la courroie appuyant à droite déterminait de ce côté une dépression à la fois douloureuse et difforme, qui a cessé après la ceinture ôtée.

Quant aux sections, l’enfant dit qu’elles ont été très-douloureuses, surtout les dernières; et maintenant encore elle y ressent par intervalles des élancements douloureux.

Ici T amélioration et l’aggravation sont toutes deux un peu moindres que dans le cas précédent ; et au total, l’inclinaison n’a été que faiblement corrigée ; mais aussi la gibbosité n’a que médiocrement augmenté (1).

Dans le troisième cas, l’inclinaison paraît avoir été plus complètement corrigée, sans que la proéminence des côtes se soit accrue ; mais cette amélioration aurait été balancée par une aggravation d’un nouveau genre. Je n’ai pas vu la jeune personne, qui reste en province, et je ne peux que répéter le récit des personnes chez qui elle logeait à Paris et qui entretenaient encore une correspondance avec elle.

C’était une jeune fille de 12 ans, portant, lors de son arrivée à Paris, une gibbosité très-forte avec une inclinaison également très-marquée delà partie supérieure du tronc, et beaucoup d’embarras dans les digestions. Entrée le 4 octobre 1840, sortie le 4 juin 1841, elle est donc restée à l’hôpital huit mois entiers. Lors de sa sortie, la tête était droite, et les digestions améliorées ; mais la bosse est restée la même ; et il est survenu depuis une claudication considérable, dont il n’existait pas auparavant la moindre trace (2).

& Dans le fait qu’on va lire, il ne s’agit plus d’une inclinaison corrigée ; l’amélioration paraît avoir porté surtout sur l’accroissement de la taille et sur les fonctions du thorax et de l’abdomen. A quel prix «a-t-elle été obtenue? C’est ce qu’il est curieux d’examiner.

Déviation très-forte datant de 4 ans chez une jeune fille de 16 ans; 9 mois de séjour ;

7 sections musculaires ; suites particulières de ces sections.

Obs. VIL — Virginie Gaudet, âgée de 16 ans, faubourg Saint-Martin, 108; entrée le 18 décembre 1841, sortie le 7 septembre 1842; durée du séjour, 263 jours; près de 9 mois.

Sa mère est affligée d’une très-forte proéminence dorsale, et son grand-père en avait autant. Pour elle, elle vint au monde belle et droite, n’eut jamais de convulsions, ni même d’autre maladie ; je noterai seulement qu’elle a le nez incliné à droite par la pointe, et la portion droite du nez plus étroite aussi que la gauche. Elle était arrivée sans encombre à l’âge de 12 ans, lorsqu’on s’aperçut qu’elle avait l’épaule droite plus forte que la gauche. Deux ans plus tard, la déviation du rachis était manifeste ; elle fit dès lors des progrès ra-

(1) Lorsque la commission a vu cette jeune personne, la gibbosité avait encore augmenté, et il n’y avait plus d’amélioration d’aucune espèce.

(2) M. Guérin a dit au sujet de cette malade, que la claudication existait avant le traitement, et avait pour cause une luxation congéniale du fémur. Nous acceptons cette rectification, mais il faut y en ajouter une autre non moins essentielle. La commission a écrit à un médecin de Joigny où habite cette jeune fille; celui-ci l’a attentivement examinée et interrogée; et voici un extrait de sa réponse :

« Pauline Dumont est horriblement contrefaite.... La malade dit être aussi bossue qu'avant le traitement ; le père et la mère disent aussi qu’il n’y a aucun changement. Seulement il paraît que la claudication a augmenté ; la malade attribue ce résultat a une courroie qui passait sous la cuisse gauche et s’attachait a la ceinture. ...»

En conséquence, il faut donc ôter ce cas de la catégorie des améliorations, et le reporter à celle des déviations améliorées en apparence et revenues promptement à leur premier état.

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pides; et à 16 ans la jeune tille avait la respiration fort gênée, les digestions mauvaises, et en outre des palpitations.

Elle entra dans le service de M. Guérin, fut couchée pendant un mois environ sur le lit orthopédique ; après quoi elle fut soumise à une première opération dans laquelle on lui pratiqua, dit-elle, 2 sections sous-cutanées dans la région lombaire. Trois mois et demi plus tard, le 4 mai, on fit dans la région dorsale 5 nouvelles sections; et il lui fut recommandé à sa sortie de porter une ceinture à tuteurs, qu’elle a gardée, en effet, quatre à cinq mois.

