‹ Journal de Clément de Fauquembergue, greffier du Parlement de Paris, 1417-1435. Texte complet publié pour la Société de l'histoire de FranceChapitre 74 sur 131 · Suivent les noms de treize conseillers · texte numérisé non relu

Suivent les noms de treize conseillers

laume Cotin et G. Jaier, conseilliers du Roy, ne feussent presens au jugement d’un procès demené par devant lesdis Cotin et Jaier, d’entre les doien et chapitre de ladicte eglise de Chalon, demandeurs, d’une part, et maistre Jehan Milet, notaire du Roy, executeur du testament de feu messire Jehan d’Arsonval, jadis evesque de Chalon‘, defendeur, d’autre part, et pour ce que lesdis Cotin et Jaier sont bons et sages, bien renommez, sans souspeçon, a esté conclut que yceulz Cotin et Jaier seront appellez et presens en ladicte Chambre de Parlement avec les dessusdis presidens et conseilliers au jugement dudit procès, nonobstant la requeste dudit Perriere, qui n’a dit ne declairé cause de suspi-

cion recevable.

Conseil, XV (X'*1481), fol. 44 r°.

Samedi, xxviij° jour d’avril.

Ce jour, après l’expedicion des lettres de la Chancelerie, messire Philippe de Morvillier, premier president, est survenu en la Chambre de Parlement et y a fait venir et assembler, avec les dessus nommez, les presidens et conseilliers des Enquestes et des Requestes du Palais, pour deliberer ensemble se 1lz continue-

4. Jean d'Arsonval, chanoine de Tours, de Chartres et de la Sainte-Chapelle de Paris, confesseur du duc de Guyenne, occupa le siège épiscopal de Chalon-sur-Saône du 19 août 1413 au 27 août 1416; il décéda le 27 août 1416 et fut inhumé aux Chartreux de Paris. Ses testament et codicille, des 23 et 24 août 1416, se trouvent dans le registre des testaments enregistrés au Parlement de Paris (Arch. nat., X19807, fol. 429 v°); ses exécuteurs testamentaires furent Jean Aguenin, procureur général du Parlement, et Jean Milet, notaire du roi, mari d’une nièce de l’évêque.

roient en l'exercice de leurs offices, et s’ilz tenroient le Parlement, ou s’ilz cesseroient, selon leurs deliberacions, cy-dessus enregistrées ou registre du xij° jour de fevrier et du xxviij° jour de mars derrain passés. Et finablement ont conclu de cesser du premier jour de may prochain venant de plaidoieries et de consultacions ou jugemens de procès, jusques à la Penthecouste prochain venant, et de ladicte Penthecouste de cesser ommino et de clorre toutes les Chambres dudit Parlement, tant desdictes Enquestes que des Requestes du Palais, s’ilz n’ont paiement des arrerages de leurs gaiges, ainsi que autresfois a esté par eulz deliberé et conclu. Et pour ce signifier au Roy et aux gens de son Conseil à Rouen, ont deliberé d’y envoier Guillaume de Buymont, premier huissier dudit Parlement, et de lui baillier instruction et lettres de creance en ceste matiere. Et ainsi a été fait.

Conseil, XV (X!21481), fol. 44 r°.

Le xxx° jour de may M cccc xxxI.

Par procès de l'Eglise, Jehanne, qui se faisoit appeller la Pucelle, qui avoit esté prise à une saillie de la ville de Compiengne par les gens de messire Jehan de Lucembourg, estans avec autres au siege de ladicte ville, ut in registro xxv diei mensis maü M cccc xxx, a esté arse et brulée en la cité de Rouen. Et estoit escript en la mittre qu’elle avoit sur sa teste les mos qui s’ensuivent : « heretique, relapse, apostate, ydolatre. » Et en ung tableau devant l’eschaffault où ladicte Jehanne estoit, estoient escrips ces mos : « Jehanne qui s’est fait nommer la Pucelle, menterresse, pernicieuse, abuserresse de peuple, divineresse, supersticieuse,

