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Journal de Ginguéné: 1807-1808

M. A. Guillois a le premier attiré l’attention sur le Journal de Ginguené; il en a cité des extraits dans son étude sur Le Salon de Madame Helvétius (Paris, 1894, in-12). L'histoire du manuscrit est simple. Ginguené, quand il mourut, le laissa à son enfant d'adoption, James Parry. Le fils de James Parry, puis son petit-fils, en héritèrent à leur tour; M. A. Guillois l'acquit lorsque ce dernier s’en dessaisit. Il l’a donné maintenant à la mairie du XVI arrondissement, avec d'autres papiers des Idéologues (Collection Parent de Rosan, in-folio num. 20).

C'est là que nous l’avons trouvé, d’après ses obligeantes indications. Il nous a semblé digne d’être publié, pour la valeur historique de son témoignage; et aussi pour son caractère littéraire. Son allure, sa couleur sont très différentes de ce que nous sommes habitués à voir ; il est ingénu et suranné. Il a été rédigé sur une table de style empire, avec une plume d'oie, devant une pendule qui représentait le temple de l’amitié ; on croit retrouver sur certains mots la poudre qui a séché l’encre, l'encre pâlie et qui va s’effacant.

La difficulté était de ne pas le surcharger de notes, ce qui eût été le trahir ; et de ne pas le priver non plus des éclaireissements historiques dont il a besoin. La critique contemporaine est bien embarrassée : elle sent qu’elle étouffe les textes sous les explications ; et ces explications, il faut pourtant qu’elle les donne. — Pour notre compte, nous avons essayé de ne pas défigurer le récit par les gloses ; de les séparer, et d'établir simplement entre les deux un parallélisme. Nous avons résolument supprimé les petites dissertations du bas des pages, qui obséderaient l'attention, et gàteraient le plaisir littéraire : nous voulons que le lecteur, s'il le désire, parcoure le morceau tout d'une haleine. Mais s’il lui plaît, par contre, de s'arrêter, les marges lui indiqueront sobrement les pages où il

Pauz Hazarp. II. — 1

2 JOURNAL DE GINGUENÉ pourra se renseigner à loisir. Le Journal renvoie au commentaire ; et le commentaire, au Journal.

Nous avons utilisé les manuscrits de Ginguené conservés à la Bibliothèque Nationale (Nouvelles Acquisitions, Fonds Français, 9192-9220), et le carton F'3456 des Archives Nationales. Nous tenons à remercier MM. Perrot et Rébelliau, qui nous ont ouvert la Bibliothèque de l'Institut ; A. Raoul-Duval, qui nous a permis de reproduire des vers inédits de Ginguené, rencontrés dans les papiers de J.-B. Say, son arrière-grand-oncle ; et d'une façon toute partieulière M. Baldensperger. La famille Mazeran avait bien voulu mettre à sa disposition les documents qu'elle possède sur Ginguené et la Décade philosophique ; il nous en a laissé le libre usage.

Pendant les cinq premiers mois de cette année, j'ai été uniquement occupé de mon histoire littéraire d'Italie, j'en avais recommencé le cours à l’Athénée vers la fin de décembre. J'y ai traité de la tragédie italienne au xvi° siècle; de la comédie, du drame pastoral, du poème didactique, de la satire, de la satire burlesque, ou giocosa, et par suite, de toute la poésie de ce genre pendant le même siècle. En tout quinze discours.

Je m'étais engagé pour dix-huit, mais ce travail forcé a tellement altéré ma santé, que je n'ai pu aller jusqu'à la fin. J'ai cessé mes lecons à la fin d'avril; et je suis resté malade une partie du mois de mai : je ne me suis remis qu'à la campagne. Mon premier travail a été pour la Revue. Je n'y avais rien fourni cet hiver. Ce journal est un peu en désarroi: des cinq associés primitifs, Say a entrepris une grande manufacture à Auchy, dans le département du Pas-de-Calais ; Le Breton est tout occupé de son ambition et de sa fortune ; Andrieux de ses comédies, de son École polytechnique et de sa cour de Naples : il vient même de nous donner sa démission formelle, et de se retirer tout à fait. Amaury Duval est absorbé par la rédaction générale, par son bureau à l'intérieur et par quelques entreprises littéraires. Il n’y avait donc plus pour soutenir cette pauvre ex-décade que les collaborateurs étrangers, deux surtout, Auger, ou O, et le jeune La Renaudière, tous deux des bureaux de l'intérieur ; on m'a fortement engagé à y reprendre du travail, et j'en ai senti la nécessité.

J'ai commencé, à la fin de mai, par un extrait des deux poèmes ou discours en vers couronnés par la seconde classe de l’Institut, et de celui qui a obtenu l’accessit. Cet extrait a paru en trois articles. Je crois y avoir fait entendre, à propos du Voyageur, qu'en général on juge mal les ouvrages de concours dans cette classe. C'est mon avis depuis longtemps.