Le traitement de l’hôpital a produit une amélioration très-notable ; la taille a grandi, et même encore depuis sa sortie ; elle est fleuriste aujourd’hui, travaille debout, respire et digère bien. Les palpitations avaient aussi disparu ; mais depuis quatre mois, les règles s’étant suspendues, les palpitations sont revenues plus fortes et plus douloureuses que jamais.

Tel est le récit de la mère et de la fille ; il faut donc que la déviation ait été poussée bien loin; car l’épaule droite est toujours beaucoup plus élevée que la gauche, et la bosse est encore des plus saillantes. Mais il se passe surtout des phénomènes fort importants du côté des muscles coupés.

La jeune fille a perdu de sa force, malgré qu’elle ait plus d’âge, et ne saurait porter le même poids qu’avant son traitement. Quand elle se baisse pour mettre ses souliers, elle a de la peine à se relever, et ressent de la douleur aux lombes. Cette douleur et cette gêne reparaissent dès qu’elle veut faire de grands mouvements des bras , comme en jouant au volant, ou se livrer à des exercices de force, comme en essayant de lutter avec ses camarades. Les changements de temps ramènent également des douleurs assez vives qui durent quelquefois toute une journée; et enfin, en aucun temps, elle -ne peut supporter, sur les points opérés, ni de pression ni même le simple contact des doigts.

Nous aurons à revenir sur ces phénomènes ; quant à présent, je me borne au rôle d’historien. Voilà donc une jeune tille encore aujourd’hui fort bossue, qui, d’une autre part, a perdu une notable partie de sa force, et qui se proclame cependant grandement améliorée et soulagée. Les faits suivants, bien que moins complets, nous aideront à comprendre la valeur de ces mots.

Déviation légère datant de 5 ans chez une demoiselle de 19 ans ; 9 mois et demi de séjour à l’hôpital; 4 sections musculaires ; grande amélioration.

Obs. VIII. — Mlle E. Vernel, dite âgée de 15 ans, mais en ayant en réalité 19; entrée le S août 1859, sortie le 29 septembre; rentrée le 5 octobre, sortie le 16 mai 1840, durée du séjour, 9 mois et demi.— Elle restait rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, n° 5; c’est là que je l’ai vue chez sa mère ; mais elle est mariée et a un autre domicile, rue des Billettes, n° 20.

Elle n’a aucun parent atteint de difformité. Etant enfant elle eut des convulsions, qui cependant, selon son dire, ne laissèrent aucune trace sur le rachis. La déviation ne se montra qu’à l’âge de 14 ans et demi, sans cause connue ; à moins qu’on ne veuille admettre avec la malade, qu’elle ait été déterminée par l’apprentissage de la couture à l’âge de 5 ans. Elle avait fait d’ailleurs peu de progrès; et, selon le dire de la malade, l’épaule droite était plus saillante en arrière, la hanche gauche plus saillante au dehors ; mais la tête était droite sur les épaules et le tronc sans inclinaison. Ce qu’il y avait de plus grave était la difficulté des digestions, la gêne de la respiration qui l’essoufflait à la montée, des palpitations, et enfin une faiblesse marquée du côté gauche. A 17 ans, elle consulta M. Duparc qui l’adressa à M. Guérin, et elle fut une des premières entrées dans le service. Elle fut couchée sur le lit orthopédique, fit usage du char mécanique, et subit en une fois deux sections sous-cutanées. Après ses neuf mois et demi de séjour, elle n’était pas guérie, et sortit pour faire place à d’autres; trois semaines après M. Guérin lui pratiqua chez elle deux nouvelles sections, après quoi il lui fit porter une ceinture. Presque aussitôt elle entra dans une maison de commerce, et comme sa ceinture la gênait, elle ne tarda pas à s’en débarrasser. Deux ans après sa sortie de l’hôpital, elle s’est mariée, est devenue enceinte, et est accouchée à sept mois et demi, sans que la guérison se soit démentie.

Voici en quoi consiste cette guérison. Faiblesse, mauvaises digestions, respiration

DE LA NATURE ET DU TRAITEMENT DE l’eNCÉPHALOCÈLE.

anhélante, tout a disparu, hormis de temps à autre de rares palpitations. La hanche, dit-elle, ne fait plus saillie ; l’épaule droite est un peu plus élevée que la gauche, et l’omoplate un peu plus saillante en arrière. Elle est d’ailleurs très-satisfaite de son état, et ne veut pas se laisser examiner.