blasphemeresse de Dieu, presumptueuse, malcreant de la foy de Jhesu-Crist, vanterresse, ydolatre, cruelle, dissolue, invocaterresse de deables, apostate, scismatique et heretique. » Et pronuncia la sentence messire Pierre Cauchon, evesque de Beauvais, ou dyocese duquel ladicte Jehanne avoit esté prise, comme dit est. Et appella à faire ledit procès pluiseurs notables gens d’eglise de la duchié de Normendie, graduez en sciences, et pluiseurs theologiens et juristes de l’Université de Paris, ainsi que on dit estre plus à plain contenu oudit procès. De gestis hujus Johanne, vide supra in registro diei x mat m ccec xxix, miuj junu et viij septembris m cecc xxix, et supradicte diei xxv mau m cece xxx. Et fertur quod in extremis, postquam fuit relapsa, ad ignem applicata, penituit lacrimabiliter, et in ea apparuerunt signa penitencie. Deus sue anime sit propicius et misericors®.

Conseil, XV (X!11481), fol. 44 v°.

Le xvuj° jour de juing.

Furent assemblés en la Chambre de Parlement les presidens et conseilliers des trois Chambres dudit Parlement pour oïr la relacion de Guillaume de Buymont de ce qu’il avoit fait et besongné ou voiage de Rouen, selon l'instruction à lui baïllée de par la Court, ut in registro xævuy diet aprilis novissime lapst.

Et après ce que ledit Buymont a recité ses alées et

4. Voir Journal de Clément de Fauquembergue, 1. II, p. 306- 307, 312, 322-324, 342-343.

2. Ce récit de la condamnation et de l'exécution de Jeanne d'Arc a été reproduit par J. Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. IV, p. 459.

venues et les diligences par lui faictes envers le Roy et les gens de son Conseil estans à Rouen, fu respondu audit Buymont que messire Loys de Lucemboursg, evesque de Theroenne, chancelier de France, lors estant à Rouen, estoit chargié par le Roy de faire sur ce response à la Court. Et pour ce fu lors deliberé et conclut par lesdis presidens et conseillers d’envoier par devers ledit Chancelier, nouvellement retourné de Rouen à Paris, maistre Richart de Chancey, president, m° J. Branlart, m° G. Cotin, m° B. Le Viste et autres des conseilliers de la Court, appellé avec eulx ledit Buymont, pour lui dire entre autres choses sur ce que dit est que la Court seroit preste, ainsi et quant il lui plairoit, de oïr la response et ce qu'il estoit chargié de dire de par le Roy, etc.

| Conseil, XV (X!121481), fol. 44 v°.

Lundi, xxv° jour de juin.

Furent assemblez en la Chambre de Parlement les presidens et les conseilliers des trois Chambres d’icellui Parlement, et y survint messire Loys de Lucembourg, evesque de Theroenne, chancelier de France, pour dire et exposer ce que lui avoit esté dit et baillié par instruction de par le Roy, lui estant lors à Rouen, sur la provision et paiement des gaiges des gens dudit Parlement, dont estoient deubz arrerages de deux ans et demi ou environ. Et, en effect, après ce que ledit Chancelier ot remonstré les grans mises. faictes et à faire par le Roy, les charges qu’il a à soubstenir pour occasion des guerres et autrement, la grant diminucion des prouffis et revenues de ce royaume, il dist que le Roy n’avoit mie de present finance pour paier lesdis arrerages entierement, mais selon sa possibilité en

feroit palier une partie desdiz arrerages escheus depuis son advenement en cedit royaume de France, et du residu d’iceulx arrerages feroit baillier assignacions ou heritages en recompensacion à la valeur d’iceulz arrerages. Et pour ce qui escherra ou sera deu desdis gaiges ou temps à venir, sera fait desormais paiement de deux mois en deux mois, et que le Roy vouloit bien que de ses revenues qui escherront et seront levées par deça en ce pays de France et à Panis, les conseilliers et officiers soient paiez et les autres charges acquittées. Et après ces paroles ou semblables en effect, le Chancelier se departy de ladicte Chambre, afin que sur ce lesdis presidens et conseilliers eussent advis et deliberacion ensemble et sceussent s’ilz seroient contenz de la provision et paiement dessusdis, et s’ilz vouldroient tenir le Parlement, qui avoit cessé longtemps par faulte dudit paiement. Mais pour ce que ledit Chancelier n’avoit mie declairié expressement de quel temps ne combien on feroit paiement pour le present, ne quelles assignacions on bailleroit du residu de ce qui estoit deu desdis arrerages, fu lors advisé d’envoier premierement par devers ledit Chancelier messire Phelippe, seigneur de Morvillier, premier president, pour avoir de lui declaration de ce que dit est, lequel president ce mesme jour parla audit Chancelier.