Junx. J'ai fait, pour la petite fête du jour de naissance de mon petit James, une pièce de vers, qui a touché ceux qui l’ont entendue

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Poe

k JOURNAL DE GINGUENÉ

ou lue, parce que j'étais moi-même très touché en la faisant. Ce cher enfant, quand je la lui ai récitée à table, s'est levé de sa place, et est venu se jeter dans mes bras, en fondant en larmes. Ma femme, ses amis, tout le monde pleurait, et moi aussi.

On avait inséré dans la Revue, n° XI, une lettre de Philæbus contre le poète italien Monfi, qui m'avait beaucoup déplu. J'avais prévenu Amaury Duval que j'y répondrais. Je ne l'ai pu que dans ce mois. Des circonstances ont retardé l'impression de ma réponse qui n’a paru que le 1° juillet, n° XIX. Je parle ailleurs en détail de cette tracasserie Italienne.

Mes fantaisies musicales m'ont repris. J'avais commencé les années précédentes à corriger et mettre au net douze airs avec accompagnements, composés à Rennes däns ma première jeunesse. J’en étais resté au huitième. J’ai corrigé et recopié le n° 9, en {a : De nos forêts l’ombrage et la fraicheur. J'ai fait aussi pour mon recueil de romances et de petits airs, avee accompagnement de forte piano, un huitième air d'Estelle : dans celte aimable solitude. J'ai retrouvé dans mes päpiers un vieil air qui plaisait beaucoup aux vieilles dames de Rennes et dont les paroles sont de Dorat : des lanqueurs où l’amour me jette. Je l'ai mis au net et placé dans mon recueil. Il commencera la seconde suite aux airs de Galathée et d’Estelle. Ce qui lui donne pour moi quelque intérêt, c'est qu'il s'y trouve des traits fort ressemblants à cet air si touchant d'Énée qui ouvre le second acte de Didon : au noir chagrin qui me dévore. Ce rapport ne flatte pas seulement mon amour-propre ; il m'attendrit aussi par le souvenir de mon ami et de mon maitre. J'ai mis après cet air deux ou trois autres petits chiffons moins anciens que j'ai aussi retrouvés,

Un travail plus sérieux que j'ai fait pendant la dernière partie de ce mois et que je n'ai terminé qu'au commencement de l'autre, c'est le compte à rendre à l'Institut assemblé des travaux de ma classe. L'arrêté du gouvernement qui a réformé l'Institut (art. 9) est positif là-dessus. La classe des sciences mathématiques et physiques ne l'observe qu’en faisant imprimer ce compte qui nous est distribué dans sa séance publique. Celle de la langue et de la littérature française à déclaré qu'elle n'avait point de compte à rendre : on en sait bien la raison. La classe des beaux-arts remplit de ce compte rendu une partie de sa séance publique, je ne me rappelle plus si elle fait autre chose avant ou après. Pour nous jusqu'ici nous ne publions rien ; nos érudits craignent de la meilleure foi du monde que si l'analyse de leurs mémoires était rendue publique, on ne

s'emparàt de leurs sujets, de leurs idées, et qu'on ne leur en enlevât la nouveauté et la gloire. Nous nous bornons donc prudemment à l'exécution de l'arrêté.

Jusqu'à présent, le bonhomme Ameilhon a été chargé de ce rapport. Il l'était, je erois, d'un travail semblable dès le temps de l’Académie des Inscriptions. Cette commission est annuelle ; mais tous les ans par routine on renommait Ameilhon. Il devenait cependant plus lourd et plus long d'année en année. L'usage était dans l'assemblée générale où il débitait son affaire de se lever successivement à mesure qu'il s'avançait, de s’écouler tout doucement, en sorte que d'ordinaire il finissait entre amis. Il ne s’en donnait pas pour cela moins de peine ; on le sentait, on le continuait, et c'était toujours la même chose. Il s'est enfin lassé de ce travail, en effet très pémible. Il nous a donné sa démission, et j'ai été nommé au scrutin pour remplir sa place.

Juizcer. Je me suis rendu à Paris pour notre séance du vendredi 3, et j'ai, comme on dit, fait le pont jusqu’au mardi suivant, jour de l'assemblée générale ; pendant ces quatre jours, je me suis occupé de finir mon analyse, et surtout de la réduire à une juste mesure. J'y ai passablement réussi. La lecture a duré le mardi de trente à quarante minutes. L'assemblée était très nombreuse ; elle a été très attentive ; personne ne s’est levé, n’a causé; le silence a été complet jusqu'à la fin; et cette fin venue, j'ai recu de tout le monde des témoignages de satisfaction auxquels je n’ai pu manquer d'être fort sensible.

