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I. — SUR UN CAHIER DE PAPIER, DES PLUMES, ETC., MIS DANS MA CHAMBRE A ComBs-ra-Virre.
L'encre et le papier
Sont ici chose inutile ; Sans encre et papier
On y passe un jour entier.
Le joli métier
Qu'on fait à Combs-la-Ville !
Sans encre el papier
On y passe un jour entier.
Auprès du papa
Qui s’aviserait d'écrire ?
Aucun n’écrira
Mieux que ce joyeux papa.
Aucun n’instruira
Comme il fait en faisant rire ; Aucun n’écrira
Mieux que ce joyeux papa.
Près de la maman
S'agit-il d'encre ou de plume ?
Près de la maman
On s’oublirait tout un an.
Aimer est son plan,
Être aimée est sa coutume ; Près de la maman
On s’oublirait tout un an.
1. Ginguené est allé passer la journée du 11 octobre 1813 dans la maison de campagne d'Amaury Duval. 1l y écrit ces vers, que nous donnons comme assez caractéristiques de la même psychologie littéraire qui lui a dicté les Fables.
Ferait-on des vers Pour Malvina, pour Adèle ; Ferait-on des vers Pour ces deux enfants si chers ?
Leurs talents divers | Font bien trotter la ‘cervelle ; Mais leurs doux concerts Valent mieux que prose et vers.
Sans rien employer
Je regagne donc la ville ;
Sans rien employer,
Encre, plume, ni papier.
Quel joli métier
J'ai fait à Combs-la-Ville !
Ah ! sans l'oublier
Je vivrais un siècle entier.
Il. — LE VOLEUR ET LE CHIEN!.
« Pourquoi donc, pauvre sentinelle, Pourquoi refuser de ma main Ce gros et blanc morceau de pain ? »
Un fin voleur ainsi parlait au chien fidèle.
« Parce que de tes dons je connais la valeur. Pour te glisser par cette porte Tu veux rendre ma voix ou muette ou moins forte, J'ai faim, mais j’aboirai: ton pain me fait horreur. Le chien fidèle ainsi répondit au voleur.
1. Ginguené a exclu cette fable de son recueil de 1810, et de celui de 1844, peut-être à cause de sa brièveté excessive. On la retrouve dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale, au volume que nous avons cité (919%).
I1L. — La TOILETTE ET LE LIVRE.
' LA TOILETTE
Toi dont les conseils austères Ont troublé mes doux mystères, Quel est ton emploi, ton nom ? —
LE LIVRE
Je suis d’un auteur moderne Le chef-d'œuvre; je gouverne La dame de la maison. —
LA TOILETTE
De quoi lui fais-tu leçon ? —
LE LIVRE
De l’art d'expliquer les choses Et leurs effets et leurs causes, D'analyser sa raison,
De peser sans passion
Les intérêts politiques
Des rois et des républiques ; De comparer Cicéron
Aux philosophes stoïques,
Et les péripatétiques
A l’école de Platon. —
LA TOILETTE
Que dis-tu Ià ? Quel jargon ?
lei, j'ai servi la mère
Si savante en l’art de plaire,
Et la grand'mère et ses sœurs ; Aucune, je Le le jure
Ne fit pareille lecture ;
Et cependant sur les cœurs
Elles régnaient : tendres, sages... —
1. C'est la fable que Ginguené exclut comme peu philosophique; nous l'avons retrouvée avec la précédente.
LE LIVRE
Autre temps, autres usages, Autres talents, autres mœurs.
Et des tantes et des mères
Le siècle était ignorant...
LA TOILETTE
On aime donc savamment
Dans le siècle des lumières ?
LE LIVRE
Oui, sur les causes premières On fonde l'amour ; et puis On raisonne... —
LA TOILETTE
Hélas ! Tant pis.
Mais enfin notre maîtresse
De la plus haute sagesse
Va donc remporter le prix!
Depuis quand l’as-tu connue ? —
LE LIVRE Depuis un mois seulement.
LA TOILETTE C'est l’époque, justement, Où la dame est devenue
Plus folle qu'auparavant.
Pauz HAZARD.