Et lendemain, xxvj* dudit mois de juing, ycellui president, en faisant son rapport et relacion sur ce en la Chambre dudit Parlement, presens à ce tous les autres presidens et conseilliers desdictes trois Chambres, dist entre autres choses que ledit Chancelier lui avoit dit que on paieroït presentement trois mois desdis arrerages escheuz depuis l’advenement du

Roy, et du surplus on les assigneroit sur les prouffis et revenues qui seroient levées pour le Roy à Paris et en ceste partie de France, et que des autres arrerages escheuz devant la venue du Roy on recompenseroit lesdis presidens et conseilliers en heritages ou autrement, selon la possibilité et opportunité que le Roy auroit, mais qu’ilz en feussent contenz, et voulsissent tenir et continuer ledit Parlement. Et après longue et meure deliberacion, ont conclu de faire response audit Chancelier et de lui baillier, en une cedule par moy signée, la conclusion par escript, premissis regratiacionibus, excusacionibus et recommendacionibus, contenant ladicte cedule de mot à mot ce qui s’ensuit : « Sur le propos et offres faictes par monseigneur le Chancelier touchant le paiement des gaiges de la Court, ycelle Court a eu advis, et, tout consideré, a deliberé de tenir la conclusion autrefois prise, signifiée au Roy et aux gens de son Conseil en France et en Angleterre, c’est assavoir de non tenir et continuer le Parlement, se paiement n’est fait à ladicte Court des arrerages desdiz gaiges deubz pour ung an et soit baillée bonne seurté d’avoir paiement du residu d’iceulz arrerages, . et que désormais, pour le paiement desdis gaiges pour le temps à venir, les gens dudit Parlement soient mis en l’estat des finances et paiez en l’ordre et en la maniere acoustumée d’ancienneté. » Et pour porter et signifier ladicte conclusion à monseigneur le Chanceler furent nommez et esleuz messire Phelippe de Morvillier, m° Richart de Chancey, presidens en Parlement, m° Jaques Branlart, m°J. Vivian, presidens en la Chambre des Enquestes, m° Robert Piedefer, president es Requestes du Palais, m° Guillaume Cotin et ml 2

m° Barthelemy Le Viste, conseilliers du Roy, et moy en leur compaignie, qui ce jour ay esté avec eulx present en l’ostel dudit Chancelier, quant ladicte conclusion lui a esté signifiée et baillée par escript par ledit premier president, premissis, premittendis per ipsum eleganter et notabiliter dictis. Et après mondit seigneur le Chancelier respondi en effect qu’il avoit bien entendu ce qui lui avoit esté dit et qu’il en feroit son rapport au Roy pour y pourveoir à son bon plaisir. Et ce fait, entra en la Chambre, où il avoit fait assembler aucuns du Grant Conseil avec les maistres des Requestes de l’Ostel, et commanda d'apporter du vin pour nous faire boire. Conseil, XV (X111481), fol. 44 v°, 45 r°.

Lundi, xx1j° jour de jullet.

Furent assemblez en la Chambre de Parlement les presidens et conseilliers des trois Chambres dudit Parlement, et ont esleu et nommé m° Richart de Chancey, president, et m° Jaques Branlart, president es Enquestes, pour aler à Rouan, devers le Roy, pour le fait de la Court, qui avoit longtemps vaqué et vaquoit par faulte de paiement des gaiges, dont estoient deubz les arrerages de deux ans et plus. Et pour faire aucunes instructions et advis sur ce furent commis, avec lesdis de Chancey et Branlart, m° Robert Piedefer, president es Requestes du Palais, m° G. Cotin, m° G. Jaïier et Bertrand Fons, conseilliers du Roy.