De retour à Saint-Prix, j'ai laissé passer deux vendredis sans reparaitre à nos séances. Quelques membres de la classe, les mieux traités dans mon rapport, auraient bien voulu qu'il fût imprimé. D'autres reconnaissaient que nos travaux ainsi présentés nous faisaient honneur et offraient une masse de résultats que la première classe elle-même ne surpasse point dans son genre ; mais les perruques, sondées sur l'impression, en repoussèrent l'idée, comme une innovation dangereuse. On m'instruisit de tout cela, à la dernière séance du mois ; on me témoigna les mêmes regrets. Quelques-uns m'engageaient à faire imprimer dans le Moniteur, dans la evue, comme le font la première et la quatrième classe ; ils m'assuraient que la chose étant faite, personne ne s’en plaindrait. Je ne voulus rien faire sans autorisation, et quoi qu’il m'en coutàt de la demander, je pris enfin ce parti. La discussion s'ouvrit. Les oppositions furent assez fortes et les opposants assez tenaces; mais quand on vota, la pluralité fut pour moi: ce ne fut même pas dans un journal

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que je fus autorisé à publier mon rapport, il fut arrêté que désormais les rapports de cette espèce seraient imprimés aux frais de la classe, et distribués à l’Institut entier. Deux membres persistèrent à ne pas vouloir qu'il fût question d'eux, M. Larcher, dont j'avais analysé avec soin un mémoire sur la harangue attribuée à Démosthène contre la lettre de Philippe aux Athéniens et M. Quatremère dont j'avais eu beaucoup de peine à éclaircir les idées alambiquées sur ce qu'il nomme la sculpture polychrome des anciens. Je promis à ces Messieurs de supprimer ce qui les regardait, et je leur ai tenu parole.

Dans le cours de ce mois, ayant fait à pied une assez longue course champêtre, pour aller voir Grétry à son hermitage, et Mme Mongeroult au Châlet, avec un Horace en poche, lisant et rêvant, à travers la forêt, par le plus beau temps du monde, mais par une extrême chaleur, je m'amusai à mettre en vers la fable des deux rats qui termine la charmante satire hoc erat in votis. J'en fis une bonne partie en allant, une autre en revenant le soir. Je l'ai terminée peu de temps après, en allant en voiture de Paris à Fontenayaux-Roses. Elle a plus de cent trente vers. Quelques amis à qui je l'ai lue en ont été contents. Elle a paru dans la Revue n° XXII.

J'ai fait pour la /evue un extrait assez travaillé de l'Æistoire de l'anarchie de Pologne, par Rulhière — rétablie sur le manuscrit de l’auteur et mise au jour par Daunou. Cet extrait n'a paru que dans les n° XXI et XXIII, premier et troisième du mois d'août.

Aour. Les chaleurs excessives, quelques incommodités et d'assez fréquents voyages à Paris pour des affaires ont presque entièrement interrompu mes travaux, et je n'ai à peu près rien fait dans tout ce mois. J’appris à l’un de mes voyages à Paris que la Æevue était réunie au Mercure par un arrêté du ministre de la police générale. Legouvé en était nommé censeur et rédacteur général avec douze mille francs d'appointements ; Amaury Duval sous-rédacteur, avec trois mille. C'était avec lui que tout avait été traité; il n'avait pas eu le temps d’avertir les co-propriétaires ; etnous eùmes le premier avis quand tout fut fait. Le ministre assurait, me disait-on, que c'était par bienveillance pour nous et pour sauver la Revue d'une perte inévitable qu'il avait fait cette opération. Le gouvernement ne voulait plus qu'un seul journal littéraire ; il lui destinait de grands encouragements, et n'en pouvait donner à plusieurs. Mais c'était l'esprit de la Zievue qu'il voulait que conservassent les deux journaux réunis ; et c'était elle qu'on avait l'intention de favoriser dans cette affaire. Je ne fus point la dupe de ces belles paroles. Il est vrai qu'avec

quelque liberté que la Décade et ensuite la Revue se fussent exprimées quelquefois, jamais nous n'en avions reçu aucun reproche. Jamais le rédacteur n'avait été averti, ni par lettres de Ja police, ni autrement que cette liberté eût pu déplaire; mais je n’en savais pas moins à quoi m'en tenir et je restai persuadé que le ton général et surtout certains passages de mon extrait de l'Æisloire de l'anarchie de Pologne avaient décidé notre suppression, qu'on appelait réunion par politique ; ou si l'on veut par politesse, Il est assurément très ridicule de vouloir faire aller ensemble et du même pas la Revue et le Mercure. Il l'était surtout de réunir, de vouloir rendre co-propriétaires et collaborateurs Chateaubriand et moi. Ceux qui se rappelleront la manière gaie dont j'avais traité son Génie du christianisme verront jusqu'où allait ce ridicule. On avait peut-être voulu le faire tomber sur nous; mais il ne tombait que sur les auteurs de la besogne, puisque nous n'avions été consultés sur rien.