Enfin j’ai réservé pour la fin l’observation sans doute la plus remarquable de cette série, non point par la portée de l’amélioration obtenue, puisque la malade se refuse à expliquer son état antérieur, et ne donne qu’à regret quelques renseignements insuffisants sur son état actuel, mais bien par la rapidité et la persistance de la cure; voici d’ailleurs tout ce que j’ai pu savoir.

Déviation datant de 2 années ; 2 sections ; amélioration obtenue en moins de 2 mois et

persistant plusieurs années après.

Obs. IX.— Mlle Lechner, âgée de 14 ans, rue des Vieux- Augustins, 4; en apprentissage chez Mme Asselin, rue Montmartre, n° 14. — Entrée le 21 avril 1841, sortie le 16 juin; durée du séjour, 55 jours.

Sans antécédents de famille, sans convulsions préalables, elle était restée bien droite jusqu’à l’âge de 12 ans; alors sa taille commença à se dévier; mais elle n’avait rien fait pour cela lorsqu’elle entra dans le service de M. Guérin. Elle subit deux sections sous-cutanées, qui furent faites le même jour, et qui, à son dire, furent très-douloureuses; mais quinze jours après elle ne s’en sentait plus. Elle sortit fort satisfaite de son état, ne porta pas de ceinture, et aujourd’hui, après plus de deux ans et demi, est restée aussi bien guérie que devant. Elle se loue beaucoup de M. Guérin, mais a promis de ne se laisser visiter par personne. Cependant elle est d’accord avec sa maîtresse pour confesser que son épaule droite est encore un peu bombée ; mais quand elle a son corset ou ne le dirait pas (1).

S’il est permis, en l’absence d’autres renseignements, d’établir une conjecture sur la nature de l’affection de cette malade, je serais porté à penser qu’elle avait surtout une inclinaison du tronc, élément assez facile à combattre, et une très-légère torsion qui a persisté comme auparavant.

Be fia nature et du traitement ale l’eiicëplaalocèle.

Un fait récemment présenté à l’Académie royale de médecine a rappelé l’attention sur une affection heureusement fort rare, mais qui, par sa rareté même, devient une cause d’embarras et de doute pour les plus habiles praticiens. Rappelons d’abord les principales circonstances du fait dont il s’agit.

Obs.— Dans la séance du 8 octobre, M. Moreau montra à l’Académie, au nom de M. le docteur Duvivier, un enfant né de la veille, du sexe masculin, offrant à la région occipitale une tumeur un peu plus volumineuse que la tête elle-même. Cette tumeur, molle et fluctuante, paraissait

(1) G’est cette malade que M. Guérin a présenté comme complètement guérie, et qu’il a fait voir à un des membres de la commission, sans ajouter aucun renseignement, et pour obtenir par surprise un témoignage de satisfaction de la loyauté de cet honorable académicien. Mais pourquoi pas à la commission tout entière? Cela eût été trop périlleux. M. Velpeau avait en effet entre les mains une description détaillée de l’état actuel de cette malade, description faite par M- Bouvier, qui l’avait visitée récemment; et la commission eût été mise en mesure de vérifier cette description. Mais il était plus prudent de la faire voir en quelque sorte au vol, et sans contradicteur possible ; et l’on sait d’ailleurs combien il est facile aux malades atteints de déviations légères, d’en imposer quelques instants, à l’aide d’un effort musculaire spécial, et pour emprunter une locution d’un usage vulgaire, en se redressant . Nous nous en tiendrons donc, jusqu’à complète vérification, aux dires de la malade même et de sa maîtresse, corroborés par les mesures prises par M. Bouvier.

Là s’arrêtent d’ailleurs l’exposé des faits et les rectifications dont ils avaient besoin. La dernière partie de ce Mémoire, consacrée à V Examen général de la myotomie rachidienne sous le rapport des indications et des résultats, paraîtra dons le prochain numéro.

TRAVAUX ORIGINAUX

occuper précisément la partie inférieure et moyenne de l’occipital, auquel elle se rattachait par un pédicule de 4 à 6 centimètres d’épaisseur ; là on ne sentait plus de fluctuation, mais un corps dense quoique très-mou. Sur l’os même, on trouvait le pédicule cerné par un petit bourrelet osseux indiquant assez manifestement une perforation du crâne; cependant, et bien que la tumeur s’accrût durant les cris de l’enfant, les manœuvres de taxis n’opéraient aucun refoulement à l’intérieur. Les téguments d’enveloppe étaient d’un rouge brun, sillonnés de veines très-apparentes ; il y avait des cheveux autour du pédicule, mais vers le sommet la peau était amincie, excoriée, avec un peu de rougeur inflammatoire. L’enfant était d’ailleurs bien conformé, tétait bien, remplissait toutes ses fonctions.