Conseil, XV (X!*1481), fol. 45 v°.

Furent assemblez en la Chambre de Parlement les

presidens et conseilliers des trois Chambres de Parlement pour veoir et oyr les instructions et advis fais par les commis cy dessus nommez ou registre du xxij* jour de jullet derrain passé. Et eulz estans en ladicte Chambre de Parlement furent baillées et leues deux requestes, l’une pour le procureur du Roy en Chastellet, afin de pourveoir sur la ruine des halles de Paris selon l’impetracion dudit procureur du Roy, dont la copie estoit atachée à sadicte requeste; l’autre requeste estoit baillée de par maistre Jehan Piedefer, advocat en Parlement, pour faire examen de tesmoins vielz, valitudinaires et affuturs, en une cause pendant oudit Parlement d’entre luy et autres, demandeurs, d’une part, et Jehan de Sempy, escuier, defendeur, d'autre part!. Sur lesquelles requestes n’a esté faicte aucune provision, obstant la vacacion de la Court qui par avant avoit deliberé et conclu pour certaines très justes et très raisonnables causes moult urgens, de cesser omnino, en la maniere cy dessus enregistrée ou registre du xij° jour de fevrier derrain passé.

Ce jour, fu ordené et conclu par les dessusdis presidens et conseilliers que chascun d’iceulz paieroit et bailleroïit deux frans pour la despense de m° R. de Chancey, president, et de m° Ja. Branlart, president es Enquestes, esleus et nommez par la Court pour aler à Rouan devers le Roy dire et exposer aucunes choses touchans l’estat d’icelle Court et des suppostz d'icelle, selon les advis et instructions sur ce faictes.

Conseil, XV (X121481), fol. 45 v°.

1. Le procès en question entre Jean Piedefer, Pierre de Landes, à cause de leurs femmes, d’une part, et Jean, seigneur de Sempy, d'autre part, ne fut jugé qu’en 1435, en vertu d'un arrêt qui fut prononcé le 14 août (X1*4481, fol. 89 v°-90).

Mardi, xxvuj° jour d'aoust.

Furent assemblez au Conseil en la Chambre de Parlement les presidens et conseilliers des trois Chambres d’icellui Parlement pour parler et deliberer du paiement et du fait de maistres R. de Chancey et Ja. Branlart, esleuz comme dessus et nommez ambassadeurs de par la Court pour aler à Rouan devers le Roy, afin de obtenir paiement ou provision des gaiges de la Court. Et pour ce que ceste matiere touchoit tous lesdis presidens et conseilliers, et qu’ils avoient esté tous à ce appellez par les huissiers de par la Court, et que maistre Jehan de Voton, conseillier du Roy, avoit refusé de venir à ladicte assemblée, non obstans les instructions et commandemens à lui fais de par ladicte Court, par Jaques de Buymont et Ja. Rat, huissiers dudit Parlement, si comme ilz dirent et rapporterent, eulz sur ce requiz et asserementez de par ladicte Court de dire verité, fu deliberé et conclu, pour corrigier aucunement ledit de Voton de sa contumace, d’envoier en son hostel, et y envoia ledit Jaquet Rat et Geffroy de Molins, huissiers, pour eulz y tenir en garnison et faire defense audit de Voton qu’il ne partist de sondit hostel sur peine de cent mars d’argent jusques à ce que par la Court autrement en feust ordené.

Et le jeudi prochain ensuivant, xxx° jour dudit mois d’aoust, les dessusdis presidens et conseilliers, estans assemblez en ladicte Chambre de Parlement, ycellui de Voton, humblement recongnoissant sa faulte, après aucunes excusacions telles quelles, cum fletu et lacrimis, supplia qu’il pleust à la Court de faire widier ladicte garnison de sondit hostel et lui pardonner sa faulte ou contumace dessusdicte, selon la teneur d’une

requeste par escript qu'il se disoit sur ce avoir baillié ou jour precedent à messire Phelippe, seigneur de Morvillier, premier president. Sur quoy la Court, qui a acoustumé de meurement et benignement proceder en ses deliberations, conclut en effect de blasmer affectu caritatis ledit de Voton, et le blasma de sadicte faulte, et luy enjoint que dès lors en avant il feust miex adverti et plus deliberé en ses affaires, et se gardast de mesprendre. Et oultre, la Court ordena de faire widier ladicte garnison, qui ce jour fu levée, et widerent lesdis huissiers.