Tout à peu près était réglé. Il ne restait à décider qu'une question importante: quel serait l’imprimeur du nouveau Mercure et chez quel libraire serait le bureau ? Le ministre ne voulait point des Le Normand, chez qui s'imprimait et se débitait le Journal de l’Empire. Cette machine du Journal de l'Empire ou des anciens Débats est une batterie montée contre la police elle-même, ou du moins indépendante d'elle, et l’un de ces ressorts multipliés qui font mouvoir en divers sens la politique actuelle du gouvernement. L'adjonction d’un nouveau journal lui donnait trop de force : on voulait la dédoubler ; on ne voulait pas non plus laisser à la /evue l'imprimerie et le bureau ; c’eùtété lui donner trop d'avantages sur le Mercure, qui eût été alors trop visiblement sacrifié ; et quoi qu'on füt plus particulièrement porté pour la Æevue, on voulait garder publiquement la neutralité. Les Le Normand faisaient tous leurs efforts pour se conserver entiers. Les co-propriétaires de la Æevue répugnaient extrêmement à se trouver transportés ou déportés corps et biens dans l'atelier de leurs plus violents ennemis. Amaury Duval frémissait du triste rôle qu'il jouerait au milieu d’eux. Outre la sous-rédaction générale, il s'était encore fait donner la caisse ; mais si les Débats avaient limprimerie et le bureau, s'il fallait aller s'établir avec eux dans la rue des Prêtres, le pauvre Duval sentait qu'iln”y tiendrait pas longtemps.

Le ministre et Legouvé en son nom avaient annoncé que de grands avantages seraient faits aux propriétaires de la /ievue, et que moi principalement, dont on connaissait les droits particuliers, et pour qui l'on avait une bienveillance personnelle, on me traiterait de manière à m'ôter tout sujet de plainte ou de regret. Amaury

Duval pensait que si je voyais le ministre, sous prétexte de lui parler de mes intérêts, je pourrais obtenir beaucoup pour la cause commune, et surtout détourner le coup qu'il redoutait d'autant plus qu'il ne croyait pas Legouvé éloigné de favoriser les Le Normand. Je demandai une audience au ministre qui fut très empressé à me l’accorder. Ayant reconnu ce que c'était que toutes ses belles paroles, auxquelles mon malheureux ami Grouvelle s'était trop laissé bercer, j'avais cessé de le voir depuis longtemps. Il me reçut comme s'il m'avait vu la veille, me répéta tout ce qu’on m'avait dit des motifs qui l'avaient décidé à cette réunion et de ses projets pour l'avantage des auteurs de la Æevue, et surtout pour le mien.

Les représentations que je fis sur l'indépendance et la propriété qu'on m'enlevait, sur la suppression réelle que couvrait cette réunion prétendue, sur l’inconséquence qu'il y avait à m'assurer que l'esprit et les principes de la Æevue non seulement n'excitaient aucun mécontentement, mais qu'ils plaisaient même et que c'étaient cet esprit et ces principes qu’on voulait conserver dans l’amalgame, et dans le même temps à la supprimer et à la sacrifier aussi évidemment à un journal dont les principes et l'esprit étaient diamétralement opposés, etc.; ces représentations et beaucoup d’autres, faites et exprimées très librement, furent très bien accueillies. Les réponses furent remplies d’aménité, de bienveillance, d'amitié ; c'était absolument pour notre bien que tout s'était fait. Il savait que nous trainions le diable par la queue (ce furent ses termes). C'était lui qui avait imaginé cette opération pour nous sauver. Il avait présenté ce plan à l'Empereur: voulais-je qu'il défit ce qu'il avait fait et qu'il courût auprès de Sa Majesté les risques de cette contremarche ? Il le ferait plutôt que de me faire de la peine. Sur” tout cela je me gardai de deux choses, d'en croire un mot et de le prendre au mot.

Je vins au fait de l'imprimerie et du bureau. Le résultat de tout ce que je pus dire fut que, pour tenir la balance égale, il ne voulait de l’ancien établissement ni de l'un ni de l’autre des deux journaux; que la proposition à laquelle je me réduisais d’un tiers libraire étranger aux deux parties parerait à tous les inconvénients, et devait sa- &üisfaire tout le monde ; qu'il fallait done nous entendre pour en choisir un et le lui présenter. Quant à moi personnellement, après m'’avoir répété plusieurs fois de le laisser fâire et de n'être inquiet de rien, il m'expliqua plus en détail ses intentions, lorsqu'en se levant il me donna le signal d'en faire autant pour terminer la séance. Il venait d'obtenir pour Chénier une pension de six mille francs. Il se

faisait fort d’en obtenir une pour moi, sinon aussi forte, au moins telle que je serais content. J'avais par son arrêté un douzième dans la propriété du nouveau Mercure, qu'il allait faire monter à une grande prospérité ; j'aurais en outre un traitement fixe pour mon travail, et mes articles me seraient payés en outre à deux cents francs la feuille. Serez-vous content? ajouta-t-il. Je le serais sans doute, répondis-je, si tout cela s’exécutait. IL y en a une partie bien importante qui ne dépend pas entièrement de vous, c’est la pension, et je ne crois point du tout que vous l’obteniez pour moi; mais le reste est en votre pouvoir, et je m’en remets sur le tout à votre bienveillance et à votre justice. « Comptez sur tout ce que je vous ai dit, comptez-y comme si vous l'aviez », me répéta-t-il en rentrant dans son cabinet intérieur. Je me retirai sans y croire et la suite m'a prouvé que j'avais parfaitement raison.

