‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483 (volume 2)Chapitre 10 sur 166 · vol. in-folio gothique · texte numérisé non relu

vol. in-folio gothique

INTRODUCTION. xix

une œuvre originale 1 , il est intéressant d'en rechercher l'auteur 8 . Ici encore, nous rencontrons M. Vitu, non plus en allié, mais en adversaire. Recueillons d'abord les opinions des anciens. La première édition, celle qui parut avant 1500, ne porte pas de nom d'auteur. La seconde, celle de la Martinienne 3 , paraît attribuer la paternité de la Chronique à Jean Castel, qui fut, on Ta dit plus haut, chroniqueur de France de 1461 à 1476 et eut pour successeur, après sa mort, survenue au mois de février de cette dernière année, frère Mathieu Lebrun. Il n'y a point à s'arrêter à cette attribution, qui, si elle était acceptée, équivaudrait à reconnaître dans la Scandaleuse une simple copie de la Chronique officielle de Louis XL — En tête de l'édition de 1558, pas de nom d'auteur, mais, dès 1583, on voit le Trésor des Histoires, composé par l'écrivainlibraire Gilles Corrozet (1510-1568) et édité par son fils Galliot, attribuer sans autre explication la Chronique de Louis XI à Jean de Troyes. L'année suivante, Jean de Troyes, devenu un « historien français du temps de Louis XI, » avait les honneurs d'un article dans la Bibliothèque françoise de La Croix du Maine, et dès lors sa fortune était faite. D'autres, cependant, l'éditeur de 1611 et celui de 1620, se bornèrent à donner pour auteur à la Chronique « un

1. A la réserve de quelques passages (voir par exemple le récit de la bataille de Nancy), qui semblent bien être la reproduction de certaines relations qui eurent cours à Paris à l'époque.

2. Les conclusions qui vont être présentées au lecteur ont été formulées par nous dans la Bibliothèque de l'École des chartes, année 1891, l r « et 2 e livr., p. 130 et suiv.

3. « Le second de la Martiniane, qui suyt selon les doctes des temps des croniques de France selon le croniqueur Castel et monseig* Gaguin, gênerai des Mathurins de l'ordre de la Trinité, et plusieurs autres croniqueur s. Et finissent lesdictes croniques là où ledit Gaguin a fine de sa cronique derreniere jusques à Van mil cinq cens. »

ti INTRODUCTION.

greffier de l'hostel de ville de Paris, » et le Père LeloDg, rappelant le nom de Jean de Troyes dans sa Bibliothèque historique de la France (1719, in-fol.), ajoute : « D'autres nomment cet auteur Denis Hesselin. »

De nos jours, et jusqu'à ce que M. Vitu se fut donné la peine d'instruire la cause à nouveau, on peut dire que Jean de Troyes a régné sans contestation sur la Scandaleuse, et c'est à peine si, actuellement encore, les érudits les mieux renseignés abandonnent ce personnage fabuleux. Dans une notice d'allure très vive, presque belliqueuse, Aug. Vitu a présenté au public savant un candidat différent, Denis Hesselin, qui, pour n'être pas de son invention, possédait sur Jean de Troyes l'inestimable avantage d'avoir existé sous Louis XI, d'avoir été greffier de l'hôtel de ville de Paris, d'avoir enfin été fréquemment mis en scène par la Chronique Scandaleuse.

Pour écarter Jean de Troyes, M. Vitu a commencé par rechercher si les documents du xv e siècle fournissaient un personnage de ce nom, et il a constaté qu'à Paris, après deux conseillers au parlement nommés Jean de Troyes qui vivaient au xra e siècle, on retrouve un échevin de ce nom en 1411, lequel fut capitaine de la Conciergerie et, fervent Bourguignon, fut proscrit en 1413, déjà âgé, lors de la rentrée des Armagnacs à Paris. Enfin, M. Vitu a découvert deux autres Jean de Troyes, l'un bourgeois de Paris, cité dans les registres du Parlement à la date du 15 décembre 1436, l'autre qui fut procureur au Châtelet en 1454*.

Nous avouons que, si nous n'avions d'autres raisons à opposer, ce dernier Jean de Troyes nous eût paru digne d'être discuté. M. Vitu n'en a pas jugé ainsi : il lui fallait un greffier, et il s'est borné à constater que la liste de ceux

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