Conseil, XV (X!*1481), fol. 45 v°.

Lundi, v° jour de novembre.

Furent assemblez en la Chambre de Parlement les presidens et conseilliers des trois Chambres d’icellui Parlement pour deliberer de leurs affaires à la venue et entrée du Roy à Paris. Sur quoy ont conclu de soy arrester à leur deliberacion et conclusion autresfois sur ce par eulz prise, le xüij° jour de juin m cccc xxx, cy dessus enregistrée, sauf toutes voies et reservé de deliberer sur ce plus à plain, se mestier est, au retour de maistres R. de Chancey, president, et Ja. Branlart, president es Enquestes, envoiez à Rouen devers le Roy de par la Court. Et interim on pourra veoir en registres et croniques ce que on trouvera des solempnités et manieres tenues en l’entrée et advenement des Rois à Paris.

Conseil, XV (X121481), fol. 46 r°.

Furent assemblez en la Grant Chambre de Parle-

ment les presidens et conseilliers des trois Chambres d’icellui Parlement pour oïr la relacion de maistres Richart de Chancey et Jaques Branlart, presidens, envoiez devers le Roy et les gens de son Conseil estant en la ville de Rouen, poursuir provision sur le paiement des gaiges desdis presidens et conseilliers, dont estoient deubz arrerages de deux ans et demi ou environ. Lesquelz de Chancey et Branlart ont dit et rapporté en effect que après pluiseurs poursuites et diligences par eulz continuelment par l’espace de deux mois faictes sur ce que dit est, tant envers le Roy comme envers lesdis gens de son Conseil, 11z n’ont peu obtenir provision effectuele ou response autre que contenu est en la cedule dont la teneur cy après s'ensuit, à eulz baillée par escript pour faire plus certaine response. Laquelle cedule 1ilz avoient refusé en ycelle forme, pour ce que en la narracion d'icelle n'estoit mie declairié comment ne par quelle forme et soubz quelles manieres et condicions le Chancelier avoit offert le paiement de trois mois. Et pour ce que la cedule sembloit estre à la charge de la Court, ilz requirent que ladicte cedule in narracione fust corrigée selon la verité du fait, dont appert assez cy dessus ou registre du xxv° jour de juing derrain passé; mais on leur fist response que sur ladicte cedule on n’y corrigeroit riens, si comme ont dit et rapporté lesdis de Chancey et Branlart. De laquelle cedule la teneur s'ensuit.

Sur la requeste faite au Roy, nostre seigneur, pour et ou nom de ses conseilliers en sa Court de Parlement à

1. En marge du registre, le greffier a mis cet intitulé : Tenor cedule, verbis plus quàm effectu palliate.

Paris, par honnorables et prudentes personnes maistre Richart de Chancey et maistre Jaques Branlart, presidens et conseilliers dudit seigneur en ladicte Court, afin d’estre paiez de leurs gaiges pour le temps passé, ycellui seigneur a eu advis avec lez gens de son Grant Conseil. Et, considerés les grans affaires et charges que en diverses manieres a pour le present à supporter et qui continuelment lui surviennent, comme chascun puet assez veoir et congnoistre, ne lui est pas maintenant possible de faire ce qu’ilz requierent et que lui mesmes vouldroit bien. Et nagaires, voulant pourveoir de ses deniers d'Angleterre à sesdiz conseilliers, leur fist offrir par monseigneur le chancelier de France telle somme que lors lui estoit possible eu regard à sesdis affaires, laquelle ilz refuserent, qui depuis a esté emploiée pour ses besoings. Ce non obstant, il a entencion deliberée d’estre bien brief en sa bonne ville de Paris, en laquelle, lui venu, ordonnera raisonnablement et honnorablement pour l’entretenement et continuacion de sa souveraine justice et pourverra à sesdiz conseilliers de paiement si avant que bonnement faire se pourra.