Cependant il y avait eu une réunion générale des nouveaux copropriétaires au bureau de MM. de l'Empire. Je n’avais point voulu m'y rendre, pouvant prétexter mon séjour habituel à la campagne. Amaury Duval s’y trouva avec Chateaubriand. Les choses se passèrent poliment entre eux, gaiment même, car tous deux commencèrent par se rire au nez en se voyant. Dans cette séance, les anciens mercuriels montrèrent plus d'humeur que nous contre la réunion et contre ceux qui l'avaient ordonnée. Chateaubriand surtout ne se génait pas. Il disait en parlant du maître « Sa Majesté l'Empereur. et Roi, car je ne veux lui rien ôter de ses titres ». Il dit même au sujet des parts de copropriété : « Vous sentez bien, Messieurs, qu'un homme à qui l’on fait tous les jours l'honneur de lui promettre qu'il sera fusillé le lendemain, ne tient pas beaucoup à ces choses-là. » Tout fut à peu près sur ce ton. Chacun des deux partis plaida pour soi sur l’article administratif, et l’on ne décida rien sinon d'attendre la décision du ministre. Son consentement à ma proposition d’un tiers libraire dont nous serions convenus entre nous nécessita une seconde réunion: elle se tint chez Legouvé : je m'y rendis et à son tour Chateaubriand n’y vint pas. Le détail de cette conférence, où les registres furent apportés et exhibés de part et d'autre, serait inutile. Le libraire Arthus Bertrand s'était offert à Duval qui le proposa aux associés. Legouvé, sans l’écarter, parla de Nicole, aussi étranger, disait-il, aux deux parties, que Bertrand. Il se trouva pourtant ensuite que Nicole était une homme de paille des Le Normand ! ; ce sont ces petits traits qui

4. Non pas de Le Normand, comme je l’ai su depuis, mais de Bertin de Vaux, associé de Le Normand, bailleur de fonds et directeur de toutes ses entreprises (Note de Ginguené).

font voir sur quel terrain nous étions : en voici un autre. Rien n'étant encore arrêté, je demandai un rendez-vous, non au ministre, pour ne pas le fatiguer de moi, mais à son secrétaire intime, son homme de toute confiance, l’ex-oratorien et ex-émigré Maiïllocheau. Je parlai d'Arthus Bertrand. Je fus très surpris du mouvement de répugnance avec lequel il fut repoussé. « Non non, dit Maillocheau, il ne conviendrait nullement. Cet homme est fils ou neveu de ce Bertrand de la police que tout le monde connaît. On dirait que le Mercure serait entre les mains de la police: ce serait du plus mauvais effet dans le public. » Ceci a l'air d'un trait de comédie quand on songe où nous étions et qui me parlait. Pour entendre ce que cela voulait dire, il faut se rappeler que ce Bertrand dont on prétendait qu'Arthus était fils ou neveu n'était pas de la police générale, mais de la police tout court, de la petite police Dubois, mortellement ennemie de l’autre. Dans mon étonnement, je ne pus dire qu'une chose, c’est qu'Arthus Bertrand libraire nous était recommandé par des personnes qui attestaient son honnêteté, et qui ne s'intéresseraient sûrement point à lui s’il était l'homme qu'on le disait ètre. C'était mon confrère De Gérando qui me l'avait recommandé à l'Institut, comme il l’avait fait à Duval au ministère de l'Intérieur. Mais enfin, je ne pouvais rien contre un repoussement si positif et si fort, fondé sur une circonstance que j'ignorais totalement. Mail... se mit à chercher dans un almanach impérial parmi les imprimeurs ; et il en choisit deux comme s’il n'y avait pas songé auparavant. L'un était celui qui imprime l’almanach impérial, pauvre diable qui n’est connu dans la librairie que par cette entreprise qu'il exploite, diton, fort mal ; l’autre le jeune Fain, jeune homme de mérite, qui commence son état, mais qui est imprimeur et point libraire, et n'aurait su par où s’y prendre dans l'affaire compliquée du Mercure. Comme il insista, mais en nous laissant le choix entre les deux, je me bornai à dire que je le proposerais à mes co-associés. Dès le lendemain il fut vérifié qu'Arthus Bertrand n'était rien moins que ce qu'on avait dit, Il est de Lyon d'une famille connue de De Gérando qui en est aussi, et n’est parent ni de près ni de loin du Bertrand ni du Raton de la police. Voilà comment les petites affaires se mènent : jugez des grandes. Qui avait mis cela dans la tête du ministre et de son secrétaire, si ce n'étaient les Le Normand, pour écarter ce concurrent et en venir à leur but? et par qui l'y avaientls mis ? Ce but était toujours le même, et ils n'en démordaient pas. Tandis qu'on se débattait sur le choix d’un imprimeur et d’un libraire, ils proposaient d'imprimer provisoirement le premier numéro

