‹ Journal de Ginguéné: 1807-1808Chapitre 26 sur 28 · és · texte numérisé non relu

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I. — SUR UN CAHIER DE PAPIER, DES PLUMES, ETC., MIS DANS MA CHAMBRE A ComBs-ra-Virre.

L'encre et le papier

Sont ici chose inutile ; Sans encre et papier

On y passe un jour entier.

Le joli métier

Qu'on fait à Combs-la-Ville !

Sans encre el papier

On y passe un jour entier.

Auprès du papa

Qui s’aviserait d'écrire ?

Aucun n’écrira

Mieux que ce joyeux papa.

Aucun n’instruira

Comme il fait en faisant rire ; Aucun n’écrira

Mieux que ce joyeux papa.

Près de la maman

S'agit-il d'encre ou de plume ?

Près de la maman

On s’oublirait tout un an.

Aimer est son plan,

Être aimée est sa coutume ; Près de la maman

On s’oublirait tout un an.

1. Ginguené est allé passer la journée du 11 octobre 1813 dans la maison de campagne d'Amaury Duval. 1l y écrit ces vers, que nous donnons comme assez caractéristiques de la même psychologie littéraire qui lui a dicté les Fables.

Ferait-on des vers Pour Malvina, pour Adèle ; Ferait-on des vers Pour ces deux enfants si chers ?

Leurs talents divers | Font bien trotter la ‘cervelle ; Mais leurs doux concerts Valent mieux que prose et vers.

Sans rien employer

Je regagne donc la ville ;

Sans rien employer,

Encre, plume, ni papier.

Quel joli métier

J'ai fait à Combs-la-Ville !

Ah ! sans l'oublier

Je vivrais un siècle entier.

Il. — LE VOLEUR ET LE CHIEN!.

« Pourquoi donc, pauvre sentinelle, Pourquoi refuser de ma main Ce gros et blanc morceau de pain ? »

Un fin voleur ainsi parlait au chien fidèle.

« Parce que de tes dons je connais la valeur. Pour te glisser par cette porte Tu veux rendre ma voix ou muette ou moins forte, J'ai faim, mais j’aboirai: ton pain me fait horreur. Le chien fidèle ainsi répondit au voleur.

1. Ginguené a exclu cette fable de son recueil de 1810, et de celui de 1844, peut-être à cause de sa brièveté excessive. On la retrouve dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale, au volume que nous avons cité (919%).

I1L. — La TOILETTE ET LE LIVRE.

' LA TOILETTE

Toi dont les conseils austères Ont troublé mes doux mystères, Quel est ton emploi, ton nom ? —

LE LIVRE

Je suis d’un auteur moderne Le chef-d'œuvre; je gouverne La dame de la maison. —

LA TOILETTE

De quoi lui fais-tu leçon ? —

LE LIVRE

De l’art d'expliquer les choses Et leurs effets et leurs causes, D'analyser sa raison,

De peser sans passion

Les intérêts politiques

Des rois et des républiques ; De comparer Cicéron

Aux philosophes stoïques,

Et les péripatétiques

A l’école de Platon. —

LA TOILETTE

Que dis-tu Ià ? Quel jargon ?

lei, j'ai servi la mère

Si savante en l’art de plaire,

Et la grand'mère et ses sœurs ; Aucune, je Le le jure

Ne fit pareille lecture ;

Et cependant sur les cœurs

Elles régnaient : tendres, sages... —

1. C'est la fable que Ginguené exclut comme peu philosophique; nous l'avons retrouvée avec la précédente.

LE LIVRE

Autre temps, autres usages, Autres talents, autres mœurs.

Et des tantes et des mères

Le siècle était ignorant...

LA TOILETTE

On aime donc savamment

Dans le siècle des lumières ?

LE LIVRE

Oui, sur les causes premières On fonde l'amour ; et puis On raisonne... —

LA TOILETTE

Hélas ! Tant pis.

Mais enfin notre maîtresse

De la plus haute sagesse

Va donc remporter le prix!

Depuis quand l’as-tu connue ? —

LE LIVRE Depuis un mois seulement.

LA TOILETTE C'est l’époque, justement, Où la dame est devenue

Plus folle qu'auparavant.

Pauz HAZARD.

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