Et in hoc consistit effectus ambassiate predicte.

En laquelle ambassade lesdis presidens en alant, sejournant à Rouen et en retournant à Paris, ont vaqué par l’espace de dix sepmaines à très grant diligence et à très grant instance, continuelment à grans despens et en grant peril en l’alée et ou retour. Pour laquelle despense supporter le Roy ordonna que aux dessusdis ambassadeurs feust delivrée et baillée la somme de ij° frans, mais on ne leur en delivra que vüj”, et leur furent retranchiez xl frans de ladicte somme de ij° frans à eulz premierement ordonnée pour supporter et paier une partie de leur despense en

ladicte poursuite, qui n’a mie esté moult fructueuse pour ladicte Court. Et neanmoins a eu aggreables les labeurs et diligences desdis ambassadeurs et les en a regraciez, et a supporté en grant pacience les estranges manieres et verbales responses faictes en ceste matiere.

Conseil, XV (X'* 1481), fol. 46 r°.

Jeudi, xv° jour de novembre.

Rassemblerent en la Chambre de Parlement les presidens et conseilliers des trois Chambres d’icellui pour deliberer ensemble de ce qu’ilz auroient à faire à la venue du Roy que on attendoit prochainement venir à Paris. Et ont deliberé d’aler et estre au devant du Roy à sa venue, selon leur deliberacion cy dessus enregistrée ou registre du xüij° jour de juing M cccc xxx, et de faire parer les Chambres dudit Parlement en la maniere acoustumée, et de faire par ung proposant entre autres choses raffreschir, reciter et approuver ce qui a esté dit et proposé au Roy et aux gens de son Conseil lors estans à Rouen, par maistre Richart de Chancey et Ja. Branlart, presidens, à fin de paiement et à fin d’entretenir la Court sans immutacion et sans - diminucion, et de recommender leurs personnes au Roy et aux segneurs de son sang et Grant Conseil, cum reverencia et humilitate, qua decet.

Et pour proposer ce que dit est, a esté nommé de pluiseurs d’iceulz maistre Guillaume Cotin, conseillier du Roy, s’il Ly plaist à s'en chargier ; et pareillement ont esté à ce autres nommez per alios et a minori parte ; lesquelz nommez, à ce que dit est, se sont excusez et n'ont point accepté ladicte charge. Et ainsi sans prendre sur ce autre conclusion ou deliberacion se depar-

tirent lesdis presidens et conseilliers de ladicte Chambre, quia hora tarda.

Conseil, XV (X121481), fol. 46 v°.

. Furent assemblez au Conseil en la Chambre de Par-

lement les presidens et conseilliers d’icellui Parlement, et y firent venir les advocas et procureurs pour leur dire et signifier qu’ilz feussent en la compaignie desdis presidens et conseilliers et les autres officiers de la Court à la venue et au devant du Roy, que on attendoït dedens viij jours prochain estre en la ville de Paris, selon ce que avoit esté advisé et deliberé par la Court le xuj° jour [de juing| M cccc xxx, et ainsi que est enregistré ou registre d’icellui jour.

Et le dimenche, second jour de decembre ensuivant, s’assemblerent en la Chambre dudit Parlement les presidens, conseilliers, greffiers, notaires, huissiers, advocas et procureurs, ainsi que dessus est dit avoit esté advisé et delhberé. Et partirent entre ix et x heures du Palais pour aler ordonnéement deux et deux au devant du Roy, qui estoit le jour precedent venu à Saint-Denis, pour lendemain, c’est assavoir en ycellui dimenche, faire son entrée à Paris. Et ycellui encontrerent entre la Chappelle Saint-Denys et le Molin à Vent?, acompagnié de ducs, contes, barons et grans segneurs d'Angleterre. Et après ce que luy eust esté

1. D’après le Journal d'un bourgeois de Paris (p. 274), qui nous a laissé un récit très détaillé et très curieux de l'entrée du roi d'Angleterre à Paris, le jeune Henri VI « vint gesir en l’abbaïe de Sainct Denis », le vendredi 30 novembre.

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