du nouveau Mercure, sans conséquence pour la suite, mais de manière qu'on ne fût obligé de rien faire avec précipitation, pour paraitre au commencement d'octobre, comme le ministre l'avait positüivement ordonné. Legouvé était fort d'avis de cette proposition. Soit qu'il vit ou ne vit pas le piège, nous qui le voyions très bien nous rejetämes constamment toute idée de provisoire. Les choses étant éclaircies au sujet d'Arthus Bertrand, il n'y eut plus d'’objection contre lui et il fut enfin accepté.

J'ai mis ici de suite tout ce qui regarde cette affaire. On était cependant à la mi-septembre avant que tout fut terminé, les Le Normand revenant toujours à leur proposition du provisoire ; et nous la rejetant toujours. Enfin les registres et toute la boutique furent transportés chez Bertrand, et le premier numéro fut en état de paraître au terme fixé. Le partage des douzièmes d'intérêt était fait avantageusement pour nous, puisque nous en avions quatre et l’ancien Mercure seulement trois ; Le Normand un et Chateaubriand deux. Les nôtres étaient également répartis entre Amaury Duval, Say, Le Breton et moi. J'avais fait tout ce j'avais pu pour obtenir un douzième de plus pour notre baïlleur de fonds, dont nous reconnaissions toujours les droits. N'y ayant pas réussi, je proposai à mes co-associés de l’admettre pour un cinquième au partage des bénéfices, s’il pouvait y en avoir ; de sorte qu'à chaque partage qui s’en ferait, nos quatre douzièmes seraient de nouveau divisés en cinq parts, et qu'il en aurait une, ce qui fut réglé ainsi. Le gouvernement se réserva cinq douzièmes. Si on [ui demandait de quel droit, il répondrait

nominor quia Leo. Il en a depuis donné deux à Esmenard pour son

Triomphe de Trajan.

Les belles promesses qui m’avaient été faites s’en allèrent en brouet comme je l'avais prévu. Fouché dit quelque temps après à Garat qu'il avait demandé pour moi une pension à l'Empereur qui était alors à Fontainebleau, que l'Empereur l'avait reçu fort mal, et lui avait répondu que j'avais travaillé pour les gouvernements qui l'avaient précédé, que je n'avais qu'à travailler pour le sien, et qu'il verrait. Je sais bien ce qu'il entendait par ces derniers mots, mais le fait est que je n'ai jamais travaillé pour aucun gouvernement. J’ai eu des places, où j'aurais pu faire ma fortune: je suis bien loin de regretter de ne l'avoir pas faite. Je les ai remplies en honnète homme et en bon citoyen, sans que j'en aie jamais demandé aucune. J'ai servi mon pays, et par mes écrits peut-être la cause de la liberté : il n'y avait rien là pour les gouvernements. L'Empereur est bien le maitre de m'’accorder ou de me refuser ce qu'il voudra. Il n’a qu'à me don-

ner une place que je puisse honnêtement accepter, je ferai sous son gouvernement, mais non pour son gouvernement, ce que j'ai fait sous et non pour les autres.

Tout en est resté là. Le traitement fixe est allé avec la pension. Je demandais trois mille francs, ce qui, joint à environ autant que je pouvais gagner par mes articles, m'aurait encore suffi. Garat qui porta cette demande au ministre eut pour réponse que l'Empereur ne le voulait pas. Cela n'avait pas de sens, car assurément Fouché était bien le maître de donner en traitement fixe ou autrement ce qu'il voudrait aux rédacteurs du Mercure. Mais ce bon Garat n'alla pas plus loin et me redit cela comme la chose du monde la plus claire et la plus naturelle. Je n’insistai point et n'ai plus rien demandé. Les parts du Mercure ne produisent et ne produiront peut-être jamais rien, pour la raison que j'avais prédite dès le premier moment. Les anciens souscripteurs de la Æevue ne voudront point de ce journal métis; les anciens souscripteurs du Mercure n'aimeront point ce reste d'esprit d'indépendance qui survivra à la Revue dans ses anciens rédacteurs, et le Mercure sans couleur n'aura plus rien d'assez piquant pour attirer des souscriptions nouvelles. J'ai donc en tout le paiement de mes articles et nous verrons bientôt comment et pourquoi ils me valent peu.

