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Journal de Gabriel Le Marlorat, auditeur en la Chambre du conseil et des comptes de Barrois, 1605 à 1632

Collationné sur l'original déposé aux Archives de la Meuse, par M. Alfred JACOB, Archiviste du département.

Nota. — Un astérisque (*) indique les paragraphes ou passages existants sur le manuscrit original et omis dans sa transcription sur la copie de M. V. Servais.

Les noms et prénoms placés entre deux crochets sont ceux que Gabriel Le Marlorat avait laissés en blanc sur son Journal et que les registres de la Chambre des Comptes du duché de Bar, déposés aux Archives départementales de la Meuse, nous ont permis soit de compléter soit de restituer entièrement d'une façon certaine.

Parmi les documents que noire regretté confrère, M. Victor Servais, avait réunis sur Thistoire du Barrois, et dont il a légué Timportante collection à la Bibliothèque municipale de Bar-le-Duc, figurent plusieurs chroniques et livres-journaux inédits.

Nous croyons répondre au vœu de plusieurs membres de la Société en pubUant dans nos Mémoires un de ces textes dont l'intérêt n'échappera à aucun de ceux qui étudient le passé de notre pays : le Journal de Gabriel Le Marlorat , auditeur en la Chambre du Conseil et des Comptes de Barrois.

Le manuscrit original est un carnet in-octavo long, recouvert en parchemin, et d'une écriture serrée peu lisible. Il appartenait à notre confrère et secrétaire M. Alfred Jacob, qui le tenait de M. Ad. Marchai son beau-père, et qui vient d'en faire don aux Archives de la Meuse , dont il est le conservateur. M. V. Servais attachait beaucoup d'importance à ce texte , dont il avait fait lui-même en 1876 une copie très-soignée, qui a beaucoup facilité notre tâche.

Nous conservons à ce document, qui est anonyme, le titre que lui a donné l'érudit auteur des Annales du Barrois. Il est facile, du reste, de vérifier l'exactitude de cette attribution dès les premières pages du Journal.

4 DOCUMENTS POUR SERVIR A l'hISTOIRE DU BARROIS.

Gabriel Le xMarlorat appartenait à une famille qui n'est pas mentionnée avant le xvi° siècle (^), et qui tire son illustration cI'Augustin Le Marlorat, né le 3 mai 1506 à Bar-le-Duc, d abord moine, puis ministre prolestant, mort >ur le gibet à Rouen le 30 octobre lo62; et de Martin Le Marlorat (1509-1586), seigneur de Guerpont, Silmont, etc., d'abord notaire au tabellionage de r3ar-le-Duc, puis conseiller auditeur à la Chambre des Comptes, enfin procureur général au bailliage de Bar (2).

Martin Le Marlorat épousa damoiselle Jeanne de Bar, fille de maître Toussaint de Bar, écuyer, sieur de Rarecourt et Jubainville, et de damoiselle Catherine de Giez. En 1559 il fut anobli par lettres expédiées à Nancy, et obtint l'autorisation de porter les armes qui figurent ciaprès (n° 1) et qui sont ainsi décrites par Dom Pelletier(3) : « D'azur, à la croix recroisettée d'or, et pour cimier : la croix de reçu entre deux branches de palmier de sinople, le tout porté d'un armet morné d argent, couvert d'un lambrequin aux métail et couleur dudit écu. » Il y ajouta cette double devise latine et française « In cruce cresco » <( La croix ni accroît. »

De son mariage, le procureur général Le Marlorat eut, lisons-nous dans un Nobiliaire inédit du BarroisW, « plusieurs enfants des deux sexes, trois desquels sont morts conseillers auditeurs desdits Comptes , savoir :

« Claude Le Marlorat, qui fut aussi revêtu de l'office de procureur général dudit bailliage ;

(1) Voir Annuaire de la il/cuse, i891, article Les Marlorat. — )lémoires de la Soc. des lettres, tome V (f^ série), p. 234 et 240.