Qu’était-ce que cette tumeur? M. Velpeau jugea d’abord que c’était une poche pleine de liquide communiquant avec l’intérieur du crâne, analogue à l’hydrorachis ; MM. Moreau et Bérard ajoutèrent que le pédicule devait contenir quelque portion de l’encéphale. Que fallaitil faire cependant? M. Velpeau et M. A. Bérard inclinaient pour une opération ; M. Nacquart proposait la compression à l’aide de bandelettes ; M. Guersant et M. Blandin voulaient qu’on ne fît rien du tout. Le lendemain soir, l’enfant fut admis dans le service de M. Velpeau, mais déjà affaibli et dans des conditions visibles de dépérissement.

Un examen plus attentif ayant fait présumer que le pédicule était occupé par une hernie du cervelet, on pratiqua, le 11 , une ponction exploratrice à l’aide d’un petit trocart aiguille. Il en sortit de la sérosité rougeâtre. Après la sortie du trocart, le liquide continua à couler toute la journée et une partie de la nuit; le lendemain la tumeur était flasque, aplatie, et laissait clairement distinguer la masse mollasse qui occupait le pédicule; M. Velpeau se décida à l’opérer.

Avec un ruban de fils cirés, il étreignit le pédicule au niveau de l’occiput ; à mesure qu’on serrait le nœud l’enfant poussait des cris, mais bientôt sa voix s’éteignit, et il cessa de se plaindre. Une incision circulaire fut immédiatement pratiquée sur la tumeur, en deçà de la ligature ; toute l’enveloppe du kyste fut ainsi séparée, et laissa à nu une masse molle, sanglante, du volume d’un citron, que l’on prit pour le cervelet revêtu de ses membranes; et entre le cervelet et ses membranes existait une sorte de kyste du volume d’un petit œuf de poule, rempli de sérosité ; de telle sorte que l’on supposa que ce kyste nouveau était formé par la dure-mère, et que la poche principale s’était développée entre la dure-mère et les téguments. Quoi qu’il en soit, on acheva d’exciser le kyste et le cervelet; à ce moment l’enfant tomba en syncope , et fut même emporté comme mort ; il ne tarda pas cependant à revenir à lui , à donner encore quelque espoir. Mais le lendemain il fut pris de convulsions, et expira 32 heures après l’opération.

L’autopsie rectifia en divers point le diagnostic. Le cervelet était à sa place , et la portion herniée appartenait au lobe gauche du cerveau, sorti à travers une perforation de l’os occipital, laquelle était située juste à l’endroit de la bosse occipitale et pouvait admettre le doigt indicateur. La tente du cervelet et le pressoir d’Hérophile étaient intacts. L’hémisphère gauche du cerveau dans le crâne paraissait plus petit que le droit, sans doute à cause de sa hernie. La grande poche était bien évidemment formée par la dure-mère distendue et amincie , et la membrane qui enveloppait la hernie cérébrale et formait un kyste par-dessus n’était qu’une fausse membrane inflammatoire qui s’étendait jusqu’à l’orifice de la hernie. U y avait des traces de méningite.

La discussion sur un fait aussi rare et aussi remarquable n’aurait assurément pas manqué d’intérêt; car que savons-nous sur les causes, sur les phénomènes et sur le traitement de l’encéphalocèle congénial? Malheureusement elle se concentra à peu près sur le fait lui-même; seulement M. Blandin, alléguant que nulle opération n’avait réussi dans les cas de ce genre, soutint qu’il ne fallait jamais opérer. Cette opinion vaut bien qu’on la discute; et si un cas pareil venait à se représenter, il faut au moins que les praticiens décident en connaissance de cause, et sachent ce qu’ils ont à attendre soit de l’expectation, soit de l’opération. Nous n’avons pas dessein de faire ici une histoire complète de l’encéphalocèle, mais nous chercherons à en éclaircir les points les plus importants.

1° Quelles sont les régions par lesquelles peut se faire la hernie? — M. Isidore G. Saint-Hilaire, qui a traité de l’encéphalocèle sous le titre général d ’ exencéphale, en dis-

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