SEPTEMBRE. — Un goût tout nouveau, ce qui est fort heureux à mon âge, et le travail agréable que ce goût me procura vinrent très à propos me distraire et me dédommager de tous ces désagréments. Le plaisir que j'avais trouvé à faire ma fable des Deux rats et le petit succès qu'elle avait eu me conduisirent naturellement à en faire d’autres. Je commencçai par en imiter quelques-unes de Pignotti. La première fut celle qu'il a intitulée il Leone, l’orso, il cane. J'en fis un petit poème de deux cent trente vers sous le titre L’incognito du roi Lion, épisode ajoulé au poème des animaux parlants de Casti. Je fis dans le prologue un éloge de ce poète ingénieux. Du reste, mon imitation fut très libre; et comme je travaillais uniquement pour mon plaisir, je la semai de traits qui en rendront toujours la publication impossible. Je tirai ensuite du même fabuliste trois fables, La citrouille, Le cheval et le bœuf, La rose, le jasmin et le chéne. La première est courte et vive, les deux autres ont plus de cent vers chacune. La facilité que je trouvais dans ce travail me séduisit; le plaisir qu'il me procurait me consola. Je réunis ce que J'avais de fabulistes italiens. J'en choisis trois outre Pignotti, savoir Bertola, Gherardo de Rossi, et Roberti et je marquai celles de leurs fables qui me parurent les plus propres à réussir dans notre langue.

Avant la fin de ce mois, j'en eus imité six de Bertola: Le lion et le P. M. lapin, Le lézard et le crocodile, petite fable condamnée au secret pour les mêmes raisons que l’/ncognito du lion, et peut être plus encore; Le lion et la grenouille, qui pourrait bien aussi exiger la même précaution ; La conversation des oiseaux, Les oiseaux et les poissons, La toilette et le livre, petit dialogue satirique que je retrancherai de mon recueil mais pour d’autres motifs. L'idée d’un tel dialogue n’est pas de bon goût, et l'exécution de cette idée pour- P. 80. rait donner des armes aux ennemis de la philosophie et de l’instruction des femmes. Je fis donc ces dix fables dans un mois, quoiqu'il y en ait de fort longues, et que même la première soit plutôt un petit poème qu'une fable. Il est vrai que je ne fis pas autre chose excepté cependant un extrait des deux premiers volumes du Voyage de Millin dans les départements du midi; mais ce fut pour moi la source d’un nouveau désappointement.

Ocrogre. — J'avais envoyé cet extrait de la campagne pour le P. 69. premier numéro d'octobre. On mettait, ou l’on me disait mettre beaucoup d'importance à ce que mon nom parüt dès le début. Cepen- -dant l'extrait ne passa point dans le premier. Je demandai si ce serait dans le second; la réponse fut ambiguë : je sus enfin que notre censeur n'avait pas osé prendre sur lui de l’insérer à cause des hardiesses que je m'y étais permises, et qu'il avait cru devoir soumettre au ministre. C'était assurément dans tous les cas une gaucherie énorme. J'avais pris peut-être un peu trop au pied de la lettre ce que l'on m'avait dit de l'approbation qu'on donnait aux principes et à l'esprit de la /?evue, et du désir que l’on avait que cet esprit füt le même dansle Wercure ; je m'étais permis de citer quelques traits du Voyage sur des momeries religieuses, sur des processions ridicules qu'on a fait renaître dans le midi et sur d’autres objets de cette espèce : mais enfin ces momeries et ces fêtes ne sont pas la religion et ce que j'avais dit là-dessus aurait passé doux comme lait dans la Revue. Amaury Duval fort embarrassé de tout cela me renvoya le vingt octobre mon malheureux extrait outrageusement bâtonné, peut-être sous la dictée du ministre, mais de la main de Maillocheau, qui y avait joint une lettre curieuse adressée au censeur. La lettre de Duval l'était aussi dans son genre. « Voici bien votre extrait, m'écrivit-il, mon cher concitoyen, mais quantum mutatus ab illo! Vous ne le reconnaitrez plus. La lettre de M. Maillocheau qui l'accompagne vous dira quelles sont les intentions du gouvernement dans ce qui concerne la rédaction du Mercure. Legouvé lui-même est étonné que les coupures soient si nombreuses. À pré-

sent quel parti prendrez-vous? Je désire, sans oser l'espérer, que vous ne soyez que peu sensible à ce qui vous arrive, et que vous nous donniez quelques articles qu'il soit inutile de porter à la censure. Votre nom peut contribuer au succès de l’entreprise; 1l est même important, selon moi, pour la cause de la philosophie, qu'il y paraisse quelquefois. On nous croira tous évincés si l’on ne voit pas dans le Mercure le nom du principal auteur de la ÆRevue. Enfin je vous le dis confidentiellement, je crois entrevoir que le ministre de la police attend de vous un article signé, pour faire valoir tous les titres que vous avez à des récompenses. Ce que je sais, c'est qu'il est furieux contre les Chateaubriand et quelques autres du parti qui ont refusé de coopérer à l’entreprise, et que dans ce moment ils cherchent à vendre leurs parts. — Legouvé m'a paru agir franchement dans toute cette affaire. Si vous avez donc quelque ressentiment, ce n’est pas lui qui doit en être l'objet. Je l'ai vu véritablement très chagrin de la rigueur de la censure ministérielle. Adieu, cher concitoyen; écrivez-moi quand vous viendrez, et si je puis compter sur quelque article de votre facon. »