(2) Voir Dom Calmet ; Bibliolh. lorraine, art. Marlorat.

(3) Nobiliaire de Lorraine, art. Le Marlorat.

(4; Ms. par le chevalier de Villers, dont une copie existe à la Bibliothèque de Bar-Ie-Duc.

DOCUMliNTS POUll SKKNIK A I, lIlSTOlliK DU HA ItliOIS. i)

« Gabriel (;l Pierre Le Marloi'aL, mort lieutenant général à Gondrecourt, lesquels laii^sèrcnt une nonabreuse postérité, mais elle est éteinte aujounriini par défaut de màle(i).

« Les ramilles existantes (2) en la ville de Lar qui en sont sorties par les femmes sont celles de Morison et />whoi^y parler mariage de Jean Camus, conseiller auditeur desdits Comptes, avec Marie Le Marlorat, fille du susdit Gabriel et à' Elisabeth de Lamorre ^ et par interposition de Marguerite Camus, femme de Gabriel Morison, avocat général audit Bar, et de Elisabeth Camus, femme de Joseph Dubois. »

Ces détails généalogiques, à défaut d'une biographie plus complète dont les éléments nous manquent, permettent de placer notre chroniqueur dans le milieu où il a vécu, parmi les magistrats, conseillers, officiers de justice du Barrois , dont plusieurs étaient ses parents et alliés , et quelques-uns ses rivaux. Très-assidu aux fonctions de sa charge de conseiller auditeur àla Chambre des Comptes (3), Gabriel Le Marlorat eut soin d'en noter les principaux incidents dans le livre- journalier qui nous a été conservé. Ces notes écrites pour son usage personnel, et sans la moindre prétention littéraire ou historique, s'étendent, avec quelques lacunes , du 9 novembre 1605 au 14 mai 1632. Elles comprennent par conséquent le premier tiers de ce xvii'' siècle si important dans l'histoire de la Lorraine et du Barrois.

(1) Il faut ajouter le nom du fils aîné de Martin Le Marlorat, Charles, docteur ès-droits qui fui nommé, le 29 marsJ586, procureur général en remplacement de son père.

(2) Au xviii« siècle.

(3) Il y fut reçu, suivant ses propres indications, en 1600; selon le catalogue de Longeaux le 20 mars 1601.

0 DOCUMENTS POUR SERVIR A l'hISTOIRE DU BARROIS.

Il est vrai qu'on chercherait en vain dans les mémoranda du conseiller-auditeur des considérations générales, des appréciations de quelque valeur sur les événements contemporains, les guerres et les traités de cette époque si malheureuse pour sa patrie.

En revanche, les détails abondent sur les faits d'administration auxquels l'auteur fut appelé à prendre part : questions fiscales et domaniales, entérinement de lettres patentes, d'engagères et de constitution de Son Altesse; lecture de lettres de jussion; cérémonies officielles auxquelles assistaient Messieurs de la Chambre. C'est, du reste, ce qui fait l'intérêt spécial du journal, que l'on appellerait volontiers la Chronique administrative du duché de Bar au commencement du xv!!*" siècle. Rien ne fera mieux que ces pages connaître les attributions de la Cour suprême du Barrois, ses règlements, sa procédure et son esprit.

Les anoblissements sont l'objet d'une attention particulière de l'auteur, qui a pris soin de dessiner les armoiries octroyées aux nouveaux nobles, ou reprises par des familles relevées de roture. La série de 74 blasons que nous avons reproduits en les classant par ordre alphabétique afin de faciliter les recherches, ne sera pas la partie la moins intéressante de cette publication. On constatera, çà et là , quelques différences avec les armoiries décrites par les nobiliaires lorrains, en particulier par D. Pelletier. Il nous a paru intéressant de donner tels quels les croquis dessinés par Gabriel Le Marlorat d'après les titres ou monuments qu'il a eus sous les yeux, sans nous prononcer sur la valeur absolue de ces variantes.

Pour la Commissiofi de publication :

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