La lettre de Maill... à Legouvé était ainsi conçue: « Paris, 19 octobre 1807. J'ai l'honneur de vous renvoyer l’article que vous aviez communiqué au ministre. Son Excellence en a fait retrancher ce qui regarde la religion. Votre journal doit annoncer le plus grand respect pour tous les établissements reconnus par le gouvernement. J'ai l'honneur de vous saluer. » Il faudrait voir maintenant ce que c'était que ces passages relatifs à la religion, que l’on avait scrupuleusement retranchés. C'était un petit détail sur d’anciens diptyques représentant des objets d'antiquité et des traits de la mythologie, et gardés dans les trésors de plusieurs de nos églises comme des monuments relatifs à la religion et à ses mystères ; détails purement historiques et tirés du livre de Millin. C'était entre autres ce qui regarde un diptyque conservé dans la bibliothèque de Sens qui contient l'office des fous et la prose de l’äne, et sur lequel est gravé le triomphe de Bacchus. C'était un détail assez étendu sur l'histoire du monument élevé au marquis d'Argens par Frédéric I, et qui après diverses aventures monacales et révolutionnaires se trouve maintenant à la municipalité d'Aix, détail que Millin m'avait indiqué lui-même comme pouvant être cité sans aucun inconvénient. C'était enfin une description très abrégée mais trop vraie des scandaleuses processions de la Fête-Dieu dans cette ville d'Aix, qu'on y a rélablies depuis peu de temps. Je finissais, il est vrai, par cette réflexion : « Au reste, ce n'est point la philosophie qui doit

s'en indigner le plus. Ces absurdes institutions entrent à ses yeux dans la nombreuse catégorie des folies dégradantes et des maladies honteuses auxquelles la malheureuse raison humaine a été de tous temps sujette. Mais comment peuvent-elles s'allier avec le rétablissement de l'ordre publie ? Comment la religion le souffre-t-elle? Voilà sans doute ce qui est en droit d’étonner la philosophie et ce qu'elle ne pourra jamais comprendre. »

En écrivant cela, j'ignorais complètement que c'était la princesse Borghese qui en passant à Aix avait fait rétablir cette procession et donné douze mille francs pour racheter les masques, les habits, et tous les instruments nécessaires à cette vieille farce du Roi René. N'aimant pas plus qu'un autre à me faire gratuitement de mauvaises affaires, si j'avais su cette circonstance, je n’aurais rien mis de tout cela. Legouvé qui la savait n’osa laisser passer ce trait à la censure, et il eut raison ; mais au lieu de m'en parler à moi, il imagina d'en référer, comme on dit, au ministre. Il me compromit et se compromit lui-même, pour ne savoir pas prendre son parti. C'est sa plus grande maladie, et sans l’avoir beaucoup vu de près, je lui en crois d’autres. Maillocheau eut mission d’instrumenter et il s’en acquitta en conscience. Je fus sensible à cette brutalité censoriale, mais pas plus que je ne devais l’être ; je répondis à Amaury Duval avec plus de fierté que d'humeur ; et pour oublier toutes ces tracasseries, je me remis à faire des fables.

J'en fis de suite et presque d’une haleine treize pendant ce mois d'octobre, la plupart cependant assez longues et quelques-unes ayant plus de cent vers. L’instrument était monté : je travaillais avec une facilité extrême ; ou plutôt je ne travaillais point. J'étais véritablement dans l'illusion des objets et n’avais aucune peine à les rendre. En me promenant, en rèvant, quelquefois presqu’en sommeillant, mes vers s'arrangeaient comme d'eux-mêmes. J’allais quelquefois à Paris par nos petites voitures. Je préparais un sujet avant d'y monter, et quelquefois, au milieu de cinq ou six voyageurs et voyageuses qui caquetaient entre eux, j'allais mon train ; et il m'est arrivé plus d’une fois de descendre, ma fable faite. Je fis donc dans ce mois Le bon serpent, Le ligre et le chien devenus vieux, Le vieux rossignol, L'oiseau à la mode, L'enfant et le petit oiseau, Le cheval et l'âne, Les raisins de Zeuxis, Les oiseaux el les spectateurs, L'horloge et la montre, La sensitive et la violette, Le vieux pêcher, La grenouille et les oiseaux, Les singes et les noix, Les abeilles et le villageois. Cette dernière fut faite la nuit à Fontenay où j'allai voir Mme Hfelvétius] à la fin du mois; et le lende-

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